LIVRE XI
Histoire abrégée des albigeois, des vaudois, des vicléfitcs et des hussiles.
SOMMAIRE. — Histoire abrégée des albigeois cl des vaudois. — Que ce sont deux sectes très-différentes.
— Les albigeois sont de parfaits inanicliéens. — Leur origine est expliquée. — Les paulicieus, branche des inanicliéens en Arménie, d'où ils passent dans la Bulgarie, de là en Italie et en Allemagne où ils ont été appelés cathares, et en France où ils ont pris le nom d'albigeois. — Leurs prodigieuses erreurs et leur hypocrisie sont découvertes par tous les auteurs du temps. — Les illusions des protestants, qui lâchent de les excuser. — Témoignage de saint Bernard, qu'on accuse mal à propos de crédulité. — Origine des vaudois. — Les ministres les (ont en vain disciples de lîérengcr. — Ils ont cru la transsubstantiation. — Les sept sacrements reconnus parmi eux. — La confession cl l'absolution sarramenlale. — Leur erreur esl une espèce de donalisme. — Ils font dépendre les sacrements de la sainteté de leurs minisires, et en allribuenl l'administration aux laïques gens de bien. — Origine de la secte appelée des frères de Bohème. — Qu'ils ne sont point vaudois , et qu'ils méprisent cette origine. — Qu'ils ne sonl point disciples de Jean Uns , quoiqu'ils s'en vantent. — Leurs députés envoyés par lotit le monde pour y chercher des Chrétiens de leur croyance, sans en pouvoir trouver. — Doctrine impie de Viclef. — Jean Uus, qui se gloiilie d'être son disciple, l'abandonne sur le point de l'Eucharistie. — Les disciples de Jean Hus divisés en taboriles et en calixiins — Confusion de toutes ces seeles. — Les protestants n'en peuvent tirer aucun avantage pour établir leur mission et la suc- Cession de leur doctrine. — Accord des luthériens, des bohémiens cl des zwingliens dans la Pologne.
— Les divisions cl les réconciliations des sectaires font également contre eux.
Ce qu'ont entrepris nos réformés, pour se donner des prédécesseurs dans tous les siècles fiasses, est inouï. Encore qu'au iv' siècle le plus éclairé do tous, il no se soit trouvé qu'un seul Vigilance qui se soit opposé aux honneurs des saints et au culte de leurs reliques, il est considéré par les protestants comme celui qui a conservé le dépôt, c'est-à-dire, la succession de la doctrine apostolique; et il est préféré à saint Jérôme, qui a pour lui toute l'Eglise. Aérius par cette raison devait aussi être regardé comme le seul que Dieu éclairait dans le même siècle, puisque seul il rejetait le sacrifice qu'on offrait partout ailleurs, et en Orient comme en Occident, pour le soulagement des morts. Par malheur il était arien, et on a eu honte de compter parmi les témoins de la vérité un homme qui niait la divinité du Fils de Dieu. Mais je m'étonne qu'on n'aitwoint passé par-dessus cette con-
(i-2Gîi) Jon. Aur. praif. conl. Cluud. Tour.
sidération. Claude do Turin était arien et disciple de Félix cl'Urgel (12G5), c'est-à-dire nestorien de plus. Mais parce qu'il a brisé les images, il est compté parmi les prédécesseurs des protestants. Les autres iconoclastes ont eu beau aussi bien que lui outrer la matière, jusqu'à dire que la peinture et la sculpture étaient des arts défendus de Dieu : c'est assez qu'ils aient accusé le reste de l'Eglise d'idôlatrie, pôtir mériter un rang honorable parmi les témoins de la vérité. Bérenger n'attaqua jamais que la présence réelle, et laissa tout le reste en son entier: niais c'est assez qu'il ait rejeté un seul dogme pour en faire un calviniste, et le compter parmi les docteurs de la vraie Eglise. Viclefy tiendra sa place malgré les impiétés que nous verrons, et qu'encore en assurant qu'on n'est plus ni roi, ni seigneur , ni magistrat, ni prêtre, ni pasteur, dès qu'on est en péché mortel, il ait également renversé
l'ordre du monde el celui de l'Eglise, et qu'il ait rempli l'un et l'autre de sédition et de trouble. Jean Hus aura suivi cette doctrine, et de j > I lis jusqu'à la lin de ses jours il aura dit la Messe et adoré l'Eucharistie : mais à cause qu'en d'autres points il aura combattu l'Eglise romaine, nos réformés le mettront au nombre de leurs martyrs. Enfin, pourvu qu'on ait murmuré contre'quelqu'un de nos dogmes, et surtout qu'on ait grondé ou crié contre le Pape; quel qu'on ail été d'ailleurs, et quelle opinion qu'on ait soutenue, on est compté parmi les prédécesseurs des protestants, et on est jugé digne d'entretenir la succession de leur Eglise.
Mais de tous ces prédécesseurs que les protestants se veulent donner, les vaudois et les albig ois sont les mieux traités du moins par les calvinistes. Que prétendentils par la? Ce secours est faible. Faire remonter leur antiquité de quelques siècles (car les vaudois, à leuraccorder, selon leurs désirs, Pierre de Bruis et sondisciple Henri, ne vont pas plus haut que le siècle xie); et la tout à coup demeurer couit sans montrer personne deva.nl soi, c'est être contraint de s arrêter trop au-dessous du temps des apôtres : c'est tirer son secours de gens aussi faibles el aussi embarrassés que vous; î* qui ou demande, comme à vous leurs prédécesseurs; qui n.' peuvent, non plus que vous, l"s montrer; qui par conséquent sont coupables du même crime d'innovation dont on vous accuse : de soi te que nous les nommer dans ce procès, c'est nommer les complices du mémo crime, et non pas des témoins qui puissent légitimement déposer de votre innocence.
Cependant ce secours tel qmd est embrassé avec ardeur par nos calvinistes, et en voici fa raison : c'est que les vaudois et les albigeois ont formé' des Eglises séparées de Rome, ce que Dérenger et Viclef n'ont jamais fait. C'est donc en quelque façon se taire une suite d'Eglise, que de se les donner pour prédécesseurs. Comme l'origine de ces Eglises, au-si bien que la croyance dont elles faisaient profession, étaient encore assez obscures du temps de la information prétendue, on faisait accroire au peuple qu'elles étaient d'une très-grande antiquité, et qu'elles venaient des premiers siècles du christianisme.
Je ne m'étonne pas que Léger, un des barbes des vaudois (c'est ainsi qu'ils appelaient leurs pasteurs) et leur plus célèbre historien, ait donné dans cette erreur ; car c'est constamment le plus ignorant, comme le (dus hardi de tous les hommes. Mais il y a sujet de s'étonner que Bèze l'ait embrassée, et qu'il ait écrit dans son Histoire Ecclésiastique, non-seulement que» les vaudois de temps immémorial s'étaient opposés aux abus de l'Eglise romaine (1266); » mais encore que l'ail 15it « ils couchèrent par acte public en bonne forme de doctrine à eux eu-
(I21HÏ) Liv. i, pag.SS.
(1407) Ibiit.. p. Sy.
seignée comme de père en fils, depuis l'an 120, après la nativité deJésus-Christ, commo ils l'avaient toujours entendu par leurs anciens et ancêtres (1267). »
Voilà sans doute une belle tradition, si elle était soutenue par la moindre preuve. Mais par malheur les premiers disciples de Valdo ne le prenaient pas si haut; et lorsqu'ils se voulaient attribuer la plus grande antiquité, ils se contentaient de dire qu'ils s'étaient retirés de l'Eglise romaine, lorsque sous le Pape Sylvestre 1, elle avait accepté les biens temporels que lui donna Constantin, premier empereur chrétien. Cette cause de rupture est si vaine, et cette prétention est d'ailleurs si ridicule, qu'elle ne mérite pas d'être réfutée. Il faudrait être insensé pour se mettre dans l'espritque dès le temps de saint Sylvestre, c'est-à-dire environ l'an 320, il y ait eu une secte parmi les Chrétiens dont les Pères n'aient jamais eu de connaissance. Nous avons dans les Conciles, tenus dans la communion de l'Eglise romaine, des anathèmes prononcés contre une infinité de sectes diverses; nous avons des catalogues des hérésies dressés par saint Epiphane, par saint Augustin, et par plusieurs autres auteurs ecclésiastiques. Les sectes les plus obscures et les moins suivies, celles qui ont paru dans un coin du monde, comme celles de certaines femmes qu'on appelait collyridiennes, qui n'étaient que, je ne sais où dans l'Arabie; celles des teitullianistes on des abéliens, qui n'étaient que dans Carthage , ou dans quelques villages autour d'Hippone.et plusieurs autres aussi cachées, ne leur ont pas été inconnues (1268). Le zèle des pasteurs, qui travaillaient à ramener les brebis égarées, découvrait tout pour tout sauver : il n'y a que ces séparés pour les biens ecclésiastiques, que personne n'a jamais connus. Plus modérés que les Alhanase, que les Basile, que les Ambroise et que tous les autres docteurs ; plus sages que tous les conciles, qui, sans rejeter les biens donnés aux églises, se contentaient de faire des règles pour les bien administrer, ils ont encoie si bienfait qu'ils ont échappée leur connaissance. Que les premiers vaudois l'aient osé dire, c'est une impudence extrême mais de faire remonter avec Bèze cette secte inconnue à tous les siècles jusqu'à l'an 120 de Noire-Seigneur, c'est se donner des ancêtres et une suite d'Eglise par une illusion trop grossière.
Les réformés affligés de leur nouveauté, qu'on ne cessait de leur reprocher, avaient besoin de cette faible consolation. Mais, pour en tirer du secours, il a fallu encore employer d'autres artifices : il a fallu cacher avec soin le vrai état de ces albigeois et de ces vaudois. On n'en a fait qu'une secte, quoique c'en soit deux très-différentes, de peur que les réformés ne vissent parmi leurs ancêtres une trop manifeste contrariété. On a, sur toutes choses, caché leur abominable
(12G8) Epiph., liaer. 7'J. ioin.1; Augcsi 80, 87, loin. VIII ; Tertum. , De prœtcvtp
lia;r.
PART. X. TUEOL. POLEMIQUE. — II. HISTOIRE MIS VARIATIONS
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doctrine : on a dissimulé <|ue ces albigeois étaient de parfaits manichéens , aussi bien que l'ierre île Bruis et son disciple Henri. On a lu que ces vaudois s'étaient séparés do l'Eglise sur des fondements détestés par la nouvelle réforme i aussi bien que par l'Eglise romaine. On a use" d'une pareille dissimulation à l'égard de ces vaudois de Pologne, qui n'avaient que le nom de vaudois; cl on a caché au peuple que leur doctrine n'était ni «elle des anciens vaudois, ni celle des calvinistes, ni celle des luthériens. L'histoire que je vais donner de ces trois sectes, quoiqu'elle soit abrégée, ne laisse pas d'être soutenue par assez de preuves, pour l'aire honte aux calvinistes des ancêtres qu'ils se sont donnés.
HISTOIKE DES NOUVEAUX MANICHÉENS, APPELÉS LES HÉRÉTIQUES l>E TOULOUSE ET d'aLBI.
Pour en entendre la suite, il ne faut pas ignorer tout à fait ce que c'était que les manichéens. Toute leur théologie roulait sur la question do l'origine du mal : ils en voyaient dans le monde, et ils en voulaient trouver le principe. Dieu ne le pouvait pas être, parce qu'il était infiniment bon. H fallait donc, disaient-ils, reconnaître un autre principe, qui, étant mauvais par sa nature, lût la cause et l'origine du mal. Voilà donc la source de l'erreur. Deux premiers principes, l'un du bien, l'autre du mal; ennemis par conséquent et de nature contraire , s'étant combattus et mêlés dans le combat, avaient répandu l'un le bien, l'autre le mal dans le monde; l'un la lumière, l'autre les ténèbres, et ainsi du reste; car je n'ai pas besoin de raconter ici toutes les extravagances impies de celte abominable secte.
Elle était venue du paganisme, et on en voit des principes jusque dans Platon. Elle régnait parmi les Perses. Plutarque nous a rapporté les noms qu'ils donnaient au bon et au mauvais principe. Manès, perse de nation, tâcha d'introduire ce prodige dans la religion chrétienne sous l'empire d'Auiélien, c'est-à-dire vers la fin du troisième siècle. Marcion avait déjà commencé quelques années auparavant, et sa sectedivisée en plusieurs branches avait préparé la voie aux impiétés et aux rêveries que Manès y ajouta.
Au reste, les conséquences que ces hérétiques liraient de cette doctrine n'étaient pas moins absurdes ni moins impies. L'Ancien Testament avec ses rigueurs n'était qu'une fable, en tout cas l'ouvrage du mauvais principe : le mystère de l'Incarnation, une illusion ; et la chair de Jésus-Christ, un fantôme : car la chair étant l'œuvre du mauvais principe, Jésus-Christ, qui était le Fils du bon Dieu, ne pouvait pas l'avoir prise en vérité. Comme nos corps venaient du mauvais principe, et que nos âmes venaient du bon, ou plutôt qu'elles en étaient la substance môme, il n'était pas permis d'avoir des enlants, ni de lier la substance du bon
principe avec celle du mauvais : de sorte que
le mariage, ou plutôt la génération des enfants était défendue. La chair des animaux, et tout ce qui en sort, comme les laitages, étaient aussi l'ouvrage du mauvais; le vin était au même rang : tout cela était impur de sa nature, et l'usage en était criminel. Voilà donc manifestement ces hommes trompés par les démons dont parle saint Paul, qui devaient dans le$ derniers temps... défendre le mariage, et rejeter comme immondes les viandes que Dieu avait créées. (I Tim. iv, 1, 3.)
Ces malheureux qui ne cherchaient qu'à tromper le monde par des apparences, lâchaient de s'autoriser par l'exemple de l'Eglise catholique, où le nombre de ceux qui s'interdisaient l'usage du mariage par la profession de la continence était très-grand, el où l'on s'abstenait de certaines viandes, ou toujours, comme faisaient plusieurs solitaires, à l'exemple de Daniel (i, 8, 12), ou en certains temps, comme dans le temps de Carême. Mais les saints Pères répondaient qu'il y avait grande différence entre ceux qui condamnaient la génération des enfaïUs, comme faisaient formellement les manichéens (1269), et ceux qui lui préféraient la continence avec l'Apôtre et avec Jésus-Christ même (ICcr. vi, 26, 32, 3i, 38; Matth. xix, 12), et qui ne se croyaient pas permis de reculer en arrière (Luc. îx, 62), après avoir fait profession d'une vie plus' parfaite. C'était aussi autre chose de s'abstenir de certaines viandes ou pour signifier quelque mystère, comme dans l'Ancien Testament, ou pour mortifier les sens, comme on le continuait encore dans le Nouveau : autre chose de les condamner aveu les manichéens comme impures, comme mauvaises ; comme étant l'ouvrage non de Dieu, mais du mauvais. Et les Pères remarquaient que l'Apôtre attaquait expressément ce dernier sens , qui était celui des manichéens, par ces paroles : Toute créature de Dieu est bonne (/ Tim. iv, 4); et encore par celle-ci : Il ne faut rien rejeter de ce que Dieu a créé; et de là ils concluaient, qu'il ne fallait pas s'étonner que le Saint-Esprit eût averti de si loin les fidèles d'une si grande abomination par la bouche de saint Paul.
Tels étaient les principaux points de la doctrine des manichéens. Mais cette secte avait encore des caractères remarquables : l'un, qu'au milieu de ces absurdités impies, que le démon avait inspirées aux manichéens, ils avaient encore mêlé dans leurs discours je ne sais quoi de si éblouissant, et une force si prodigieuse de séduction, que même saint Augustin, un si beau génie, y fut pris, el demeura parmi eux neuf ans durant, très-zélé pour cette secte (1270). Ou remarque aussi que c'était une de celles dont on revenait le plus difficilement : elle avait pour tromper les simples, des prestiges et des illusions inouïes. On lui attribue aussi
(1269) August., Coin. Faust.
cap. 3, l, S, G, i"iu. V 11.
Munich., lib. x\x.
(1-270) Lib i Conl. Fmtst.
lib. îv , cap. 1 et seq.
Mm., c. 10, et Conf.,
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des enchantements (1271) ; et enfin on y remarquait tout J'altirail de la séduction.
L'autre caractère des manichéens est qu'ils savaient cacher ce qu'il y avaitde|ilus détestable dans leur, secte avec un artiûce si profond, que non-seulement ceux qui n'en étaient pas, mais encore ceux qui en étaient y (lassaient un long temps sans le savoir. Car, sous la belle couverture de leur continence, ils cachaient des impuretés qu'on n'ose nommer, et qui même faisaient partie de leurs mystères. Il y avait parmi eux plusieurs ordres. Ceux qu'ils appelaient leurs .Muditeurs ne savaient pas le fond delasecte; et leurs élus c'est-à-dire, ceux qui savaient tout le mystère, en cachaient soigneusement l'abominable secret, jusqu'à ce qu'on y eût été préparé par divers degrés. On étalait l'abstinence et l'extérieur d'une vienonseulement belle, mais encore mortifiée; et c'était une partie de la séduction de venir comme par degrés à ce qu'on croyait plus parfait, à cause qu'il était caché.
Pour troisième caractère de ces hérétiques, nous y pouvons encore observer une adresse inconcevable à se mêler parmi les fidèles, et à s'y cacher sous la profession de la foi catholique; car cette dissimulation était un des artifices dont ils se servaient pour attirer les hommes dans leurs sentiments. On les voyait dans les églises avec les autres ; ils y recevaient la communion ; et encore qu'ils n'y reçussent jamais le sang do Notre-Scigneur, tant à cause qu'ils détestaient le vin dont on se servait pour le consacrer, qu'à cause aussi qu'ils ne croyaient pas que Jésus- Christ eût eu du vrai sang; la liberté qu'on avait dans l'Eglise de participer ou à une ou à^deux espèces, fit qu'on fut longtemps sans s'apercevoir de leur perpétuelle affectation à rejeter celle du vin consacré. Ils furent donc à la fin reconnus par saint Léon à celle marque (1272) : mais leur adresse à tromper les yeux, quoique vigilants, des Catholiques, était si grande, qu'ils se cachèrent encore, et furent à peine découverts sons le pontificat de saint Célase. Alors donc, pour les rendre tout à fait reconnaissables aux peupies, il en fallut venir à une défense expresse de communier autrement que sous [es deux espèces, et pour montrer que cette défense n'était pas fondée sur la nécessité de les prendre toujours ensemble, saint Célase l'appuie en termes formels, sur ce que ceux qui refusaient le vin sacré le faisaient
(1271) Tiieororet., Uœrci. /'«&., lib. i , cap. ait. De Manele, p. 212 el seq.
(1272) Léo I , serin. il qui est 1 de Quadi., c.
(1273) Gelas , in Dec, Cral., Deeous., distinct. !, cap. Compe-iùmus ; Ko, Mierot., etc.
(127-i) ùVmonb. Ece. calli., c. 54 , n. 71; De morib. man , c. 18, n. 05, 1. 1, col. 715 et 759; lui"' Fundam; c. 15, n. 1!), loin. Ylll, col.
(1275) Cr.uu., loin. I, p. 452.
( |7« lbid., ion,. Il, p.480.
(127/) Théodore était. femme de Théophile. A In liiortde ce prince, arrivée au mois rie janvier Hit,
par une certaine superstition (1273) : preuve certaine que hors la superstition, qui rejetait comme mauvaise une des parties du mystère, l'usage de sa nature en eût été libre et indifférent, même dans les assemblées solennelles. Les protestants, qui ont cru que ce mot de superstition n'était pas assez fort pour exprimer les abominables pratiques des manichéens, ne songent pas que ce mot signifie dans la langue latine toute fausse religion; mais qu'il est particulièrement affecté à la secte des manichéens, à cause de leurs abstinences et observances superstitieuses : les livres de saint Augustin en sont de bons témoins (1274).
Cette secte si cachée, si abominable, si pleine de séduction, de superstition el d'hypocrisie, malgré les lois des empereurs, qui en avaient condamné les sectateurs au dernier supplice, ne laissait pas de se conserver et de se répandre. L'empereur Anastasc et l'impératrice Théodore, femme de Justinien, l'avaient favorisée. On en voit les sectateurs sous les enfants d'Héraclius, c'est-àdire au vu" siècle, en Arménie, province voisine de la Perse, d'où cette fable détestable était venue, et autrefois sujette à son empire. Ils y furent ou établis, ou confirmés par un nommé Paul (1275), d'où le nom de pauliciens leur fut donné en Orient, par un nommé Constantin, et enfin par un nommé Serge, et ils y parvinrent à une si grande puissance, ou parla faiblesse du gouvernement, ou par la protection des Sarrasins, ou même par la faveur de l'empereur Nieéphoro très-attaché à celte secte (1276), qu'à la fin persécutés par l'Impératrice Théodore, femme de Basile (12T7), ils se trouvèrent en état de bâtir des villes, et de prendre les armes contre leurs princes (1278J.
Ces guerres furent longues et sanglantes sous l'empire de Basile le Macédonien , c'est-à-dire à l'extrémité du ix* siècle. Pierre de Sicile fut envoyé par cet empereur à Tibrique en Arménie (1279), que Cédrénus appelle Téphrique (1280), une des places de ces hérétiques, pour y traiter de l'échange des prisonniers. Durant ce temps, il connut à fond les pauliciens.; et il adressa un livre sur leurs erreurs à l'archevêque de Bulgarie pour les raisons que nous verrons. Vossius reconnaît que nous avons une grand obligation à Uadérus,qui nous a donné en grec et en latin une histoire si particulière et si
elle prit les rênes du gouvernement pendant la minorité de Michel 111, sou lits. Ce fui pend.iut sa régence, qu'après avoir inutilement tenté de converti r les pauliciens ou manichéens d'Arménie p:ir les voies dé douceur, elle employa la rigueur contre eux. Ces hérétiques se réfugièrent sur les terres des Musulmans, el en tirèrent des secours pour faire la guerre à l'empire. Basile le Macédonien , qui succéda à Michel, remporta sur eux de grandes victoires. Œdilion de Versailles.)
(1278) Cedr., loin. M, p. 5il.
(1279) Petr. Sic., Ilkt.de Mamch,
(1280) Cedr., ibid.. p. 541, cle.
IHIIT. X. illi.OI.. l'OI.I.MlOll..
excellente 1281). Pierre de Sicile nous j désigne ces hérétiques par leurs propres caractères, par leurs deux principes, par le mépris i|u'ils avaient pour l'Ancien Testar meut, par leur adresse prodigieuse à se cacher quand ils voulaient) et par les autres marques que imus rivons vues j 1:282 ). Mais il en remarque deux ou trois qu'il ne faut pas oublier; c'était leur aversion particulière pour les images do la croix, suite ualurelie de leur erreur, puisqu'ils rejetaient la passion et là mort du Fils do Dieu ; leur mépris pour la sainte Vierge, qu'ils no tenaient j oint pour mère de Jésus-Christ, puisqu'il n'avait pas de chair humaine; et surtout leur éloignement pour l'Euchai Mie.
Cédrénus, qui a pris de cet historien la plupart dos choses qu'il raconte des pauliciens, marque après lui ces trois caractères, c'est-à-dire leur aversion pour la croix, pour la sainte Vierge, et pour la sainte Eucharistie (1283). Les anciens manichéens avaient les mômes sentiments. Nous apprenons do saint Augustin (128V), que leur Eucharistie n'était pas la nôtre, mais quelque chose de si exécrable qu'on n'ose même y penser loin qu'on puisse l'écrire. Mais les nouveaux manichéens avaient encore reçu dos anciens une autre doctrine qu'il importe de remarquer. l>ès le temps de saint Augustin, Fausle le manichéen reprochait aux Catholiques leur idolâtrie dans le culte qu'ils rendaient aux saints martyrs, et dans les sacrifi es qu'ils offraient sur leurs reliques i 1285). .Mais saint Augustin leur faisait voir que ce culte n'avait rien de commun avec (olui des païens, parce que ce n'était pas le culte do latrie ou de sujétion cl de servitude parfaite (128G) ; et que si on offrait à Dieu l'oblation sainte du corps et du sang île Jésus-Christ aux tombeaux et sur les reliques des martyrs, on se gardait bien de leur olfrir ce sacrifice; mais qu'on espérait seulement « par là s'exciter a l'imitation do leurs vertus, s'associer à leurs mérites, et enlin être secourus par leurs prières(1287).» Une réponse si nette n'empêcha pas que les nouveaux manichéens ne continuassent dans les calomnies de leurs pères. Pierre de Sicile nous rapporte qu'une femme manichéenne séduisit un laïque ignorant, nommé Serge (1288), en lui disant que les Catholiques honoraient les saints comme des divinités, et que c'était pour celte raison qu'on empêchait les laïques de lire la sainte Ecriture, de peur qu'ils ne découvrissent plusieurs semblables erreurs.
C'était par de telles calomnies que les manichéens séduisaient les simples. On a toujours remarqué parmi eux un grand désir d'é-