‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 156 sur 325 · II. HISTOIRE DES VARIATIONS · texte numérisé non relu

II. HISTOIRE DES VARIATIONS

avec la liturgie d'Edouard : de sorte que si le parlement n'avait pas fait ces actes, l'ordination de tout !e clergé serait demeurée douteuse.

Les évêques et leur clergé, qui avaient ainsi mis sous le joug l'autorité ecclésiastique, finissent d'une manière Jigne d'un tel commencement, lorsque ayant expliqué leur foi dans tous les articles précédents, ou nombre de 39, ils en font un dernier où ils déclarent que « ces articles, autorisés par l'approbation et le consentement, per assmsum et consensum, de la reine Elisabeth, doiventêtre reçus et exécutés par tout le royaume d'Angleterre. » Où nous voyons l'approbation de la reine, et non-seulement son consentement par soumission, mais encore son assentiment, pour ainsi parler, par expresse délibération, mentionné dans l'acte comme une condition qui le rend valable; en sorte que les décrets des évêques sur les matières les plus attachées à leur ministère reçoivent leur dernière forme et leur validité dans le même style que les actes du parlement par l'approbation de ia reine, sans que ces faibles évêques aient osé témoigner, à l'exemple de tous les siècles précédents, que leurs décrets, valables par eux-mêmes et par l'autorité sainte que Jésus-Christ avait attachée à leur caractère, n'attendaient de la puissance royale qu'une entière soumission et une protection extérieure. C'est ainsi qu'en oubliant avec les anciennes institutions de leur Eglise le chef que Jésus-Christ leur avait donné, et se donnant eux-mêmes pour chefs leurs princes, que Jésus-Christ n'avait pas établis pour cette lin, ils se sont de telle sorte ravilis, que nul acte ecclésiastique, pas même ceux qui regardent la prédication, ies censures, la liturgie, les sacrements, et la foi même, n'a de force en Angleterre qu'autant qu'il est approuvé et vaudé par les rois; ce qui au fond donne aux rois plus que la parole, et plus que l'administration des sacrements, puisqu'il les rend souverains arbitres de l'un et de l'autre.

C'est par la même raison que nous voyons la première Confession de l'Ecosse, depuis qu'elle est protestante, publiée au nom des Etats et du parlement (1159), et une seconde Confession du même royaume, qui poite pour titre : Générale Confession de la vraie foi chrétienne, selon la parole de Dieu, et les actes de nos parlements (1160).

il a fallu une infinité de déclarations différentes pour expliquer que ces actes n'attribuaient pas la juridiction épiscopale à la royauté : mais tout cela n'est que des paroles; puisqu'au fond il demeure toujours pour certain, que nul acte ecclésiastique n'a, de force dans ce royaume-là, non plus qu'en celui d'Angleterre, si le roi et le parlement ne les autorisent.

J'avoue que nos calvinistes paraissent bien éloignés de cette doctrine; et je trouve

(1155) Birn., liv. m, p. 571.

(M5(il Jbid.

{ 1 157) Syn, Lond., art. ô'î, Syn. Cm., p. 107.

(1158) Burci., Ioc. inox cil., p. 580.

(1158) Syn.Gen., pan. i, p. lui».

(MO'O) Ibid., p. 126.

fi->9 ŒUVRES COMPLETES DE BOSSUEI. Wft

non-seulement dans Calvin, romine je l'ai niée sous Elisabeth en 15C2, il y a deux déjà dit, niais encore dans les synodes na- points importants sur la justification. Dans tionaux, des condamnations expresses de l'un, on rejette assez clairement l'inamissiceux (]iii confondent le gouvernement civil bilité de la justice, en déclarant « qu'après Avec le gouvernement ecclésiastique, enfai- avoir reçu le Saint-Esprit nous pouvons sont le magistrat chef de l'Eglise, ou en sou- nous éloigner de la grâce donnée, et ensuite mettant au peuple le gouvernement ecclesias- nous relever et nous corriger (1166). » Dans ti(/ue (1161). Mais il n'y a rien parmi ces l'autre» la certitude de la prédestination semmessieurs qui ne s'accommode, pourvu ble tout à fait exclue, lorsqn'après avoir dit qu'on soit ennemi du Pape et île Rome : tel- que « la doctrine de la prédestination est lement qu'à force d'explications et d'équi- pleine de consolations pour les vrais fidèles, voques les calvinistes ont été gagnés, < t on en confirmant la foi que nous avons d'obleles a fait venir en Angleterre jusqu'à sous- nir le salut par Jésus-Christ, » on ajoute, crire la suprématie. « qu'elle précipite les hommes charnels ou On voit par toute la suiie des actes que dans le désespoir, ou dans une pernicieuse nous avons rapportés, que c'est en vain sécurité malgré leur mauvaise vie. » Et on qu'on nous veut persuader que sous le règne conclut, « qu'il faut embrasser les promesses d'Elisabeth cette suprématie ait été réduite divines comme elles nous sont proposées à des termes plus raisonnables que sous les en termes généraux dans l'Ecriture, et suirègnes précédents (1162), puisqu'on n'y voit vre dans nos actions la volonté de Dieu, nu contraire aucun adoucissement dans le comme elle est expressément révélée dans fond. Un des fruits delà primauté fut que la sa parole; » ce qui semble exclure celte cerreine envahit les restes desbensde l'Eglise, titude spéciale où on oblige chaque fidèle suùs prétexte d'échanges désavantageux^ en particulier à croire, comme de foi, qu'il même ceux des évêchés, qui seuls jusqu'à- est du nombre des élus, et compris dans ce lors étaient demeurés sacrés et inviolables décret absolu par lequel Dieu veut les sau- (1163). A l'exemple du roi son père, pour ver : doctrine qui en effet ne plaît guère engager sa noblesse dans les intérêts de ta aux prolestants d'Angleterre; quoique nonprimauté et de la réforme, elle leur fit don seulement ils la souffrent dans les calvinisd'une partie de ses biens sacrés : et cet état les, mais encore que les députés de cette de l'Eglise, mise sous le joug dans son spi- Eglise l'aient autorisée, comme nous verrituel et dans son temporel tout ensemble, ions (1167), dans le synode de Dordrecht. s'appelle la réformation de l'Eglise, et le ré- La reine Elisabeth favorisait secrètement tablissement de la pureté évangélique. la disposition que ceux de France avaient à Cependant, si on doit juger, selon la règle la révolte (1168) : ils se déclarèrent à peu <le l'Evangile, de celte réformation par ses près dans le même temps que la réformafruits, il n'y a jamais eu rien de plus déplu- tion anglicane prit sa forme sous cette reine, rable, puisque l'effet qu'a produit ce misé- Après environ trente ans. nos réformés se rable asservissement du clergé, c'est que la lassèrent de tirer leur gloire de leur soufreligion n'y a plus été qu'une politique : on france : leur patience n'alla pas plus loin, y a tait lout ce qu'ont voulu les rois. La ré- Ils cessèrent aussi d'exagérer à nos rois leur formation d'Edouard, où l'on avait changé soumission. Cette soumission ne dura qu'auloule celle de Henri Vlll, a changé elle- tant que les rois furent en état de les conlemême en un moment sous Marie, et Elisa- nir. Sous les forts règnes de François 1" et beth a détruit en deux ans tout ce que Marie de Henri II, ils furent à la vérité fort soumis,, avait fait. et ne firent aucun semblant de vouloir pren- Les évoques, réduits à quatorze, demeu- die les armes. Le règne aussi faible que rèrent fermes avec cinquante ou soixante court de François H leur donna de l'audace : ecclésiastiques (HGi) : mais, à la réserve ce feu longtemps caché éclata enfin dans la d'un si petit nombre, dans un si grand conjuration d'Amboiso. Cependant il restait royaume, lout le reste fut entraîné par les encore assez de force dans le gouvernement décisions d'Elisabeth avec si peu d'attache- pour éteindre la flamme naissante : mais ment à la doctrine nouvelle qu'on leur fai- durant la minorité de Charles IX, et sous la sait embrasser, « qu'il y a même de i'appa- régence d'une reine dont toute la politique reiice, de l'aveu de M. But-net (1165), que si n'allait qu'à se maintenir par de dangereux le règne d'Elisabeth eût été court, et si un ménagements, la révolte parut tout entière, prince de la communion romaine eût pu par- et l'embrasement fut universel par toute la venir à la couronne avant la mort de tous France. Le détail des intrigues et des guerceux de cette génération, on les aurait vus res ne me regarde pas; et je n'aurais même changer avec autant de facilité qu'ils avaient point parlé de ces mouvements, si, contre fait sous 1'aulorilé de Marie. » toutes les déclarations et protestations pré- Dans celle même Confession de foi, confir- cédentes, ils n'avaient produit dans la Ré-

(JI6i) Syn. de Paris , loG.*> ; Syn. de la Rochelle, (1165) Bttits., liv. m, p. 595.

,s;.,;*v , (1160) Sijni. Gen., part, t; Conf. Angl., art. 10,

(tl(ci) Buiin., liv. m, p. 571, 592, etc. 17. p. ifj-2.

(1105) Tihjan., Ib.xxi, 155» ; IIcii.n., liv. ni, ( 1 107) Liv. xu.

p\5,.i\ .... „ IH0H) Pu'*-, liv. m. p. 559, 017.

(1164) llml., p. 59i '

PART. X. THKOL, POLEMIQUE. - II. HISTOIRE DES VARIATIONS

forme cette nouvelle doctrine, qu'il est permis de prendre 1rs armes contre son prince et sa patrie pour la cause de la religion.

On «vail bien prévu que les nouveaux réformés ne tarderaient pas à en venir à de semblables alternats. Pour ne poinl rappeli r ici les guerres îles albigeois, les séditions des wicléfites en Angleterre, et les fureurs des laborites en Bohême, on n'avait que 1 1 < » t > vu à quoi avaient abouti toutes les belles protestations des luthériens en Allemagne. Les ligues et les guéries au commencement délestées, aussitôt que les protestants se sentirent, devinrent permises, et Luther ajouta cet article à son évangile. Les ministres des vaudois avaient encore tout nouvellement enseigné celte doctrine, et la guerre fui entreprise dans U-s Vallées contre les dues de Savoie qui en étaient les souverains 1169), Les nouveaux réformés de France ne tardèrent pas à suivre ces exemples, et on ne peut pas douter qu'ils n'y aient été engagés | ar leurs dot leurs.

Pour la conjuration d'Amboise, tous les historiens le témoignent, et Bèze même en est d'accord dans son Histoire ecclésiastique. Ce fut sur l'avis ries docteurs, que le prime de Coudé se crut innocent, ou fit semblant de le croire, quoiqu'un si grand attentat eût été entrepris sous ses ordres. On résolut dans le parti de lui fournir hommes et argent, alin que la force lui demeurât; de sorte qu'il ne s'agissait de rien moins, après l'enlèvement violent des deux Guises dans le propre château d'Amboise où le roi était, que d'allumer dès lors dans tout le royaume le feu de la guerre civile (1170). Tout le gros de la Réforme entra dans ce dessein, et la province de Saintonge est louée par Bèze en cette occasion, d'avoir fait son devoir comme les autres (1 171). Le même Bèze témoigna un regret extrême de ce qu'une si juste entreprise a manqué, et en attribue le mauvais succès à la déloyauté de quelquesuns.

Il est vrai qu'on voulut donner à cette entreprise, comme on a fait à toutes les autres de cette nature, un prétexte de bien public, pour y attirer quelques catholiques et sauver à ia Réforme l'infamie d'un tel attentat. Mais quatre raisons démontrent que c'était au fond une atl'aire de religion et une entreprise menée par les réformés. La première est qu'elle fut faite à l'occasion des exécutions de quelques-uns du parti, et surtout de celle d'Anne du Bourg, ce fameux prétendu martyr. C'est après l'avoir racontée, avec les autres mauvais traitements qu'on faisait aux luthériens (alors on nommait ainsi toute la Réforme), que Bèze fait suivre l'histoire de la conspiration ; et, à la tête des motifs qui la tirent naître, il met : « ces façons de faire ouvertement tyranniques, et les menaces dont on usait' à celte occasion envers les plus grands du roya-u-

i ll(j9) Tiu'an. , lib. xxvn , 151)0, loin. Il, p. 17; i.a Poi'lin, liv. vu, p. 246,255.

( 1 1 70) ïm an.. I5C0, loin. I, liv. wiv, p. Tir.! ; la Poplin.j liv. vj ; lii n:, llist. ecclés., h. m, p.

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