‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 157 sur 325 · GIB · texte numérisé non relu

GIB

me, » comme le prince de Coudé et les Chaînions. C'est alors, dit-il, que « plusieurs seigneurs se réveillèrent comme d'un profond sommeil; d'autant plus, continue eut bistorieni qu'ils considéraient que les rois François et Henri n'avaient jamais voulu attentera la personne des gens d'état (c'està-dire des gens de qualité), se contentant de battre le chien devant le loup, et qu'on faisait tout le contraire alors; qu'on devait pour le moins, à cause de la multitude, user de remèdes moins corrosifs, et n'ouvrir pas la porte à un million de séditions. >.

En vérité l'aveu est sincère. Tant qu'on ne punit que la lie du peuple, les seigneurs du parti ne s'émurent pas, et les laissèrent traîner au supplice. Lorsqu'ils se virent menacés comme les autres, ils songèrent h prendre les armes, ou, comme parle l'auteur, ■< chacun fut contraint de penser à son particulier; et commencèrent plusieurs à se rallier ensemble, pour regarder à quelque juste défense pour remettre sur l'ancien et légitime gouvernement du royaume. » Il fallait bien ajouter ce mot pour couvrir- le reste ; mais ce qui précède fait assez voir ce qu'on prétendait, et la suite le justifie encore plus clairement. Car ces moyens de juste défense furent que « la chose étant proposée aux jurisconsultes et gens de renom de France et d'Allemagne, comme aussi aux plus doctes théologiens, il se trouva qu'on se pouvait légitimement opposer au gouvernement usurpé par ceux de Guise, et prendre les armes à un besoin pour repousser leur violence, pourvu que les princes du sang qui sont nés en tel cas légitimes magistrats, ou l'un d'eux, le voulût entreprendre, surtout à la requête des états de- France ou de la plus saine partie u'iceux (1172). » C'est donc ici une seconde démonstration contre la nouvelle réforme, en ce que les théologiens que l'on consulta étaient protestants, comme il est expressément expliqué par M. de Thou, auteur non suspect (1173). Et Bèze le fait assez voir, lorsqu'il dit qu'on prit l'avis des plus doctes théologiens qui, selon lui, ne pouvaient être que des réformés. On en peut bien croire autant des jurisconsultes, et jamais on n'en a nommé aucun qui fût catholique.

Une troisième démonstration, qui résulte des mêmes paroles, c'est que ces princes du sang, magistrats nés dans cette affaire, furent réduits au seul prince de Condé, protestant déclaré, quoiqu'il y en eût pour le moins cinq ou six autres, et entre autres lu roi de Navarre, frère aîné du prince et premier prince du sang; mais que le parti craignait plutôt qu'il n'en était assuré, circonstance qui ne laisse pas le inoindre doute. que le dessein de la nouvelle réforme ne fût d'être maîtresse de l'entreprise.

Et non-seulement le prince est le seul qu'on met à la tète de lout le parti ; mais ce

i ! 1 71 1 Bfczi;, Uni. ceci., liv. m, p. 313.

(1172) /luii.,p. 2-19.

Ï1175J Lib. \\i\, p. "il, edii. Gcuev.

Kenaudio, un faussaire, et condamné tel à de rigoureuses peines par l'arrêt parlement où il plaidait un bénéii e

C65 OEUYuES COMPLETES DE BOSSl'ET.

qui fait la quatrième et dernière conviction contre la Réforme, c'est que cette plus saine partie des états dont on demandait le concours, furent presque tous de ces réformés. Les ordres /es plus importants et les plus particuliers s'adressaient à eux, et l'entreprise les regardait seuls (1174); car le but qu'on s'y proposait était, comme l'avoue île Bèze (1175), qu'une Confession de foi fut présentée au roi, pourvu d'un bon et légitime conseil. On voit assez clairement que ce conseil n'aurait jamais été bon et légitime que le prince de Condé avec son parti n'en fût le maître, el que les réformés n'eussent obtenu ce qu'ils voulaient. L'action devait commencer par une requête qu'ils eussent présentée au roi pour avoir la liberté de conscience»; et celui qui conduisait tout fut la

atnné comme d'un qui ensuite réfugié à Genève, hérétique par dépit, « brûlant du désir de se venger, et de couvrir l'infamie de sa condamnation par quelque action hardie (1176), » entreprit de soulever autant qu'il pourrait trouver de mécontents; et à la fin retiré à Pans, chez un avocat huguenot, ordonnait tout de concert avec Antoine Chandicu, ministre de Paris, qui depuis se fit nommer Sadaël.

il est \rai que l'avocat huguenot chez qui il logeait, et Lignères, autre huguenot, eurent horreur d'un crime si atroce, et découvrirent l'entreprise (1177) ; mais cela n'excuse pas la Réforme, et ne fait que nous montrer qu'il y avait des particuliers dans Î3 secte dont la conscience était meilleure que celle des théologiens et des ministres, et que celle de Bèzo même et de tout le gros du parti, qui se jeta dans la conspiration par toutes les provinces du rovahme. Aussi avons-nous vu (1178) que lé même Bèze accuse de déloyauté ces deux fidèles sujets, qui seuls dans tout le parti eurent horreur du complot et le découvrirent; de sorte que, .1e l'avis des ministres, ceux qui entrèrent dans ce noir dessein sont des gens de bien, et ceux qui le découvrent sont des perfides.

Il ne sert de rien de dire que la Uenaudie et tous les conjurés protestèrent qu'ils ne voulaient rien attenter contre le roi. ni contre la reine, ni contre la famille royale ; car s'ensuit-il qu'on soit innocent pour n'avoir pas formé le dessein d'un si exécrable parricide? N'était-ce rien dans un Etat que d'y révoquer en doute la majorité du roi, et d'éluder les lois anciennes qui la mettaient à quatorze ans, du commun consentement de tous les ordres du royaume (1179)?

d'entreprendre sur ce prétexte, de

(1171) La Popi.in., liv. vi, p.

(1175) llisi. cul., Ilv. m, p.

(1170) Thuan., loC'J, tom. 1

i 1 177) likzE, Thuan., la Pop

(1178) Ci-dessus, col. 661.

iU7!i' Ordonnance de Churki suiv

lui doii-

ner un conseil tel qu'on vomirait? d'entrer dans son palais à main armée ? de l'assaillir et de le forcer? d'enlever dans cet asile sacré, et entre les mains du roi, le duc de Guise et le cardinal de Lorraine, à cause que le roi se servait de leurs conseils? d'exposer toute la cour et la propre personne du roi à toutes les violences et à tout le carnage qu'une altaque si tumultuaire et l'obscurité de la nuit pouvait produire ? enfin de prendre les armes par tout le royaume, avec résolution de ne les poser qu'après qu'on aurait forcé le roi à faire tout ce qu'on voudrait (1180)? Quand il ne faudrait ici regarder que l'injure particulière qu'on faisait aux Guises, quel droit avait le prince de Condé de disposer de ces princes; de les livrer entre les mains de leurs ennemis, qui, de l'aveu de Bèze (1181), faisaient une grande partie des conjurés ; et d'employer le fer contre eux, comme parle M. de Thou (1182), s'ils ne consentaient pas volontairement à se retirer des affaires? Quoi! sous prétexte d'une commission particulière donnée, comme le dit Bèze (1183', « à des hommes d'une prud'homie bien approuvée (tel qu'était un la Kenaudie), de s'enquérir secrètement, et toutefois bien et exactement,, des charges imposées à ceux de Guise ; » un prince du sang, de son autorité particulière, les tiendra pour bien convaincus, et les mettra au pouvoir de ceux qu'il saura être « aiguillonnés «l'appétit de vengeance pour les outrages reçus d'eux, tant en leurs personnes que de leurs parents et alliés 1 » car c'est ainsi que parle Bèze. Que devient la société, si de tels attentats sont permis T Mais que devient la royauté, si on ose les exécuter, à main armée, dans le propre palais du roi, arracher ses ministres d'entre ses bras, le mettre en tutelle, mettre sa personne sacrée dans le pouvoir des séditieux qui se seraient emparés de son château, et soutenir un tel attentat par une guerre entreprise dans tout le royaume? Voilà le fruit des conseils des plus doctes théologiens réformés, et des jurisconsultes du plus grand renom. Voilà ce que Bèze approuve, et eu que défendent encore aujourd'hui les protestants (118V).

On nous allègue Calvin, qui, après que l'entreprise eut manqué , a écrit deux lettres, où il témoigne qu'il ne l'avait jamais approuvée (1185). Mais lorsqu'on est averti d'un complot de cette nature , en est-on quitte pour le blâmer, sans se mettre autrement eu peine d'empêcher le progrès d'un crime si noir? Si Bèze eût cru que Calvin eût autant détesté cotte entreprise qu'elle méritait de l'être, l'aurait-il approuvée luimême, et nous aurait-il vanté l'approbation

lOi, etc.

, liv. XXIV,

i.v. ibid.

i le

(1180) \'ou. lv Poi'LlN., Il v. vi, pag. 155 et Sltiv.

(1181) Btit, 250.

(1182) Thuan., 752, 758. 1 1 183) Bèze, ibid.

(1184) Iïik.n., liv. m. p. 616.

(1(85) Crit. rir Miiimb . tom. i. tell. 16, n. U,

. 'i65; Orly., Episl., p. 512, 513.

SCi

IVVfl T. X. 1111.01.. polémique; — 11. HISTOIRE SES VARIATIONS.

des plu.i doetei thëoloqient du parti ? Qui ne voit donc que Calvin agit ici trop mollement, et ne so mit guère en peine qu'on ha ardai ta conjuration , pourvu qu'il |'ût s'en disculper, en cas ()ue le succès en fût mauvais ? Si nous eu croyons Brantôme, l'amiral était bien dans une meilleure disposition (H8(i): el les écrivains protestants nous vantent ce qu'il a écrit dans la Vie de ce seigneur, qu'on n'osa jamais lui parler de ictie entreprise , « parce qu'on le tenait pour un seigneur de probité, homme de bien , aimant l'honneur; et pour ce eût bien renvoyé les conjurateurs rabroués, et révélé le tout, voire aidera leur courir sus (1187).» Mais cependant la chose l'ut faite; et les historiens du parti racontent avec complaisance ce qu'on ne devrait regarder qu'avec horreur.

Il n'est pas ici question d'éluder un fait constant , en discourant sur l'incertitude des histoires et sur les partialités des historiens (1188). Ces lieux communs ne sont bons que pour éblouir (1189). Quand nos réformés douteraient de M. de Thon qu'ils ont imprimé à Genève , et dont un historien protestant vient d'écrire encore , que la foi ne leur fut jamais suspecte (i 190) ; ils n'ont qu'à lire la l'oplinière un îles leurs, et Bèze un de leurs chefs , pour trouver leur parti convaincu d'un attentat , que Faillirai , tout protestant qu'il était, trouva si indigne d'un homme d'honneur.

Mais cependant ce grand homme d'honneur qui eut tant d'horreur de l'entreprise d'Aniboise , ou parce qu'elle était manquée, ou parce que les mesures en étaient mal prises, ou parce qu'il trouva mieux ses avantages dans la guerre ouverte, ne lais-a pas deux ans après de se mettre à la tête des calvinistes rebelles. Alors tout le parti se déclara. Calvin ne résista plus à celte fois; et la rébellion fut le crime de tous ses disciples. Ceux que leurs histoires célèbrent comme les plus modérés disaient seulement qu'il ne fallait point commencer (1191). Au reste, on se disait les uns aux autres , que se laisser égorger comme des moutons sans se défendre , ce n'était pas le métier de gens de cœur. Mais quand on veut être gens de cœur de celte sorte , il faut renoncera la qualité de réformateurs, et encore plus à celle de confesseurs de la foi et de martyrs : car ce n'est pas en vain que saint Paul a dit après David : On nous regarde comme des brebis destinées â la boucherie (Rom. vin, 30) ; et Jésus-Christ lui-même : Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. (Matin.*.. 16.) Nous avons en main des lettres de Calvin, tirées de bon lieu , où , dans les commencements des troubles de France, il croit avoir assez fait

(H86) Cri/., lora. I, leur. -2, n. 2.

(118"i Buant., Vie de l'amiral de Châlillon.

(1188) Critiq , ibid., n. 1, 4.

(1189) L'auteur de la Critique de l'Histoire du calvinisme du P. Maimbourg, que llossuet a ici eu \uc, était le fameux Bayle , sopiiisle adroit, qui , par cou artificieuse dialecliiue, s'eflbrçait d'obscur-

d'écrire au baron des Adrets contre les pillages et les violences, contre les bnsei mages, et contre la déprédation des reliqnaires et des trésors des églises suris ^autorité publique. Se contenter, comme ilfait, de dire à des soldats ainsi enrôlés : défaites point de violence . <t cofltentex-vouB de votre paye (Luc. m, 1'») , sans rien dire davantage; c'est parler île celte milice , comme on l'ait d'une milice légitime, et c'est ainsi que sain; Jean-Baptiste a décidé en laveur do ceux qui portaient les armes sous l'autorité de leurs princes. La doctrine qui permettait de les prendre pour la cause de la religion fut depuis autorisée, non plus seulement par tous les ministres en particulier, mais encore en commun dans les synodes; et il en fallut venir à celte décision pour engager à la guerre ceux des protestants qui, ébranlés par l'ancienne foi des Chrétiens , et par la soumission tant de fois promise au commencement de la nouvelle réforme, neeroyaient pas qu'un Chrétien dût soutenir la liberté de conscience autrement qu'en souffrant, selon l'Evangile, en toute patience et humilité. Le brave et sage la Noue , qui d'abord était dans ce sentiment, fut entraîné dans un sentiment et dans une pratique contraire par l'autorité des ministres et des synodes. L'Kglise alors fut infaillible, et on céda aveuglément à son autorité contre sa propre conscience.

Au reste, les décisions expresses sur cette matière furent faites pour la plupait dans les synodes provinciaux : mais, pour n'avoir pas besoin de les y aller chercher, il nous suffira de remarquer que ces décisions fuient prévenues par le synode national de Lyon en 1563, art. 38 de"s faits particuliers où il est porté: « Qu'un ministre de Limosin, qui autrement s'était bien porté, par menace des ennemis a écrit à la reine-mère , qu'il n'avait jamais consenti au port des armes, ja<;ait qu'il y ait consenti et contribué. Item, qu'il promenait de ne point prêt lier jusqu'à ce que le roi lui permetirait. Depuis, connaissant sa faute, il en a fait confession publique devant tout le peuple , et un jour de Cène, en la présence de tous les ministres du pays et de tous les lidèles. On demande s'il peut rentrer dans sa charge. On est d'avis que cela suffit; toutefois il écrira à celui qui l'a fait tenter, pour lui faire reconnaître sa pénitence, et le priera-t-on qu'on le fasse ainsi entendre à la reine : et la où il adviendrait que le scandale en demeurât à son église, sera en la prudence du synode de Limosin de le changer de lieu. »

C'est un acte si chrétien et si héroïque dans la nouvelle réforme de faire la guerre à son souverain pour la religion , qu'on fait un crime à un ministre de s'en être repenti,

elr les raisonnements les plus clairs , et de mellre en doute les faits les plus certains. (Edil. deVersailles.)

(1190) Buun., tom. I, Préf.

(1 191) La Poplin., liv. vin ; Bfze, loin. I, hv. vi, p. 5.

et d'en avoir demande "pardon à la reine. II faut faire, réparation devant tout le peuple :,ms l'action la plus célèbre de la religion, ■C'.i-,:i dire dans la Cène, des excuses res- >ec.t lieuses (pion a faites à la reine, et pousser l'insolence jusqu'à lui déclarer à elle même qu'on désavoue ce respect, afin qu'elle sache que dorénavant on ne veut garder aucunes mesures: encore ne sait-on pas, après cette réparation et ce désaveu , si on a ôté le scandale que cette soumission avait causé parmi le peuple réformé. Ainsi, on ne peut nier que l'obéissance n'y fût scandaleuse : un synode national le décide ainsi. Mais voici, dans l'article 48, une autre décision qui ne paraîtra pas moins étrange: « Un abbé , venu à la connaissance de l'Evangile , a brûlé ses titres, e: n'a pas permis depuis six ans qu'on ait chanté Messe en l'abbaye. » Quelle réforme! Mais voici le comble de la louange : « Ainsi s'est toujours

porté FIDÈLEMENT, ET A PORTÉ LES ARMES

pour maintenir l'Evangile. » C'est uiisaint abbé , qui très-éloigné du papisme, et tout ensemble de la discipline de saint Bernard et de saint Benoît , n'a souffert dans son abbaye ni Messe, ni vêpres, quoi qu'aient pu ordonner les fondateurs; et qui de plus, peu content de ses armes spirituelles tant célébrées par saint Paul , mais trop faibles pour son courage , a généreusement porté les armes et tiré l'é.iée contre son prince pour la défense du nouvel évangile. // doit être reçu à ta Cène , conclut tout le synode national ; et ce mystère de paix est la récompense de ' la guerre qu'il a faite à sa patrie.

Celte tradition du parti s'est conservée dans les temps suivants ; et le synode d'Alais,en 1620, remercie M. de Châtillon qui lui avait écrit avec protestation de vouloir employer , à l'exemple de ses prédécesseurs, tout ce qui était en lui pour l'avancement du règne de Christ. C'était le style. La conjoncture des temps , et les affaires d'Alais , expliquent l'intention de ce seigneur ; et on sait ce qu'entendaient par le règne <ie Cbnst l'amiral de Châtillon et Dandelot ses prédécesseurs.

Les ministres qui enseignaient cette doctrine crurent imposer au monde , en établissant dans leurs troupes cette belle discipline tant louée par M. de Thon. Elle dura bien environ trois mois: au surplus, les soldats, bientôt emportés aux derniers excès, s'en crurent assez excusés, pourvu qu'ils sussent crier: Vive l'Evangile ! et le baron des Adrets connaissait bien le génie de cette milice, lorsqu'au rapport d'un historien huguenot (1192), sur le reproche qu'on lui faisait, que l'ayant quittée , on ne lui voyait plus rien entreprendre qui fût digne de ses premiers exploits, il s'en excusait en di-, sant , qu'en ce temps il n'y avait rien qu'il ne pût oser avec des troupes soudoyées de

vengeance , de passion et d'honneur , à qui même il avait ôté tout l'espoir du pardon par les cruautés où il les avait engagées. Si nous en croyons les ministres, nos réformés sont encoredansles mêmes dispositions; et celui de tous qui écrit le plus , l'auteur des nouveaux systèmes, et l'interprète des prophéties , vient«ncore d'imprimer que « la fureur où sont aujourd'hui ceux à qui on fait violence, et la rage qu'ils ont d'être forcés, fortifie l'amour et l'attache qu'ils avaient pour la vérité (1193). » Voilà, selon les ministres, l'esprit qui anime ces nouveaux martyrs.

1) ne sert de rien à nos réformés de s'excuser des guerres civiles sur l'exemple des Catholiques sous Henri III et Henri IV, puisque, outre qu'il ne convient pas à cette Jérusalem de se défendre par l'autorité de Tyr et de Babylone, ils savent bien que le parti des Catholiques qui détestait ces excès, et demeura fidèle à ses rois, fut toujours grand, au lieu que dans le parti huguenot on peut à peine compter deux ou trois hommes de marque qui aient persévéré dans l'obéissance.

On fait encore ici de nouveaux effortspour montrer que ces guerres furent purement politiques, et non point de religion. Ces vains discours ne méritent pas d'être réfutés, puisque, pour voir le dessein de toutes ces guerres, ii n'y a seulement qu'à lire les traités de paix et les édits de pacification, dont le fond était toujours la liberté de conscience, < t quelques autres privilèges pour les prétendus réformés; mais puisqu'on s'attache en ce temps plus que jamais à obscurcir les faits les plus avérés , il est de mon devoir d'en dire un mot.

M. Burnet, qui a pris en main la défense de la conjuration d'Amboise (1194), vient encore sur les rangs pour soutenir les guerres civiles : mais d'une manière à nous faire voir qu'il n'a vu notre histoire non plus que nos lois, cpie dans les écrits des plus ignorants et des plus emportés des protestants. Je lui pardonne d'avoir pris ce triumvirat si fameux sous Charles IX, pour l'union du roi de Navarre avec le cardinal de Lorraine ; au lieu que très-constamment c'était celle du duc de Guise, du connétable de Montmorency, et du maréchal de Saint-André; et je ne prendrais pas seulement la peine de relever ces bévues, n'étaient qu'elles convainquent celui qui y tombe de n'avoir pas seulement ouvert les bons livres. C'est une chose moins supportable d'avoir pris, comme il l'a fait, le désordre de Vassy pour une entreprise préméditée par le duc de Guise dans le dessein de détruire les édits; encore que M. de Thou, dont il ne peut refuser le témoignage, et à la réserve de Bèze trop passionné pour être cru dans cette occasion, les auteurs même proies

( 1 1 02) D'Aun , loin. I, liv. m. cli. 9 , pag. lo.'i, tout /es Cltril. ii la lèlc do cet Quyragtt, \ei» 1'- L'G milieu.

(1193J Ji'uilu, Accomplis^ des proph., A'vi, à (1194) Part, il, liv. m, ]>. 01.6-

t«i PART. V llll 01. PQLEMIQUE. -

lants disent le contraire 1195). Hais de dire i|ue la régence ait été donnée a Antoine, roi de Navarre ; de raisonner, comme il' le fait sur l'autorité du régent, et d'assurer que ce prince ayant outre-passé son pouvoir dans la révocation des édits, lo peuple pouvait se joindre au premier prince du sang après lui, c'est-à-dire au prince de Condé ; de continuer ces vains propos, en disant qu'après la mort du roi de Navarre la rée était dévolue au prince son frère, et que le fondement des guerres civiles fut le relus qu'on lit à ce prince d'un honneur qui lui était ih'i : c'est, à parler nettement, pour un homme si décisif, mêler ensemble trop de passion avec trop d'ignorance de nos affaires.

Car, premièrement, il est constant que sous Charles IX la régence fut déférée à Catherine île Môdicis, du commun consentement île tout le royaume, et même du roi île Navarre. Les jurisconsultes de M. Borne! qui montrent)!, à ce qu'il prétend , i/ue la régence ne pouvait être confié' à une femme , ignoraient une coutume constante établie par plusieurs exemples, dès le temps de la reine Blanche ot de saint Louis (1196). Ces mômes jurisconsultes, au rapport de M. Burnet, osèrent bien dire qu'un roi de France n'avait jamais été estimé majeur niant l'âge de vingt-deux ans, contre l'expresse disposition de l'ordonnance de Charles V en 137i, qui a toujours tenu lieu de loi dans tout le royaume sans aucune contradiction. Nous alléguer ces jurisconsultes (1197); etfairetm droit de lu France de leurs ignorantes et iniques décisions, c'est prendre pour loi du royaume les prétextes des rebelles.

Aussi le prince de Condé n'a-i-il jamais prétendu à la régence, non pas même après la mort du roi son frère; et loin d'avoir révoqué en doute l'autorité de la reine Catherine, au contraire, quand il prit les armes il ne se fondait que sur des ordres secrets, qu il prétendait en avoir reçus. Mais ce qui aura trompé M. Burnel, c'est peut-être qu'il aura ouï dire que ceux qui s'unirent avec le prince de Condé pour la défense du roi, qu'ils prétendaient prisonnier entre les mains de ceux de Guise , donnèrent au piin.ee le titre de protecteur et défenseur légitime du roi et du royaume (1198). L'n. Anglais, ébloui du titre de protecteur, s'est imaginé voir dans ce litre, selon l'usage de son pays, l'autorité d'un régent. Le prince n'y songea jamais, puisque même son frère aîné le roi de Navarre vivait encore; au contraire, on ne lui donne ce vain titre de protecteur et défenseur du royaume, qui en Fiance ne siguitie rien, qu'à cause qu'on voyait bien qu'on n'avait aucun titre légitime à lui donner.

Page 1