‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 149 sur 325 · CI · texte numérisé non relu

CI

(10C0); ce qui montre combien simplement il les faut entendre.

Zwingle et OEcolampadc avaient souvent objecté aux Catholiques et aux luthériens,

eue nous recevions le corps et le sang île j'ésus-Christ, connue les anciens Hébreux les avaient reçus dans le désert : d'où il s'ensuivait que nous les recevons non pas en substance, puisque leur substance n'était pas alors, mais seulement en esprit. Mais Calvin ne souffre pas ce raisonnement; et, en avouant que nos pères ont reçu Jésus- Christ dans le désert, il soutient qu'ils ne l'ont pas reçu comme nous, puisque nous avons maintenant « la substance de sa chair et que notre manducalion est substantielle : ce (pie celle des anciens ne pouvait pas Cire (1061). »

Secondement, il enseigne que ce corps nue fois offert pour nous, nous est donné dans la Cène pour nous certifier que nous avons part à son immolation (1062), étala réconciliation qu'elle nous apporte : ce qui, à parler naturellement, voudrait dire qu'il faut distinguer ce qu'il y a du côté de Dieu d'avec ce qu'il y a de notre côté, et que ce n'est pas notre foi qui nous rend Jésus- Christ présent dans l'Eucharistie, mais que Jésus-Christ présent d'ailleurs comme un sacré gage de l'amour divin, sert de soutien à notre foi. Car, comme quand nous disons que le Fils de Dieu s'est fait homme |>our nous eerlifierqu'il aimait notre nature, nous reconnaissons son incarnation comme indépendante de notre foi, et tout ensemble comme un moyen qui nous est donné pour la soutenir : ainsi enseigner que Jésus- Christ nous donne dans ce mystère son corps et son sang, pour nous certifier que nous avons part au sacrifice qu'il en a fait; à vrai dire, c'est reconnaître que ce corps et ee sang nous sont donnés, non parce que nous croyons, mais afin que notre foi excitée par un si digne présent, se tienne plus assurée de l'amour divin qui nous est certifié par un tel gage.

Par là donc il paraît certain que le don du corps et du sang est indépendant de la foi dans le sacrement; et la doctrine de Calvin nous porte encore à cette pensée par un autre endroit.

Car il dit en troisième lieu, et il répète souvent que la sainte Cène « est composée de deux choses, ou qu'il y a deux choses dans ce sacrement, le pain matériel et le vin que nous voyons à l'œil, et Jésus-Christ dont nos âmes sont intérieurement nourries (t063). »

Nous avons vu ces paroles dans l'accord de Wittemberg (1061) : Luther et les luthériens les avaient liréesd'un fameux passage d'e saint Irénée (1065), où il est dit que l'Eucharistie était composée d'une chose céleste et d'une chose terrestre; c'est -à-diie, comme

(10G0) Llirn. 51, 52, 53; couf. 56.

(lUtil) 11» Ihf. cont. Vesiph., pag. 77!}.

(100-2) Cal., d'un. 52.

(1005; Intt., lib iv, c. 17, n. Il, 11; Calécli., diui. 55.

ils l'expliquaient, tant de la substance du pain que de celle du corps. Les Catholiques contestaient cette explication ; et sans entrer ici dans celle dispute contre les luthériens, si c?tte explication leur semblait contraire à la transsubstantiation catholique, elle ruinait visiblement la figure zwinglienne et établissait du moins la consubstantiation de Luther ; car, en disant qu'on trouve dans le sacrement, c'est-à-dire dans le signe îiièmc, la chose terrestre avec la céleste, c'est-à-dire, selon le sens des luthériens, le pain matériel avec le propre corps de Jésus-Christ, c'est mettre manifestement les deux substances ensemble ; et dire que le sacrement soit composé du pain qui est devant nos yeux, et de Jésus-Christ qui est au plus haut des cieux à la droite de son Père, ce serait une expression tout à fait extravagante. 11 faut donc dire que les deux substances se trouvent en effet dans le sacrement, et que le signe y est conjoint avec la chose.

C'est à quoi tend encore cette expression, que nous trouvons dans Calvin, « que sous le signe du pain nous prenons le corps, et sous le signe du vin nous prenons le sang distinctement l'un de l'autre, afin que nous jouissions de Jésus -Christ tout entier (1066). » Et ce qu'il y a ici de plus remarquable, c'est que Calvin dit que le corps de J-ésus-Christ est sous le pain, comme le Saint-Esprit est sous la colombe (1067) ; ce qui marque nécessairement une présence substantielle, personne ne doutant que le Saint-Esprit ne fût substantiellement présent sous la forme de la colombe, comme Dieu l'étaittoujours d'une façon particulière lorsqu'il apparaissait sous quelque ligure.

Les paroles dont il se sert sont précises : « Nous ne prétendons pas, » dit-il (1068) , « qu'on reçoive un corps symbolique, comme ce n'est pas un esprit symbolique qui a paru dans le baptême de Notre - Seigneur : le Saint-Esprit fut alors vraiment el substantiellement présent; mais il se remiit présent par un symbole visible, et il fut vu dans le baptême de Jésus-Christ, parce qu'il apparut véritablement sous le symbole et sous la forme extérieure de la colombe. »

Si le corps de Jésus-Christ nous est aussi présent sous le pain que le Saint-Esprit fut présent sous la forme de la colombe, je ne sais plus ce que l'on peut désirer pour une présence réelle et substantielle. Et Calvin dit toutes ces choses dans un ouvrage où il se propose d'expliquer plus clairement que jamais, comme on reçoit Jésus-Christ ; puisqu'il le dit après avoir longtemps disputé sur cette matière avec les luthériens, dans un livre qui a pour titre : Claire exposition de la manière dont on participe au corps de Nôtre-Seigneur.

Dans ce même livre il dit encore que Jé-

(1064) Ci-dessus, liv. iv.

(1065) Lib. iv Adv. mires, cap. 51.

( 1000) Iiutil. I. iv, cap. 15, n. Ib, 17. (1067) Dilue, exp. saute doelr.. Op., pag. 859. (1008) Ibid., pag. 844.

Btl PART. N- T11E0L. POLEMIQI i..

sus-Cbrisl est présent dans lo sacreraenl .. comme Dieu était présent dans l'arche, où ilsu rendait, » dit-il, « véritablement présent, ot non -seulement en ligure, mais en propre substance. »

Ainsi, quand nu veut [).irlor très-clairement et très-simplement de ce mystère, on emploie naturellement ces ei pressions, qui mènent l'esprit à la présence réelle.

Et l'est pourquoi, en quatrième lieu, Calvin dit, en cet endroit et partout ailleurs, qu'il ne dispute point de la chose, mais seulement de la manière. « Je ne dispute point, » dit-il (lOG'J , « de la présence, ni de la mandui atîon substantielle, mais dfl la manière de l'une et de l'autre. » Il répète cent ■t cent fois qu'il convient de la chose et ne dispute que de la façon. Tous ses disciples parlent de même, et encore à présent nos réformés se fâchent quand nous leur disons que le corps de Jésus-Christ, selon leur croyance, n'est pas aussi substantiellement avec eux, qu'il est avec nous selon la nôtre: ce qui montre que l'esprit du christianisme (■•-t de mettre Jésus-Christ dans l'Eucharistie aussi présent qu'il se peut, et que sa parole nous conduit naturellement à ce qu'il ya de plus substantiel.

De là vient qu'en cinquième lieu Calvin met une présence tout à fait miraculeuse et divine. Il n'est pas comme les Suisses qui se fâchent quand on leur dit qu'il y a du miracle dans la Cène : lui au contraire se fâche quand on dit qu'il n'y en a point. Il ne cesse de répéter (1070) que le mystère de l'Eucharistie passe les sens ; que c'est un ouvrage incompréhensible de la puissance divine, et un secret impénétrable à l'esprit humain ; que les paroles lui manquent pour exprimer ses pensées, et que ses pensées, quoique beaucoup au-dessus de .-es expressions, n'égalent pas la hauteur de ce mystère ineffable, De sorte, dit-il, qu'il expérimente plutôt ce que c'est que cette union, qu'il ne l'entend : ce qui montre qu'il en ressent ou qu'il croit en ressentir les etrets, mais que la cause le passe. C'est aussi ce qui lui fait mettre dans la Confession de foi (1071), « que ce mystère surmonte en sa uaulesse la mesure de noire sens, et tout ordre de nature; et que pour ce qu'il y a de céleste, il ne peut être appréhendé (c'est-àdire compris ) que par foi. » Et s'efforçant d'expliquer dans le Catéchisme comment il se peut faire que Jésus-Christ nous fasse participants de sa propre substance, vu que son corps est au ciel, et nous sur la terre ; il répond « que cela se fait par la vertu incompréhensible de son esprit, laquelle conjoint bien les choses séparées par distance de lieu (1072). »

Un philosophe comprendrait bien que la vertu divine n'est pas bornée par les lieux : les moins capables entendent comment on se

(1069) Dilue, etc., p:ig. 777 et seq. 859, 8ii,

Page 1