‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 160 sur 325 · II. II1STUIKK DES VARIATIONS · texte numérisé non relu

II. II1STUIKK DES VARIATIONS

Connu dans le parti comme un homme qv.,' se dévouai! à tuer le duc de Guise, quoi qu'il lui en pût coûter, ni les uhefs, m 1rs soldats, ni même les pasteurs ne l'en détournèrent. Croira qui voudra ce qui dit Bèze, que c'est qu'on prit ses paroles pour des propos d'un homme éventé (1229), qui n'aurait pas publié son dessein s'il avait voulu l'exécuter. Mais d'Aubigné, plus sincère, demeure d'accord qu'on espérait dans le parti qu'il ferait le coup; ce qu'il dit avoir appris en bon lieu (1230). Aussi, est-il bien certain que Poltrot ne passait point pour un étourdi : Soubi.se, dont il était l<> domestique, et l'amiral le regardaient comme un homme de service, et l'employaient dans des affaires de conséquence (1231); et la manière dont il s'expliquait fai ait plutôt voir un homme déterminé à tout, qu'un homme éventé et léger. « Il se présenta de sang-froid » { ce sont les paroles de Bèze ([ 1232]; à M. de Soubise, un des chefs du parti, « pour lui dire qu'il avait résolu en son esprit de délivrer la France de tant de misères, en tuant le duc de Guise; ce qu'il oserait bien entreprendre a quelque pbix que ce fut. » La réponse que lui fiiSoubiso n'était guère prop-3 à le ralentir, car il lui dit seulement qu'il fit son devoir uccouiumé ; el pour ce qu'il lui avait proposé, que Dieu y saurait bien pourvoir par autres moyens. Un discours si faible, dans une action dont il ne faillit parler qu'avec horreur, devait faire sentir a Poltrot, dans l'e pr.t de Soubise, ou la crainte d'un mauvais succès, ou le dessein de s'en disculper, plutôt qu'une condamnation de l'entreprise en elle-même. Les autres chefs lui parlaient avec la même froideur : ou se contentait de lui dire qu'il fallait bien prendre garde aux vocations extraordinaires !2.'}:>j. C'était, au lieu de le détourner, lui faire sentir oans son dessein quelque chose u'ins| iré et de céleste ; et, comme dit d'Aubigné dans son style vif, les remontrances qu'on lui faisait sentaient le refjs, et donnaient le courage. Aussi s'enfonçait -il de plus en , lus i.ans celte noire pensée : il en parlât atout le monde; et, continue Bèze, il avait tellement cela dans son entendement que c'étaient ses propos ordinaires. Durant le siège de Kour-c où le roi de Navarre fut tué, comme on , allait de cette mort, Poltrot, « en tirant nu fond de son sein un grand soupir Ah ! ditil, ce n'est pas a,sez, il faut encore immoler une plus giande victime (1234) 1 » Lorsqu'on lui demanda quelle elle était : « C'est, répondit-il, le grand Guise; et eu même temps levant le bras droit : Voilà le bras s'écria- t-il', qui fera le coup et mettra lin à nos maux 1» Ce qu'il répétait souvent, el

| 223) Liv. vi, p. 2 8.

(i224) Ibiit., p. -2 9.

(1225) Ibul., p. -2 10.

1 I226j Tiiuan.. lib. \\i\, p. 1 1227) Liv. iv, n. 299.

(1228; lliid.

(12-29) Liv vi, pag.268.

(1230) D'àubigs , i. I, nv. m, cli. 17. p.

(1231) Bèze, ibid-, \>. -2t>s, -J.-X,, 297 (1-25-2; Ibki., p 207,268.

(1235) DAub., l. 1. p. 170

(1231) Tiu'an., lil). xxxin, pag. 297.

IÎP.

OEUVRES COMPLETES DE BOSSl'ET.

toujours axer, la môme force. Tous ces discours sont d'un homme résolu, qui ne se cache pas, parce qu'il croit faire une action approuvée. Mais ce qui nous découvre mieux la disposition de tout le parti, c'est celle de l'amiral, qu'on y donnait à tout le monde comme un modèle de vertu et la gloire de la Réforme. Je ne veux pas ici parler de la déposition de Poltrot, qui l'accusa de l'avo';r induit avec Bèze à ce dessein. Laissons à part le discours d'un témoin qui a trop varié pour en être tout à fait cru sur sa parole: mais on ne peut pas révoquer en doute les faits avoués par Bèze dans sonhistoire(1235), et encore moins ceux, qui sont compris dans la déclaration que l'amiral et lui envoyèrent ensemble à la reine sur l'accusation de l'assassin (1236). Par là donc, il demeure pour constant que Soubise envoya Poltrot avec un paquet à l'amiral, lorsqu'il était encore auprès d'Orléans pour tâcher de le secourir : que ce fut de concert avec l'amiral que Poltrot alla dans le camp du duc de Guise (1237), fit semblant de se rendre à lui comme un homme qui était las de faire la guerre au roi : que l'amiral, qui d'ailleurs ne pouvait pas ignorer un dessein que Poltrot avait rendu public, sut de Poltrot même qu'il y persistait encore, puisqu'il avoue que Poltrot en partant pour faire le coup, s'avança jusqu'à lui dire qu'il serait aisé de tuer le seigneur de Guise (1238) : que l'amiral ne dit pas un mot pour le détourner, et qu'au contraire, encore qu'il sût son dessein il lui donna vingt écus à une fois, et cent écus à une autre |>our se bien monter (1239) ; secours considérable pour le temps, et absolument nécessaire pour lui faciliter tout ensemble et son entreprise et sa fuite. Il n'y ■a lien de plus vain que ce que dit l'amiral pour s'en excuser: il dit cjue, lorsque Poltrot leur parla de tuer le duc de Guise, lui, amiral, n'ouvrit jamais la bouche pour l'inciter à i'enli éprendre. Il n'avait pas besoin d'inciter un homme dont la résolution était si bien prise ; et aûu qu'il accomplît son dessein, il ne fallait, comme fit l'amiral, que Icnvoyer dans le lieu où il pouvait l'exécuter. L'amiral, non content de l'y envoyer, lui donne de l'argent pour y vivre, et se préparer tous les secours nécessaires dans un tel dessein, jusqu'à celui de se monter avec avantage. Ce que l'amiral ajoute, qu'il n'envoyait Poltrot dans le camp de l'ennemi que pour en avoir des nouvelles, n'est visiblement que la couverture d'un dessein qu'on ne voulait pas avouer. Pour l'argent, il n'y a rien de plus faible "que ce que répond l'amiral, qu'il le donna à Poltrot, sans jamais lui faire mention de tuer ou ne tuer pas le sciijneur de (iuise (12)0). Mais la raison qu'il apporte, pour se justifier de ne l'avoir pas détourné d'un si noir dessein, découvre le fond de son cœur, il reconnaît

donc que « devant ces derniers tumultes il en a su qui étaient délibérés de tuer le seigneur de Guise; que loin de les avoir induits à ce dessein, ou de l'avoir approuvé, il les en a détournés, » et qu'il en a même averti Mme de Guise : que depuis le fait de Yassy, il a poursuivi ce tluc comme un ennemi public ; « mais qu'il ne se trouvera pas qu'il ait approuvé qu'on attentât sur sa personne, jusqu'à ce qu il ait été averti que le duc avait attiré certaines personnes pour tuer M. le prince de Condé et lui. » 11 s'ensuit donc qu'après cet avis, sur lequel on ne doit pas croire un ennemi à sa parole, «7 a approuvé qu'on entreprît sur la vie du duc; mais « depuis ce temps il confesse que quand il a ouï dire à quelqu'un que, s'il pouvait, il tuerait le seigneur de Guise jusque dans son camp, il ne l'en a point détourné : » par où l'on voit tout ensemble, et que ce dessein sanguinaire était commua dans la Réforme, et que les chefs les plus estimés pour leur vertu, tel qu'était sans doute l'amiral, ne se croyaient pas obligés à s'y opposer; au contraire qu'ils y contribuaient par tout ce qu'ils pouvaient faire de plus efficace : tant ils se souciaient peu d'un assassinat, pourvu que la religion en fût le motif.

Si on demande ce qui porta l'amiral à reconnaître des faits qui étaient si fort contre lui.ee n'est pas qu'il n'en ait vu l'inconvénient, mais, dit Bèze (1241), « l'amiral, homme rond et vraiment emier, s'il yen a jamais eu de sa qualité, répliqua que si puis après avenant confrontation, il confessait quelque chose davantage, il donnerait occasion de penser qu'encore u'aui ait-il pas confessé toute la vérité : » c'est-à dire à qui sait l'entendre, que cet homme rond craignit la force de la vérité dans la confrontation et se préparait des excuses ; à la manière des autres coupables, à qui leur conscience et la crainte d'être convaincus en fait souvent avouer plus peut-être qu'on n'en tirerait des témoins. Il paraît même, si l'on pèse bien la manière dont s'explique l'amiral, qu'il craint qu'on ne le croie innocent ; qu'il n'évite que l'aveu formel et la conviction juridique, et qu'au surplus il prend plaisir à étaler sa vengeance. Ce qu'il ût de plus politique pour sa décharge fut de demander que l'on réservât Poltrot pour être confronté (1242), se confiant aux excuses qu'il avait données et aux conjonctures des temps, qui ne permettaient pas qu'on poussât à bout le chef d'un parti si redoutable. La cour le vit bien aussi, et on acheva le procès. Poltrot, qui s'était dédit de la charge qu'il avait mise sus et à l'amiral et à Bèze, persista jusqu'à la mort à décharger Bèze : mais pour l'amiral, il le chargea de nouveau par trois déclarations consécutives, et jusqu'au milieu de son supplice, de l'avoir in-

(1-255) Tiuian., lib. xxxm., pag. 291, 508. (1256) Ibid., pag. 204, 295 cl seii.

(1-23:) Ibid., p. 209.

(1210) Ibid., p. 207.

(12-il) Ibid., p. 500 (1212) Ibid., p. 508.

PART. \. TIIEOL. POIJiMIQUE. — II. HISTOIRE DES VARIATIONS.

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iluit ,'i ce meurtre pour le service de Dieu (1243). A l'égard de iiè/.e, il ne paraît pas qu'il ait eu pari à celte action autrement i|uo par ses prêches séditieux, et par l'approbation qu il avait donnée h l'entreprise d'Amboise, beaucoup pins criminelle ; niaise (|iii est bien certain, c'esl que devant l'action il ne lit rien pour l'empêcher, encore qu'il ne put pas no la nas savoir, et qu'après qu'elle eût été faite il n'oublia rien pour lui donner la couleur d'une action inspirée. Le lecteur jugera du reste, et il n'y en a que trop pour l'aire connaître do quel esprit étaient animés ceux dont on nous vante la douceur.

Je n'ai pas besoin ici de m'expliqtier sur la question, savoir si les princes chrétiens sont en droit de se servir de la puissance du glaive contre leurs sujets ennemis de l'Eglise ci de iâ s^ine doctrine, puisqu'on ce point les protestants sont d'accord avec nous. Luther et Calvin ont fait des livres exprès pour établir sur ce point le droit et le devoir du magistral (1244). Calvin eu vint à la pratique contre Servoi et contre Valentin C-entil (1245). Mélanchlfeon en approuve la conduite par une lettre qu'il lui écrivit sur co sujet (1246). La discipline de nos réformés permet aussi le recours au bras séculier en certains cas ; et on trouve parmi les articles de la discipline de l'Eglise de Genève, que les ministres doivent déférer au magistrat les incorrigibles qui méprisent les peines spirituelles, et en particulier ceux qui enseignent de nouveaux dogmes, sans distinction, lit encore aujourd'hui celui de tous les auteurs calvinistes qui reproche le plus aigrement à l'Eglise romaine la cruauté de sa doctrine, on demeure d'accord dans le fond, puisqu'il permet l'exercice de la puissance du glaive dans les matières de la religion et de la conscience (1247), chose aussi qui ne peut être révoquée en doute sans énerver et comme estropier la puissance publique; de sorte qu'il n'y a point d'illusion plus dangereuse que de donner la souffrance pour un caractère de vraie Eglise, et je ne connais parmi les Chrétiens que les sociniens et les anabaptistes qui s'opposent à cette doctrine. En un mot, le dioit est certain : mais la modération n'en est pas moins nécessaire.

Calvin mourut au commencement des troubles. C'est une faiblesse de vouloir trouver quelque chose d'extraordinaire dans la mort de telles gens : Dieu ne donne pas toujours de ces exemples. Puisqu'il permet les hérésies pour l'épreuve des siens, il ne faut pas s'étonner que, pour achever cette épreuve, il laisse dominer en eux jusqu'à la tiu l'esprit de séduction avec toutes les belles apparences dont il se couvre ; et

sans m'informer davantage de la vie et de

la mort de Calvin, c'en est assez d'avoir allumé dans sa patrie une tlainino que tant de sang répandu n'a pu éteindre, et d'être allé

c paraître devant le jagemenl de Dieu

sans aucun remords d'un si grand crime.

Sa mort ne changea rien dans les affaires du parti : mais l'instabilité naturelle aux nouvelles sectes donnait toujours au inonde de nouveaux spectacles, et les Confessions de foi allaient leur train. En Suisse, lesdéfenscurs du sens figuré, bien éloignés de se contenter de tant de Confessions de foi faites en France et ailleurs pour expliquer leur doctrine, ne se contentèrent pas même de celles qui s'étaient faites parmi eux. Nous avons vu celle de Zwingle en 1330; nous on avons une autre publiée à Râle en 1532, et une autre de la môme ville en 1536, une autre en 155'», arrêtée d'un commun accord (Mitre les Suisses et ceux de Genève. Toutes ces Confessions de foi, quoique conlirmées par divers actes, ne furent pas jugées suffisantes, el il en fallut faire une cinquième en 1366 (1248).

Les ministres qui la publièrent virent bien que ces changements dans une chose si importante, et qui doit être aussi ferme et aussi simple qu'une Confession de foi, décriaient leur religion. C'est pourquoi ils font une préface, où ils tâchent de rendre raison de ce dernier changement ; et voici toute leur défense (1249) : « C'est qu'encore que plusieurs nations aient déjà publié des confessions de foi dilférentes, et qu'euxmêmes aient fait la même chose par des écrits publics ; toutefois ils proposent entore celle-ci (lecteur, remarquez), à cause que ces écrits ont peut-être été oubliés, ou qu'ils sont répandus en divers lieux, et qu'ils expliquent la chose si amplement, que tout le monde n'a pas le temps de les lire. » Cependant il est visible que ces deux | reinières confessions de foi que les Suisses avaient publiées, tiennent à peine cinq feuilles, et uneautie qu'on y pourrait joindre esta peu près de même longueur; au lieu que celleci, qui devait être plus courte, en a plus do soixante. Et quand leurs autres Confessions de foi auraient été oubliées, rien ne leur était plus aisé que de les publier de nouveau, s'ils en étaient satisfaits, tellement qu'il n'eût pas été nécessaire d'en proposer une quatrième, n'était qu'ils s'y sentaient Obligés par une raison qu'ils n'osaient dire : c'est qu'il leur venait continuellement de nouvelles pensées dans l'esprit; et comme il ne fallait pas avouer que tous les jours ils chargeassent leur Confession de foi de semblables nouveautés, ils couvrent leurs changements par ces vains prétextes.

Nous avons vu que Zwingle fut apôtre et

(1-245) Thban., lib. xxxiii, pages 512, 510, 5-27.

(1211) Luth., Oemagitl., lom. III;Cai.v., O^usc , p. 592.

(1245) Ibid., p. 000, 059.

(12.10) M el anc, Calvino, inler Catv. Epiil., pag.

Œuvres courr. ru: Bossu et. VIII,

(124") Jt -(t., Syst., h. cli

la l" année, i 11, m

Cil. 2el seq.

(1218) Sun. Cen.j pari, i, pag (1249) Si/H. Gen , iiiit. l'rœj.

Il, 25; Leur. pust. de

liist. du l'apisme, Réci'im. 2,

OEUVRES COMPLETES DE BOSSl'ET.

6Si

réformateur; sans connaître ee que c'était que la grâce par laquelle nous sommes Chrétiens; et sauvant jusqu'aux philosophes par leur morale, il était bien éloigné de la justice imputative. En effet, il n'en parut rien dans les Confessions de foi de 1532 et de 1536. La grâce v fut reconnue d'une manière que lus Catholiques eussent pu approuver si elle eût été moins vague, et sans rien dire contre le mérite des œuvres (1-250). Dans l'accord fait avec Calvin en 1554, on voit que le calvinisme commençait à gagner; la justice imputative paraît (1251) : on avait été réformé près de quarante ans sans connaître ce fondement de la Réforme. La chose ne fut expliquée à fond qu'en 1566 (1252); et ce fut par un tel progrès que des excès de Zwingle on passa insensiblement à ceux de Calvin.

Au chapitre des bonnes œuvres on en parle dans le même sens que font les autres protestants, comme des fruits nécessaires de la foi, et en rejetant leur mérite, dont nous avons vu qu'on ne disait mot dans les Confessions précédentes. On se sert ici, pour les condamner, d'un mot souvent inculqué par saint Augustin, mais on le rapporte mal ; et au lieu que saint Augustin dit et répète sans cesse que Dieu couronne ses dons en couronnant nos mérites, on lui fait dire qu'il couronne en nous non pas nos mérites, tnais ses dons. On voit bien la différence de ces deux expressions, dont l'une joint les mérites avec les dons, et l'autre les en sépare. Il semble pourtant qu'à la tin on ait voulu faire entendre qu'on ne condamnait le mérite que comme opposé à la grâce, puisqu'on (mit par ces paroles : Nous condamnons donc tous ceux qui défendent tellement le mérite, qu'ils nient la grâce. A vrai dire, ce n'est donc ici que les pélagiens dont on condamne l'erreur; et le mérite que nous admettons est si peu contraire à la grâce, qu'il en est le don et le fruit.

Dans le chapitre 10, la vraie foi est attribuée aux seuls prédestinés, par ces paroles: a Chacun doit tenir pour indubitable que, s'il croit, et qu'il soit en Jésus-Christ, il est prédestiné (1253). » bit un peu après : « Si nous communiquons avec Jésus-Christ, et qu'il soit à nous, et nous à lui par la vraie foi; ce nous est un témoignage assez clair et assez ferme que nous sommes écrits au livre de vie. » l'ar là, il paraît que la vraie foi, c'est-à-dire la foi justifiante, n'appartient qu'aux seuls élus ; que cette foi et cette ju-tiee n'appartient jamais finalement, et que la toi temporelle n'est pas la vraie foi justiliante. Ces mêmes paroles semblent établir la certitude absolue de la prédestination ; car encore qu'on la fasse dépendre de la foi, c'est une doctrine reçue dans tout le parti protestant, que le fidèle, puisqu'il dit, Je crois, sent la vraie foi en lui-même. Mais

(1250) Conf., 1552, art. 45 ; Syn. Ce»., I, pag. 68, 1556 ; an. 2, 5, ibid., \,. 72.

(1251) Consens., an. 5; Upusc. Calv., 751.

(1252) Conf. fid. , cap. 15; Syn. Gai., pari, i,

en cela ils n'entendent pas la séduction de notre amour-propre, ni le mélange de nos liassions si étrangement compliquées, que nos propres dispositions, et les motifs véritables qui nous font agir, sont souvent la chose du monde que nous connaissons avec le moins de certitude : de sorte qu'en disant Je crois, avec ce père affligé de l'Evangile (Marc, ix, 23); quelque touchés que nous nous sentions, et quand nous pousserions à son exemple des cris lamentables, accompagnés d'un torrent de larmes, nous devons toujours ajouter avec lui : Aidez, Seigneur, mon incrédulité; et montrer par ce moyen, que dire Je crois, c'est plutôt en nous un effort pour produire un si grand acte, qu'une certitude absolue de l'avoir produit.

Quelque long que soit le discours que font les zwingliens sur le libre arbitre dans le chapitre 9 de leur Confession (1254), voici le peu qu'il y a de substantiel. Trois états de l'homme sont bien distingués : celui de sa première institution, où il pouvait se porter vers le bien etse détournerdu mal ; celui de la chute, où, ne pouvant plus faire le bien, il demeure libre pour le mal, parce qu'il l'embrasse volontairement, et.par conséquent avec liberté, quoique Dieu prévienne souvent l'effet de son choix, et l'empêche d'accomplir ses mauvais desseins; et, celui de sa régénération, où, rétabli par le Saint- Esprit dans le pouvoir de faire le bien volontairement, il est libre; mais non pleinement, à cause de l'infirmité et de la concupiscence qui lui restent ; agissant néanmoins non point passivement : ce sont des termes, assez étranges, je l'avoue; car qu'est-ce qu'agir passivement? et à qui une telle idée peut-elle être tombée dans l'esprit? mais enfin' nos zuingliens ont voulu parler ainsi. Agissant (ils continuent à parler de l'homme régénéré) non point passivement, mais activement, dans le choix du bien et dans l'opération par laquelle il l'accomplit. Qu'il restait à dire de choses pour s'expliquer nettement! Il fallait joindre à ces trois états celui où se trouve l'homme entre la corruption et la régénération, lorsque, touché par la grâce, il commence à enfanter l'esprit du salut parmi les douleurs de la pénitence. Cet état n'est pas l'état de la corruption, où on ne veut que le mal, puisqu'on y commence à vouloir le bien ; et si les zwingliens ne voulaient point le regarder comme un état, puisque c'est plutôt le passage d'un état à l'autre; ils devaient du moins expliquer en quelque autre endroit, que dans ce passage et avant la régénération, l'effort qu'on fait par la grâce pour se convertir n'est pas un mal. Nos réformés ne connaissent point ces précisions nécessaires. Il fallait aussi expliquersi,dans ce passage, lorsque nous sommes attirés au bien par la grâce, nous y pouvons résister;

pag. 2fi.

(1255) Cap. 10, pag. 15.

(1254) Cap. 9, pag. 12

G8N PART. X. TIIKOI.. POLEMIQUE.

tt encore si (iansl'élatde la corruption nous faisons lellemenl le mal de nous-mêmes, que nous ne puissions môme nous abstenir irun mal plutôt que d'un autre: et enfin si, dans l'étal de la régénération, faisant le bien par la grâce, nous y sommes si fortement entraînes que nous ne puissions alors nous détourner vers le mal. On avait besoin de imites ces choses pour bien entendre L'opération et même la notion du libre arbitre, que ces docteurs laissent embrouillée par des notions trop vagues et trop équivoques.

Mais ce qui finit le chapitre montre encore mieux la confusion de leurs pensées. « On ne doute point, disent-ils, que les hommes régénérés OU non régénérés n'aient également leur libre arbitre dans les actions ordinaires, puisque, l'homme n'étant pas intérieur aux hôtes, il a cela de commun avec elles, qu'il veut de certaines choses et n'en veut pas d'autres ; ainsi, il veut parler et se taire, sortir de la maison et y demeurer. » Etrange pensée, de nous faire libres à la manière des bêtes 1 ils n'ont pas une idée plus noble de la liberté de l'homme, puisqu'ils disent un peu devant, que par sa chute il n'est pas tout à fait change en pierre et en bâche (1255); comme si on voulait dire qu'il ne s'en faut guère. Quoi qu'il en soit, les Suisses zwingliens n'en prétendent fias davantage; et les protestants d'Allemagne se mettent davantage au-dessous, lorsqu'ils disent que dans la conversion, c'est-à-dire dans la plus noble action de l'homme, dans l'action où il s'unit avec Dieu, il n'agit non plus qu'une pierre ou qu'une bûche, quoique hors de là il agisse d'une autre manière (1256). 0 homme! où t'es-tu laissé toi-même, quand tu expliques si bassement ton libre arbitre? Mais enfin, puisque l'homme n'est pas une bûche, et que dans les actions ordinaires on fait consister son libre arbitre à pouvoir faire et ne faire pas certaines choses, il fallait considérer que, ne trouvant pas en nousmêmes une autre manière d'agir dans les actions naturelles que dans les autres, cette même liberté nous suit partout, et que Dieu sait bien nous la conserver, lors même qu'il nous élève par sa grâce à des actions surnaturelles; n'étant pas dignes de son Saint- Esprit de nous faire agir dans celle-là, non plus que dans les autres, comme des bêtes, ou plutôt comme des pierres et comme des bûches.

On s'étonnera peut-être de ce que nous n'avons rien dit de toutes ces choses en parlant de la Confession des calvinistes. Mais c'est qu'ils les passent sous silence, et ne trouvent pas à propos de parler de la manière dont l'homme agit; comme si c'était une matière indifférente à l'homme même, ou qu'il n'appartint pas à la foi de connaître dans la liberté, avec l'un ues plus beaux traits que Dieu mit en nous pour nous faire à son

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