II. HISTOIKK DLS VARIATIONS
etc.
(1070) Insi., iv, 17, 32.
(1071) Art. 50.
(107-2) l>im. :>'<.
peut unir par l'esprit el par la pensée i ce
qu'il y a de plus éloigné; ei Calvin nous menant par ses expressions à une union plus
miraculeuse, on il ne dil rien, ou ii exclul l'uniOfl par la seule foi.
Aussi voyons-nous en sixième lieu qu'il met dans l'Eucharistie une participation qui ne se trouve ni au baptême, ni dans la prédication; puisqu'il dit dans le Catéchisme « qu'encore que Jésus-Christ nous y soil vraiment communiqué, toutefois ce n'ci qu'en partie et non pleinement (1073);» ce qui montre qu'il nous est donné dans la Cène autrement que par la foi; puisque la foi se trouvant aussi vive et aussi parfaite dans la prédication et dans le ba; lème, il nous y serait donné aussi pleinement que dans l'Eucharistie.
Ce qu'il ajoute pour expliquer cette plénitude est encore plus fort; car c'est là qu'il dit ce qui a déjà été rapporté, que « Jésu^- Christ nous donne son corps et son sang pour nous certifier que nous en recevons le fruit.» Voilà donc cette plénitude que nous recevons dans l'Eucharistie, et non au baptême ou dans la prédication, d'où il s'ensuit que la seule foi ne nous donne pas le corps et le sang de Notre-Seigneur ; mais que ce corps el ce sang nous étant donnés d'une manière spéciale dans l'Eucharistie, nous certifient, c'est-à-dire nous donnent une foi certaine que nous avons une part au sacrifice où ils ont été immolés.
Enfin ce qui échappe à Calvin, en parlant même des indignes, fait voir combien il faut croire dans ce sacrement une présence miraculeuse indépendante de la foi : car encore que ce qu'il inculque le plus soit que les indignes n'ayant pas la foi, Jésus-Christ est prêt de venir à eux, mais n'y vient pas en etTet; néanmoins la force de la vérité lui fait dire, « qu'il est véritablement offert et donné à tous ceux qui sont assis à la sainte table, encore qu'il ne soit reçu avec fruit que des seuls fidèles (1074), » qui est la même f.içon de parler dont nous nous servons.
Ainsi, pour entendre la vérité 'lu mystère que Jésus-Christ opère dans l'Eucharistie, il faut croire que son propre corps y est véritablement offert et donné, même aux indignes; et qu'iien est même repu, quoiqu'il n'en soit pas reçu avec fruit : ce qui ne peut être vrai, s'il n'est vrai aussi que ce qu'on nous donne dans ce sacrement est le propre corps du Fils de Dieu indépendamment de la foi.
Calvin le confirme encore en un autre endroit, où il écrit ces mots : « C'est en ceci que consiste l'intégrité du sacrement, que le monde entier ne peut violer; que la chair et le sang de Jésus-Christ sont donnés aussi véritablement aux indignes qu'aux fidèles et aux élus (1075). » D'où il s'ensuit que ce qu'on leur donne est la chair et le sang du
(1073) D'un. 5-2.
(1074) Iiist., I. iv, cap. 17, n. 10; Oputc. deCxna Domini, 1540.
(1075) lnst., it>id., n. 33.
OEUVRES COMl'Lli ILS DE IM ISSU ET.
Fils de Dieu indépendamment do la foi; puisqu'il est certain, selon Calvin, qu'ils n'ont pas la foi, ou du moins qu'ils ne l'exercent pas en cet état.
Ainsi les Catholiques ont raison de dire que ce qui fait que le don sacré que nous recevons dans l'Eucharistie est le corps et le sang sacré de Jésus-Christ, ce n'est pas la foi que nous avons à la parole, mais la parole elle seule par son efficace toute-puissante : de sorte que la foi n'ajoute rien à la vérité du corps et du sang; mais la foi fait seulement que ce corps et ce sang nous profitent; il n'y a rien de plus véritable que ce mot de saint Augustin, que l'Eucharistie n'est pas moins le corps de Notre-Seigneur pour Judas que pour les autres apôtres (1076).
La comparaison dont se sert Calvin dans le môme lieu appuie encore plus la réalité : car, après avoir dit du corps et du sang ce qu'on vient d'entendre, qu'ils ne sont pas moins donnés aux indignes qu'aux dignes, il ajoute qu'il en est comme a de la pluie qui, tombant sur un rocher, s'écoule sans le pénétrer. Ainsi, « dit-il (1077), « les impies repoussent la grâce de Dieu, et l'empêchent de pénétrer au dedans d'eux-mêmes. » Remarquez qu'il parle ici du corps et du sang, qui pareonsé quent doivent être donnés aux indignes, aussi réellement que la pluie tombe sur un rocher. Quant à la substance de la pluie, elle ne tombe pas moins sur les rochers et sur les lieux stériles, que sur ceux où elle fructifie; et ainsi, selon cette comparaison, Jésus-Christ ne doit pas être moins substantiellement présent aux endurcis qu'aux fidèles qui reçoivent son sacrement, quoiqu'il ne fructifie que dans les derniers. Le même Calvin nous dit encore avec saint Augustin, que les indignes qui participent à son sacrement sont ces importuns qui le pressent dans l'Evangile; et que les fidèles qui le reçoivent dignement sont la femme pieuse quile touche (1078]. A ne regarder que le corps, tous le touchent également; mais on a raison de dir.i que ceux qui le touchent avec foi sont les seuls qui le touchent véritablement, | arec que seuls ils le tout lient avec fruit. Peut-on parler de celte sorte , sans reconnaître que Jésus-Christ est présent très-réellement aux uns et aux autres, et que celte parole : Ceciest mon corps, a toujours infailliblement l'effet qu'elle énonce.
Je sais bien qu'en disant des choses si fortes sur le corps donné aux impies aussi véritablement qu'aux saints, Calvin n'a pas laisséde distitiguerentre donner iït recevoir, et qu'au même lieu où il dit que la chair de Jésus-Christ était aussi véritablement donnée aux indignes qu'aux élus, il dit aussi qu'elle n'était reçue que des élus seuls (1079) : mais Il abuse des mots. Car, s'il veut dire que Jésus-Christ n'est pas reçu par les indignes
au môme sens que saint Jean a tlit dans son Evangile : // est venu chez soi, et les siens ne l'ont pas reçu [Joan. î, 11), c'esl-à-dire ils n'y ont pas cru ; il a raison. Mais connue ceux qui n'ont pas reçu Jésus-Christ de cette sorte n'ont pas empêché par leur infidélité qu'il ne soit aussi véritablement venu à eux qu'aux autres, ni que le Verbe fait chair pour habiter au milieu de nous (Ibid., li), eu égard à sa présence personnelle, n'ait été reçu vraiment au milieu du monde, je dis même au milieu du monde qui l'a méconnu et crucifié; ainsi pour parler conséquemment, il faut dire que cette parole : Ceci est mon corps, ne le rend pas moins présentaux indignes, qui sont coupables de son corps et de son sang, qu'aux fidèles, qui s'en approchent avec foi ; et qu'à regarder simplement la présence corporelle, il est reçu également des uns et des autres.
Je remarquerai encore ici une parole de Calvin, qui nous met à couvert d'un reproche que lui et les siens ne cessent de nous faire. Combien de fois nous objectent-ils ces paroles de Notre-Seigneur : Lu chair ne sert de rien'! [Joan. vi, 64) et rependai.t Calvin les explique ainsi : « La chair ne sert de rien toute seule ; mais elle sert avec l'esprit (1080). «C'est justement ce que nous disons; et ce qu'on doit conclure de cette parole, ce n'est pas que Jésus-Christ ne nous donne la propre substance de sa chair indépendamment de notre foi; car il la donne, selon Calvin même, aux indignes ; mais c'e.-t qu'il ne sert de rien de recevoir sa chair, si on ne la reçoit avec son esprit.
Que si on ne reçoit pas toujours son esprit avec sa chair, ce n'est pas qu'il n'y soit toujours; car Jésus-Christ vient à uousplein d'esprit et de grâce: mais c'est que, pour recevoir l'esprit qu'il apporte, il lui faut ouvrir le nôtre par une fui vive.
Ce n'est donc pas un corps sans âme, ou, comme parle Calvin, un cadavre que nous faisons recevoir aux indignes quand ils reçoivent la sainte chair de Jésus-Christ sans en profiter : comme ce n'est pas un cadavre et un corps sans âme et sans esprit que Jésus-Christ leur donne, selon Calvin même (1081). C'est déjà une vaine exagération d'appeler cadavre un corpsqu'on sait être aniaié: car Jésus-Christ ressuscité ne meurt plus; la vie est en lui, et non-seulement la vie qui fait vivre Je corps, mais encore la vie qui fait vivre l'âme. Partout où Jésus-Christ vient, il y vient avec la grâce et la vie. Il portait avec lui et en lui toute sa vertu à l'égard de la troupe qui le pressait : mais cette vertu ne sortit qu'enfaveurde celle qui le toucha avec la foi. Ainsi quanti Jésus- Christ se donne aux indignes, il vient à eux avec la même vertu et le même esprit qu'il déploie sur les fidèles; mais cet esprit et
(1076) Aug , serin serin. 71, n. 17, imn
(1077) Inslit., lii).
Opusc, pag. 781.
U078) Dilue, exp.,
De
veibo Do»i. , iiumc 17, n. 53; II De/'., Opusc, p. 8iS
tl
iv, cap.
(1079) Instll. , lili. iv, cap. 17, n. 55.
(1080) Dilue, exp., Opusc., 831).
(1081) /«st., iv, xvu, il. 55; Episl. Sclial., pag, 217.
Mari.
cette vertu n'agissent que sur ceux qui croient; et Calvin doit dire sur tous ces points les mêmes choses que nous, s'il veut parler conséquemmenl.
Il est pourtant vrai qu'il ne le dit pas. Il est vrai qu'encore qu'il dise (|ue nous sommes participants de la propre substance du corps et «lu ^;;Mg de Jésus-Christ, il veut cpie celte substance ae nous soit unie que par la foi ; et qu'au fond, malgré ces grands mots propre substance, il n'a dessein de reconnaître dans l'Eucharistie qu'une présence iJe vertu.
Il est vr.ïi aussi qu'après avoir dit que nous sommes participants delà propre substance de Jésus-Christ, il refuse de d ire qu'il soit réellement cl substantiellement présent (108-2; ; comme si la participation n'était pas de même nature que la prépence, et quon pût jamais recevoir la propre substance d'une chose, quand elle n'est présente que par sa vertu.
Il élude avec le même artifice ce grand miracle qu'il se sent obligé lui-même à reconnaître dans l'Eucharistie : « C'était, » disait-il, « un secret incompréhensible ; c'était une merveille qui passait les sens et tout le raisonnement humain.» Et quel est ce secret et cette merveille? Calvin croit l'avoir exposé, quand il dit ces mots : « Est-ce la raison qui nous apprend que l'ame, qui est immortelle et spirituelle par sa création, soit vivifiée par la chair de Jésus-Christ, et qu'il coule du ciel en terre une vertu si puissante (1083)? » Mais il nous donne le change, et se le donne à lui-même. La merveille particulière que les saints Pères, et après eux tous les chrétiens, ont crue dans l'Eucharistie, ne regarde pas précisément la vertu que l'incarnation met dans I?. chair du Fils de Dieu. Cette merveille consiste à savoir comment se vérifie cette parole : Ceci est mon corps, lorsqu'il ne paraît à nos yeux que de simple pain ; et comment un même corps est donné en même temps à tant de personnes. C'est pour expliquer ces merveilles incompréhensibles, que les Pères nous ont rapporté toutes les autres merveilles de la puissance divine, et le changement d'eau en vin, et tous les autres changements, et marine ce grand changement qui de rien a l'ait toutes choses. Mais le miracle de Calvin n'est pas de cette nature, et n'est pas même un miracle qui soit propre au sacrement de l'Eucharistie, ni une suite de ces paroles : Ceci est mon corps. C'est un miracle qui se fait dans l'Eucharistie et hors de l'Eucharistie, et qui, a vrai dire, n'est que le fond même du mystère de l'Incarnation
Calvin a senti lui-même qu'il fallait chercher une autre merveille dans l'Eucharistie. 11 l'a proposée en divers endroits de ses écris , et surtout dans le Catéchisme : «< Comment est-ce, » dit-il (1084), «que Jésus- Christ nous fait participants de la propre substance de son corps, vu que son corps
(IOS'2) II Defens., Opnsc, p. 775.
(I0SÔ. Dilue.
Opusc, |'