‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 161 sur 325 · ORO · texte numérisé non relu

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image, ce qui nous rend dignes île blftme OU de louange devant Dieu et devant les hommes.

Il reste l'article de laCène, où les Suisses paraîtront plus sincères que jamais. Ils neso contentent plus de ces termes vagues que nous leur avons vu employeruneSeulè fois, en 15:16, par les conseils de Bucef, et par complaisance pour les luthériens. Calvin même, leur bon ami, ne leur put persuader la propre substance, ni les miracles incompréhensibles [iar lesquels le Saint-Esprit nous la donnait, malgré l'éloignement des lieux. Ils disent donc (1257) qu'à la vérité nous recevons « non pas une nourriture imaginaire, mais le propre corps, le vrai corps de Notre- Scigneur, livré pour nous; mais intérieurement, spirituellement, par la foi : » le corps et le sang de Notre-Seigtieur; * mais spirituellement par le Saint-Esprit , qui nous donne et nous applique les choses que le corps et le sang de Notre-Seigneur nous ont méritées, c'est-à dire la rémission des péchés, la délivrance de nos âmes et la vie éternelle. » Voilà donc ce qui s'appelle la chose reçue dans ce sacrement. Cette chose reçue en effet, c'est la rémission des péchés et la vie spirituelle ; et si le corps et le sang sont reçus aussi, c'est par leur fruit et par leur effet, ou, comme l'on ajoute après, par leur figure, par leur commémoration, et non pas | ar leur substance. C'estpourquoi, après avoir dit que « le corps de Notre-Seigneur n'est que dans le ciel, où il le faut adorer, et non pas sous les espèces du pain (1258) : » pour expliquer la manière dont il est présent, « il n'est pas, «disent-ils, » absent de la Cène. Bien loin que le soleil soit dans le ciel absent de nous, il nous est présent efficacement, » c'est-à-dire présent par sa vertu. « Combien plus Jésus-Christ nous est-il présent par sou opération vivifiante 1 » Qui ne voit que ce qui est présent seulement par sa vertu, comme le soleil, n'a pas besoin de communiquer sa propre substance? Ces deux idées sont incompatibles; et personne n'a jamais dit sérieusement qu'il reçoive la propre substance et du soleil et des astres, sous prétexte qu'il en reçoit les influences. Ainsi les zwingliens et les calvinistes, qui, de tous ceux qui se sont séparés de Rome, se vanlent d'être les plus unis entre eux, ne laissent pas de se réformer les uns et les autres dans leurs propres confessions de foi, et n'ont pu convenir encore d'une commune et simple explication de leur doctrine.

Il est vrai que celle des zwingliens ne laisse rien de particulier à la Cène. Le corps de Jésus-Christ n'y est pas plus que dans tous les autres actes du Chrétien ; et c'est en vain que Jésus-Christ a dit de la Cène seule avec tant de force : Ceci est mon corps, puisqu'avec ces fortes paroles il n'a pu venir à bout d'y rien opérer de particulier. C'wst,

«255) Pag. 12, 13.

(1256) Cuncord. , pag.

0(52 • ci-dessi.6 , liv.

(1257) Cap. 21 , pag.

(1258) Page 50.

OEUVRES COMPLETES DE BOSSl ET.

le faible inévitable du sens figuré; les zwingliens l'ont senti et l'ont avoué franchement : « Cette nourriture spirituelle se prend, » disent-ils, « hors de la Cène : et toutes les fois qu'on croit, le fidèle qui a cru a déjà reçu cet aliment de vie éternelle, et il en jouit : mais pour la même raison quand il reçoit le sacrement, ce qu'il reçoit n'est pas un rien : Non nihil accipit. » Où en est réduite la Cène de Notre-Seigneur? On n'en peut dire autre chose, sinon que ce qu'on y reçoit n'est pas un rien. Car, poursuivent nos zwingliens, « on y continue à participer au corps et au sang de Notre-Seigneur : » ainsi la Cène n'a rien de particulier. « La foi s'échauffe, s'accroît, se nourrit par quelque aliment spirituel, car, tant que nous vivons, elle reçoit de continuels accroissements. » Elle en reçoit donc autant hors de la Cène que dans la Cène, et Jésus-Christ n'y est pas plus que partout ailleurs. C'est ainsi qu'après avoir dit que ce qu'on reçoit de particulier dans la Cène n'est pas un rien, et qu'en effet on le réduit à si peu de chose; on ne peut encore expliquer ce peu qu'on y laisse. Voilà un grand vide, je 1 avoue : c'était pour couvrir ce vide que Calvin et les calvinistes avaient inventé leurs grandes phrases. Ils ont cru remplir ce vide affreux, en disant dans leur catéchisme que hors de la Cène on ne reçoit Jésus-Christ qu'en partie; au lieu que dans la Cène on le reçoit pleinement. Mais que sert de dire de si grandes choses, si en les disant on ne dit rien ? J'aime mieux la sincérité de Zwingle et des Suisses, qui confessent la pauvreté de leur cène, que la fausse abondance de nos calvinistes riches seulement en paroles.

Je dois donc ce témoignage aux zwingliens, que leur confession de foi est la plus naturelle et la plus simple de toutes ; ce que je dis non-seulement à l'égard du point de l'Eucharistie, mais à l'égard de toutes les autres : et, en un mot, de toutes les Confessions de foi que je vois dans le parti protestant, celle de 1566 est, avec tous ses défauts, celle qui dit plus nettement ce qu'elle veut dire.

Parmi les Polonais séparés de la communion romaine, il y en avait quelques-uns qui défendaient le sens ligure : et ceux-ci avaient souscrit en l'an 1567 la Confession de foi que les Suisses avaient dressée l'année précédente. Us s'en contentèrent trois ans durant : mais en l'an 1570 ils jugèrent à propos d'eu dresser une autre dans un synode tenu à Czenger, qu'on trouve dans le recueil de Genève, où ils s'expliquent d'une façon fort particulière sur l.i Cène (1259).

ils condamnent la réalité, et selon laréverie des Catholiques, qui disent que le pain est changé au corps, et selon la folie des luthériens qui mettent le corps avec le pain (1260) : ils déclarent particulièrement contre les

derniers, que la réalité qu'ils admettent ne peut subsister sans un changement de substance ; tel que celui qui arriva dans les eaux d'Egypte, dans la verge de Moïse, et dans l'eau des noces de Cana: ainsi ils reconnaissent clairement que la transsubstantiation est nécessaire, même selon les principes des luthériens. Us témoignent tant d'horreur pour eux, qu'ils ne leur donnent point d'autre nom que celui de mangeurs de chair humaine; leur attribuant toujours une manière de communier charnelle et sanglante, comme s'ils dévoraient la chair crue. Après avoir condamné les papistes et les luthériens, ils parlent d'autres errants qu'ils appellent sacramentaires. « Nous rejetons, «disent-ils (1261), » la rêverie de ceux qui croient que la Cène est un signe vide du Seigneur absent. » Par ces mots ils en veulent aux sociniens, comme à des gens qui introduisent une cène vide; quoiqu'ils ne puissent montrer que la leur soit mieux remplie, puisqu'on ne trouve partout, à l'égard du corps et du sang, que signes, commémoration et vertu (1262). Pour mettre quelque différence entre la cène zwinglienne et la socinienne, ils disent premièrement que \aCène n'est pas la seule mémoire de Jésus-Christ absent, et ils font un chapitre exprès de la présence de Jésus- Christ dans ce mystère (1263). Mais, en la voulant expliquer, ils s'embarrassent de termes qui ne sont d'aucunes langues, et que je ne puis traduire en la nôtre, tant ils sont étranges et inouïs. C'est, disent-ils, que Jésus-Christ est présent dans la Cène, et comme Dieu et comme homme. Comme Dieu, enter, présenter : traduise ces mois qui pourra : par sa divinité Jéhovale, c'est-à-uire, en termes vulgaires, par sa divinité proprement dite et exprimée par le nom incommunicable, comme la vigne dans les sarments, et comme le chef dans les membres. Tout cela est vrai, mais ne sert de rien à la Cène, où il s'agit du corps et du sang. Ils en viennent donc à dire que Jésus-Christ est présent comme homme en quatre manières. « Premièrement,» disent-ils (126i),«par son union avec le Verbe, en tant qu'il est uni au Verbe qui est partout. Secondement, il est présent dans sa promesse par la parole el par la foi, se communiquant à ses élus comme la vigne se communique à ses branches, et la tête à ses membres, quoique éloignés d'elle.

Troisièmement, il est présent par son institution sacramentelle et l'infusion de son Saint-Esprit. Quatrièmement, par son office de dispensateur, ou par son intercession pour ses élus. » Us ajoutent qu'il n'est pas présent charnellement ni localement; ne devant être corporvllement que dans le ciel jusqu'au jour du jugement universel.

De ces quatre manières de présence, les trois dernières sont assez connues parmi les défenseurs du sens figuré. Mais pourront-ils

(1259) Syiwd. Czeng., Syu. Geii., pari, i, pag. IIS.

(t 260) Cap. De Cœn. Do m., pag. 153. (lw2lil) Cup. De sacrameiuarits , p. 155.

(1362) lbid., pag. 155, 151.

(1265) Cap. Jleprœs. in Cœn., pag. 155.

(\Hi'i) Cap. De frai, in Cœn., p. 15.

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