‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 147 sur 325 · II. HISTOIRE DES VARIATION i ,y,j · texte numérisé non relu

II. HISTOIRE DES VARIATION i ,y,j

fond de l'affaire (1007). Dès que les docteurs prolestants nommés pour la conférence furent arrivés à Worms, les ambassadeurs de leurs princes les assemblèrent, pour leur dire, de la part des mêmes princes, qu'il fallait avant toutes choses, et avant que de conférer avec les Catholiques, « s'accorder entre eux , et en même temps condamner quatre sortes d'erreurs: t" celle des zuingliens ; 2° celle d'Osinndre sur la justification; 3° la proposition qui assuré que les bonnes œuvres sont nécessaires au salut; k° et enfin l'erreur de ceux qui avaient reçu les cérémonies indifférentes. » Ce dernier article regardait nommément Mélanchthon ; et c'était lllyric, avec sa cabale, qui le propo ait. Mélanchthon avait été averti île ses desfeins, et il écrivit durant le voyagea son ami Camérarius, « qu'à table et parmi les verres, on dressait certains articles préliminaires qu'on prétendait faire signer à lui et à Brentius (1008). » Il était alors fort uni avec le dernier, et il représente lllyric, ou quelqu'un de cette cabale, comme une furie qui allait de porte en porte animer le monde. On croyait aussi dans le parti Mélanchthon assez favorable aux zuingliens. et Brentius à Osiandre. Le même Mêlant hthon paraissait porté pour la nécessité des bonnes œuvres; et toute cette entreprise le regardait visiblement avec ses amis. Ce n'était donc pas jusqu'ici les Catholiques qui travaillaient à diviser les protestants. Ils se divisaient assez d'eux-mêmes; et ce n'était pas, comme le prétend M. Burnet, sur des matières peu importantes; puisqu'il la réserve de la question sur les choses indifférentes, tout le reste, où il s'agissait de la présence réelle, de la justification monstrueuse d'Osiandre, et de la manière dont on jugerait les bonnes œuvres nécessaires, était de la dernière conséquence.

Sur le premier de ces points, Mélanchthon demeurait d'accord que les zuingliens méritaient d'être condamnés aussi bien que tes papistes: sur le second, qu'Osiandro n'était pas moins digne de censure : sur le troisième, que de cette proposition, les bonnes œuvres sont nécessaires au salut, il en fallait retrancher le dernier mot (1009) ; de manière que les bonnes œuvres , malgré l'Evangile qui crie que sans elle on n'a point de part au royaume de Dieu, demeuraient nécessaires à "la vérité, mais non pas pour le salut. Et au lieu que M. Burnet nous a dit que les protestants admettaient tout d'une voix cette nécessité des bonnes œuvres pour être sauvé (1010), nous la voyons au contraire également rejetée par les ennemis de Mélanchthon et par lui-même, c'est-à-dire par

(1004) Cmijes. l'/il..' cap. De bonis oper., ibid., B. 106.

(1005) Celte conférence se lini an mois d'août 1557, par les soins de Ferdinand, successeur de Chailes Y, son frère. Quoique ce prince eut abdiqt.é en faveur de Ferdinand, dés l'année i55U, cep'ndant celui-ci ne fui reconnu empereur qu'en J558 : mais il gérait I s affaires du l'Kaipirc, eu

qualité de roi des Humains. (Etlil. tic Versailles.)

(1000) liuiN., part, n, li v. ii, |kijï. 551.

(1007 1 Mi.i.., lih. I, F.pisl. 70; rjusdeui /•,'//;»/. ad •Mber. Ilurd. el ad Uullui'j. apnd llosp., an. 1557,

(1008) Lin. iv, SOS clseq.

(I001M Luc. sup. cit.

( 1010) Yoy. ci-dessus, Kv. vu.

les deux partis des i>rale^tants d'Allemagne.

Pour ce qui regarde Osiandre, Brentius ne manqua pas d'en prendre le parti, non pas en défendant ia doctrine qu'on lui imputait, mais en soutenant qu'on n'enten lait pas la pensée de cet auteur, quoique Osiandre l'eût expliquée si nettement, que ni Mélanchthon, ni personne n'en doutait. Il paraissait donc bien aisé parmi les luthériens de convenir des condamnations que demandait Ulyrioavee ses amis; mais Mélauchthon les empêcha, craignant toujours d'exciter de nouveaux troubles dans la Réforme; qui è force de'se diviser, semblait devoir s'en aller par pièces.

Ces disputes des protestants vinrent bientôt aux oreilles des Catholiques, car lllyrie et ses amis faisaient grand bruit, non-seulement à Worias mais encore dans toute l'Allemagne. Le dessein des Catholiques était de presser dans la conférence la nécessité de déférer aux jugements de l'Eglise pour mettre tin aux disputes qui s'élèvent parmi les Chrétiens : et les contestations des prolestants venaient très-à-propos pour ce dessein , puisqu'elles faisaient paraître qu'eux-mêmes, qui disaient tant que l'Ecriture était claire et pleinement suffisante j. ouitout régler, s'accordaient si peu, et n'avaient pu encore trouver le moyen de terminer entre eux la moindre lspute. La faiblesse de la Réforme si prompte à produire des difficultés, etsi impuissante pour les résoudre, paraissait visible. Alors lllyrie et ses amis, pour faire voir aux Catholiques qu'ils ne manquaient pas de force pour condamner les erreurs nées dans le parti protestant, tirent voir aux députés catholiques un modèle qu'ils avaient dressé des condamnations que leurs compagnons avaient rejetées ; ainsi la division éclata d'une manière à ne pouvoir être cachée. Les Catholiques ne voulurent plus continuer les conférences, où aussi bien on n'avançait rien, et laissèrent les illyriciens disputer avec les mélanchlhonistes, comme saint Paul laissa disputer les pharisiens et les sadducéens (Act. xui, 6), en tirant tout le profit qu'il avait pu de leurs dissensions connues.

On attendait dans la Prusse quelque chose de vigoureux, et quelque ferme décision contre Osiandre, dont l'insolence ne pouvait plus être supportée. 11 témoignait ouvertement faire peu d'état de la Cunfcssiun d'Augsbourg, et de Mélanchthon qui l'avait dressée, et des mérites de Jésus -Christ même, dont il ne faisait nulle mention dans la justification des pécheurs (1011). Quelques théologiens de Kœuigsbergs opposaient le plus qu'ils pouvaient à sa doctrine, et entre autres Frédéric Staphyle, un des plus célèbres professeurs en théologie de cette université, qui avait ouï, durant seize ans, Luther et Mélanchthon à \Vitlemberg(10l2) :

mais comme ils ne gagnaient rien avec leurs doctes ouvrages, et que l'éloquence d'Osiandre entraînait le inonde, ils eurent recours à l'autorité de l'Eglise de Wittemberg et du reste de 1 Allemagne prutestante. Lorsqu'ils virent qu'au lieu (les condamnations précises et vigoureuses dont la foi infirme des peuples avait besoin , il ne venait de ce côté-là que de timides écrits dont Osiandre tirait avantage, ils déplorèrent la faiblesse du parti, où il n'y avait nulle autorité contre les erreurs. Staphyle ouvrit les yeux, et retourna au giron de l'Eglise catholique.

L'année suivante, les luthériens s'assemblèrent à Francfort pour convenir d'une formule sur l'Eucharistie , comme si on n'eût rien fait jusqu'alors. On commença, selon la coutume, en disant qu'on ne faisait que répéter la Confession d'Augsbourg. On y ajoutait néanmoins « que Jésus -Christ était donné dans l'usage du sacrement vraiment et substantiellement, et d'une manière vivifiante; que ce sacrement contenait deux choses, c'est-à-dire le pain et le corps; et que c'est une invention des moines, ignorée par toute l'antiquité, dédire que le. corps nous soit donné dans l'espèce du pain (1013). »

Etrange confusion ! L'on ne faisait, disaiton, que répéter la Confession d'Augsbourg ; et cependant cette expression que l'on condamnait à Francfort, que le corps fût pre'sent sous les deux espèces, se trouve dans une des éditions de cette même Confession qu'on se vantait de répéter, et encore dans l'édition qu'on reconnaissait à Francfort même pour si véritable, qu'encore aujourd'hui dans les livres rituels dont se sert l'Eglise française de cette ville, nous lisons l'article 10 de la Confession d'Augsbourg, couché eu ces termes . Qu'on reçoit le corps et le sang sous les espèces du pain et du vin.

.Mais la grande affaire du temps parmi les luthériens fut celle de l'ubiquité, que Westphale , Jacques-André Smidelin, David Cbytré et les autres établissaient de toutes leurs forces. Mélanchthon leuropposait deux raisons qui ne pouvaient pas être plus convaincantes : l'une, que cette doctrine confondait les deux natures de Jésus-Christ, le faisant immense non-seulement selon sa divinité, mais encore selon son humanité, et même selon son corps; l'autre, qu'elle détruisait le mystère de l'Eucharistie, à qui on ùtait tout ce qu'il avait de particulier, si Jésus-Christ comme homme n'y était présent que de la même manière qu'il l'est dans le bois et dans les pierres. Ces deux raisons faisaient regarder à Mélanchthon la doctrine de l'ubiquité avec horreur, et l'aversion qu'il en avait lui faisait insensiblement tourner sa confiance du côté des défenseurs du sens ligure. 11 entretenait un commerce particulier avec eux, principalement avec Calvin. Mais il est certain qu'il

(toll)Ciiïi., in Sax . lib. xvn, 4-i-i cl seq.

lit. Osian .' . pag.

(101-2) llnJ.. p. lis.

ilOtJ] llosi'.. fol. -itil.

PAIIT. \. TI1K0L. POLEMIQUE. - El. HISTOIRE !>i:s VARIATIONS.

stâ

no trouvait pas dans ses sentiments ce qu'il désirait

Calvin soutenaitopini&trément qu'un Qdèle régénéré une fois ne pouvait perdre la grâce, el Mélanchthon convenait avec les autres luthériens que cette doctrine était condamnable et impie (lOlfc). Calvin ne pouvait souffrir la nécessité du baptême : et Mélancbtbon ne voulutjamais s'en départir. Calvin condamnait ce que disait Mélanchthon sur la coopération du libre arbitre : et Mélanchthon ne croyait pas pouvoir s'en dédire.

On voit assez qu'ils n'étaient nullement d'accord sur la prédestination, et quoique Calvin répétât sans cesse que Mélanchthon ne pouvait pas s'empêcher d'être dans son cœur de même sentiment que lui, il n'a jamais rien tiré de Mélanchthon sur ce sujet-là.

Pour ce qui regarde la Cène, Calvin se vante partout que Mélanchthon était de sou uvis : mais comme il ne produit aucune parole de Mélanchthon qui le dise clairement, et qu'au contra re il l'accuse dans toutes ses lettres et dans tous ses livres de ne s'être jamais assez expliqué sur ce sujet, jo crois qu'on peut douter raisonnablement de ce qu'avance Calvin, et il me semble que ce qu'on peut dire avec le plus de vraisemblance, c'est que ces deux auteurs ne s'entendaient pas bien l'un l'autre ; Mélanchthon étant ébloui îles termes de propre substance que Calvin affectait partout, comme nous verrous, et Calvin aussi tirant 5 lui les paroles où Mélancbtbon séparait le pain d'avec le corps de Nôtre-Seigneur, sans néanmoins prétendre par là déroger à la présence substantielle qu'il reconnaissait dans les fidèles communiants.

S'il en fallait croire Peucer, le gendre de Mélancbtbon , son beau-père était un pur calviniste. Peucer le devint lui-même, et souffrit beaucoup dans la suite, à cause des intelligences qu'il entretint avec Bèze pour introduire le calvinisme dans la Saxe. Il se faisait un honneur de suivre les sentiments de son beau-père, et il a fait des livres exprès, où il raconte ce qu'il lui a dit en particulier sur ce sujet (1015). Mais sans attaquer la foi de Peucer, il pourrait, dans une matière qu'on avait rendue si fertile en équivoques, n'avoir pas assez entendu les paroles de Mélanchthon, et les avoir accommodées à ses préventions.

Après tout, il m'importe pende savoir ce qu'aura pensé Mélanchthon. Plusieurs protestants d'Allemagne, plus intéressés que nous eu cette cause, ont compris sa défense; et la bonne foi m'oblige à dire en leur faveur que je n'ai trouvé nulle part dans les écrits de cet auteur, qu'on ne reçoive Jésus-Christ que par la foi, ce qui est pourtant le vrai CdiaïAère du sens figuré. Je ne vois pas non plus qu'il ait jamais dit avec ceux qui le

soutiennent, que les indignes ne reçussent i as le vrai corps et le vrai sang; et au contraire il me paraît qu'il a persisté en ce qui fut arrêté sur ce sujet dans l'accord de Witlemberg (I01G).

Ce qu'il y a de certain, c'est que dans la crainte qu'avait Mélanchthon d'augmenter les divisions scandaleuses de la nouvelle Réforme, où il ne voyait aucune modération, il n'osait presque plus parler qu'en termes si généraux, que chacun y pouvait entendra ce qu'il voulait. Les sarrainentaires l'accommodaient peu : les luthériens couraient tous a l'ubiquité. Brentius, le seul presque des luthériens qui avait gardé avec lui une parfaite union, se rangeait de ce parti-là : ce prodige de doctrine gagnait insensiblement dans toute la secte. 11 eût bien voulu parler, et il ne savait que dire, tant il trouvait d'opposition à ce qu'il croyait être la vérité. « Puis-je, » disait-il, « expliquer la vérité tout entière dans le pays od je suis, et la cour le souffrirait-elle? » A quoi il ajoutait souvent: « Je dirai la vérité quand les cours ne m'en empêcheront point (1017). »

Il est vrai que ce sont les sacrament aires qui le font parler de cette sorte : mais outre qu'ils produisent ses lettres, dont ils prétendent avoir les originaux, il n'y a qu'à lire celles ipie ses amis ont publiées , pourvoir que ces discours qu'on lui fait tenir s'accordent parfaitement avec la disposition où l'avaient mis les dissensions implacables do la nouvelle Réforme.

Son gendre, qui conle les faits avec beaucoup de simplicité, nous rapporte qu'il était tellement haï des ubiquitaires, qu'une foi-. Chytré, un des plus zélés, avait dit, « qu'il fallait se défaire de Mélanchthon, autrement qu'ils auraient en lui un obstacle éternel à leurs desseins ( 1018). » Lui-mèir.e, dans une lettre à l'électeur palatin, dont Peucer fait mention (1019), dit qu'il ne voulait plus disputer contre des gens dont il éprouvait les cruautés. Voilà ce qu'il écrivait quelques mois avant sa mort. « Combien de fois, «dit Peucer, « et avec combien de sanglots m'at-il expliqué les raisons qui l'empêchaient de découvrir au public le fond de ses sentiments? » Mais qui pouvait le contraindre dans la cour de Saxe où il était, et au milieu des luthériens, si ce n'était la cour elle-même, et les violences de ses compagnons?

(Juel état de ne pouvoir trouver nulle part ni la paix, ni la vérité comme il l'entendait 1 11 avait quitté l'ancienne Eglise qui avait pour elle la succession et tous les siècles précédents. L'-Eglise luthérienne qu'il avait fondée avec Luther, et qu'il avait cru le seul asile de la vérité , embrassait l'ubiquité qu'il détestait. Les Eglises sacramentaires, qu'il avait cru les plus pures après les luthériennes, étaient pleines d'autres erreuis

(lOti) Lih. i, Epist. 70.

(1015) Peuc, Narr. Iiist* de seul. Met.; Item, liist. can ., etc.

IlOllii Ci-dessus, liv. ..'.

(1(117) Uosp., aJ an. 1557,249, 250. (i0l8i Peuc, lli>l. earc-.; /•.'/u'.j ml l',i! , a>. Hosp 1559, 2(>i).

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OEIVBES COMPLETES DE BUSSILT.

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qu'il tic pouvait supporter, et qu'il avait rejelées dans toutes ses confessions de foi. 1! paraissait qu'on le respectait dans l'Eglise de Witteniberg, mais les cruels ménagements auxquels il se voyait asservi l'empêchaient de (lire tout ce qu'il pensait ; et il finit en cet état sa vie malheureuse en l'an 15C0.

lllyricet ses sectateurs triomphèrent par sa mort : l'ubiquité lut établie presque dans tout le luthéranisme, et les zuingiiens furent condamnés par un synode tenu en Saxedans la ville deléna(1020). Mélanchthon avait empêché qu'on ne prononçât jusqu'alors une pareille sentence. Depuis qu'elle eut été donnée, on ne parla plas dans les écrits contre les zuingiiens que de l'autorité de l'Eglise, et on voulait que tout y cédât sans raisonner. Oii cornu ençait à connaître dans le principal parti de la nouvelle Réforme, c'est-à-dire, parmi les luthériens, qu'il n'y avait que l'autorité de l'Eglise qui pût retenir les esprits et empêcher les divisions. Aussi voyons-nous que Calvin ne cesse de leur reprocher qu'ils faisaient valoir le nom de l'Eglise pi us que ne le faisaient les papistes et qu'ils allaient contre les principes que Luther avait établis (1021). Il était vrai, et les luthériens avaient à répandre aux mêmes raisonnements que tout le parti protestant avait opposés à l'Eglise catholique et à sou concile. Ils objectaient à l'Eglise qu'elle se rendait juge en sa propre came, et que le pape avec ses évoques étaient tout ensemble accusés, aciusaleuis et juges (102-2). Les sacramentaires en disaient aulanl aux luthériens qui les condamnaient (1023). Tout le corps des protestants disait à l'Eglise, que leurs pasteurs devaient être assis avec tous les autres dans le concile qui se tiendrait pour juger les questions de la foi, qu'autrement c'était préjuger contre eux, sans les avoir entendus. Les sacramentaires faisaient le même reproche aux luthériens (102V), et leur soutenaient qu'en s'attribuant l'autorité de les condamner sans appeler leurs pasteurs dans les séances, ils commençaient à faire eux-mêmes ce qu'ils avaient appelé une tyrannie dans l'Eglise romaine. Il paraissait clairement qu'il en fallait enfin venir à imiter l'Eglise catholique , connue celle qui savait seule la vraie manière de juger les questions de la foi, et il paraissait en même temps, par les contradictions où tombaient les luthériens en suivant cette manière, qu'elle n'appartenait pas aux novateurs, et ne pouvait subsister que dans un corps qui l'eût pratiquée dès l'origine du christianisme.

En ce temps on voulut choisir entre toutes les éditions de la Confession d'Augsbourg celle qu'on réputerail authentique. C'était une chose surprenante, qu'une confession

de foi qui faisait la règle des protestants

d'Allemagne et de tout le Nord, et qui avait donné le nom à tout le parti, eût été publiée en tant de manières, et avec des diversités si considérables à Wittemberg et ailleurs, à la vue de Luthe1" et de Mélanchthon , sans qu'on se fût avisé de concilier ces variétés Enfui, en 1561, trente ans après cette confession, pour mettre fin aux reproches qu'on faisait aux protestants, de n'avoir point encore de confession fixe, ils s'asemblèrent à NaUmbourg, ville de Thuringe, où ils choisirent une édition (1025) : mais en vain, parce que toutes les autres éditions ayant été imprimées par autorité publique , on n'a jamais pu les abolir, ni empêcher que les uns ne suivissent l'une, et les autres l'autre, comme il a été dit ailleurs (1026).

Uien plus , l'assemblée de Naiimbourg, en choisissant une édition, déclara expressément qu'il ne fallait pas cioire pour cela qu'elle eût improuvé les autres , principalement celle qui avait été faite à Witlembers en 15i0, sous les yeux de Luther et de Mélanchthon, et dont aussi on s'était servi publiquement dans les écoles des luthériens. 1 1 dans les conférences avec les Catholiques.

Enfin on ne peut pas même bien décider laquelle de ces éditions fut préférée à Naùmbourg. Il semble plus vraisemb'able que c'est celle qui est imprimée avec le consentement de presque tous les princes, à la tête du Livre de la concorde: mais cela même n'est pas certain , puisque nous avons fait voir quatre éditions de l'article de la Cène, également reconnues dans le même livre.

Si d'ailleurs on y a ôté le mérite des bonnes eeuvres dans la Confession d'Augsbourg, nous avons vu qu'il y est resté dans ['Apologie (1027) ; et cela même est une preuve de ce qui était originalement dans la Confession, puisqu'il est certain que ['Apologie n'était laite que poui l'expliquer et pour la défendre.

Au reste , les dissensions des protestants sur le sens de la Confession d'Augsbourg furent si peu terminées dans l'assemblée de Naiimbourg, qu'au contraire l'électeur palatin Frédéric, qui en était un des membres, crut ou fit semblant de croire qu'il trouvait dans cette Confession la doctrinezuinglieune qu'il avait nouvellement embrassée (1028) : de sorte qu'il fut zuinglien , et demeura tout ensemble de la confession d'Augsbourg, sans se mettre en peine de Luther.

C'est ainsi que tout se trouvait dans cette Confession. Les zuingiiens malins et railleurs l'appelaient lu boîte de Pandore , d'où sortaient le bien et le mal ; la pomme de discorde entre les dées^es; une chaussure à tous pieds ; un grand et vaste manteau , où Satan se pouvait cacher aussi bien gueJésus-

(1020) IIosp., 1560, pag. 269.

(t'J-21) 11' i éf coiil. Yesiph.

(1022) C4LV,, Ept's(.,'pag. 521, ad ill. Germ. piinc; 11 défais, cont. Vestph., opilSC. 08(j. (tl)-23) Hosp., an. 1560, 269 c> seq.

.t02i) M<LY27U, 271.

(1025) Acl. ce

Cl -l'l|.

(10-20) Ci-dessus, liv. tu.

(1027) Ibid.

(1028) Hosr., loGl, aM\.

Xuumb., ap. Hosp. 15GI, 280

PAItT. \. TliKOL. POLEMIQUE. — II. HISTOIRE DES VARIATIONS.

Christ (1029). Ces messieurs savaient tous les proverbes ; et rien n'était oublié pour se moquer des sens différents que chacun trouvait dans la Confession d'Augsbourg. Il n'y avait que l'ubiquité qu'os n'y trouvait pas ; ci ce lut cependanl celte ubiquité, dont on lit parmi les luthériens un dogme quthenliquemcnt inféré dans le Livre de la concorde.

^ oici ce que nous trouvons dans la partie de ce livre qui a pour titre: Abrégé aes articles controverses parmi les théologiens de lu Confession d'Augsbourg. Dans le chapitre 7, intitule De la cène du Seigneur ; « La droite de Dieu est partout , et Jésus-Christ y est uni vraiment et en ell'et selon son humanité (1030). » Et encore plus expressément dans le chapitre 8, intitulé De la personne de Jésus-Christ, où on explique ceque c'ot que cette majesté attribuée au Verbe incarné dans les Lcrilures: là, nous lisons ces paroles: «Jésus-Christ non-seulement comme Dieu , mais encore comme homme , sait tout, peut tout, et est présent à toutes les créatures. » Cette doctrine est étrange. Il est vrai que la sainte âme de Jésus-Christ peut tout ce qu'elle veut dans l'Eglise, puis» qu'elle ne veut rien que ce que veut la divinité qui la gouverne. Il est vrai que celte sainle âme sait tout ce qui regarde le mande présent; puisque tout y a rapport au genre iiiiiiiain , dont Jésus-Christ est le rédempteur et le juge, et que les anges mômes, qui sont les ministres de notre salut, relèvenl de sa puissance. Il est vrai que Jésus- Christ se peut rendre présent où il lui plait, même selon son humanité , et selon son corps et son sang: mais que l'âme de Jéstis- Christ sache ou puisse savoir tout ce que Dieu sait, c'est attribuer à la créature une si ience ou une sagesse infinie, et l'égaler ;i Dieu môme. Que la nature humaine lie Jésus-Christ soit nécessairement partout où Dieu est, c'est lui donner une immensité qui ne lui. convient pas, et abuser manifestement de l'union personnelle: car par la même raison il faudrait dire que Jésus- Christ comme homme est dans tous les temps, ce qui serait une extravagance trop manifeste, mais néanmoins qui suivrait aussi naturellement de l'union personnelle, selon les raisonnements des luthériens, que la présence de l'humanité de Jésus-Christ dans tous les lieux.

On peut voir îa même doctrine de l'ubiquité , mais avec plus d'embarras et un plus long circuit de paroles, dans la partie de ce même livre qui a pour titre: « Solide, iacile et nette répétition de quelques articles de la Confession d'Augsbourg , dont ou a disputé quelque temps parmi quelques théologiens de cette confession, et qui sont ici décidés et conciliés selon la règle et l'analogie de la parole de Dieu , et la briève for-

mule de notre doctrine chrétienne [1031). «

Attendra qui voudra d'un tel titre la netteté et la brièveté qu'il promet : | our moi , je remarquerai seulement deux choses sur co mot de répétition : la première , c'est qu'encore qu'il ne soit parlé en nulle manière dans la Confession d'Augsbourg de la doctrine de l'ubiquité qui est ici établie , néanmoins cela s'appelle Itepétition de quelques articles de la Confession d'Augsbourg. On craignait de faire paraître qu'il y eût fallu ajouter quelque nouveau dogme , et on faisait passer sous le nom de répétition toul ce qu'on établissait de nouveau. La seconde, qu'il n'est jamais arrivé dans la nouvelle Réforme qu'on se soit bien expliqué la première fois: il a toujours fallu revenir à des répétitions , qui au fond ne se trouvent pas plus claires que les précédentes.

Pour ne rien dissimuler de ce qu'il y a d'important dans la doctrine des luthériens, au Livre de la concorde , je me crois obligé de dire qu'ils ne mettent pas l'ubiquité comme le fondement de la présence de Jésus- Christ dans la Cène : il est certain , au contraire, qu'ils ne font dépendre cette présence que des paroles de l'institution ; mais ils niellent cette ubiquité comme un moyen de fermer Ja bouche aux sacramentaires , qui avaient osé assurer qu'il n'était pas possible à Dieu de mettre le corps de Jésus-Christ en plus d'un lieu à la fois; ce qui leur paraissait contraire non-seulement à l'article de la toute-puissance de Dieu, mais encore à la majesté de la personne de Jésus-Christ.

Il faut maintenant considérer ceque disent les luthériens sur la coopération de la volonté avec !a grâce , question si considérable dans nos controverses, qu'on ne lui peut refuser son attention.

Sur cela les luthériens disent deux choses, qui nous donneront beaucoup de lumières pour linir nos contestations. Je les vais proposer avec autant d'ordre et de netteté qu'il me sera possible ; et je n'oublierai rien pour soulager l'esprit du lecteur , qui se pourrait trouver confondu dans la subtilité de ces queslions.

La première chose que font les luthériens,. pour expliquer la coopération de la volonté avec la grâce , est de distinguer le moment de la conversion d'avec ses suites ; et après a voir enseigné que la coopération de l'homme n'a point lieu dans la conversion du pécheur, ils ajoutent que cette coopération doitseulementêtre reconnuedans les bonnes œuvres que nous faisons dans la suite (1032).

J'avoue qu'il est assez difficile de bien comprendre ne qu'ils veulent dire : car la coopération qu'ils excluent du moment de la conversion est expliquée, en certains endroits, d'une manière qui semble n'exclure que la coopération qui se fait par nos pre-

(1020, Ibict.

(1050) Lib. coucora., pag. 600.

(1051) Solida. plana, etc. Cône,, 628, cap.

Cœua, pag. "o'2 et seq.. cap. 8 De ners. Ch., paj[. 751 et seq., "82 et seq.

(1052) Conc., pag. 582, 075, 680, 681,682.

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OEl'YKES COMPLETES DE BOSSLET.

près forces naturelles et de nous-mêmes , ainsi que parle saint Paul (1033). Si cela est, nous sommes d'accord : mais en même temps nous ne voyons pas quel besoin on avait de distinguer entre le moment de la conversion et toute sa suite; puisque dans toute la suite, non plus que dans le moment de la conversion, l'homme n'opère ni ne coopère que par la grâce de Dieu.

Iln'ya donc rien de plus ridicule que de dire, avec les luthériens, qu'au moment de la conversion l'homme n'agit pas davantage qu'une pierre ou de la boue (103't): puisqu'au moment de sa conversion on ne peut nier qu'il ne commence à se repentir, à croire, à espérer, à aimer par une action véritable; ce qu'un tronc et une pierre ne peuvent faire.

Et il est clair que l'homme qui se repent, qui croit et qui aime parfaitement, se repent, croit et aime avec plus de force ; mais non pas au fond d'une autre manière que lorsqu'il commence à se repentir, à croire et à aimer; de sorte qu'en l'un et l'autre état , si le Saint-Esprit opère , l'homme coopère avec lui , et se soumet à la grâce par un acte de sa volonté.

En effet, il semble que les luthériens, en excluant la coopération du libre arbitre, ne veulent exclure que celle qu'on voudrait attribuer à nos propres forces. « Lors, » disent-ils (1035), « que Luther assure que la volonté était purement passive, et n'agissait en aucune sorte dans la conversion , son intention n'était pas de dire qu'il ne s'excitât dans notre âme aucun nouveau mouvement, et qu'il ne s'y commençât aucune nouvelle opération ; mais seulement de faire entendre que l'homme ne peut rien de lui-même , ni par ses forces naturelles. »

C'était fort bien commencer : mais ce qui suit n'est pas de même. Car après avoir dit (ce qui est très-vrai) « que la conversion de l'homme est une opération et un don du Saint-Esprit , non-seulement dans quelqu'une de ses parties , mais en sa totalité , » ilsconcluent très-mal à propos que « le Saint-Esprit agit dans notre entendement, dans notre cœur, et dans notre volonté, comme dans un sujet qui souffre; l'homme demeurant sans action, et ne faisant que soulfrir. ><

Celle mauvaise conclusion, qu'on tire d'un principe véritable, fait voir qu'on ne s'entend pas; car il semble au fond que ce qu'on veut dire, c'est que l'homme ne peut rien de lui-même, et que la grâce le prévient en tout, ce qui encore une fois est incontestable. Mais s'il s'ensuit de ce principe, que nous sommes sans action, cette conséquence s'étend non-seulement au moment de la conversion, comme le prétendent les luthériens, mais encore, contre leur pensée, à toute la vie chrétienne ; puisque nous ne pouvons non plus par nos propres forces conserver

la grâce que l'acquérir, et qu'en quelque état que nous soyons, elle nous prévient en tout.

Je ne sais donc, à qui en veulent les luthériens, quand ils disent qu'il ne faut pas croire que l'homme converti coopère au Suint- Esprit, comme deux chevaux concourent à traîner un chariot (1036) ; car c'est là une venté que personne ne leur dispute, puisque l'un de ces chevaux ne reçoit pas de l'autre la force qu'il a; au lieu que nous convenons que l'homme coopérant n'a point de force que le Saint-Esprit ne lui donne : et qu'il n'y a rien de plus véritable que ce que disent les luthériens dans le même endroit, que lorsqu'on coopère ù la grâce, ce n'est point par ses propres forces naturelles, mais par ces forces nouvelles qui sont données par le Saint-Esprit.

Ainsi, pour peu qu'on s'entende, je ne vois plus entre nous aucune ombre de diflicullé. Si lorsque les luthériens enseignent que notre volonté n'agit pas au commencement de la conversion, ils veulent dire seulement que Dieu excite en nous de bons ni uvemenls, qui se font en nous sans nousmêmes : la chose est incontestable, et c'est ce qu'on appelle la grâce excitante. S'ils veulent dire que la volonté, lorsqu'elle consent à la grâce, et qu'elle commence par ce moyen à se convertir, n'agit pas de ses propres forces naturelles : c'est encore un point avoué par les Catholiques. S'ils veulent dire qu'elle n'agit point du tout, et qu'elle est purement passive, ils ne s'entendent pas eux-mêmes ; et contre leurs propres principes, ils éteignent toute action et toute coopération, non-seulement dans le commencement de la conversion , mais encore dans toute la suite de la vie chrétienne.

La seconde chose qu'enseignent les luthériens sur la coopération île la volonté est encore digne d'être remarquée , parce qu'elle nous découvre clairement dans quel abîme on se jette quand on abandonne la règle.

Le Livre de la concorde tâche d'éclaircir l'objection suivante des libertins, faite sur le fondement de la doctrine luthérienne : « S'il est vrai, » disent-ils (1037), « comme on l'enseigne parmi vous, que la volonté de l'homme n'ait point de part à la conversion des pécheurs, et que le Saint-Esprit seul y fasse tout, je n'ai que faire de lire ni d'entendre la prédication, ni de fréquenter les sacrements, et j'attendrai que le Saint-Esprit m'envoie ses dons. »

Celte même doctrine jetait les fidèles dans d'étranges perplexités : car, comme on leur apprenait que d'abord que le Saint-Esprit agissait en eux, il les tournait tellement lui seul qu'ils n'avaient rien du tout à faire: tous ceux qui ne sentaient point en eux-mêmes cette foi ardente, mais seulement des

(1033) Une., pag. 656, 062, cl sei|.

(<03i) pag. et \

(1035) Pag. OSii. [103G) Pag. 674,

: 1037 ! i. liO

PART. V llll.ni.. POLEMIQUE. — II. HISTOIRE DES VARIATIONS.

miseras el des faiblesses, tombaient dans ces tristes pensées el dans ce doute dangereux, s'ils étaient du nombre des élus, el si Dieu leur voulait donner son Saint-Esprit.

Pour satisfaire à ces doutes, et des libertins fi îles Chrétiens infirmes'qui différaient leur conversion, il n'y avait point à leur dire qu'ils résistaient au Saint-Esprit, donl la grâce les sollicitait au dedans de .se rendre à lui; puisqu'on leur disait au contraire que dans ces premiers moments, où il s'agissait de convertir un pécheur, le Saint-Esprit faisait tout lui seul, el que l'homme n'agissait non plus qu'une souche

Ils prennent donc un autre moyen de faire entendre aux pécheurs, qu'il ne tient qu'à eux de se convertir, et ils avancent ces propositions (1038).

En premier lieu : « que Dieu veut que tous les hommes se convertissent, et parviennent au salut éternel. »

En second lieu : « que pour cela il a ordonné que l'Evangile fût annoncé publiquement. '.

En troisième lieu : « que la prédication est le moyen par lequel Dieu assemble dans le genre bumain une Eglise dont la durée n'a point de fin. »

En quatrième lieu : « que prêcher et écou-* ter l'Evangile sont les instruments du Saint- Esprit, par lesquels il agit efficacement en nous, et nous convertit. »

Après qu'ils ont posé ces*quatre propositions générales louchant l'efficace de la prédication, ils en finit l'application à la con- . version du pécheur par quatre autres propositions plus particulières (1039). Us disent donc :

En cinquième lieu : « qu'avant même que l'homme soit régénéré, il peut lire ou 'écouter l'Evangile au dehors, et que, dans ces choses extérieures, il a en quelque façon son libre arbitre pour assister aux assemblées ne l'Eglise, et y écouter ou n'écouter pas la parole de Dieu. »

En sixième lieu ils ajoutent : « que par cette prédication, et par l'attention qu'on y donne, Dieu amollit les cœurs; qu'il s'y allume une petite étincelle de foi, par laquelle on embrasse les promesses de Jésus-Christ; et que le Saint-Esprit, qui opère ces bons sentiments, est envoyé dans les cœurs, par ce moyen. »

En septième lieu ils remarquent : « qu'encore qu'il soit véritable que ni le prédicateur, ni l'auditeur ne puissent rien par euxmêmes, et qu'il faille que le Saint-Esprit agisse en nous, afin que nous puissions croire à la parole; ni le prédicateur, ni l'auditeur ne doivent avoir aucun doute que le Saint-Esprit iip soit présent par sa grâce, lorsque la parole est annoncée en sa pureté, selon le commandement de Dieu, et que les hommes V écoutent et la méditent sérieusement. »

(I05S) Couc.,\). (ifl'J el seq.

Enfin, ils posent en huitième lieu : « qu'a la vérité cette présence et ces dons du Saint- Espril ne se font pas toujours sentir; mais qu'il n'en faut pas moins tenir pour certain

que la parole écoutée est l'organe du Saintlis prit, par lequel il déploie son efficace dans les i h urs. »

Par là donc la difficulté, selon eux, demeure entièrement résolue tant du côté des libertins que du côté des Chrétiens infirmes. Du côté des libertins, 'parce que par les 1", 2', .'!'', 'r, '.>' <>' el 7" propositions, la prédication attentivement écoutée opère la grâce. Or, par la cinquième il est établi que l'homme est libre à écouler la prédication-: il est donc libre à se donner à lui-même ce par où la grâce lui est donnée; et par là les libertins sont contents.

Et pour les Chrétiens infirmes, qui, encore qu'ils soient attentifs à la prédication, no savent s'ils ont la grâce, à cause qu'ils ne la sentent pas; on remédie à leur doute par la huitième proposition, qui leur enseigne qu'il n'est pas permis de douter que la grâce du Saint-Esprit, quoiqu'on ne la sente pas, n'accompagne l'attention à la parole ; de sorte qu'il ne reste plus aucune difficulté selon les principes des luthériens : et ni le libertin, ni le Chrétien infirme n'ont h se plaindre, puisqu'enfin pour la conversion tout dépend do l'attention à la parole, qui elle-même dépend du libre arbitre.

Et afin qu'on ne doute pas de quelle attention ils parlent, je remarque qu'ils parlent de l'attention, en tant qu'elle précède la grâce du Saint-Esprit; ils parlent de l'attention, où par son libre arbitre on peut, écouter, ou n'écouter pas (10'tO) : ils parlent de l'attention par laquelle on écoute l'Evangile au dehors, par laquelle on assiste aux assemblées de j'Efjlise, où la vertu du Saint-Esprit se développe, par laquelle on prête l'oreille attentive a la parole, qui est son organe. C'est à cette attention libre que les luthériens attachent la grâce; et ils sont excessifs en tout, puisqu'ils veulent, d'un côté, que lorsque le Saint-Esprit commence à nous émouvoir, nous n'agissions point du tout; et de l'autre, que celte opération du Saint- Esprit, qui nous convertit sans aucune coopération de notre côté, soit attirée nécessairement par un acte de nos volontés où le Saint-Esprit n'a point de part, et où notre liberté agit purement par ses forces naturelles.

C'est la doctrine commune des luthériens; et le plus savant de tous ceux qui ont écrit de nos jours l'aexpliqué par cette comparaison. Il suppose que tous les hommes sont abîmés dans un lac profond, sur la surface duquel Dieu fait nager une huile salutaire qui délivrera par sa seule force tous ces malheureux, pourvu qu'ils veuillent se servir des forces naturelles qui leur sont lais- ■ées pour s'approcher de cette huile, el en avaler quelques gouttes (1041). Celte hui'f.,

(1040) Pag. G71.

(I0-M; Calixt., Judic, n. 32, 53, 54.

OKI VUES COMI'EEfES DE BOSSIET.

ons

c'est la parole annoncée par les prédicateurs. Los hommes peuvent d'eux-mêmes s'v rendre aiter.tit's ; mais aussitôt qu'ils s'approchent par leurs propres forces pour l'écouter, d'ellemême, sans qu'ils s'en mêlent davantage, elle répand dans leurs cœurs une vertu qui îes guérit.

Ainsi tous les vains scrupules par où les I uthériens, sous prétexte d'honorer Dieu, détruisent premièrement le libre arbitre, et craignent du moins dans la suite de lui donner irop, aboutissent enfin à lui donner tant de force, que tout soit attaché à son action et à son exercice le plus naturel Ainsi onmarche sans règle, quand on abandonne la règle de la tradition ; on croit éviter l'erreur des pélagiens, on y revient par un autre endroit, et le circuit qu'on l'ait ramène au deinipélagianisme.

Ce demi-pélagianisme des luthériens se répand aussi peu à peu dans le calvinisme, par l'inclination qu'on y a de s'unir aux luthériens ; et déjà on commence à dire en leur faveur, que le demi-pélagianisme ne damne pas (1042), c'est-à-dire que l'on peut innocemment attribuer à son libre arbitre le commencement de son salut.

Je trouve encore une chose dans le Livre de la concorde qui pourrait causer beaucoup d'embarras dans la doctrine luthérienne, si elle n'était bien entendue. On y dit que les lidèles, au milieu de leurs faiblessesetde leurs combats, « ne doivent nullement douter ni de la justice qui leur est imputée par la foi, ni de leur salut éternel (10i3j. » Par où il pourrait sembler que les i uthériens admettent la certitude du salut, aussi bien que les calvinistes. Mais ce serait ici dans leur doctrine une contradiction trop visible ; puisque, pour croire dans chaque lidèle la certitude ou salut, comme la croient les calvinistes, il faudrait aussi croire avec eux J'inamissibiliié de la justice, que la doctrine luthérienne rejette expressément, comme on a vu.

l'our concilier cette contrariété, les docteurs luthériens répondent deux choses :

l'une, que par le doute du salut qu'ils excluent de rame fidèle, ils n'entendent que l'anxiété, l'agitation et le trouble, que nous en excluons aussi bien qu'eux : l'autre, que la certitude qu'ils admettent du salut dans tous les justes, n'est pas une certitude absolue, mais une certitude conditionnelle, et

supposé que le lidèle ne s'éloigne pas de Dieu par une malice volontaire. C'est ainsi que l'explique le docteur Jean-André Gérard (lOii-), qui a donné depuis peu un corps entier de controverses; c'est-à-dire que, dans la doctrine des luthériens, le fidèle se doit tenir pour très-assuré que Dieu de son côté ne lui manquera jamais, si lui-même ne manque pas le premier à Dieu : ce qui est indubitable. Mettre dans le juste plus de certitude, c'est contredire trop évidemment la doctrine qui nous apprend que quelque juste que l'on soit, on peut déchoir de la justice, et perdre l'esprit d'adoption : chose dont les luthériens ne doutent non plus que nous.

Depuis la compilation du Livre de la concorde, je ne crois pas que les luthériens aient fait en corps aucune nouvelle décision de foi. Les pièces dont ce livre est composé, soin de différents auteurs et de différentes dates; et les luthériens nous y ont voulu donner un recueil de ce qu'il y a parmi eux de plus authentique. Le livre' fut uns au jour en 1579, après les célèbres assemblées tenues a Torg et à Berg en 1576 et 1577. Ce dernier lieu était, si je ne me trompe, un monastère auprès de Magdebourg. Je ne raconterai pas comment ce livre fut souscrit en Allemagne, ni les surprises et les violences dont on prétend qu'on usa envers ceux qui le reçurent, ni les oppositions de quelques princes et de quelques villes qui refusèrent d'y souscrire. Hospinien a éc/it une longue histoire qui parait assez bien fondée en la plupart de ses faits (luio) : c'e^t aux luthériens qui s'y intéressent à la contredire. Les décisions parliculièresqui regardent la Cène et l'ubiquité, ont élé faites dans les temps voisins de la mort de Mélancbthon, c'est à-dire, environ les années 1558, 59, 60 et 61.

Ces années sont célèbres parmi nous par les commencements des troubles de France. Eu 1559, nos prétendus réformés dressèrent la Confession de foi qu'ils présentèrent à Charles IX en 1561 au colloque de Poissy (10i6). C'est l'ouvrage de Calvin, dont nous avons déjà souvent parlé. Mais l'importance de cette action, et les réflexions qu'il nous faudra faire sur cette Confession de foi, nous obligent à expliquer plus profondément la conduite et la doctrine de son auteur.

(101-2) Jlr., Sysi. de t'Egl., liv. n, cliap. 3, p. 2-2, cap. 2; tbrs., 3, n. 2, 3, i, et ari. 23, c. 5; 249. 253.

(4045) Cunc, pag. 583.

1,1041) (loitfes. Catlt., 10"!), lib. n, pari, m, ail.

llics. unie, n. t;, p. 1426 et 1409.

(1045) Uosp., Concord. diseurs, imp. 1G0?. ^Î04oj Bez., //is(. fit-/., liv. jv,.pag. 520.

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