‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 151 sur 325 · II. HISTOIRE DES VARIATIONS. C2ti · texte numérisé non relu

II. HISTOIRE DES VARIATIONS. C2ti

est au ciel, et nous sur la terre? » Voilà In vrai miracle de l'Eucharistie. A nia que répond Calvin, etque répondent avec lui tous

les calvinistes? «■ Que la vertu incompréhensible du Saint-Esprit conjoint bien les

choses séparées par distance de lieu. » V'eut-il parler en catholique, et dire que le Saint-Esprit peut rendre présent partout où il veutee qu'il vent donner en substance? Je l'entends, et je reconnais le vrai mira de l'Eucharistie. Veul-il dire que des choses séparées, demeurant autentséparées que le ciel l'est de la terre, ue laissent pas d'être unies substance à substance? Ce n'est pas un miracle du Tout-Puissant, c'est un discours chimérique et contradictoire, où personne ne peut rien comprendre.

Aussi, h dire le vrai, m Calvin, ni les calvinistes ne mettent point de miracle dans l'Eucharistie. La présence par la foi, et la présence île vertu, n'en est pas un : le soleil a tant de vertu, et produit de si grands effets d'une si grande distance. Il n'y a donc point de miracle dans l'Eucharistie , si Jésus- Christ n'y est présent que par sa vertu, c'est pourquoi les Suisses, gens de bonne foi, qui s'énoncent en ici mes simples, n'y en ont jamais voulu reconnaître aucun. Calvin, en cela plus pénétrant, a senti avec tous les Pères et tous les fidèles qu'il y avait dans ces paroles : Ceci est mon corps, une marque de toute-puissance Aussi vive que clans celles-ci : Que la lumière soit fuite. (Gen. i, 3.) Pour satisfaire à cette idée, il a bien fallu faire sonner du moins le nom de miracle; mais au fond jamais personne n'a été moins disposé que Calvin à croire du miracle dans l'Eucharistie : autrement, pourquoi nous reprocher sans cesse que nous renversons la nature, et qu'un corps ne peut être en plusieurs lieux, ni nous être donné tout entier sous la forme d'un petit pain? N'est-ce pas là des raisonnements tirés de la philosophie ? Sans doute, et toutefois Calvin, qui s'en sert partout, déclare en plusieurs endroits, « qu'il ne veut point se servir des raisons naturelles, ni philosophiques, et qu'il n'en l'ail nul étal (1085); » mais de la seule Ecriture. Pourquoi? Parce que d'un d'un coté ib ne peut pas s'en défaire, ni s'élever assez au-dessus de l'homme pour les mépriser; ei de l'autre, qu'il sent bien que les recevoir en matière de religion, c'est détruire non-seulement le mystère de l'Eucharistie, mais tout d'un coup tous les mystères du christianisme.

Le même, embarras parait, quand il s'agit d'expliquer ces paroles : Ceci est mon corps. Tous ses livres, tous ses sermons, tous ses discours sont remplis de l'interprétation figurée, et de la figure métonymie, qui met le signe pour la chose. C'est la façon de parler qu'il appelle sacramentelle, à laquelle il veut que tous les apôtres fussent déjà tout accoutumés quand Jésus-Christ fit la Cène. La pierre élait Christ, l'agneau est la [laque, la

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OEUVRES COMPLETES DK BOSSOET.

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circoncision est l'alliance, Ceci est mon corps, ce sont, selon lui, îles façons de parler semblables, et voilà ce qu'on trouve à toutes les pages.

Savoir s'il en est content, ce passage le va faire connaître. Il est tiré de ce livre intitulé : Claire explication, dont nous avons déjà fait mention, et qui est écrit dans Heshusius, ministre luthérien. « Voici, » dit Calvin (10S6), « comme ce pourceau nous l'ait parler. Dans cette phrase, Ceci est mon corps, il y a une figure semblable à ceile-ci : La circoncision est l'alliance ; la pierre était Christ; l'agneau est la pâque. Le faussaire s'est imaginé qu'il causait à table, et qu'il plaisantait avec ses convives. Jamais on p.e trouvera dans nos écrits de semblables niaiseries : mais voici simplement ce que nous disons; que lorsqu'il s'agit des sacrements, i! faut suivre une certaine et particulière façon de parler qui est en usage dans l'Ecriture. Ainsi, sans nous échappera la faveur d'une figure, nous nous contentons de dire ce qui serait clair à tout le inonde, si ces bêtes n'obscurcissaient tout, jusqu'au soleil môme; qu'il faut reconnaître ici la figure métonymie, où le nom de la chose est donné au signe.

Si Heshusius fût tombé dans une semblable contradiction, Calvin n'eût pas manqué de lui reprocher qu'il était ivre ; mais Cal vin était sobre, je l'avoue, et il ne s'embrouille que pane qu'il ne trouve point dans ses explications de quoi contenter son esprit. Il désavoue ici ce qu'il dit à chaque page ; il rejette avec mépris la ligure où dans le même moment il est contraint de se replonger; en un mot, il ne peut rien dire de certain, et il a honte de sa propre doctrine.

Il faut pourtant avouer qu'il était plus délicat que les autres sacramentaires, et qu'outre qu'il avait meilleur esprit, la dispute qui avait duré si longtemps lui avait donné le loisir de mieux digérer cette matière. Car il ne s'arrête pas tant aux allégories et aux paraboles : Je suis la porte, je suis Ici vigne, ni aux autres expressions de même nature ( 1087 ) , qui portent toujours leurs explications avec elles si claires et si manifestes, qu'un enfant même ne pourrait pas s'y tromper. Et d'ailleurs, si, sou? prétexte que Jésus-Christ s'est servi de paraboles et d'allégories, il faut tout entendre en ce sens, il voyait bien que c'était remplir tout l'Evangile de confusion.

Calvin, pour y remédier, trouva ces locutions qu'il appelle sacramentelles, où on met le signe pour la chose (1088) : et en les admettant dans l'Eucharistie, qui est sans contestation un sacrement, il croit trouver un moyen certain d'y établir la figure, sans qu'on puisse la tirer à conséquence dans les autres matières.

Il avait même apporté des exemples de l'Ecriture plus propres que tous les autres

qui avaient écrit devant lui. La principale difficulté était de trouver un signe d'institution, où dans l'institution même on donnât d'abord au signe le nom de la chose sans y préparer les esprits, et dans la propre parole où l'on institue ce signe. Il s'agissait de savoir s'il y en avait quelque exemple dans l'Ecriture. Les Catholiques prétendaient que non ; et Calvin crut les convaincre par ce texte de la Genèse, où Dieu, en parlant de la circoncision qu'il instituait, l'avait nommée l'alliance: }ous aurez, dit-il, mon alliance en votre chair. (Gen. xvn, 13.) Mais il se trompait visiblement, puisque Dieu, avant que de dire : Mon alliance seru dans votre chair, availt onimencédedire : C'est icilesigne de l'alliance. [Ibid. 11.1 Le signe était donc institué avant qu'on lui donnât le nom de la chose, et l'esprit était préparé par cet exorde à l'intelligence de toute la suite, d'où il s'ensuit que Notre-Seigneur aurait dû préparer l'esprit îles Apôtres à prendre le signe pour la chose, s'il avait voulu donner ce sens à ces mots : Ceci est mon corps, ceci est mon sang ; ce que n'ayant pas fait, on doit croire qu'il a voulu laisser les paroles tlans leur sens naturel et simple. Calvin le reconnaît lui-même, puisqu'en nous disant que les apôtres devaient déjà être accoutumés à ces façons de parler sacramentelles, il reconnaît qu'il y eût eu de l'inconvénient à en employer de semblables, s'ils n'y eussent pas été accoutumés. Comme donc il paraît manifestement qu'ils ne pouvaient pas être accoutumés à donner le nom de la chose à un signe d'institution sans en être auparavant avertis, puisqu'on ne trouve aucun exemple de cet usage ni dans l'Ancien Testament ni dans le Nouveau , il faut conclure contre Calvin, par les principes de Calvin même, que Jésus-Christ n'a pas dû parler en ce sens; et que s'il l'eût fait, ses apôtres ne l'auraient pas entendu.

Aussi est-il véritable qu'encore qu'il fasse son fort de ces façons de parler qu'il appelle sacramentelles, où le signe est pris pour la chose, et que ce soit là son véritable dénoûment, il en est si peu satisfait, qu'il dit en d'autres endroits que ce qu'il a de plus fort pour soutenir sa doctrine, c'est que l'Eglise est nommée le corps de Notre-Seigneur (1089). C'est bien sentir sa faiblesse , que de mettre là sa principale défense. L'Eglise est-elle le signe du corps de Notre- Seigneur, comme le pain l'est, selon Calvin? Nullement : elle est »on corps comme il est son chef, par cettte façon de parler si vulgaire, où l'on regarde les sociétés et le prince

qui

les gouverne comme une espèce de

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