‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 166 sur 325 · II. HISTOIRE DI'.S VARIATIONS · texte numérisé non relu

II. HISTOIRE DI'.S VARIATIONS

reurs, notées par saint Bernard, qu'an pécheur n'était plus évoque, et que « les Papes, les archevêques, les évêques et les prêtres n'étaient capables ni de donner ni de recevoir les sacrements à cause qu'ils étaient pécheurs (1330). » Mais ce qu'il reniai que le plus, c'est leur hypocrisie, non-seulement dans l'apparence trompeuse de leur vie austère et pénitente, mais encore dans la coutumo qu'ils observaient constamment de recevoir avec nous les sacrements, et de professer publiquement notr.' doctrine qu'ils déchiraient en secret (1331). Saint Bernard fait voir que leur piété n'était qu'une dissimulation. En apparence, ils blâmaient le commerce avec les femmes, et cependant on les voyait tous passer avec une femme les jours et les nuits. La profession qu'ils faisaient d'avoir le sexe en horreur leur servait à faire croire qu'ils n'en abusaient pas. Ils croyaient tout jurement défendu, et interrogés sur la foi, ils ne craignaient pas de se parjurer, tant il y a de bizarreries et d'inconstance dans les esprits excessifs. Saint Bernard concluait de toutes ces choses que c'était là ce mystère d'iniquité prédit par saint Paul (// Thess. h, 7), d'autant plus à craindre qu'il était plus caché, et que ces hommes sont ceux que le Saint-Esprit a fait connaître au même Apôtre comme des hommes séduits par le démon, qui disent des mensonges en hypocrisie ; dont la conscience est cautérisée, qui défendent le mariage et les viandes que Dieu a créées (1332). Tous les caractères y conviennent trop clairement pour avoir besoin d'être remarqués : et voilà les prédécesseurs que se donnent les calvinistes.

De dire que ces hérétiques toulousains, dont parle saint Bernard, ne sont pas ceux qu'on appela vulgairement les albigeois, ce serait une illusion trop grossière. Les ministres demeurent d'accord que Pieire de Bruis et Henri sont deux des chefs de cette secte, et que Pierre le Vénérable, abbé de Gluny, leur contemporain, dont nous parlerons bientôt, attaqua les albigeois sous le nom de pétrobusiens (1333). Si les auteurs sont convaincus de manichéisme, les sectateurs n'ont pas dégénéré de cette doctrine; et on peut juger de ces mauvais arbres par leurs fruits ; car encore qu'il soit constant par les lettres de saint Bernard et par les auteurs du temps (1334), qu'il convertit beaucoup de ces hérétiques toulousains, disciples de Pierre de Bruis et de Henri, la race n'en fut pas éteinte, et ils gagnaient d'autant plus de monde qu'ils continuaient à se cacher. On les appelait les bons hommes, tant ils étaient doux et simples en apparence; mais leur doctrine parut dans un interrogatoire que plusieurs d'entre

(I52.'i) Anal., p. 455, 450.

(15-20) Ibid., III, p. 457.

(1527) Ibid., p. 455; Kcb., serai. 1.

(1528) Serai. 00, iu Cant., il. 9.

(1529) Serin. 05, n. 5.

(155U) Serm. 00, n. 11.

(1351) Serin. 05 in Cunl., n. 5.

(1552) Serm. 00, n. 1 ; / Tint, iv, 1, 2, 5. (1535) La Hoq., Hisl. de l'Eucli., 452, 455. 11551) Kpist. 241, ud Toi., Vil. S. liern., I.b. ni, c. 5

eux subirent a Lombez, petite ville i-rès d'AIbi , dans un concile qui s'y tint en 1176 (1335).

Gaucelin, évoque de Lodève, bien instruit de leurs artifices et de la saine doctrine, y fut chargé de les interroger sur leur croyance, lis biaisent sur beaucoup d'articles, ils mentent sur d'aunes, mais ils avouent en termes formels qu'ils rejettent l'Ancien Testament; qu'ils croient la consécration du corps et du sang de Jésus-Christ également bonne, soit qu'elle «e fasse par un laïque ou par un clerc, pourvu qu'ils soient gens de bien; que tout serment est illicite, et que tous les évoques et les prêtres, qui n'avaient pas les qualités que saint Paul prescrit, ne sont ni prêtres ni évèques. On ne put jamais les obliger, quoi qu'on pût dire, a approuver le mariage, ni le baptême des petits enfants; et le refus obïtiné de reconnaître des vérités si constantes fut pris pour un aveu de leur erreur. On les condamna aus>i par l'Ecriture, comme gens qui refusaient de confesser leur foi ; et sur tous les points proposés ils sont vivement pressés par Ponce, archevêque de Narbonne, par Arnault, évêque de Nîmes, par les abbés et surtout par Gaucelin, évêque de Lodève, que Gérault, évêque d'AIbi, qui était présent et l'ordinaire du lieu, avait revêtu de son autorité. Je ne crois pas qu'on puisse voir aucun concile où la procédure ait été plus régulière, ni l'Ecriture mieux employée, ni une dispute plus précise ei plus convaincante. Qu'on nous dise encore après cela que ce qu'on dit des albigeois sont des calomnies.

I n historien du temps récite au long ce concile (1336), et donne un fidèle abrégé des actes plus amples qu'on a recouvrés depuis. Voici connue il commence son récit : >( 11 y avait dans la province de Toulouse des hérétiques qui se faisaient appeler les bons hommes, maintenus par les soldats de Lombez. Ceux-là disaient qu'ils ne recevaient ni la loi de Moïse, ni les prophètes, ni les Psaumes, ni l'Ancien Testament, ni les docteurs du Nouveau; à la réserve des Evangiles, des Epitres de saint Paul, des sept Epitres canoniques, des Actes et de l'Apocalypse. » C'est assez, sans parler davantage du reste, pour faire rougir nos protestants des erreurs de leurs ancêtres.

Mais, pour faire soupçonner quelque calomnie dans la procédure qu'on tint contre eux, ils remarquent qu'on les appela non point manichéens, mais ariens; que cependant les manichéens n'ont jamais été accusés d'arianisme, et que Baronius lui-même a reconnu celle équivoque (1337). Quelle chicane, de verbaliser sur le titre qu'on donne a une hérésie , quand on la voit désignée,

pour ne point parler des autres marques, par celle de rejeter l'Ancien Testament! Mais il faut encore montrer à ces esprits contentieux quelles raisons on avait d'accuser les manichéens d'arianisme. C'est que Pierre de Sicile dit ouvertement, qu'ils professaient la Trinité en paroles , qu'ils la niaient dans leur cœur, et qu'ils en tournaient le mystère en allégories impertinentes (1338).

C'est aussi ce que saint Augustin nous apprend à fond. Fauste, évêque des manichéens, avait écrit : « Nous reconnaissons sous trois noms une seule et même divinité de Dieu le Père tout-puissant, de Jésus- Christ son Fils, et du Saint-Esprit (1339). » Mais il ajoute ensuite : que le Père habitait la souveraine et principale lumière, que saint Paul appelait inaccessible ; pour le Fils, qu'il résidait dans la seconde lumière, qui est la visible, et qu'étant double selon l'Apôtre qui nous parle de la vertu et de la sagesse de Jésus-Christ, sa vertu résidait dans le soleil, et sa sagesse dans la lune; et enfin pour le Saint-Esprit, que sa demeure était dans l'air qui nous environne. Voila ce que disait Fauste. Par où saint Augustin le convainc de séparer le Fils d'avec le Père, même par des lieux corporels de le séparer encore d'avec lui-même, et de séparer le Saint-Esprit de l'un et de l'autre (1340) : les situer aussi, comme faisait Fauste, dans des lieux si inégaux, c'était mettre entre les personnes divines une trop manifeste inégalité. Telles étaient ces allégories pleines d'ignorance, par lesquelles Pierre de Sicile convainquait les manichéens de nier la Trinité. Ce n'était pas la confesser que de l'expliquer de cette sorte ; mais, comme dit saint Augustin, c'était coudre la fui de la Trinité à ses inventions. Un auteur du xn' siècle, contemporain de saint Bernard, nous apprend que ces hérétiques ne disaient point Gloria Patri (1341); et Renier dit expressément que les cathares ou albigeois ne croyaient pas que la Trinité fût un seul Dieu, mais qu'ils croyaient que le Père était plus grand que le Fils et le Saint-Esprit (1342). 11 ne faut donc pas s'étonner que les Catholiques aient rangé quelquefois les manichéens avec ceux qui niaient la Trinité sainte, et que par cette considération ils aient pu leur donner le nom d'ariens.

Pour revenir au manichéisme de ces hérétiques, Gui de Nogent, célèbre auteur du xii' siècle et plus ancien que saint Bernard, nous fait voir autour de Soissons des hérétiques, « qui faisaient un fantôme de •l'incarnation; qui rejetaient le baptême des petits enfants ; qui avaient en horreur le mystère qu'on fait à l'autel ; qui prenaient pourtant les sacrements avec nous ; qui rejetaient

(1535) Ad. cnnc. Lumb., t. X Cône. Labb. col. 1471; an. 1I7U.

(1530) Royer Hoved., Annal. Anal.

(1537) Sa Roq, ibid.; Bar t. XII, an. 1175, p. 074.

(1338) Plth. Sic, /(>;./.

(1339) Faust., ap. Aug., lib. xx Cont. Faust., cap. î, t. VIII.

(1340) Ibid., rap. 7, toni. VIII.

(1541) Herib. mon., Epi&l., Annal. ,W.

(134-2) Ren.,Co/iI Vald., cap. 6, Patrvi ,I.CCIV, dlii. M igné

PART. X. TI1E0L. POLEMIQUE. - 11. HISTOIRE DES VARIATIONS

toutes les ?iandesel lout ce qui sort de l'omioii des ileux sexes f I3V3). » Ils faisaient, à l'exemple de ces hérétiques que nous avons vus à Orléans, nue eucharistie et un sacri-

fice 1 ii i on n ose décrire ; ei | tout A faitseuiblablesauxaut

tout ;"i ta il semblantes aux autres manichéens, il» te cachaient commt eux, et se coulaient en secret parmi nous, avouant et jurant lout te qu'on voulait, pour se sauver du supplice.

Ajoutons h ces témoins Radulplius Anlens, Wteur célèbre du xr siècle, dans la peinture qu'il nous l'ait des hérétiques d Agénois, « qui se vantent de mener la vie des apôtres, qui disent qu'ils ne mentent point, qu'ils ne jurent point , qui condamnent l'usage des viandes et du mariage, qui rejettent l'Ancien Testament et ne reçoivent qu'une partie du Nouveau, et, ce qui est plus terrible, admettent deux créateurs ; qui disent que le sacrement de l'autel n'est que du pain tout pur , qui méprisent le baptôino et la résurrection des corps(13441.» Sonl-ce là des manichéens bien marques?

Or, on n'y voit point d'autres caractères que dans ces Toulousains et ces Albigeois, dont nous avons vu que la secte s'était répandue en Gascogne et dans les provinces voisines. Agen avait eu aussi ses docteurs particuliers; mais quoi qu'il en soit, on voit partout le même esprit, et lout y est de môme sorte.

Trente de ces hérétiques de Gascogne se réfugièrent en Angleterre en l'an 1100. On les appelait poplicains ou publicains. Mais voyons quelle était leur doctrine par Guillaume de Neudbrige, historien voisin de ce temps, dont Spelman, auteur protestant, a inséré le témoignage dans le second tome de ses Conciles d' Angleterre . « On lit, » ditil (1315), « entrer ses hérétiques dans le concile assemblé à Oxford : Girard , qui était le seul qui sût quelque chose, répondit bien sur la substance du médecin céleste : mais quand ou vint aux remèdes qu'il nous a laissés, ils en parlèrent très-mal, ayant en horreur le baptême, l'Eucharistie et le mariage, et méprisant l'unité catholique. » Les protestants rangent parmi leurs ancêtres ces hérétiques venus de Gascogne (1346), a cause qu'ils parlent mal du sacrement de l'Eucharistie, selon les Anglais de ce temps qui étaient persuadés de la présence réelle. Mais ils devraient considérer que ces poplicains sont accusés, non pas de nier la présence réelle, mais d'avoir en horreur i Eucharistie , aussi bien que te baptême et le mariage, trois caractères visibles du manichéisme ; et je ne tiens pas ces hérétiques entièrement justifiés sur le reste, sous prétexte qu'ils en répondirent assez bien, car nous avons trop vu les artitkes de cette secte,

(1313) De vila sua, lib. m, c. 16.

(13-11) Radhlp. Aud., Serin, in boni, vill post. Trin., tum. II.

(1545) Giiill. Necub., lier. AngL, lib. n, c. 13; Cône. Ox., loin. Il Cunc. Amj. Lubb.; Conc, 1. X, an. 1660, col. 1103.

(1346) L\ Roy., Ilist. de l'Eue, c. 18, pag.

et en lout cas ils n'en seraient pas moins manichéens, quand ils auraient adouci quelques erreurs de cette secte.

Le nom môme de publicains ou de poplicains était un nom de manichéens, comme il parait clairement par le témoignage de Guillaume le Breton. Cet auteur, dans la Vie de Philippe-Auguite, dédiée à Louis son Bis aîné, parlant des hérétiques qu'on appelait vulgairement poplicains, dit qu'ils rejetaient le mariage; qu'ils regardaient comme un crime de manger de la chair, et qu'ils avaient les autres superstitions que saint Paul remarque en peu de mots (13*7) : C'était dans la première à Timothée.

Cependant nos réformés croient faire honneur aux disciples de Valdo, et les mettre au nombre des poplicains ( 1348). Il n'en faudrait pas davantage pour condamner les vaudois: mais je ne me veux point prévaloir de cette erreur, je laisserai aux vaudois leurs hérésies particulières , et il me suffit d'avoir fait voir que les poplicains sont convaincus de manichéisme.

Je reconnais avec les protestants f 134-9), que le traité d'Ermengard n'a pas dû être intitulé Contre les vaudois, comme il l'a été par Gretser, car il ne parle en aucune sorte de ces hérétiques, mais c'est que du temps de Gretser on nommait du nom commun de vaudois toutes les sectes séparées de Rome depuis le xi* ou xue siècle jusqu'au temps de Luther, ce qui fil que cet auteur, en publiant divers traités contre ces sectes, leur donna ce litre général, contre les vaudois , mais il ne laissa pas de conserver à chaque livre le titre qu'il avait trouvé dans le manuscrit. Voici donc comme Ermengard ou Ermengaud avait intitulé son livre : Traité contre les hérétiques qui disent que c'est le démon, et non pas Dieu, qui a créé ce monde et toutes les choses visibles (1350). Il réfute en particulier, chapitre à chapitre, toutes les erreurs de ces hérétiques, qui sont toutes celles du manichéisme que nous avons tant de fois marquées. S'ils parlent contre l'Eucharistie, ils ne parlent pas moins contre le baptême; s'ils rejettent le culte des saints et d'autres points de notre doctrine, ils ne rejettent pas moins la création, l'incarnation, la loi de Moïse, le mariage, l'usage de la viande et la résurrection (1351), de sorte que se prévaloir de l'autorité de cette secte, c'est mettre sa gloire dans l'infamie même.

.le passe plusieurs autres témoins , qui ne sont plus nécessaires après tant de preuves convaincantes, mais il y en a quelques-uns qu'il ne faut pas oublier, à cause qu'insensiblement ils nous introduisent à la connaissance des vaudois.

(1547) Philip. , lib. i ; Oi tu. , loin. V llist. Fianc, p. 103.

(1348) La IIoq., p. 455.

(4549) Albert., La Roq.

(1550) Toin. X bibl. PI'., part. I, p. 1233.

(1351) lbid,, cap. 11, 12, 13; Ibid., cap. 1, 2, 3, 7; lbid., 10, 15, 16.

ŒUVRES COMPLETES DEBOSStîET.

Je produis d'abor.! Alanus , célèbre moine de l'ordre de, Cîteaux, et l'un des premiers auteurs qui ont écrit contre les vaudois. Celui-ci dédia un traité contre les hérétiques de son temps au comte de Montpellier son seigneur, et le divisa en deux livres. Le premier regarde les hérétiques de son pays. 11 leur attribue les deux principes et la fausseté de l'incarnation de Jésus-Christ avec son corps fantastique, et toutes les autres erreurs des manu liéens, contre la loi de Moise, contre la résurrection, contre l'usage de la viande et du mariage; a quoi il ajoute quelques autres choses que nous n'avions pas vues encore dans les albigeois , entre autres, la damnation de ' a i n t Jean-Baptiste, pour avoir douté de la venue de Jésus- Christ (1352), car ils prenaient pour un doute du saint précurseur ce qu'il lit dire au Sauveur du monde par ses disciples : Etes-vous celui qui devez venir? (Mat th. xi, 3.) Pensée très-extravagante, mais très-conforme à ce qu'écrit Eausle le manichéen, au rapport de saint Augustin (1353). Les autres auteurs qui ont écrit contre ces nouveaux manichéens, leurattribnent d'un commun accord la môme erreur (135't-).

Dans la seconde partie de son ouvrage Alanus traite des vaudois, et y fait un dénombrement de leurs erreurs, que nous verrons en son lieu : il nous sullit d'observer ici qu'il n'y a rien qui ressente le manichéisme, et de voir d'abord ces deux sectes entièrement distinguées.

Celle de Valdo était encore assez nouvelle. Elle avait pris naissance à Lyon en l'an 1150, et Alanus écrivait en 1202 au commencement du xiu' siècle. Un peu après, eteDviron l'an 1209, Pierre de Vaucernai lit son Histoire îles albigeois, où traitant d'abord des diverses sectes et hérésies de son temps, il met eu premier lieu le- manichéens, dont il rapporte les divers partis (1355); mais où l'on voit toujours quelques caractères de ceux qu'on a remarqués dans le manichéisme, encore que dans les uns, il soit outré, et dans les autres mitigés et adouci selon la fantaisie ne ces hérétiques. Quoi qu'il en soit, tout est du fond du manichéisme; et c'est le propre caiactère de l'hérésie que Pierre de Vaucernai nous représente clans la province de Narbunne , c'est-à-dire de l'hérésie des albigeois dont il entreprend l'histoire. Il n'attribue rien de semblable à d'autres hérétiques dont il parle. « 11 y avait, dit-il, d'autres héréiiques qu'on appelait vaudois, d'un certain Valdius de Lyon. Ceux-là sans doute étaient mauvais : mais non pas à comparaison de ces premiers. » Il marque ensuite en peu de paroles quatre de leurs erreurs principales , et revient aussitôt après à ses albigeois. Mais ces erreurs des vaudois sont

(1552) Alan., |> 31.

(1353) Lili. v Cunl. Faust., c. I, t. VU!.

(1354) LuK.viti)., Auliliœr., cap. 15, l'alrol., loin. CXLIX, cdii. Uigue. Eumeng., cap. 0, ibid., 133y, etc.

(135">) Petr. Mon. Val. Cernai, Hist. -Ubig., c. 2, Pairol., loin. CCX.HI, édit. Migiie.

trés-éloignées du manichéisme, comme nous verrons bientôt : et voilà encore les albigeois et les vaudois, deux sectes très-bien distinguées, et la dernière sans aucune marque de manichéens.

Les protestants veulent croire que Pierre de Vaucernai y parlait de l'hérésie des albigeois sans trop savoir ce qu'il disait, à cause qu'il leur attribue des biasphèmes qu'on ne trouve point même dans les manichéens.

Mais qui peut garantir tous les secrets et toutes les nouvelles inventions de cette abominable secte? Ce que Pierre de Vaucernai leur fait dire des deux Jésus, dont l'un est né dans une visible et terrestre Bethléem, et l'autre dans la Bethléem céleste et invisible, est à peu près de même génie que les autres rêveries des manichéens. Cette Bethléem invisible revient assez à la Jérusalem d'eu haut, que les pauliciens de Pierre de Sicile appelait la mère de Dieu, d'où Jésus- Christ était sorti. Qu'on dise tout ce qu'on voudra de Jésus visible qui n'était point le vrai Christ, et que ces hérétiques croyaient mauvais; je ne vois rien en cela de plus insensé que les autres blasphèmes des manichéens. Nous trouvons, chez Renier, des hérétiques qui tiennent quelque chose des manichéens (1356), et qui connaissent un Christ lils de Joseph et de Marie , mauvais d'abord et pécheur, mais ensuite devenu bon et réparateur de leur secte. Il est constant que ces hérétiques manichéens changeaient beaucoup. Renier, qui a été parmi eux, distingue les opinions nouvelles d'avec les anciennes, et remarque qu'il s'y était produit beaucoup de nouveautés de son temps, et depuis l'an 1230 (1357). L'ignorance et l'extravagance ne demeurent guère dans un même état, et n'ont point de bornes dans les hommes. Quoi qu'il en soit, si c'était la haine qu'on avait pour les albigeois qui leur faisait atlribuei- le manichéisme, ou si l'on veut quelque chose de pis; d'où vient le soin qu'on prenait d'en excuser les vaudois, puisqu'on ne peut pas supposer qu'ils fussent plus aimés que lesautres, ni ennemis moins déclarés de l'Eglise romaine? Cependant, voilà déjà deux auteurs très-zélés pour la doctrine catholique , et très-opposés aux vaudois, qui prennent soin de les séparer des albigeois manichéens.

Et voici encore un troisième , qui n'est pas moins considérable. C'est Ebrard, natif de Béthune, dont le livre intitulé Antihérésie , est composé contre les hérétiques de Flandre. Ces hérétiques s'appelaient piples ou piphles dans le langage du pays (1358). Un auteur protestant ne conjecture pas mal , quand il veut que ce mot de piphles soit corrompu de celui de poplicains (1359); et par là on peut connaître que ces hérétiques flamands étaient

(1556) Ren., Conl édit. Uigne.

(\ôoï) Ibid.

(1358) Ibid,. ; Petr.

r.ap. 2.

(135U) Là Roq., 454

Val., c. 0, Palrot., t. CC1V, de Val. Cern. , ibid, ,

PART. X. THEOL. POLEMIQUE. — 11. HISTOIRE M.^ VARIATIONS

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