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qu'il en soit, le cardinal n'en lira rien davantage; et content d'avoir fait paraître à toute'laFrance que ce parti de réformateurs, qui paraissait au dehors si redoutable, était si faible au dedans par ses divisions, il laissa séparer l'assemblée. Mais Antoine de Bourbon, roi de Navarre et premier prince du sang, jusqu'alors assez favorable au nouveau parti qu'il ne connaissait que sous le nom de Luther, s'en désabusa : et au lieu de la piété qu'il y croyait auparavant, il commença dès iors à n'y reconnaître qu'un zèle amer et un prodigieux entêtement.
Au reste, ce ne fut pas un petit avantage pour la bonne cause d'avoir obligé lès calvinistes à recevoirde nouveaudaus une telle assemblée toute la Confession d'Augsbourg, à la réserve du seul article de la Cène ; puisque, comme nous avons vu, ils renonçaient par ce moyen à tant de points importants de leur doctrine. Bèze néanmoins trancha le mot, et en fit solennellement la déclaration, du consentement de tous ses collègues. Mais, quoique la politique et le désir de s'appuyer autant qu'Us pouvaient de la Confession d'Augsbourg leur ait fait dire en cette occasion, comme en beaucoup d'autres, ils avaient toute -autre cl^e dans le cœur; et on n'en peut douter quand on voit quelle instruction ils reçurent deCalvin même durant lecolloque « Vous devez, «dit-il (1124),« prendre garue, vous autres qui assistez au colloque, qu'en voulant trop soutenir votre bon droit, vous ne paraissiez opiniâtres, et ne fassiez rejeter sur vous toute la faute de la rupture. Vous savez que la Confession d'Augsbourg est le flambeau dont se servent vos furies pour allumer le feu dont toute la France est embrasée ; mais il faut bien prendre garde pourquoi ou vous presse tant de la recevoir, vu que sa mollesse a toujours déplu aux gens de bon sens; que Mélanchthon son auteur s'est souvent repenti de l'avoir dressée, et qu'enfin die e.-t tournée en beaucoup d'endroits à l'usage de l'Allemagne, outre que sa brièveté obscure et défectueuse a cela de mal, qu'elle omet plusieurs articles de très-grande importance.»
On voit donc bien que ce n'était pas le seul article de la Cène, mais en général tout !s gros de La Confession d'Augsbourg qui Lai déplaisait. On n'exceptait néanmoins que cet article : encore , quand il s'agissait de l'Allemagne, souvent on ne trouvait pas à propos de l'excepter.
C'esi ce qui paraît par une autre lettre du même Calvin, écrite pareillement durant le colloque, afin que l'on voie combien de différents personnages il faisait dans le même temps. Ce fut donc en ce même temps, et en !"a;i 15(51, qu'il écrivit aux princes d'Allemagne, pour ceux de la ville de Strasbourg, une lettre où il leur fait dire d'abord, « qu'ils sont du nombre de ceux qui reçoivent en tout la Confession d'Augsbourg, même dans
(lliil Evist., p. -;.!.
11145) Hrid., p. 524.
(112CJ Syn. Gen , pari.
pas. 141. m
l'article de la Cène (1125) , » et ajoute que la reine d'Angleterre (c'était la reine Elisabeth ; , quoiqu'elle approuve la Confession d'Augsbourg, rejette les façons de parler charnelles d'Heshusius, et tles autres qui ne pouvaient supporter ni Calvin, ni Pierre Martyr, ni Mélanchthon même, qu'ils accusaient de relâchement sur le sujet de la Cène.
On voit la même conduite dans la Confession de foi de l'électeur Fiédéric III, comte Palatin, rapportée dans le recueil de Genève: confession toute caivinienne, et ennemie, s'il en fut jamais, de la présence réelle, puisque ce prince y déclare que Jésus-Christ n'est dans laCène« en aucune sorte, ni visible, ni invisible ni incompréhensible, ni compréhensible; mais seulement dans le ciel (112fi) « Et toutefois son fils et son successeur Jean- Casimir, dans la préface qu'il met à la tête de cette Confession, dit expressément que son père « ne s'est jamais départi de la Confession d'Augsbourg, ni même de ['Apologie qui y fut jointe : » c'est celle de Mélanchthon, que nousavons vues; précise pour la présence réelle ; et si on ne voulait pas en croire le lils, le père même, dans le corps de sa Confession, déclare la même chose dans les mêmes termes.
C'était donc une mode assez établie, même parmi les Calvinistes, d'approuver purement et simplement la Confession d'Augsbourg quand il s'agissait de l'Allemagne ; ou par un certain respect pour Luther, auteur de toute la Réforme prétendue; ou parce qu'en Allemagne la seule Confession d'Augsbourg avait été tolérée par les Etals de l'Empire, et hors de l'Empire même elle avait une si grande autorité, que Calvin et les calvinistes n'osaient dire qu'ils s'en éloignaient qu'avec beaucoup d'égards et de précautions ; puisque, même dans l'exception qu'ils faisaient souvent du seul article de la Cène, iis se sauvaient plutôt par les éditions diverses et les divers sens de cet article, qu'ils ne le rejetaient absolument (1127).
En effet, Calvin, qui iraite si mal la Confession d'Augsbourg quand il parle conlidcmmentavee les siens, garde un respect apparent pour elle partout ailleurs, même à l'égard de l'article de la Cène, en disant qu'il le foit en l'expliquant sainement, et comme Mélanchthon, auteur de la Confession, l'entendait lui-même (1128). Mais il n'y a rien de plus vain que celle défaite; parce qu'encore que .'. élanchlhontînt la plume lorsqu'on dressa celte Confession de foi, il v exposait, non pas sa doctrine particulière, mais (elle de Luther et de tout le parti dont il était l'interprète et comme le secrétaire, ainsi qu'il le déclare souvent.
Et quand, dans un acte public, on pourrait s'en rapporter tout à fait au sentiment particulier de celui qui l'a rédigé, il faudrait toujours regarder non pas ce que Mélanchthon a pensé depuis, mais ce que Mélanchthon
(11-27) Epitt., pay. 510; // Def., ult. Adm. :«' l'es/.
(1128) Ibid.
CI!) PART. X. lllliil .. POLEMIQUE,
pensait alors avec tous ceux de sa secte ; n'y ii va ni aucun sujet de douter qu'il n'ait tâché d expliquer naturellement ce «j u' 1 1 s croj aient t < tus ; d autant plus que nous avons vu qu'en ce temps il rejetai! le sens figuré d'aussi bonne foi que Luther ; et qu'encore que, dans la suite, il «il biaisé en plusieurs manières, jamais il ne l'a ouvertement approuvé.
Il n'y a (loue pas de bonne fui à se rappori t.'ih sensjde Mélanchthon dans cette matière; el on voit bien que Calvin, quoiqu'il se vante p. h tout île dire ses sentiments tans aucune-