HISTOIRE I>KS VARIATIONS
mêmes i|ui n'ont pas la foi, et qui abusent du sacrement, reçoivent la propre substance iiu corps el du sang de Jésus-Christ.
U.-ins culte confession de toi , Bucer n'exchii formel lemenl que la transsubstantiation, et laisse en son entier tout ce (fui peut établir la présence réeile et substantielle.
Ce qu'il y eul ici de plus remarquable, c'est que Bucer, qui, en souscrivant les article- de Smalkalde, avait souscrit en môme temps, comme on a vu (975), la Confession d'AugsbOUrg, retint en môme temps la Confession de Strasbourg ; c'est-à-dire, qu'il autorisa deux actes qui étaient faits pour se détruire l'un l'autre; car on se peut souvenir que la Confession de Strasbourg ne fut dressée que pour éviter de souscrire celle û'Âugsbourg (976) , et que ceux de la Confession d'Augsbourg ne voulurent jamais recevoir parmi leurs Irères ceux de Strasbourg ni leurs associés. Maintenant tout cela s'accorde; c'est-à-dire, qu'il est bien permis île changer dans la nouvelle Réforme; mais il n'est pas permis d'avouer qu'on change. La Réforme paraîtrait par cet aveu un ouvrage trop humain; et il vaut mieux approuver quatre ou cinq actes contradictoires, pourvu qu'on n'avoue pas qu'ils le sont, que de confesser qu'on a eu tort, surtout dans des confessions de foi.
Ce fut la dernière action que Bucer fit en Allemagne. Durant les mouvements de {'Intérim, il trouva un asile en Angleterre parmi les nouveaux protestants qui se fortifiaient sous Edouard. Il y mourut en grande considération, sans néanmoins avoir rien pu changer dans les articles que Pierre Martyr y avilit établis ; de sorte qu'on y demeura dans le pur zuinglianisme. Mais les sentiments de Bucer auront leur tour, et nous verrons les articles de Pierre MarU r changés sous Elisabeth.
Les troubles de Y Intérim écartèrent beaucoup de réformateurs. On fut scandalisé dans le parti même de leur voir abandonner leurs Eglises. Ce n'était pas leur coutume de s'exposer pour elles ni pour la Réforme ; et en a remarqué, il y a longtemps, qu'aucun d'eux n'y a laissé la vie; si ce n'est Cranmer, qui fit encore loat ce qu'il put pour la sauver, en abjurait > sa religion tant qu'on voulut. Le fameux uy.andre fut un de ceux qui prit le plus tût la fuite. Il disparut tout à coup à Nuremberg, Eglise qu'il gouvernait il y avait vingt-cinq ans, et dés le commencement de la Réforme; el il fut reçu dans la Prusse; c'était une des provinces des plus affectionnées au luthéranisme. EJIe appartenait à l'ordre teuior -, jl ; mais le prince Albert de Brar isbourg, qui en était le grand maître, cOnçu1 tout ensemble le désir de se marier.de se reformer, etdese faire unesouveraineté héréditaire. C'est ainsi que tout le pays devint luthérien; etledocieurde Nuremberg y excita bientôt de nouveaux désordres.
André Osiandre s'était signalé parmi les luthériens par une opinion nouvelle qu'il y avait introduite sur la justification. Il ne voulait pas qu'elle se fit, comme tous les autres protestants le soutenaient, par l'imputation de la justice de Jésus-Christ; niais par l'intime union de !a justice substantielle de Dieu avec nos unies (977), fondé sur cette parole souvent répétée en Is aie et en Jérémie: Le Seigneur est notre justice. (Isa xxm, 6, 10; xxxin, 1G; Jcr. xxm, 6.) Car de même que, selon lui, nous vivions par la viesubstantiellede Dieu, et que nous aimions parl'amoui essentiel qu'il a pour lui-même, ainsi nous étions justes par sa justice essentielle, qui nous était communiquée : àquoi il fallait ajouter la substance du \ erbe incarné, qui était en nous par la foi, par la parole et par les sacrements. Des le temps qu'on dressa la Confession d'Augsbourg, il avait fait les derniers efforts pourfaire embrasser cette prodigieuse doctrine par tout le parti, et il la soutint avec une audace extrême à la face île Luther. Dans l'assembléede Smalkalde on fut étonné de sa témérité; mais comme on craignait de faire éclater de nouvelles divisions dans le parti, où il tenait un grand rang par son savoir, on le souffrit. Il avait un talent tout particulier pour divertir Luther ; et au retour de la conférence qu'on eut à Marpourg avec les sacramentaires, Mélanchthon écrivait à Camérarius : Osiandre a fort réjoui Luther et nous tous (978).
C'est qu'il faisait le plaisant, surtout à lable, et qu'il y disait de bons mots, mais si profanes que j'ai peine à les ré| éter. C'est Calvin qui nous apprend, dans une lettre qu'il écrit à Mélanchthon sur le sujet de cet homme, « que toutes les fois qu'il trouvait le vin non dans un festin, il le louait en lui appliquant cette parole que Dieu disait de lui-même : Je suis celui qui suis (979). » Et encore : Voici le Fils du Dieu vivant. Calvin s'était trouvé aux banquets où il proférait ces blasphèmes, qui lui inspiraient de l'horreur. Mais cependant cela se passait sans qu'on en dît mot. Le même Calvin parle d'Osiandre comme « d'un brutal et d'une bête farouche, incapable d'être apprivoisée. Pour lui, disait-il, dès la première fois qu'il le vit, il en détesta l'esprit profane et les mœurs infâmes, et il l'avait toujours regardé comme la honte du para protestant. » C'en était pourtant une des colonnes : l'Eglise de Nuremberg, une des premières de la secte, l'avait mis à la tête de ses pasteurs dès l'an 1522, et on le trouve partout dans les conférences avec les premiers du parti : mais Calvin s'étonne « qu'on ait pu l'y endurer si longtemps; et on ne comprend pas après toutes ses fui eurs comment .Mélanchthon a jiu lui donner tant de louanges. »
On croira peut-être que Calvin le traite si mal par une haine particulière; car Osiandre
(973) Ci- dessus, liv. iv„ pag. iU.
(97Ù") Ci-ilessus, liv. m. (978) Lit), iv, Epist. 88.
(977) Chytiî., lib. xvu ; Saxon., lit. Osiandricn, (979) C.uw, Epist. ud ilél., i '''.
OEUVRES COMPI.. DE lîOSSCET. Vili.
élail le plus violent ennemi dos sacranient."iiies ; et c'est lui qui avait outré la matière de la présence réelle, jusqu'à soutenir qu'il fallait dire du pain de l'Eucharistie : Ce pain est Dieu (980). Mais les luthériens, n'en avaient pas meilleure opinion : et Mélanchthon qui trouvait souvent à propos, comme Calvin lui repioche, de lui donner des louanges exclusives, ne laisse pas, en écrivant à ses amis, de blâmer son extrême arrogance, ses rêveries, ses autres Qxrt'*, et les prodiges de ses opinions (981). Il ne tint pas
OEUVRES COMPLETES DE BOSSlEf.
à Osiandre qu'il n a où il espérait que
làt troubler l'Angleterre, la considération de son beau-frère Cran'mcr lui donnerait du crédit : mais Mélanchthon nous apprend que des personnes de savoir et d'autorité avaient représenté le péril qu'il y avait « d'attirer en ce pays-là un homme qui avait répandu dans l'Eglise un si grand chaos de nouvelles opinions. » damner lui-même entendit raison sur ce sujet, et il écouta Calvin, qui lui parlait des illusions dont Osiandre fascinait les autres, et se fascinait lui-même 982).
Il ne fut p.as plus tôt en Prusse, qu'il mit en feu l'université de Kœnig^bergparsa nouvelle doctrine de la justification (983). Quelque ardeur qu'il ait toujours eue à la soutenir, il craignit, disent mes auteuis, la magnanimité de Luther (9S'*i ; et durant sa vie il n'oja rien écrire sur celte matière. Le magnanime Luther ne le craignait pas moins : en général, la Réforme, sans autorité, ne craignait rien tant que de nouvelles divisions, qu'elle ne savait comment finir; et pour ne pas irriter un homme dont l'éloquence était redoutée, on lui laissa débiter de vive voix tout ce qu'il voulut. Quand Il se vit dans la Prusse, atTranchi du joug du parti, et, ce qui lui enfla le cœur, eu grande faveur auprès du prince, qui lui donna la première chaire dans son université, il éclata de toute sa force, et partagea bientôt toute la province.
D'autres disputes s'allumaient en môme tempsdans le reste du luthéranisme. Celle qui eut pour sujet les cérémonies, ou les choses indifférentes, fut poussée avec beaucoup d'aigreur. Mélanchthon, soutenu des académies de Leipsickct de Witlemberg, où il était tout-puissant, ne voulait pas qu'on les rejetât (985). De tout temps c'avait été son opinion qu'il ne fallait changer que le moins qu'il se pouvait dans le culte extérieur (986). Ainsi, durant l'Intérim, il se rendit fort facile sur ces pratiques indifférentes ; et ne croyait pas, dit-il, que pour un surplis 'pour quelques fêtes, ou pour l'ordre des leçons (987), il fallût attirer la persécution. On lui lit un crime de celte doctrine, et on décida dans ÏO parti que ces choses indifférentes devaient
(980) Ci-dessus, liv. n,
l98!) Lil). u, Epibt. 240,259, 447, etc.
(9^) Cm.v , Epist. ad Vranm., col. loi.
(983) Acad. Rsgiomontana.
y'JXï) (aivui , ibid., pag. 445.
(985) S'.kid., lil). xxi, 3(5; \xu, 578.
CJ86 Lib. I, Epjsl. 1(5, ad l'hV. Civil., an.
être absolument rejetées (988) ; parce que l'usage qu'on en faisait était contraire à la liberté des Eglises, et enfermait, disait-on, une espèce de profession du papisme.
Mais Flaccius lllyrieus, qui remuait cette question, avait un dessein plus caché. 11 voulait perdre Mélanchthon dont il avait été disciple; mais dont il était ensuite tellement devenu jaloux, qu'il ne le pouvait souffrir. Des raisons particulières l'obligeaient à le pousser plus que jamais: car, au lieu que Mélanchthon tâchait alors d'affaiblir la doctrine de Luther sur la présence réelle, lllyric et ses amis l'outraient jusqu'à établir l'ubiquité (989). En effet, nous la voyons décidée par la [dupait des Eglises luthériennes; et tes actes en sont imprimés dans le Livre de la concorde, que presque toute l'Allemagne luthérienne a reçu.
Nous en parlerons dans la suite : ot pour suivre l'ordre des temps, il nous faut parler maintenant de la Confession de foi qu'on appela saxonique , et de celle de Virteniberg (990) : ce n'est point Witlemberg en Saxe, mais la capitale du duché de Virtcmberg.
Elles furent faites toutes deux à peu près dan-, le môme temps, c'est-à-dire en 1551 et 1552, pour être présentées au concile de Trente, où Charles V victorieux voulait que les protestants comparussent.
La Confession saxonique fut dressée par Mélanchihun : et nous apprenons de Sleidan (931) que ce fut par ordre de l'électeur Maurice, que l'empereur avait misa la place de Jean Frédéric. Tous les docteurs et tous les pasteurs, assemblés solennellement à Leipsick, l'approuvèrent d'une commune voix; et il ne devait rien y avoir de plus authentique qu'une confession de foi faite par un homme si célèbre, pour être proposée dans un concile général. Aussi fut-elle reçue non-seulement dans toutes les terres delà maison de Saxe et de plusieurs autres princes, mais encore parles Eglises de Poméranie et par celle de Strasbourg (992), comme il parait par les souscriptions et les déclarations de ces Eglises, lirentius fut l'aUteur de la Confession de Virteniberg (993); et c'était après Mélanchthon l'homme le plus célèbre de tout le parti. La Confession de Mélanchthon fut appelée par lui-même la répétition de la Confession d'Augsbourg. Christophe, duc de Virteniberg, par l'autorité duquel la Confession de 1 irtemberg fut publiée, déclare au^si qu'il confirme et ne fait que répéter la Confession d'Augsbourg. Mais pour ne faire que la répéter, il n'était pas besoin d'en faire une autre ; et ce terme de répétition fait voir seulement qu'on avait honte de produire tant de nouvelles confessions de foi.
(987) Lib. n. Ep.si. 70; lib. n,36.
(988) Concord., pag. 511, 789.
(989) Sleid. ibid.
(990) Sijnt. (.en., part, u, pa;>. 42, 98
(991) Liv. xxii.
(992) Synt. Cen., pari, n, pag. 91 ci seii
(993) Ihid.
PART. X. THEOL. l'OLKMigi E
l'UlRE DUS VARIATIONS.
En effet, pour commencer par la saxonique, l'article dé l'Eucharistie j l'ut expliqué en des termes bien différents d un
dont nns'étail servi a Augsbourg. Car, pour ne rien dire du long discours de quatre ou cinq pages que MéTanchthon substitue aux deux ou trois lignes du dixième Article d'Augsbourg, où cette matière e^i décidée, vov i ce qu'il y avait d'essentiel : « Il faut, » disait-il [99k), «apprendre aux hommes que les sacrements sont des actions instituées de Dieu, et que les choses ne sont sacrements que d;ms le temps de l'usage ainsi établi, mais que dans l'usage établi de cette communion, Jésus-Christ est véritablement el substantiellement présent, vraiment donné à ceux <|iii reçoivent le corps et le sang de Jésus-Christ, par où Jésus-Christ témoigne qu'il est en eux, et les l'ait ses membres. »
Mélancbthon évite de mettre ce qu'il avait mis à Augsbourg, « que le corps et le sang sont vraiment donnés avec le pain et le vin; » el encore plus ce que Luther avait ajouté à Sma kalde, « que le pain et le vin sont le vrai corps et le vrai sang de Jésns- Clirist, qui ne sont pas seulement donnés el reçus par les Chrétiens pieux, niais encore par les impies. » Ces importantes paroles, que Luther avait choisies avec tant de soin pour expliquer sa doctrine, quoique signées par Mélancbthon à Smal kalde, comme on a \ u, furentretranchées par Méianchthon même île sa Confession saxenique. Il semble quM ne voulait plus que le corps de Jésus-Christ fut pris par la bouche avec le pain, ni qu'il fût reçu substantiellement par les impies, encore qu'il ne niât pas une présence substantielle où Jésus-Christ vînt à ses tidèles, non-seulement par sa vertu et par son esprit, mais encore en sa propre chair et en sa propre substance, détaché néanmoins du pain et du vin : car il lallait que l'Eucbaristie produisit encore celte nouveauté , et que, selon la prophétie du saint vieillard Siméon, Jésus-Christ y tut dans les derniers siècles en bulle aux contradictions [Luc. il, 3'»), comme sa divinité et son incarnation l'avaient été dans les premiers.
Voilà comme on répétait la Confession é'Auysbourgei la doctrine de Luther dans la Confession saxonique. La Confession de I irtemberg ne s'éloigne pas moins de celle d'Augsbourg, ni des articles de Smalkalde. Kl le dit que le vrai corps et le vrai sang tst distribué dans l'Eucharistie : et rejette ceux. qui disent que le pain et le vin sont des signes du corps et du sanq de Jésus-Christ absent ^993). Klle ajoute, « qu'il est au pouvoir de Dieu d'anéantir la substance du pain onde la changer eu son corps; mais que Dieu n'use pas de ce pouvoir dans la Cène, et que le vrai pain demeure avec la vraie présence du corps. » Llle établit manifestement la concomitance, en décidant « qu'en-
core que Jésus Christ soit distribué tout entier tant dans le pain que dans le vin do l'Eucharistie, l'usage des deux parties ne laisse pas de devoir ôtre universel. » Ainsi elle nous accorde deux choses : l'une quo la transsubstantiation est possible, et l'autre que la concomitance es! certaine; mais encore qu'elle défende la réalité jusqu'à admettre la concomitance, elle ne laisse pas d'expliquer cette parole : Ceci est mon corps, par celle d'Ezéchiel (V, 5), qui dit : Celle-là est Jérusalem, en montrant la représentation! de i eiie ville.
C'est ainsi que tout se confond, lorsqu'on? sort du droit sentier pour suivre ses propres idées. Comme les défenseurs ou sens figuré reçoivent quelque impression du sens littéral, ainsi les défenseurs du sens littéral sont quelquefois éblouis par les trompeuses subtilités du sens figuré. Ali reste, il ne s'agit pas ici de savoir si, à force de raffiner surdes expressions différentes de tant île confessions de foi, on trouvera quelque mo.ven violent de les réduire à un sens conforme. Il me suffit de faire observer combien de peine ont eu à se contenter de leurs propres confessions de foi, ceux qui ont quitté la foi de l'Eglise.
Les autres articles de ces confessions do foi ne sont pas moins remarquables que celui de l'Eucharistie
La Confession saxonique reconnaît que « la volonté est libre ; que Dieu ne veut point le péché, ni ne l'approuve, ni n'y coopère : niais que la libre volonté des hommes et des diables est cause île leur péché et de leur chute (996). » Il faut louer Mélancbthon d'avoir ici corrigé Luther et de s'être corrigé lui-même plus clairement qu'il n'avait fait dans la Confession d'Augsbourg.
Nous avons déjà remarqué qu'il n'avait reconnue Augsbourg l'exercice du libre arbitre que dans les actions de la vie civile, et que depuis il l'avait étendu môme aux actions chrétiennes. C'est ce qu'il commence à nous découvrir plus clairement dans la Confession saxonique (997) : car après avoir expliqué la nature du libre arbitre et le choix de la volonté, et avoir aussi expliqué qu'elle ne sullit pas seule pour les oeuvres que nous appelons surnaturelles, il répète par deux fois que la volonté, après avoir reçu le Saint- Esprit, ne demeure pas oisive, c'est-à-dire qu'elle n'est pas sans action ; ce qui semble lui donner, comme fait aussi le concile di Trente, une action libre sous la conduite du Saint-Esprit qui la meut entièrement.
Et ce que Mélancbthon nous donne à entendre dans cette Confession de foi, il l'explique plus clairement dans ses lettres; car il en vient jusqu'à reconnaître dans les œuvres surnaturelles la volonté humaine, selon l'expression de l'école, comme un agent partial, agens partiale (998) ; c'est-u-diru
i'"JJ) Cap. De cœna . Sijnt. Cen., part, u , )>> 7-2.
v9!l5i Conf. Vituembetg , rap. De Eucli., ibid.
(996) Pag. 55.
[997) Cap. De rem. pecc.
Hifiit. (.'en , pari, u, pag. 51.
38 l.i!.. iv, Episf. :H0.
; De lib. arb.
60, 6I:eic.
etc. ^
SSH
ULL'VRES COMPLETES Dr. BOSSULT.
que rin.init.0 agit avec Dieu, et que lies ilcux il se fait un agent total. C'est ainsi qu'il s'en était expliqué dans la conférence (Je Ratisbonne, en 1541. Et encore qu'il sentît bien que cette manière de s'expliquer déplairait aux siens, il ne laissa pas de passer outre, à cause, dit-il, que la chose est véritable. Voila comme il revenait des excès que Luther lui avait appris, encore que Luther y eût persisté jusqu'à la lin. Mais il s'explique plus amplement sur cette matière dans une lettre écrite à Calvin. « J'avais, » dit-il (999), « un ami qui, en raisonnant sur la prédestination, croyait également ces deux choses, et que tout arrive parmi les hommes comme l'ordonne la Providence, et qu'il y a néanmoins de la contingence. Il avouait cependant qu'il ne pouvait pas concilier ces choses. Pour moi qui tiens, poursuit-il, que Dieu n'est pas la cause du péché,'et ne veut pas le péché, je reconnais cette contingence dans l'infirmité de notre jugement, afin que les ignorants confessent que David est tombé de lui-même, et par sa propre volonté, dans le péché; qu'il pouvait conserver le Saint-Esprit qu'il avait en lui, et que dans ce combat il faut reconnaître quelque action de la volonté. » Ce qu'il continue | ar un passage de saint Basile, où il dit: Ayez seulement lu, volonté, et Dieu vient à vous. Par où Mélanchthon semblait insinuer, non-seulement que la volonté agit, mais qu'elle commence; ce que saint Basile rejette en d'autres endroits, et ce qu'il ne me paraît pas que Mélmchlhon ait jamais assez rejeté, puisque même nous avons vu qu'il avait coulé un mot dans la Confession d'Augsbourg, où il semblait insinuer que le grand mal est de dire, non que la volonté puisse commencer, mais qu'elle puisse achever par elle-même l'œuvre de Dieu (1009).
Quoi qu'il en soit, il est certain qu'il reconnaissait l'exercice du libre arbitre dans les opérations de la grâce, puisqu'il avouait si clairement que David pouvait conserver le Saint-lisprit, quand il le perdit; comme il pouvait le perdre, quand il le conserva : mais encore que ce fût là son sentiment, il n'osa le déclarer nettement dans la Confession saxonique : trop heureux de le pouvoir insinuer par ces paroles : La volonté n'est pas oisive, ni sans action.
C'est que Luther avait tellement foudroyé le libre arbitre, et avait laissé dans sa secte une telle aversion pour son exercice, que Mélanchthon n'osait dire qu'en tremblant ce qu'il en croyait, et que ses propres confessions de foi étaient ambiguës.
Mais toutes ces précautions ne le sauvèrent paS de la censure, lllyric et ses sectateurs ne lui purent souffrir ce petit mot qu'il avait mis dans la Confession saxonique, que la volonté n'était pas oisive, ni sans action. Ils condamnèrent cette expression dans
deux assemblées synodales, avec le passage de saint Basile dont nous avons vu que Mélanctithon p -errait.
Ceae condamnation est ins'rée dans le Lii're de la concorde (1001). Tout l'honneur qu'on fait à Mélanchthon, c'est de ne le pas nommer, et de condamner ses expressions sous le nom général de nouveaux auteurs, ou sous le nom des papistes et des scolastiques. Mais qui considérera avec quel soin on a choisi les expressions de Mélanchthon pour les condamner, vena bien que c'est à lui qu'on en voulait, et les luthériens de bonne foi en sont d'accord.
Voilà donc enlin ce que c'est que les nouvelles sectes. On s'y laisse prévenir contre des dogmes certains, dont on prend de fausses idées. Ainsi Mélanchthon s'était emporté d'abord avec Luther contre le libre arbitre, et n'en voulait reconnaître aucune action dans les œuvres surnaturelles. Convaincu de son erreur, il penche à l'extrémité opposée ; et, loin d'exclure l'action du libre arbitre, il se porte à lui attribuer le commencement des œuvres surnaturelles. Quand il veut un peu revenir à la vérité, et dire que le libre arbitre a son action dans les ouvrages de la grâce, il se trouve condamné par les siens. Telles sont les agitations et les embarras où l'on tombe en secouant le joug salutaire de l'autorité de l'Eglise.
Mais encore qu'une partie des luthériens ne veuille fias recevoir ces termes de Mélanchthon : La volonté n'est pas sans action dans les opérations de la grâce ; je ne sais comment ils peuvent nier la chose, puisqu'ils confessent tous d'un commun accord que l'homme qui est sous la grâce la peut rejeter et la perdre.
C'est ce qu'ils ont assuré dans la Confession d'Augsbourg ; c'est ce qu'ils ont répété dans l'Apologie; c'est ce qu'ils ont de nouveau décidé et inculqué dans le Livre de la concorde (1002) : de sorte qu'il n'y a rien de plus certain parmi eux. D'où il paraît qu'ils reconnaissent, avec le concile de Trente, le libre arbitré agissant sous l'opération de la grâce jusqu'à la pouvoir rejeter ; ce qu'il est bon de remarquer, à cause de quelques-uns de nos calvinistes, qui, faute de bien entendre l'état de la question nous font un crime d'une doctrine qu'ils ne laissent pas de supporter dans leurs frères les luthériens.
Il y a encore, dans la Confession saxonique, un article d'autant plus considérable iju'il renverse un des fondements de la nouvelle Réforme. Elle ne veut pas reconnaître que la distinction des péchés entre les mortels et les véniels soit appuyée sur la nature du péché inêine : mais ici les théologiens do aaxe confessent avec Mélanchthon, qu'il y a de deux sortes de péchés : « les uns qui chassent du cœur le Saint-Esprit, et les autres qui ne le chassent pas (1003). » Pour
(999) Episi. Met. inler Epist. Calv., png. 38L (10U0) touf. Aug., ail. 18; ci-dessus, liv. m. (1001) Pag. 5, 82, 1180.
(I00>) Pag. G75, etc.
(1003) Pag. 75.
expliquer la nature de ces péchés différents, on remarque deux genres de Chrétiens,
« doi t les uns répriment In convoitise, et les autres lui obéissent. Dans ceux qui la combattent, poursuit-on, le péché n'est pas régnant ; il est véniel ; il no nous l'ait pas perdre le Saint-Esprit, il ne renverse pas le fondement et n'est pas contre la conscience. «
On ajoute que ces sortes dépêchés sont couvrrts, c'est-à-dire qu'ils ne sont pas imputés par In miséricorde de Dieu. Selon cette doctrine, il est certain que la distinction des péchés mortels et véniels ne consiste pas seulement en ce que Dieu pardonne les uns, et ne pardonne pas les autres, comme on le dit ordinairement dans la prétendue Réforme, mais qu'elle vient de la nature de la chose. Or il n'en faut pas davantage pour condamner la doctrine de Injustice imputatire, puisqu'il demeure pour constant que, malgré les péchés où le juste tombe tous les jours, le péché ne règne pas en lui, mais plutôt que la charité y règne, et par conséquent la justice : ce qui suffit de soi-même pour le faire nommer vraiment juste, puisque la chose est dénommée par ce qui prévaut en elle. D'où il s'ensuit que, pour expliquer la justification gratuite, il n'est pas nécessaire de dire que nous soyons justifiés par imputation, et qu'il faut dire plutôt que nous sommes vraiment justifiés parune justice qui est en nous, mais que Dieu nous donne.
Je ne sais pourquoi Mélanchthon ne mit lias dans la Confession saxonique ce qu'il avait mis dans la Confession d'Augsbourg et dans Y Apologie, sur le mérite des bonnes œuvres. Mais il ne faut pas conclure de là que les luthériens eussent rejeté cette doctrine; puisqu'on trouve dans le môme temps nu chapitre de la Confession de Yirtemberg, où il est dit « que les bonnes œuvres doivent être nécessairement pratiquées et que par la bonté gratuite de Dieu, elles méritent leurs récomnenses corporelles et spirituelles (lOOi). »
Ce qui fait voir en passant, que la nature du mérite s'accorde parfaitement avec la grâce.
En 1537, il se fit à Worms, par l'ordre de Charles V, une nouvelle assemblée (1005), pour concilier les religions. Pllngius, l'auteur de l'Intérim, y presidf.it. M. Burnet, toujours attentif à tirer tout à l'avantage de la nouvelle Héforme, en fait un récit abrégé, où il représente les Catholiques comme gens qui, « ne pouvant vaincre leurs ennemis, les divisent, et les animent les uns contre les autres lans des matières peu importantes (1006). » Mais le récit de Mélauclitliou va découvrir le