‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 148 sur 325 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

Ln l'un lool. — Doctrine et caractère de Calvin.

SOMMAIRE. — Los prétendus réformés de France commencent à paraître. — Calvin en est If ctVf. — Ses sentiments sur la justification, où il raisonne plus conséiiueuiment que les luthériens : ma>s connut

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l'AKT. X. THEOL. POLEMIQUE. — II. HISTOIRE l»KS VARIATIONS.

il raisonne sur de faux principes, il tombe aussi dans des inro véhienls [>'ns manifestes. — Trois absuriliiés qu'il ajoute à la doctrine luthérienne : la certitude du sain!, I?iiiamissibililé do la justice, et la justification des petits enfants indépendaimneni du baptême. — Contradictions sur ci; troisième pointé — Sur li- sujet de l'Eucharistie, il condamne également Luther et Zuingle, et tache de prendre un sentiment mitoyen. — Il promu la réalité plus nécessaire qu'il ne l'admet eu effet. — - Finies cxpnssions pour l'établir, --Autres expressions qui l'anéantissent. — Avantage de la doctrine catholique — Ou croit nécessaire de parler comme elle ci de prendre ses principes, même en la combattant. — Trois Confessions différentes des calvinistes, pour ci. nlentcr trois différentes sortes de personnes, les luthériens, les zuingliens, et eux-mêmes. Orgueil et emportement de Calvin. — Comparaison de son génie avec relui de Luther. — Pourquoi il ne parut pis au colloque de Poissy. — ■ Bèze y présente la Confession de foi des prétendus réformés : ils y ajoutent une nouvelle cl longue explication de leur doctrine sur l'Eucharistie. — Les catholiques B'énoucent simplement en peu de mois. (Je qui se passa au sujet do la Confession d'AUysbourg, — Sentiment de Calvin.

Je ne sais si le génie do Calvin se serait Irouvé aussi propre a échauffer les esprits, et a émouvoir les peuples, <pie le fut celui de Luther : mais après les mouvements excilés, il s'éleva en beaucoup de pays, principalement en France, au-dessus de Luther inouïe, et se fit le chef d'un parti qui ne cède guère à celui des luthériens.

Par son esprit pénétrant et par ses décisions hardies, il raffina sur tous ceux qui avaient voulu en ce siècle-là faire une Eglise nouvelle, et donna un nouveau tour à la Réforme prétendue.

Elle roulait prinripalemenlsurdoux points, sur celui de la justification et sur celui de l'Eucharistie.

Pour la justification, Calvin s'attacha, autant pour le moins ipte Luther, à la justice imputalive, comme au fondement commun de toute la nouvelle Réforme ; et il enrichit celle doctrine de Irois articles importants.

Premièrement, celle certitude que Luther reconnaissait seulement pour la justification, fut étendue par Cal s in jusqu'au salut éternel ; c'est-à-dire, qu'au lieu que Luther voulait seulement que le fi:èle se tint assuré d'une certitude infaillible qu'il était justifié, Calvin voulut qu'il tint pour certaine, avec sa justification, sa prédestination éternelle (1047). de sorte qu'un parfait calviniste ne peut non plus douter de son salut, qu'un parlait luthérien de sa justification.

De celte sorte , si un calviniste faisait sa particulière Confession de foi, il y mettrait cet article : Je suis assuré de mon salut. Un d'eux l'a fait. Nous avons dans le recueil de Genève la Confession de foi du prince Frédéric III, comte palatin, et électeur de l'empire (10i8). Ce prince, en expliquant son Credo, après avoir dit comme il croit au Père, au Fils et au Saint-Esprit, quand il vient à exposer comme il croit l'Eglise catholique, dit a qu'il croit que Dieu ne cesse de la recueillir de tout le génie humain par sa parole et son Saint-Esprit, et qu'il croit qu'il eu est et sera éternellement un membre vivant. » Il ajoute qu'il croit que < Dieu apaisé par la satisfaction de Jésus-Christ ne se souviendra d'aucun de ses péchés, ni de toute .'a malice avec laquelle j'aurai, dit-il, à combattre toute ma vie; mais qu'il me veut donner gratuitement la justice de Jésus- Christ, en sorte que je n'ai point a appké-

niNDKii les jugements nE niEu. Enfin je sais très-certainement, poursuit-il, que je serai sauvé, el que je comparaîtrai avec un visage gai devant le tribunal do Jésus-Christ. » Voilà un bon calviniste, et voilà les vrais sentiments qu'inspire la doctrine de Calvin, que ce prince avait embrassée.

De là s'ensuivait un second dogme, c'est qu'au lieu que Luther demeurait d'accord que le fidèle justifié pouvait déchoir de la grâce, ainsi que nous l'avons vu dans la Confession d'Augsbourg, Calvin soutient au contraire que la grâce une fois reçue ne se peu t plus perdre : ainsi, qui est justifié, et qui reçoit une fois le Saint-Esprit, est justifié , et reçoit le Saint-Esprit pour toujours. C'est pourquoi le palatin niellait tout à l'heuie parmi les articles de sa foi, qu'il était membre vivant et perpétuel de l'Eglise. C'est ce dogme, qui est appelé rinamissibili té dclajusiice, c'est-à-dire, le dogme où l'on croit que la justice une fois reçue ne se peut plus perdre. Ce mot est si fort reçu dans cette tuatière , qu'il faut s'y accoutumer comme à un terme consacré qui abroge le discours.

11 y eut encore un troisième dogme que Calvin établit comme une suite de la justice imputée : c'est que le baptême ne pouvait pas être nécessaire à salut, comme le disent les luthériens.

Calvin crut que les luthériens ne pouvaient rejeter ces dogmes sans renverser leurs propres principes. Ils veulent que le fidèle soit absolument assurédesajustification dès qu'il la demande, et qu'il se conlie en la bonté divine ; parce que, selon eux, ni l'invocation, ni la confiance ne peuvent souffrir le moindre doute. Or, l'invocation et la confiance ne regardent pas moins le salut que la justification et la rémission des péchés; car nous demandons notre salut, et nous espérons l'obtenir, autant que nous demandons la rémission des péchés et que nous espérons l'obtenir: nous sommes donc autant assutés de l'un comme de l'autre.

Que si on croit que le salut ne nous peut manquer, on doit croire en même temps que la grâce ne se peut perdre, et rejeter les luthériens qui enseignent le contraire.

Et si nous sommes justifiés par la seule foi , le baptême n'est nécessaire ni en effet, ni en vœu. C'est pourquoi Calvin ne veut pas qu'il opère en nous la rémission des

(1047) Inst., lib. m, cap. 2, n. 16 et 24. Anlid. 18-ï. conc. Tntt. in sess. 0, cap, 13, 14. Opusc, page (1048) Sijm. Cen., part, n, pag. 149, 1J0.

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péchés, ni l'infusion de la grâce; mais seulement qu'il en soit le sceau, et la marque que nous l'avons obtenue.

1! est certain qu'en disant ces choses, il fallait dire en même temps que les petits enfants étaient en grâce indépendamment du baptême. 4ussi Calvin ne fit-il point de difficulté de l'avouer. C'est ce qui lui fit inventer que les enfants des fidèles naissaient dans l'alliance, c'est-à-dire, dans la sainteté, que le baptême ne faisait que sceller en eux : dogme inouï dans l'Eglise, mais nécessaire à Calvin pour soutenir ses principes.

Le fondement de cette doctrine était, selon lui, dans cette promesse l'aile à Abraham: Je serai ton Dieu et de la postérité après toi. (Gen. xvii, 7.) Calvin soutenait que la nouvel-le alliance , non moins efficace que l'ancienne, devait par cette raison passer comme elle de père en fils, et se transmettre par la même voie : d'où il concluait que la substance du baptême, c'est-à-dire la grâce et l'alliance, appartenant aux petits enfants, on ne leur en peut refuser le signe (10i9), c'està-dire, le sacrement de baptême : doctrine, selon lui, si assurée, qu'il l'inséra dans le catéchisme, dans les mêmes termes que nous venons de rapporter (1030), et en tenues aussi forts dans la forme d'administrer le baptême.

Quand je regarde Calvin comme l'auteur de ces trois dogmes, je ne veux pas dire qu'il soit absolument le premier qui les ait enseignés; car les anabaptistes et d'autres encore les avaient déjà soutenus, ou en tout, ou en partie : mais je veux dire qu'il leur a donné un nouveau tour, et a fait voir mieux que personne le rapport qu'ils ont avec la justice imputée.

Je crois pour moi qu'en ces trois articles Calvin raisonnait plus conséquemment que Luther; usais il s'engageait aussi à de plus grands inconvénients, comme il arrive nécessairement à ceux qui raisonnent sur de faux principes.

Si c'était un inconvénient dans la doctrine de Luther, qu'on lût assuré de sa justification, c'en était un bien plus granit, et qui exposait la faiblesse humaine aune tentation.bien plus dangereuse, qu'on fût assuré de son Salut.

D'ailleurs, en disant que le Saint-Esprit et la justice ne se pouvaient perdre, non plus que la foi, on obligeait le fidèle, une fois justifié et persuadé de sa justification, à croire que nul crime ne serait capable de le faire déchoir de celte grâce.

En effet, Calvin soutenait qu'en perdant la crainte de Dieu on ne perdait pas la foi qui nous justifie (1031). Il se servait à la vérité de termes étranges ; car il disait que la foi était accablée, ensevelie, suffoquée; ijuon en perdait la possession, c'est-à-dire, le sentiment et la connaissance; mais il ajoutait qu'avec tout cela elle n'était pas éteinte.

Il faut trop de subtilité pour concilier ensemble toutes ces paroles de Calvin : mais c'est que, comme il voulait soutenir son dogme , il voulait aussi donner quelque chose à l'horreur qu'on a de reconnaître la foi justifiante dans une âme qui a perdu la crainte de Dieu, et qui est tombée dans les plus grands crimes.

Mais si on joint à ces dogmes celui qui enseigne que les enfants des fidèles apportent au monde la grâce en naissant ; dans quelle horreur tonibe-t-on , puisqu'il laut nécessairement avouer que toute la postérité d'un fidèle est prédestinée?

La démonstration en est aisée selon les principes de Calvin. Qui nail d'un fidèle naît dans l'alliance, et par conséquent dans la grâce; qui aune fois la grâce n'en peut plus déchoir; si non-seulement on l'a pour soimême, mais encore qu'on la transmette nécessairement à ses descendants, voilà donc la grâce étendue à des générations infinies. S'il y a un seul fidèle dans toute une racéy la descendance de ce fidèle est toute prédestinée. Si on y trouve un seul homme qui meure dans le crime, tous ses ancêtres sont damnés.

Au reste, les suites horribles de la doctrine de Calvin ne condamnent pas moins les luthériens que les calvinistes ; et si les derniers sont inexcusables de se jeter dans de si étranges inconvénients , les autres n'ont pas moins de tort d'avnir po^é des principes d'où suivent si clairement de telles conséquences.

Mais encore que les calvinistes aient embrassé ces trois dogmes comme un fondement de la Réforme, le respect des luthériens a fait, si je ne me trompe, que dans les Confessions de foi des Eglises calviniennes on a plutôt insinué qu'expressément établi les deux premiers dogmes, c'est-àdire la certitude de la prédestination , et l'inamissibiltté de la justice (1052). Ce n'est proprement qu'au synode de Dordrecht qu'on en a fait authentiquement la déclaration ; nous la verrons en son lieu. Pour le dogme qui reconnaît dans les enfants des fidèles la grâce inséparable d'avec leur naissance, nous le trouvons dans le Catéchisme dont nous avons rapporté les termes, et dans la forme d'administrer le baptême (1053).

Je ne veux pas assurer pourtant que Calvin et les calvinistes soient bien constants dans ce dernier dogme ; car encore qu'ils disent d'un côté que les enfants des fidèles naissent dans l'alliance, et que le sceau de la grâce, qui est le baptême, ne leur est dû qu'à cause que la chose même, c'est-à-dire la grâce et la régénération, leur est acquise par le bonheur qu'ils ont d'être nés de parents fidèles; il parait en d'autres endio.ts qu'ïls ne veulent pas que les enfants des fiuèles soient toujours régénérés quand ils

(1049) Instit., îv, xv, n. 22; \vi, etc. ; 9, clc.

(1050) Dim. 59.

(1051) Anid. cuve. Trie!., in scss. ti, cap. 16'; Ltyiisi-., pag. 288.

(1052) Confess. de Fr.

Cal. Dim. 18, 19, 5G.

(1055) Cat. Dim. 50 n. 11.

ait. 18, 19, 20, 21, 22; Fur»;, du b«/> , form. 5,

I i.i. \. TI1E0L, POLEMIQUE. - 11. HISTOIRE DES VARIAT! NS.

reçoivent le baptême, pour deuj raisons : In première, parce que selon leurs maximes lo sceau du baptême n'a pas son effet .'> l'égard de tous ceux qui le reçoivent, mais seulement à l'égard des prédestinés; la seconde, parce que le sceau du baptême n'a pas toujours son effet présent, même à l'égard des prédestinés ; puisque le! qui est baptisé dans son enfance n'est régénéré qae dans sa vieillesse.

Ces deux dogmes sont enseignés par Calvin en plusieurs endroits , mais principalement dans l'accord qu'il lit en 1554 de l'Eglise de Genève avec celle de Zurich. Cet accord contient la doctrine des deux Eglises, et, étant reçu de l'une et de l'autre, il a toute l'autorité d'une Confession île foi ; de sorte que les deux dogmes que je viens de rapporter y étant expressément enseignés, on les peut compter parmi les articles de foi de l'Eglise ealvinienne (tOoi).

Il paraît donc (pue cette Eglise enseigne deux choses contradictoires. La première, que les enfants des fidèles naissent certainement dans l'alliance et dans la grâce, ce qui oblige nécessairement à leur donner le baptême ; la seconde, qu'il n'est pas certain qu'ils naissent dans l'alliance ni dans la grâce, puisque personne ne sait s'ils sont du nombre des | rédestinés.

C'est encore un grand inconvénient de dire d'un côté que le baptême soit par luimême un signe certain de la grâce, et de l'autre que plusieurs de ceux qui le reçoivent sans apporter de leur part aucun obstacle a la grâce qu'il leur présente, comme sont les petits enfants, n'en reçoivent pourtant aucun effet. Mais, en laissant aux calvinistes le soin ite concilier leurs dogmes, je me contente de rapporter ce que je liouve dans leurs Confessions de foi.

Jusqu'ici Calvin s'est é;evé au-dessus des luthériens, en tombant aussi plus bas qu'ils n'avaient fait. Sur le point de l'Eucharistie il s'éleva non-seulement au-dessus d'eux, mais encore au-dessus des zûingliens; et par une même sentence il donna le tort aux deux partis qui divisaient depuis si longtemps toute la nouvelle Réforme.

Il y avait quinze ans qu'ils disputaient sur le point de la présence réelle , sans jamais avoir pu convenir, quoi qu'on eût pu faire pour les mettre d'accord; lorsque Calvin (1053), encore assez jeune, décida qu'ils ne s'étaient point entendus, et que les chefs des deux partis avaient tort; Luther, pour avoir trop pressé la présence corporelle; Zuingle et OEcolauipade, pour n'avoir pas assez exprimé que la chose môme, c'est-àdire le corps et le sang, étaient joints aux signes; parce qu'il fallait reconnaître une certaine présence de Jésus-Christ dans la Cène, qu'ils n'avaient pas bien comprise.

Cet ouvrage de Calvin fut imprimé en français l'an 1540, et depuis traduit en latin par l'auteur même. 11 s'était déjà donné un

tlO.,4) Ctrnf. Tigur,ei Gai., ni t. 17, 20; Opine. Calv-, l-yg- ~ioi; Il05i'.,an 15ot.

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grand nom par son Institution qu'il publia la première lois en 1534, et dont il feisa S souvent de nouvelles éditions avec des additions considérables, avant une extrême

peine à se contenter lui-même, comme il !e dit dans ses préfaces. Mais on tourna encerc plus les yeux sur lui, quand ou vit un assez jeune homme entreprendre de condamner les chefs des deux partis de la Réforme ; él tout le monde fut attentif à ce qu'il apporterait de nouveau.

C'est en effet un des points les plus mémorablesde la nouvelle Réforme, et il mérite d'autant plus d'être considéré , que les calvinistes d'à présent semblent l'avoir oublié, quoiqu'il fasse une partie des plus essentielles de leur Confession de foi.

Si Calvin n'avait fait que dire que les signes ne sont pas vides dans l'Eucharistie, ou que l'union que nous y avons avec Jésus- Christ est effective et réelle, et non pas imaginaire; ce ne serait rien: nous avons vu que Zuingle et OEcolampade, dont Calvin n'était pas tout à fait content , eu avaient bien dit autant dans leurs écrits.

Les grâce» que nous recevons par l'Eucharistie, et les mérites de Jésus-Christ qui nous y sont appliqués, suffisent pour nous faire entendre ,ue les signes ne sont pas vides dans ce sacrement; et pei sonne n'a jamais nié que ce fruit que nous en tirons ne fût très-réel.

La difficulté était donc, non pas à nous faire voir que la grâce unie au sacrement en faisait un sigtie efficace et plein de vertu, niais à montrer comment le corps et le sang i:ous liaient effectivement communiqués; car c'est ce que ce saint sacrement avait de particulier, et ce que tous les Chrétiens avaient accoutumé u'y rechercher, en vertu des paroles de Y Institution.

De dire qu'on y reçût avec la figure la vertu et le mérite de Jésus-Christ par la foi, Zuingle et OEi olampade l'avaient tant dit, que Calvin n'eût eu rien à désirer dans leur doctrine, s'il n'eût voulu quelque chose de plus.

Rucer, qu'il reconnaissait en quelque façon pour son maître, en confessant, comme il avait l'ait dans l'accord de Wittemberg, une présence substantielle qui fût commune à tous les communiants dignes et indignes, établissait par là une présence réelle indépendante de la foi ; et il avait tâché de remplir l'idée de réalité que les paroles de Notre-Seigneur portent naturellement dans les esprits. Mais Calvin croyait qu'il en disait trop; et encore qu'il trouvât bon qu'on alléguât aux luthériens les articles de Wittemberg, pour montrerque laquerellc de l'Eucharistie était finie par ces articles (1036), il ne s'en tenait pas dans son cœur a cette décision. Ainsi il prit quelque chose de Rucer, et de cet accord qu'il ajusta à sa mode, et tâcha de faire un système tout I articuliez.

(I0:).:>) Tract. De ccena Domini, Opusc, pas. t. (lOiiG) Epi§tt adlllustr. princ, Germ.,pag, 524.

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(JfclVKF.S COMPLETES l)E COSSUET.

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Pour en entendre le fond, il faut remettre f ri peu de paroles l'état de la question, et ne pas craindre de répéter quelque chose c!e ce que nous avons déjà dit sur cette matière.

Il s'agissait du sens de ces paroles : Ceci est mon corps, ceci est mon sang.

Les Catholiques prétendaient que le dessein de Notre-Seigneur était de nous y donner à manger son corps et son sang, comme on donnait aux anciens la chair des victimes immolées pour eux.

Comme cette mamlucation était un signe aux anciens que la victime était à eux, et qu'ils participaient au sacrifice; ainsi le corps et le sang de Jésus-Christ immolé pour nous, nous étant donnés pour les prendre par la bouche avec le sacrement, ce nous était un signe qu'ils étaient à nous, et que c'était pour nous que le Fils de Dieu en avait fait à la croix le sacrifice.

Afin que ce gage de l'amour de Jésus- Christ fût efficace et certain, il f;.l!ail que nous eussions, non point seulement les mérites, l'esprit et la vertu, mais encore la propre substance de la victime immolée, et qu'elle nous fût donnée aussi véritablement à manger, que la chair des victimes avait été donnée à l'ancien peuple.

C'est ainsi qu'on entendait ces paroles: Ceci est mon corps livre' pour vous; ceci est mon sang répandu pour vous. {Matth. xxvi, 26,28; Luc. xxii, 19, 20; J Cor. xi, 24.) C'est aussi véritablement mon corps, qu'il est vrai que ce corps a été livré pour vous; et aussi véritablement mon sang, qu'il est vrai que ce sang a été répandu pour vous.

Par ta même raison, on entendait que la substance de cette chair et de ce sang ne nous était donnée qu'en l'Eucharistie, puisque Jésus-Christ n'avait dit que là : Ceci est mon corps, ceci est mon sang.-

Nous recevons donc Jésus-Christ en plusieurs manières dans tout le cours de notre vie; par sa grâce, par ses lumières, par son Saint-Esprit, par sa vertu toute-puissante: mais cette manière singulière de le recevoir, en la propre et véritable substance de son corps et de son sang, était particulière à l'Eucharistie.

Ainsi l'Eucharistie était regardée comme un miracle nouveau, qui nous confirmait tous les autres que Dieu avait faits pour notre salut. Un corps humain tout entier donné en tant de lieux, à tantde personnes, sous les espèces du pain, c'était de quoi étonner tous les esprits; et nous avons déjà vu que les Pères s'étaient servis des eil'cts les plus étonnants de la puissance divine pour expliquer celui-ci.

C'était peu que Dieu eût fait un si grand miracle en notre faveur, s'il ne nous eût donné le moyen d'en profiter; et nous ne le pouvions espérer que par la foi..

Ce mystère était pourtant, connue tous les autres, indépendant de la foi. Qu'on croie ou qu'on ne croie pas, Jésus-Christ s'est incarné, Jésus-Christ est mort, et s'est immolé pour nous; et par la môme raison,

qu'on croie ou qu'on ne croie pas, Jésus - Christ nous donne à manger dans I Eucharistie la substance de son corps; car il nous fallait confirmer par là que c'est pour nous qu'il l'a prise, et pour nous qu'il l'a immolée : les gages de l'amour divin, en eux-mêmes, sont indépendants de. notre foi: seulement il faut notre foi pour en profiter.

En même temps que nous recevons ce précieux gage, qui nous assure que Jésus- Christ immolé est tout à nous, il faut aussi appliquer notre esprit à ce témoignage inestimable de l'amour divin, lit comme les anciens, en mangeant la victime immolée, devaient la manger comme immolée, et se souvenir de l'oblation qui en avait été faite à Dieu en sacrifice pour eux ; ceux aussi qui reçoivent à la sainte table la substance du corps et du sang de l'Agneau sans tache, la doivent recevoir comme immolée, et se souvenir que le Fils de Dieu en avait fait le sacrifice à son Père pour le salut, nonseulement de tout le monde en général, mais encore de chacun des fidèles en particulier. C'est pourquoi, eu disant : Ceci est mon corps, ceci est mon sang, il avait ajouté aussitôt après : Faites ceci en mémoire de moi (Luc. xxii, 19, 20 ; 1 Cor. xi, 24, 25) ; c'est-a-dire, comme la suite le fait voir, en mémoire de moi immolé pour vous, et de cette immense charité qui m'a tait donner ma vie pour vous racheter, conformément à cette parole de saint Paul : Vous annoncerez la mort du Seigneur. (1 Cor. xi, 26.)

Il fallait donc bien se garder de recevoir seulement dans notre corps le corps sacré de Notre-Seigneur: on devait s'y attacher par l'esprit, et se souvenir qu'il ne nous donnait son corps qn'atin que nous eussions un gage certain que cette sainte victime était tout à nous. Mais en même temps que nous rappelions ce pieux souvenir dans notre esprit, nous devions entrer dans les sentiments d'une tendre reconnaissance envers le Sauveur; et c'était l'unique moyen de jouir parfaitement de ce gage inestimable de notre salut.

Et encore que la réception actuelle de ce corps et de ce sang ne nous fût permise qu'à certains moments, c'est-à-dire dans la communion, notre reconnaissance n'était pas bornée à un temps si court ; et c'était assez qu'à certains moments nous reçussions ce gage sacré, pour faire durer dans tous les moments de notre vie la jouissance spirituelle d'un si grand bien.

Car encore que la perception actuelle du corps et du sang ne fût que momentanée, le droit que nous avons de le recevoir est perpétuel, semblable au droit sacré qu'où a l'un sur l'autre par le lien du mariage.

Ainsi l'esprit et le corps se joignent pour jouir de Notre-Seigneur, et de la substance adorable de son corps et de son sang: mais comme l'union des corps est le fondement d'un si grand ouvrage, celle des esprits eu est la perfection.

Celui donc qui ne s'unit pas en esprit à Jésus-Christ, dont il reçoit le corps sacré,

PART, \. TREOL, POLEMIQI E. 11. HISTOIRE DES VACATIONS.

jouit pas. comme il but d'un si grand don: semblable à ces époux brutaux ou Irouipi urs, qui unissent les corps sans unir les cœurs.

Jésus-Christ veut trouver en nous l'amour dont il est plein, lorsqu'il s'en approi ne. Quand il ne le trouve pas, l'union des corps d en est pas moins réelle ; mais au iieu d'être fructueuse, elle est odieuse el oulrageusea lésus-Christ. Ceux qui viennent à son corps sans celte loi vue, sont la troupe qui le presse; ceux qui ont cette foi, c'est la femme malade oui le touche, [iîurc. v, 30, 31; Luc, \ in, 45, 46.)

A la ligueur tous le touchent, mais ceux ijui le tout lient sans foi le pressent et l'importunent: ceux qui, non contents de le to h lier, regardent cet attouchement de sa chair comme un gage de la vertu qui sort île lui suc ceux qui l'aiment, le touchent véritablement, parce qu'ils lui touchent ■meut le corps et le cœur.

C'est ce qui fait la différence de ceux qui communient eu discernant ou en ne discernant pas le corps du Seigneur; en recevant avec le corps et le sang la grâce qui les accom pagne naturellement, ou en se rendant coupables de l'attentat sacrilège de les avoir profanés. Jésus -Christ par ce moyen exerce sur tous la toute-puissance qui lui est donnée dans le ciel cl dans la terre, s'appliquant aux uns comme sauveur, et aux autres comme juge rigoureux.

Voilà ce qu'il faut rappeler du mystère de l'Eucharistie, jour entendre ce que nous avons à dire; el il paraît que l'état delà question est de savoir d'un cùlé, si le don que Jésus-Christ nous fait de son corps et de son sang dans l'Eucharistie est un mystère, comme les autres, indépendant de la loi uans sa substance, et qui exige seulemwit la foi pour en profiter; ou si tout le mystère consiste dans l'union que nous • vous par la seule foi avec Jésus-Christ, sans qu'il intervienne autre chose de sa put que des promesses spirituelles figurées dans le sacrement, et annoncées par sa parole. Par le premier de ces sentiments, la présence réelle et substantielle est établie ; par le second, elle est niée; et Jésus-Christ ne nous est uni qu'en figure dans le sacrement, et en esprit par la foi.

^ou-. avons vu que Luther, quelque dessein qu'il eût de rejeter la présence substantielle, en demeura si fort pénétré par les paroles de Noire-Seigneur, qu'il ne put jamais s'en défaire. Nous avons vu que Zwingleet OEcolampade, rebutés de l'impénétrable hauteur d'un mystère si élevé audessus des sens, ne purent jamais y entrer. Calvin,' pressé d'un côté de l'impression de réalité, et de l'autre des difficultés qui troublaient le< sens, cherche une voie mitoyenne, dont il est assez difficile de concilie! toutes les parties.

Premièrement, il admet que bous participons réellement au Mai corps et au vrai sang de Jésus-Christ; et il le disait avec tant de force, q ve les luthériens croyaient presque qu'il était des leurs: car il répète cent et cent fois ( 1057) que « la vérité nous coït être donnée avoc les signes, qu« sous CES sionks nous recevons vraiment le corps el le sang de Jésus-Christ; que la chair du Jésus-Christ est distribuée dans ce sacrement; qu'elle nous pénètre; que nous sommes participants non-seulement de l'esprit de Jésus-Christ, mais enco e de sa chair; que nous en avons la propre substance, et que nous en sommes faits participants; que Jésus-Christ s'unit à nous tout entier; et pour cela qu'il s'y unit de corps et d'esprit; qu'il ne faut | oint douter que nous i.c recevions son propre corps; et que s'il y a quelqu'un dans le inonde qui re oni ais>e sincèrement celte vérité, c'est lui. *

11 reconnaît bien dans la Cène la icrtu du corps et du sang ; mais il vjitt que la substance y soit jointe, et déclare que lorsqu'il parle de la manière dont on reçoit Jésus- Christ dans la Cène, il n'entend point parler de la part qu'on y peut avoir à Ses mérites, à sa vertu, à son efficace, au fruit de sa mort, à sa puissance (1058). Calvin rejette toutes ces idées, et il se plaint des luthériens, qui, dit-il, en lui reprochant qu'il ne donnait part aux liJèles qu'aux mérites de Jésus- Chi ist, obscurcissent la communion qu'il veut qu'on ait avec lui. il pousse cette pensée si avant, qu'il exclut môme comme insuOisanle toute l'union qu'on peut avoir avec Jé^s- Christ , non-seulement par l'imagination, mais encore par la pensée, ou par la seule appréhension de l'esprit. « Nous sommes, » dit-il (1059), « unis à Jésus-Christ, non par fantaisie et par imagination, ni par la pensée ou la seule appréhension de l'esprit, mais réellement et en effet, par une vraie et substantielle unilé. »

Il ne laisse pas de dire que nous y sommes unis seuletrent par fui ; ce qui ne s'accorde guère c-vec ses autres expressions : mais c'est que, par une idée aussi bizarre qu'elle est nouvelle, il ne veut pas que ce qui nous est uni par la foi nous soit uni simplement | ar la pensée, comme si la foi était autre chose qu'une pensée ou une appréhension de noire esprit, divine à la vérité et surnaturelle, que le Père céleste peut inspirer seul ; mais entin toujours une pensée.

On ne sait ce que veulent dire toutes ces expressions de. Calvin, si elles ne signifient que la chair de Jésus-Christ est en nous non-seulement par sa vertu, mais encore par elle-même et par sa propre substance; et ces fortes expressions ne se trouvent pas seulement dans les livres de Calvin, mais encore dans les catéchismes et dans la Confession de foi qu'iJ donna à ses disciples

(1057) Inslit., lib. îv, cap. 17. n. 17, olc. Dilue. tXpos. Adin. cont. Veslph., ml, Opusc, «le .

(14)58) Tr. De Cœna Dumîn. 1510, iiilir Opusc.;

W.\ VEES COlin.. DE BorSlLT. VUE

Insl., iv, 4, 16, 18,ele. ; DHuc. expos., Opusc, 846. (1059) Brev, admon. ds Cwiia L'vm , ml, Evist.,

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