‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 159 sur 325 · OEUVRES COUPLE · texte numérisé non relu

OEUVRES COUPLE

Ce fut dans une assemblée où étaient les principaux de l'Eglise que la question fui proposée, si on pouvait en conscience faire justice du duc de Guise, et cela sans grand échec, air c'est ainsi que le cas fut proposé: et là il fut répondu qu\l valait mieux souffrir ce qu'il « planait à Dieu, se mettant seulement sur la défensive, si la nécessité amenait les Eglises à ce point; mais que, quoi qu'il fût, il ne fallait les premiers dégaîner l'épéc (1204). » Voilà donc un point résolu dans la nouvelle réforme, que l'on pouvait sans scrupule faire la guerre à la puissance légitime, du moins en se défendant. Or, on prenait pour attaque la révocation des édits : de sorte, que la Réforme établit pour une doctrine constante, qu'elle pouvait combattre pour la liberté de conscience, au préjudice non-seulement de la foi et de la pratique des apôtres , mais encore de la solennelle protestation que Bèze venait de faire en demandant justice au roi de Navarre, « que c'était à l'Eglise de Dieu d'endurer les coups, et non pas d'en donner; mais qu'il fallait se souvenir que cette enclume avait usé beaucoup de marteaux (1205). » Cette parole tant louée dans le parti ne fut qu'une illusion ; puisqu'enfin, coi.tre la nature, l'enclume se mit à frapper, et que lassée de porter les coups elle en donna à son tour. Bèze, qui se glorifie de cette sentence (1206), fait lui-même, en un autre endroit, cette déclaration importante « devant toute la chrétienté, qu'il avait averti de leur devoir, tant M. le prince de Coudé que M. l'amiral et tous autres seigneurs et gens de toute qualité faisant profession de I Evangile, pour les induire à maintenir, par tous moyens a eux possieles, l'autorité des édits du roi et l'innocence des pauvres oppressés ; et depuis il a toujours continué eu cette même volonté, exhortant toutefois un chacun d'user des armes à la plus grande modestie qu'il est possible, et de chercher, après l'honneur de Dieu, la paix en toutes choses, pourvu qu'on ne se laisse tromper ni décevoir. » Quelle erreur, en autorisant la guerre civile, de croire en être quitte en recommandant la modestie à un peuple armé ! et pour la paix ne voyait-il pas que la sûreté qu'il y demandait donnerait toujours des prétextes ou de l'éloigner, ou de la rompre? Cependant il fui par ses sermons, comme il le confesse, un des principaux instigateurs de la guerre : un des fruits de son évangile fut d'apprendre à des sujets et à des officiers de la couronne ce nouveau devoir. Tous les ministres entrèrent dans ces sentiments : et il raconte lui-même que, lorsqu'on parla de paix, les ministres s'y opposèrent tellement, que le prince résolu de la conclure fut obligé de les exclure tous de la délibération (1207J:

(1204) Liv. vi, p. 6.

(i-20î) ibid , p. :,.

(1206) Ibid , p. 298.

(1207) Ibid., |. 281) et s.

(1208) Ibid , p. 282.

l'ES DE BOSSU ET. 672

car ils voulaient empêcher qu'on ne souffrit dans le parti la moindre exception à i'édit qui lui était le plus favorable : c'était celui de janvier. Mais le prince, qui pour le bien de la paix avait consenti à quelques modifications assez légères, « les lit lire devant la noblesse, ne voulant qu'autre en dît son avis que les gentilshommes portant armes, comme il dit tout haut en l'assemblée : de sorte que les ministres ne furent depuis ouïs, ni admis pour en donner leur avis (1208). » Par ce moyen la paix se fit, et toutes les clauses du nouvel édit font voir qu'il ne s'agissait que de la religion dans cette guerre. On voit même qu'il n'eût pas tenu aux ministres qu'on ne l'eût continuée, pour obtenir des conditions plus avantageuses qu'ils proposèrent par un long écrit, où ils ajoutaient beaucoup, même à I'édit de janvier, et ils en tirent, comme dit Bèze (1209\ la déclaration, « afin que la postérité fût avertie comme ils se sont portés dans cette affaire. » C'est donc un témoignage éternel que les ministres approuvaient la guerre, et voulaient même, plus que les princes et les gens armés, qu'on la poursuivît sur le seul motif de la religion , qu'on en veut maintenant exclure : et voilà, du consentement de tous les auteurs catholiques et protestants, le fondement des premières guerres.

Les autres guerres sont destituées même des plus vains prétextes, puisque la reine concourait alors avec toutes les puissances de l'Etat; et on n'allègue pour toute excusa que des mécontentements et des contraventions : toutes choses qui, après tout, n'ont aucun poids qu'en présupposant celte erreur que des sujets ont droit de prendre les armes contre le roi pour la religion, encore que la religion ne prescrive que d'endurer et d'obéir.

Je laisse maintenant à examiner aux calvinistes s'il y a la moindre apparence dans le discours de M. Jurieu, lorsqu'il dit que c'est ici une querelle où la religion s'est trouvée purement par accident, et pour servir de prétexte (1210) ; puisqu'il paraît au contraire que la religion en était le fond, et que la réformation du gouvernement n'était que le vain prétexte dont on tâchait de couvrir la honte d'avoir entrepris une guerre de religion, après avoir tant protesté qu'on n'avait que de l'horreur pour de tels complots.

Mais voici bien une autre excuse que cet liabile ministre prépare à son parti dans la conjuration d'Amboise, lorsqu'il répond qu'en tout cas elle n est criminelle que selon les règles de l'Evangile (1211). Ce n'est donc rien, à des réformateurs, qui ne nous vantent que l'Evangile, de former un complot que l'Evangile condamne; et ils se consoleront pourvu qu'ils n'en combattent que les rè-

(1209) Ibid.

(12101 Apulog. pour la Réform., part. 1, cli. 10, p.. 501. ' (1211) Ibid., cli. 15, p. 455.

PART. X. MEOL. POUOMlUfL. - II. IIISTOlHE ItKS VARIATIONS.

.^IfS saintes? Mais In suile des paroles .de M. Jiirieu foi a bleu voir i]u'il ne se connaît pas mieux en murale qnen christianisme, puisqu'il a osé écrire ces mots : « La tyrannie des princes de Guise ne pouvait être abattue que par une grande effusion de sang ; l'esprit du christianisme ne souffre point cela; mais si l'on juge de cette entreprise par les règles de la morale ^n monde, elle n'est point du tout criminelle (1212). >> C'était pourtant selon les régies de la morale du monde, que l'amiral trouvait la conjuration si honteuse et si détestable; c'était comme homme d'honneur, et non pas seulement comme Chrétien, qu'il en conçut tant d'horreur, et la corruption du monde n'est pas encore allée assez loin pour trouver de l'innocence dans des attentats où l'on a vu toutes les lois divines et humaines également renversées.

Le ministre ne réussit pas mieux dans son dessein, lorsqu'au lieu de justifier ses prétendus réformés de leur révoltes, il s'attache à faire voir la corruption de la cour contre laquelle ils se révoltent; comme si des réformateurs eussent dû ignorer ce précepte apostolique : Obéissez à vus maîtrci, même fâcheux. [II Petr. il, 18.)

Ses longues récriminations, dont il remplit un volume, ne valent pas mieux ; puisqu'il s'agit toujours de savoir si ceux qu'on nous vante comme réformateurs du genre h ii mai n en ont diminué ou augmenté les maux, et s'il les faut regarder ou comme des réformateurs qui les corrigent, ou plutôt comme des fléaux envoyés de Dieu pour les punir.

On pourrait ici traiter" la question, s'il est vrai que la Réforme, comme elle s'en glorifie, u!a jamais songé à s'établir par la force (121M) : mais le doute est aisé à résoudre par tous les faits qu'on a vus. Tant que la Réforme fut faible, il est vrai qu'elle parut toujours soumise , et donna même pour un fondement de sa religion, qu'elle ne se croyait permis non-seulement n'employer la force , mais encore de la repousser. Mais on découvrit bientôt que c'était là de ces modesties que ia crainte inspire, et un feu couvert sous la cendre : car aussitôt que la nouvelle Réforme put se rendre la plus forte dans quelque royaume, elle v voulut régner seule. Premièrement, les évêques et les prêtres n'y fuient [dus en sûreté : secondement, les bons Catholiques fuient proscrits, bannis, privés de leurs biens, et en quelques endroits de la vie, par les lois publiques; comme, par exemple, en Suède, quoiqu'on ait voulu dire le contraire : mais le fait n'en est pas moins constant. Voilà où en sont venus ceux qui d'abord criaient tant contre la force; et il n'y avait (ju'à considérer l'aigreur, l'amertume,

et la fierté répandue dans les premier.; livres et dans les premiers sermons do ces réformés ; leurs invectives sanglantes ; leurs calomnies dont ils noircissaient notre doctrine ; les sacrilèges, les impiétés, les idolâtries qu'ils ne cessaient de nous reprocher; la haine qu'ils inspiraient contre nous; les pilleries qui furent l'effet de leurs premiers prêches ; l'aigreur et la violence qui parut dans leurs placards séditieux contre la Messe (lit'»), pour juger de ce qu'on devait attendre de semblables commencements.

Mais plusieurs sages, dit-on, improuvèrent ces placards: tant pis pour le parti protestant, où l'emportement était si extrême, que ce qu'il y restait de sages ne le pouvaient réprimer. Les placards furent répandus dans tous les carrefours, attachés jusqu'à la porte de la chambre du roi (1215), et les sages qui l'improuvaient, ne prenaient aucun moyen efficace pour l'empêcher. Lorsque ce prétendu martyr Anne du Bourg eut déclaré d'un ton de prophète au président Minard qu'il récusait, (pie malgré le refus qu'il fit de s'abstenir de la connaissance de ce procès, il ne serait point de ses juges (1216). les protestants surent bien accomplir sa prophétie, et le président fut massacré sur le soir en rentrant dans sa maison. On sut depuis que le Maistre et Saint-André, trèsopposés au nouvel évangile, auraient eu le même sort, s'ils étaient venus au palais : tant il était dangereux d'offen.-er la Réforme quoique faible; et nous apprenons de lièze même, que Stuart, parent de la reine, homme d'exécution, et très-zélé protestant , visitait souvent en la conciergerie des jjrisonniers pour le fait de la religion (1217). On ne put pas le convaincre d'avoir fait le coup ; mais toujours voit-on le canal par où l'on pouvait communiquer: et quoi qu'il en soit, ni le parti ne manquait de gens de main, ni on ne put accuser de ce complot que ceux qui s'intéressaient pour Anne du Bourg. H est aisé de prophétiser quand on a de tels anges pour exécuteurs. L'assurance d'Anne du Bourg à marquer si précisément l'avenir fait assez voir le bon avis qu'il avait reçu ; et ce que dit l'histoire de M. de Tliou, pour nous en faire un devin plutôt qu'un complice d'un tel crime, ressent bien une addition de Genève. Il ne faut donc pas s'étonner qu'un parti qui nourrissait de tels esprits se sort déclaré aussitôt qu'il a trouvé des règnes faibles: et c'est à quoi nous avons vu qu'on ne manque pas.

l'n nouveau défenseur de la Réforme est persuadé par les mœurs peu chastes et par toute la conduite du prince de Coudé, qu'il y avait plus d'ambition que de religion dans son fait (1218); et il avoue que la religion ne lui servit qu à trouver des instruments de ven-

(.-212) Apol. pour la /.Y/'.,(li. 15, r, 455. (121-îJ Cric, tenu. !, lettre 8, n. I, p. 1-29 et srq.; lettre Iti, n. 9, p. 515, p|c (121 1) BfczE, liv. i, p. 10.

(.1-215) Ibid.

(!2 6) Thuan., lib. khi, an. 1530, p. GCP: BfczE, liv. i; laPoplin.. liv. v, p. 114.

(1217) Mv. m, p. 248, au. la 0.

(1218) Oïl., loin. I, lettre 2, n. 3, pag. Vo et srq.

aeance (1219). Par là il croit tout réduire à Ta |iulitii|iie, et excuser sa religion : sans songer que c'est cela même qu'on lui reproi he, qu'une religion, qui se disait réformée, ait èié un instrument si prompt de la vengeance d'un prince ambitieux. C'est cepen ;aut le crime de lout le parti. Mais que nousuitcelauteurdu pillagedeséglises et des sacristies, et du brisement des images et des autels? Il croit satisfaire à tout en disant, que ni par prières, ni par remontrances, ni vié"ie par châtiments, te prince ne put arrêter ces désordres (1220). Ce n'est pas là une excuse, c'est !a conviction de la violence qui régnait dans le parti, dont les i hefs ne pouvaient contenir la fureur. Mais j'ai bien peur qu'ils n'aient agi dans le même esprit que Cranmer et les autres réformateurs de l'Angleterre, qui dans les plaintes qu'on faisait contre les briseurs d'images, « encore qu'ils fussent d'humeur à donner des bornes au zèle du peuple, ne voulaient point qu'on s'y prît d'une manière à lui faire perdre cœur (1221). » Les chefs de nos calvinistes n'en usèrent pas d'une autre sorte, et encore que par honneur ils blâmassent ces emportés, nous ne voyons pas qu'on en fît aucune justice. On n'a qu'à lire l'histoire defièze, pour)' voir nos réformés toujours prêts au moindre bruit à prendre les armes, à rompre les prisons, à occuper le> égh>cs, et jamais on ne vit rien de si remuant. Qui ne sait les violences que la reine de Navarre exerça sur les prêtres et sur les religieux? On montre encore les tours d'où on précipitait les Catholiques, et les abîmes où on les jetait. Lt puits de l'évêché où on les noyait dans Nîmes, et les cruels instruments dont on se servait pour les faire aller au prêche, ne sont pas moins connus de lout le monde. On a encore les informations et les jugements, où il paiatt que ces sanglantes exécutions se faisaient par délibération du conseil des | rotestants. On a en original les ordres des généraux, et ceux îles villes, à la requête des consistoires, pour contraindre les papistes à embrasser la réforme, par taxes, par logements, par démolition de maisons, et par découverte des toits. Ceux qui s'absentaient pour éviter ces- violences, étaient dépouillés de leurs biens : les registres des hôtels de ville de Nîmes, de Montauban, d'Alais, de Montpellier, et des autres villes du | arti, sont pleins de telles ordonnances; et je n'en parlerais pas sans les plaintes dont nos fugitifs remplissent toute l'Europe. Voilà ceux qui nous vantent leur douceur : il n'y avait qu'à les laisser faire, à cause qu'ils appliquaient à tout l'Ecriture sainte, et qu'ils chantaient mélodieusement des psaumes rimes. Ils trouvèrent bientôt les moyens de se mettre à couvert des martyres, à l'exemple de leurs docteurs , qui furent toujours en sûreté, pendant qu'ils animaient les autres; et Luther el Méianchthon, et Buccret Zwingle, et

CTli

(12191 Crii., t I. leure 18, p. 551.

(122 n nid., leure 17, n 8.

Calvin et OEcolampade, et tous les autres se firent bientôt de sûrs asiles, et parmi ces chefs de réformateurs je ne connais point de martyrs, même faux, si ce n'est peut-êtro un Cranmer, que nous avons vu, après avoir deux fois renié sa foi, ne se résoudre à mourir en la professant, que lorsqu'il vit son abjuration inutile à lui sauver la vie.

Mais à quoi bon, dira-t-on, rappeler ces choses, afin qu'un ministre fâcheux vous vienne dire que vous ne voulez par là qu'aigrir les esprits, et accabler des malheureux? Il ne faut point que de telles craintes m'empêchent de raconter ce qui est si visiblement de mon sujet, et tout ce que les protestants équitables peuvent exiger de moi dans une histoire, c'est que, sans m'en rapporter à leurs adversaires, j'écoute aussi leurs auteurs. Je fais plus : et non content de les écouter, je prends droit, pour ainsi parler, par leur témoignage. Que nos frères ouvrent donc les yeux , qu'ils les jettent sur l'ancienne Eglise, qui, durant tant de siècles d'une persécution si cruelle, ne s'est jamais échappée, ni un seul moment, ni dans un seul homme, et qu'on a vue aussi soumise sous Dioclétien, et même sous Julien l'Apostat, lorsqu'elle remplissait déjà toute la terre, que sous Néron el sous Domitien, lorsqu'elle ne faisait que de naître; c'est là qu'on voit véritablement le doigt de Dieu. Mais il n'y a rien de semblable, lorsqu'on se soulève aussitôt qu'on peut, et que les guerres durent beaucoup plus que la patience. L'expérience nous fait assez voir, dans tous les partis, que l'entêtement et la prévention peuvent imiter la force, du moins durant quelque temps; et on n'a point dans le cœur les maximes de la douceur chrétienne, quand on les change sitôt, nonseulement en des pratiques, mais encore eu des maximes contraires, avec délibération, et par des décisions expresses, comme on a vu qu'ont fait nos prolestants. C'est donc ici une véritable variation dans leur doctrine, et un effet de la perpétuelle instabilité , qui doit faire considérer leur réforme comme un ouvrage de la nature de ceux qui, n'ayant rien que d'humain, doivent être dissipés, selon la maxime ue Gamaliel. [Act. v, 38.)

L'assassinat de François duc de Guise ne doit pas être oublié dans cette histoire, puisque l'auteur de ce meurtre mêla sa religion dans son crime. C'est Bèze qui nous représente Poltrot comme ému d'un secret mouvement (1222), lorsqu'il se détermina à ce coup infâme, et afin de nous faire ente» Ire que ce mouvement secret était de Dieu, il nous dépeint encore ce même Poltrot tout prêt à exécuter ce noir dessein, « priant Dieu très-ardemment qu'il lui fit la grâce de lui changer son vouloir, si ce quil v.iu'.ait faire lui était désagréable, ou bien qu'il lui donnât constance, et assez de force pour tuer ce tyran, et par ce moyen

(1221) BiRiN., part, u, liv. i.pag. 15. (12221 Liv. VI, p. 2G7.

délivrer Orléans de destruction , et tout le royaume d'une si malheureuse tyrannie 1223). Sur cela , et dès le soir du même jour, poursuit Bèze (1224), il lit son coup; o ce tut dans cet enthousiasme, et comme en sortant <lc- cette ardente prière. Aussitôt que nos réformés surent la chose accomplie , ■< ils eu rendirent grâces h Dieu solennellement avec grandes réjouissances (1225). » I.e duc rie Guise avait toujours été l'objet île leur haine. Dès qu'ils se sentirent de la force, on a vu qu'ils conjurèrent sa perte, dtquece lut île l'avis de leurs docteurs. Après le désordre de Vassy, encore qu'il fût constant qu'il avait fait tous ses efforts pour l'apaiser (1220), le parti se souleva contre lui avec d'effroyables clameurs; et lieue, • lui en | orta les plaintes à la cour, confesse « avoir infinies fois désiré et prié Dieu, ou qu'il changeât le cœur du seigneur de Guise, ce que toutefois il n'a jamais pu espérer, ou qu'il en délivrât le royaume : de quoi il appelle! à témoin tous ceux qui ont ouï ses prédications el prières (1227). » C'était donc dans ses prédications et en public qu'il faisait infinies fois ces prières séditieuses ; à la manière de celles de Luther, par lesquelles nous avons vu qu'il savait si bien animer le: monde, et susciter des exécuteurs à ses prophéties. Par de semblables prières on représentait le duc de Guise comme un persécuteur endurci, dont il fallait désirer que Dieu délivrât le monde par quelque coup extraordinaire. Ce que Bèze dit pour s'excuser, qu'i'/ ne nommait pas ce seigneur de Guise en public (1228), est trop grossier. Qu'importe de nommer un homme quand on sait et le désigner par ses caractères, et .s'expliquer en particulier à ceux qui n'auraient pas assez entendu? Ces manières mystérieuses de se faire entendre dans les prédications et le service divin sont plus i ropres à irriter les esprits, que des déclaral ions plus expresses. Bèze n'était pas le seul qui se déchaînât contre le duc : tous les ministres tenaient le même langage. 11 ne faut donc pas s'étonner que parmi tant de gens d'exécution, dont le parti était plein, il se soit trouvé des hommes qui crussent cendre service à Dieu, en défaisant la lléiorme d'un tel ennemi. L'entreprise d'Amboi-e, plus noire encore, avait bien été approuvée par les docteurs et par Bèze. Celle-ci, dans la conjoncture du siège d'Orléans, où le soutien du parti allait succomber avec cette ville sous le duc de Guise, était bien d'une autre importance ; et Poltrot croyait plus faire pour sa religion, que la Renaudie. Aussi s'expliqua-t-il hautement île son dessein, comme d'une chose qui devait être bien reçue. Encore qu'il lût

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