‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 167 sur 325 · TI · texte numérisé non relu

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comme lea poplicaJns «Jos manichéens pari.nis : bons protestants toutefois si nous en croyons les calvinistes, et dignes d'être leurs ancêtres. M;iis, pour ne nous arrêter pas au uomi il n'.\ a qu'à entendre Ebrard, auteur du pays, quand il nous parle de ces hérétiques! 1360). Le premier trait qu'il leur donne, c'est qu'ils rejetaient la loi et le Dieu qui l'avait donnée : le reste va de môme pied , et Us méprisaient ensemble le mariage, l'usage des viandes et des sacrements.

Après avoir mis par ordre lout ce qu'il avait ii dire contre cette secte, il parle contre relie des vaudois (1361), qu'il dislingue comme les autres de celle des nouveaux manichéens ; et c'est le troisième témoin que nous avons à produire. Mais en voici un quatrième plus important en ce l'ait que tous les autres.

C'est Renier, de l'ordre des Frères prêcheurs, dont nous avons déjà rapporté quelques passades. Il écrivit environ l'an 1250 ou iii, et il intitula son livre : De hœrelicis : Des hérétiques, comme il le témoigne dans sa Préface. Il se qualifie, frère Renier, autrefois hérésiarque, et maintenant prêtre , à cause qu'il avait été dix-sept ans parmi les cathares , comme il le répète par deux fois. Cet auteur est bien connu des protestants, qui ne cessent de nous vanter la belle peinture qu'il a faite des mœurs des vaudois (1362). 11 en est d'autant plus croyable, puisqu'il nous dit si sincèrement le bien et le mal. Au reste, on ne peut pas dire qu'il n'ait pas été bien instruit de toutes les sectes de son temps. Il avait souvent assisté à l'examen des hérétiques ; et c'était là qu'on approfondissait avec un soin extrême jusques au* moindres différences de tant de sectes obscures et artificieuses, dont la chrétienté était alors inondée. Plusieurs se convertissaient et révélaient tous les secrets de leur secte, qu'on prenait grand soin de retenir. C'était une partie de la guérison, de bien connaître le mal. Outre cela Renier s'appliquait à lire les livres hérétiques, comme il fit le grand volume de Jean de Lyon, un des chefs des nouveaux manichéens (1363) ; et c'est de là qu'il a extrait les articles de sa doctrine qu'il a rapportés. Il ne faut donc pas s'étonner que cet auteur nous ait raconté plus exactement qu'aucun autre les différences des sectes de son temps.

La première, dont il nous parle, est celle îles pauvres de Lyon , descendus de Pierre Valdo ; et il en rapporte tous les dogmes jusques aux moindres précisions (136i). Tout y est très-éloigné des manichéens, comme on verra dans la suite. De là il passe aux autres sectes qui tiennent du manichéisme; et il vient enlin aux cathares, dont il savait tout le secret : car , outre qu'il avait été , comme on a vu, dix-sept ans entiers parmi

(1360) Antihier., c. 1,2, 3 et seq.

(1301) Ibid., cap. 23.

(1362) Re.n., Cont. Val., PalroL, I. CC.IV, édil. •ligne.

(1303) Ibid., c. 6.

OEUVRES CO.MPl. DE BoSSUET. VII],

eux, et des plus avant dans la secte, il avait entendu prêcher leurs plus grands docteurs ,

et entre autres un nommé Nazarius, le plus ancien do tous, qui se vantait d'avoir pris ses instructions, il y avait soixante ans, des deux principaux pasteurs de l'Eglise de Bulgarie (1365). Voilà toujours cetto descendance de la Bulgarie. C'est de là que les cathares d'Italie, parmi lesquels Renier vivait, tiraient leur autorité; et comme il a été parmi eux durant tant d'années, il ne faut pas s'étonner qu'il nous ait mieux expliqué, et plus en particulier, leurs erreur», leurs sacrements, leurs cérémonies , les divers partis qui s'étaient formés parmi eux, avec les rapports aussi bien que les différences des uns et des autres. On y voit partout très-clairement les principes, les impiétés et tout l'esprit du manichéisme. La distinction des élus et des auditeurs, caractère particulier de la secte célèbre dans saint Augustin et dans les autres auteurs, se trouve ici marquée sous un autre nom. Nous apprenons de Renier que ces hérétiques, outre les cathares et les purs, qui étaient les parfaits de la secte, avaient encore un autre ordre qu'ils appelaient leurs croyants (1366), composés de toutes sortes de gens. Ceux-ci n'étaient pas admis à tous les mystères; et le môme Renier raconte que le nombre des parfaits cathares de son temps, où la sente était affaiblie, ne passât'; pas quatre mille dans toute la chrétienté ; mais que les croyants étaient innombrables : compte, dit-il (1367), qui a été fait plusieurs fois parmi eux.

Parmi les sacrements de ces hérétiques, il faut remarquer principalement leur imposition des mains pour remettre les péchés : ils l'appelaient la consolation : elle tenait lieu de baptême et de pénitence tout ensemble. On la voit dans le concile d'Orléans dont nous avons parlé, dans Ecbert , dans Enervin, et dans Ermengard. Renier (1368) l'explique mieux que lesautres, comme un homme qui était nourri dans le secret de la secte. Mais ce qu'il y a de plus remarquable dans le livre de Renier, c'est le dénombrement exact des Eglises des cathares, et de l'état où elles étaient de son temps. On en comptait seize dans tout le monde, et il rangeavec lesautres l'Eglise de France, l'Eglise de Toulouse, l'Eglise de Cahors, l'Eglise d'Albi ; et enfin l'Eglise de Bulgarie et I Eglise de Dugranicie, d'où, dit-il, sont venues toutes les autres. Après cela, je ne vois pas comment on pourrait douter du manichéisme des albigeois, ni qu'ils ne soient descendus des manichéens de la Bulgarie. On n'a qu'à se souvenir des deux ordres de la Bulgarie, et de la Drungarie dont nous a parlé l'auteur de Viguier, et qui s'unirent ensemble dans la Lombardie. Je répète encore une fois qu'on n'a pas besoin de chercher ce que c'est

(1564) Ibid., c. 5.

(1565) Ibid.

(1506) Ibid., 756.

(1567) Ibid., 73t).

'15681 Ibid., c. 11.

que la Drungarie. Ces hérétiques obscurs prenaient souvent leur nom de lieux inconnus. Henier nous parle des runcariens (1369), une secte de manichéens de son temps, dont le nom venait d'an village. Qui sait si ce mot de runcariens n'était pas une corruption de celui de drungariens?

Nous voyons, dans le même auteur et ailleurs, tanfde divers nomsde ces hérétiques, que ce serait un vain travail d'en rechercher I origine. Patariens, poplicains, toulousains, albigeois, cathares; c'étaient, sous des noms divers, et souvent avec quelques diversités, des sectes de manichéens, tous venus de la Bulgarie; d'où aussi ils prenaient le nom qui était le plus dans la bouche du vulgaire. .

Cette origine est si certaine que nous la voyons encore reconnue au xiu' siècle. « En ces temps, » dit Matthieu Paris (1370) (c'est en l'an 1223) , « les hérétiques albigeois se firent un antipape nommé Barthélemi dans Jus contins de la Bulgarie , de la Croatie et de. la Dalmalie. » On voit ensuite que les albigeois allaient le consulter en foule, qu'il avait un vicaire à Carcassoune et à Toulouse, et qu'il envoyait ses évêques de tous cotés : ce qui revient manifestement à ce que disait Enervai (1371), que ces hérétiques avaient leur pape, encore que le même auteur nous apprenne que tous ne le connaissaient pas. Et alin qu'on ne doutât point de l'erreurde ces albigeois de Matthieu Paris, le nièuic auteur nous raconte que les albiqeois d'Espatjne, qui prirent les armes en 123i , entre plusieurs autres erreurs, niaient principalement le mystère de l'Incarnation (1372).

Au milieu de tant d'impiétés ces hérétiques avaient un extérieur surprenant. Enervin les l'ait parler en ces termes (1373) : « Vous, «disaient-ils aux Catholiques, « vous joignez maison à maison et champ à champ ; les plus parfaits d'entre vous , comme les moines et les chanoines réguliers, s'ils ne possèdent point de biens en propre, les ont du moins en commun. Nous qui sommes les pauvres de Jésus-Christ, sans repos, sans domicile certain, nous serons de ville en ville comme des brebis au milieu des loups, et nous souffrons persécution comme les apôtres et les martyrs. » Ensuite ils vantaient leurs abstinences , leurs jeûnes , la voie étroite où ils marchaient, et se disaient les seuls sectateurs delà vie apostolique, parce que se contentant du nécessaire , ils n'avaient ni maison, ni terre, ni richesses : « à cause, «disaient-ils, «que Jésus-Christ n'avait ni possédé de semblables choses, ni permis à ses disciples d'en avoir. >.

Selon saint Bernard, il n'y avait n'en en apparence de plus chrétien que leurs discours, rien de plus irréprochable que leurs mœurs (137i). Aussi s'appelaient-ils tes apostoliques (1375), et ils se vantaient de mener la vie des apôtres. Il me semble que j'entends encore un Fauste le manichéen, qui disait aux Catholiques chez saint Augustin (1376) : « Vous me demandez si je reçois l'Evangile ; vous le voyez en ce que j'observe ce que l'Evangile prescrit: c'est a vous à qui je dois demander si vous le recevez, puisque je n'en vois aucune marque dans votre vie. Pour moi, j'ai quitté père , mère, femme et enfants , l'or, l'argent, lo manger et le boire , les délices , les voluptés, content d'avoir ce "qu'il faut pour la vie d'un jour à l'autre. Je suis pauvre, je suis pacifique, je pleure, je souffre la faim et la soif, je suis persécuté pour la justice , et vous doutez que je reçoive l'Evangile ^ Après cela, prendra-t-on encore les persécutions comme une marque de la vraie Eglise et de la vraie piété? C'est un langage de manichéens.

Mais saint Augustin et saint Bernard leur font voir que leur vertu n'était qu'une vaine ostentation. Pousser l'abstinence des viandes jusqu'à dire qu'elles sont immondes et mauvaises de leur nature, et la continence jusqu'à la condamnation du mariage, c'est d'un côté s'attaquer au Créateur, et de l'autre lâcher la bride aux mauvais dé>irs en les laissant absolument sans remède (1377). Ne croyez jamais rien de bon de ceux qui outrent la vertu. Le dérèglement de leur esprit, qui mêle tant d'excès dans leurs discours, introduit mille désordres dans leur vie.

Saint Augustin nous apprend que ces gens, qui ne se permettaient pas le mariage, se permettaient toute autre chose. C'est que, selon leurs principes, j'ai honte d'être contraint de le répéter, c'était iroprement la conception qu'il fallait avoir en horreur, et on voit quelle porte était ouverte aux abominations dont les anciens et les nouveaux manichéens sont convaincus. Mais comme, parmi les sectes différentes de ce-: nouveaux manichéens, il y avait des degrés de mal , les plus infâmes de tous étaient ceux qu'on appelait patariens (1378) :<e que je suis bien aise de remarquer à cause de nos réformés qui les mettent nommément parmi les vaudois, qu'ils se glorifient d'avoir pour ancêtres (1379).

Ceux qui vantent le plus leur vertu et la pureté de leur vie sont ordinairement les plus corrompus. On aura pu remarquer comme ces impurs manichéens se sont glo-

(1369) Ren., Cont. Val., Putrot., l. CCIV, édrt. Migne.

(1370) Ma.lli. Paris, in fleur. Ul, ait. i223, p. 517.

(1571) F.pisl. Eiterv. ud S. lleni.; Annal. Mabill., m.

(1372) Ibui., an. t'234, p. 5!','i.

(15 Z3) AiiiiuL, ni, p. 454

(1374) Serm. GS, in Cant. n. S.

(1375) Serin. 66, n. 8.

(1376) Lib. v, Cont. Fait*!., c. I, loin. VI it .

(1577) Bebn., serin. 66, i» Cant.

(1578) Ren.,c. 16, Patrol., i. CCIV. é.iil. Migne;

EliRARD, c. 26. ibid.

( 1571») La Rofl., HhL de l'Eucli., pari, h, c. 1S,

PART. \. TIIEOI.. P0LEMIQ1 E. II. HISTOIRE I>KS VARIATIONS

nfiés dans leur origine et dans toute la suite do la secte d'une vertu plus sévère que les autrs.«; et pour se faire valoir davantage,

ils disaient que les sacrements et les mystères perdaient leur force dans des mains impures. Il importe de bien remarquer cette partie de leur doctrine, que nous avons vue dans Eneivin , dans saint Bernard et dans I.' concile de Lombez. C'est pourquoi Renier répète par deux fois (1380) (lue celle imposition dés mains qu'ils appelaient la consolation, et où ils mettaient la rémission des péchés, était inutile à celui qui la recevait, si celui qui la donnait était en péché lui-même, quand son péché serait caché.

La raison qu'ils rendaient de cette doctrine, selon Ermengard (1381) , est que lorsqu'on a perdu le Saint-Esprit, on ne peut plus le donner, qui était la môme raison dont se servaient les anciens donatistes.

C'était encore pour faire les saints et s'élever au-dessus des autres, qu'ils disaient que le Chrétien ne devait jamais affirmer la vérité par serment (1382), pour quelque cause que ce fût, pas même en justice, et qu'il n'était pas permis de punir personne, de mort, pas même les plus criminels (1383). Les vaudois , comme nous verrons, prirent d'eux toutes ces maximes outrées et tout ce vain extérieur de piété.

Voilà quels étaient les albigeois , selon les auteurs du temps, sans en excepter un seul. Les protestants en rougissent, et nous disent pour toute réponse que ces eïcès , ces erreurs et tous ces dérèglements des albigeois sont des calomnies de leurs ennemis. Mais ont-ils une seule preuve de ce qu'ils avancent, ou un seul auteur du temps, et de plus de quatre cents ans après, qui les justifient? Pour nous , nous produisons autant de témoins qu'il y a eu dans tout l'univers d'auteurs qui ont parlé de cette secte. Ceux qui ont été dans leur croyance nous Ont révélé ses abominables secrets après leur conversion. Nous suivons la secte damnable jusqu'à sa source; nous montrons d'où elle est venue, par où elle a passé, tous ses caractères et toute sa descendance, qui la lie au manichéisme. On nous oppose des conjectures, et encore quelles conjectures ? On les va voir; car je veux ici rapporter les plus vraisemblables.

Le plus grand étroit des adversaires est pour justifier Pierre de Bruis et son disciple Henri. Saint Bernard, dit-on, les accuse de condamner et la viande et le mariage. Mais Pierre le Vénérable, abbé de t.luny, qui a réfuté presque en même temps Pierre île Bruis , ne parle point de ces erreurs, et ne lui en attribue que cinq : de nier le baptême des petits enfants, de condamner les temples sacrés , de briser les croix au lieu de les adorer, de rejeter l'Eu-

charistie, de se moquer des oblations et des prières pour les morts (1384). Saint Bernard assure que cet hérétique et ses sectateurs ne recevaient (/ne V Evangile (1385). Mais Pierre le Vénérable n'en parle qu'en doutant. « La renommée,>: dit-il (1380), « a publié (pie vous ne croyez pas tout à t'ait ni à Jésus-Christ, ni aux prophètes, ni aux apôtres; mais il ne faut pas croire aisément les bruits qui sont souvent trompeurs, puisque même il y en a qui disent que vous rejetez tout le canon des Ecritures. » Sur quoi il ajoute : « Je ne veux pas vous blâmer de ce qui n'est pas certain. » Ici les protestants louent la prudence de Pierre le Vénérable, et blâment l'incrédulité de saint Bernard, qui avait trop légèrement déféré à des bruits confus.

• Mais , premièrement , à ne prendre que ce que l'abbé de Cluny reprend comme certain dans cet hérétique, il y en a plus qu'il ne faut pour le condamner. Calvin a compté parmi les blasphèmes la doctrine qui nie le baptême des petits enfants (1387). Le nier avec Pierre de Bruis et son disciple Henri, c'était refuser le salut à l'âge le plus innocent qui soit parmi les hommes; c'était dire que depuis tant de siècles, où l'on ne baptise presque plus que des enfants, il n'y a plus de baplême dans le monde, il n'y a plus de sacrements, il n'y a plus d'Eglise ni de Chrétiens. C'est ce qui donnait de 1 horreur à Pierre le Vénérable. Les autres erreurs de Bruis, que ce vénérable auteur a réfutées, ne sont pas moins insupportables. Ecoutons ce que lui reproche sur l'Eucharistie le saint abbé de Cluny, qui vient de déclarer qu'il ne lui veut rien objecter que de certain. « Il nie, » dit-il (1388), «que le corps et le sang de Jésus-Christ puissent être faits par la vertu de !a divine parole et le ministère du prêtre, et il assure que tout ce qu'un fait à l'autel est inutile. » Ce n'est pas nier seulement la vérité du corps et du sang, mais, comme les manichéens , rejeter absolument l'Eucharistie. C'est pourquoi le saint abbé ajoute un peu après : « Si voire hérésie se renfermait dans ies bornes de celle de Bérenger, qui, en niant la vérité'du corps, n'en niait pas le sacrement ou l'apparence et la ligure, je vous renverrais aux docteurs qui l'ont réfuté. Mais,» poursuit-il un peu après, « vous ajoutez erreur à ei reur, hérésie à hérésie, et vous ne niez pas seulement la vérité de la chair et du sang de Jésus-Christ, mais leur sacrement, leur figure et leur apparence, et ainsi vous laissez le peuple de Dieu sans sacrifice. »

Pour les erreurs dont ce saint abbé ne parle pas, et celles dont il doute, il est aisé de comprendre que c'est qu'elles n'étaient pas encore assez avérées, et qu'on n'avait pas pénétré d'abord tous les secrets d'une secte

(1580) Ren., c. 6, ibid.

(1581) Erm., c. 14, l>e imp. man., ibid.

(1582) Bern., serm. 65, in Cant., n. "2.

(1585) Ebkakd., <ap. 14, 15; Erm. cap. 18, 19. (1584) I'etb. Ven., Coni. Petrob., l'atrol., 'loin.

CLXXXIX, éilit. Migue.

(I58:">) Serin. 65, in Cani. n. 5.

(1586) Petr. Yen., ibid.

(1587) Opu&c. conl. Servel.

1,1588.) ftirf., pas l'»-^-'

qui avait tant île replis et tant de détours. On les découvrait peu à peu; et Pierre le Vénérable nous apprend lui-même que Het.ri, disciple de Bruis, avait beaucoup ajouté aux cinq chapitres qu'on avait repris dans son maître (1389). 11 avait entre ses mains l'écrit où l'on avait recueilli de ia propre bombe de l'Iiéi ésiarque toutes ses nouvelle s' erreurs. Mais ce saint abbé attendait, pour les réfuter, qu'il en fût encore plus assuré. Saint Bernard, qui a vu de près ces hérétiques, en savait plus que Pierre le Vénérable, qui n'en écrivait que par rapport: mais il ne sava t pas tout; et c'est pourquoi il n'osait pas les appeler tout à fait manichéens (1390): car il n'était pas nioins'circonspect que Pierre le Vénérable à i e le.ir rien imputer que de certain. En effet, voici comme il parle de leurs impuretés : Oh dit uuils font en secret des choses lioitfeuses (1391). On dit, c'est qu'il ne les savait pas encore avec certitude, et c'est pourquoi il n'osait en parler positivement. Ceux qui les ont su<-s en ont parlé : mais cette discrétion de saint Bernard nous fait voir combien est certain ce qu'il leur objecte.

Mais, dit-on, il é'a;t crédule, et Othon de Frisingue, auteur du temps, lui en a fait le reproche. Il faut encore écouter cette conjecture que les protestants font tant va'oir (1392). Il est vrai, Othon de Frisingue trouve sa nt Bernard trop crédule, à cause qu'il fit condamner les erreurs visiblesde Gilbert de la Porrée, évoque de Poitiers (1393), que son disciple Othon tachait d'excuser. Ce reproche d'Otlioti est donc une excuse qu'un disciple atfectionné prépare à son maître. Voyons toutefois en quoi il fait consister la crédulité de saint Bernard. « C'est, » dit Olhon (139i), » que cet abbé, par la ferveur de sa foi, et [ar sa bonté naturelle, avait un peu trop de crédulité: en sorte que des docteurs qui se fiaient trop à la raison humaine, et à la sagesse du siècle, lui devenaient suspects; et si on lui rapportait que leur doctrine ne fût pas tout à l'ait conforme à la foi, il le croyait aisément. » Avait-il tort? Non sans doute; et l'expérience fait assez voir que Pierre Abadard, qui lui devint suspect par cette raison, et Gilbert, qui expliquait la Trinité plutôt selon les Tropiques d'Arisiote que selon la tradition et la règle de la foi, s'écartèrent du bon chemin, puisque leurs erreurs, condamnéesdans les conciles, sont également abandonnées des Catholiques et des prolestants.

N'accusons donc pas ici la crédulité de saint Bernard. S'il nous a représenté Henri le disciple de Pierre de Bruis, et le séducteur des Toulousains, comme le plus scélérat et le plus hypocrite de tous les hommes,

OEUVRES COMPLETES DE EOSSl ET. 720

tous les auteurs du temps en ont fait le ême jugement (1395). Les erreurs qu'il

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attribue aux disciples de ces hérétiques" ont été reconnues, et se découvraient tous les jours de plus en plus, comme la suite de cette histoire l'a fait paraître. Ce n'était pas témérairement que saint Bernard leur imputait celle que nous trouvons dans ses Sermons.a Je veux, » dit-il (1398), ;< vous raconter leurs impertinences, que nous avons reconnues par leurs réponses qu'ils ont faites sans y penser aux Catholiques, ou par les reproches mutuels que leurs divisions ont fait éclater, ou par les choses qu'ils ont avouées lorsqu'ils se sont coin ertis. » Voilà comme on reconnut ces impertinences, que saint Bernard appelle dans la suite des blasphèmes. Quand il n'y aurait autre chose dans les henriciens que leur aveugle attachement pour ces femmes qu'ils tenaient dans leur compagnie, comme le raconte saint Bernard, et avec lesquelles ils passaient leur »'ie enfermés dans la mémo chambre nuit et jour, c'en serait assez pour les avoir en horreur. Cependant la chose était si publique, que saint Bernard voulait qu'ouïes connût à cette marque :« Dites-moi,» leur disait-il (1397 , « mon ami, quelle est cette femme? Est-ce votre épouse? Non, répondent-ils, cela ne convient pas à ma profession. Est-ce votre fille, votre sceur, voire nièce ? Non, elle ne m'appartient par aucun degré de parenté. Mais savez-vous qu'il n'est pas permis, selon les lois de I Eglise, à ceux qui ont professé la continence, de demeurer avec des femmes?

Chassez donc celle-ci, si vous ne vo.ilez pas scandaliser l'Eglise: autrement ce fait, qui est manifeste, nous fera soupçonner le reste qui ne l'est pas tant. » 11 n'était pas tr.ip crédule dans ce soupçon; et la turpitude de ces faux continents a depuis été révélée à toute la terre.

D'où vient donc que les protestants entreprennent la défense de ces scélérats? La cause en est trop claire. C'est l'envie de se donner des prédécesseurs. Ils ne trouvent que de telles gens qui rejettent et le culte de la croix, et la prière des saints, et l'oblation pour les morts, ils sont fâchés de ne remarquer les commencements de leur réforme que dans les manichéens. Parce qu'ils grondent contre le Pape et contre l'Eglise romaine, la Réforme est bien disposée en leur faveur. Les Catholiques de ce temps-là leur reprochent de penser mal de l'Eucharistie. Nos protestants voudraient bien que ce fussent de simples bérengariens, et non pas des manichéens à qui l'Eucharistie déplaît dans son fond. Mais enfin quand cela serait, ces réformés, que vous voulez être

(1389) Episi. ad episc. Arelat., etc., ai. le Episl. cunlra Pelrub., Pulrul. , l. CLXXX1X, éilit. Migne.

(1390) Serm. 66, in Cant.

(1591) Serin. 05.

(13)2) Albert, la Roq.

(1395) Oui. Fris., in F rider., lib. i.cap. 40, 17.

(139i) Ibid.

(1595) Episl. 241, r,d Hidelf. corn.; Petr. Vcii., Cvui. telrob.; Aet. Ilid.; Amiut., m, p. 512el soi), etc.

(1590) Serm. 05. in Cant., n. 8.

(1597) lbid., n. 6.

PART. X. THEOL. POLEMIQUE. — II. MSTOIKË DES VARIATIONS

île vos gens, cachaient leur doctrine, « fréi|netitaeiii les églises, honoraient les prêtres, h Haie ni a l'oCfrande; ils se confessaient, ils communiaient, prenaient avec nous, poursuit saint Bernard, le corps et le sang de Jésus-Christ (1398). » Les voilà donedans nos assemblées, qu'ils détestaient dans leur cœur comme des conventicules de Satan; à la Messe, qu'ils regardaient dans leur erreur comme une idolâtrie et un sacrilège; et enfin dans

les exercices de l'Eglise romaine, qu'ils (lovaient le royaume de l'Antéchrist. Sont-ce là ies disciples de celui ipii a ordonné de prêcher son Evangile sur les toits? Sont-ce là les enfants de lumière? Ces œuvres sontelles de celles qui paraissaient dans le jour, ou de celles que la nuit doit cacher? En un mot, sont-ce là les prédécesseurs que se donno lu Reforme ?

HISTOIRE PES VAUHOIS.

Les vaudois no valent pas mieux pour étahlir une succession légitime. Leur nom est tiré de Valdo, auteur de la secte. C'est dans Lyon qu'ils prirent naissance. On les nomma les pauvres do Lyon, à cause de la pauvreté qu'ils affectaient: et comme la ville de Lyon se nommait alors Leuna en latin, on les appela aussi tout court léonistes, ou lionistes, comme qui eût dit les lionnais.

On les appela encore les insabbatés, d'un ancien mot qui signifiait des souliers, d'où sont venus d'autres mots d'une semblable signification, qui sont encore en usage en beaucoup de langues aussi bien que dans la nôtre. C'est de là donc qu'on les appela les insabbatés (1399), à cause de certains souliers d'une forme particulière qu'ils coupaient par-dessus pour faire paraître les pieds nus, à l'exemple des apôtres , à ce qu'ils disaienl ; et ils alïectaient cette chaussure pour marque de leur pauvreté apostolique.

Voici maintenant leur histoire en abrégé. Lorsqu'ils se sont séparés, ils n'avaient encore que très-peu de dogmes contraires aux nôtres, et peut-être point du tout. En l'an 1160, Picirc Valdo, marchand de Lyon, dans une assemblée où il était sous la coutume avec les autres riches trafiquants, fut si vivement frappé de la mort snbite d'un des plus apparents de la troupe, qu'il distribua aussitôt tout son bien qui était grand, aux pauvres de cette ville (1400), et en avant par ce moyen ramassé un grand nombre, il leur apprit la pauvreté volontaire, et à imiter la vie de Jésus-Christ et des apôtres. Voilà ce que dit Renier, que les protestants, flattés des éloges que nous verrons qu'il donne aux vaudois, veulent qu'on croie sur ce sujet plus que tous les autres auteurs. Mais on va voir ce que peut la piété mal conduite. Pierre Pylicdorf, qui a vu les vaudois dans leur force, et en a représenté non-seulement les dogmes, mais encore la conduite avec beaucoup de simplicité et de doctrine, dit que ce Valdo,

louché des paroles de l'Evangile où la pauvrelé est si hautement recommandée, crut que la vie apostoiique ne se trouvait plus sur la terre (1401). Résolu de la renouveler, il vendit tout ce qu'il avait. D'autres en firent autant, touches de componction, et ils s'unirent ensemble dans ce dessein.

An commencement de cette secte, obscure et timide, on n'avait encore aucun d'ogmo particulier, on ne se déclarait pas; ce qui a fait qu'Ebrard de Rétliumc n'y remarque que l'affectation d'une superbe et oisive pauvreté. On voyait ces insabbatés ou ces sabbatés, comme il les nomme (14-02), avec leurs pieds nus, ou plutôt avec leurs souliers coupes par-dessus, attendre l'aumône, et ne vivre que de ce qu'on leur donnait. On n'y blâmait d'abord que l'ostentation; et sans encore les ranger avec les hérétiques, on leur reprochait seulement qu'ils en imitaient l'orgueil (1403). Mais écoutons la suite de leur histoire (1404). ;< Après avoir vécu quelque temps dans leur pauvreté prétendue apostolique, ils s'avisèrent que les apôtres n'étaient pas seulement pauvres, mais encore prédicateurs » de l'Evangile. Ils se mirent donc à prêcher à leur exemple, afin d'iuiiter en tout la vie apostolique. Mais les apôtres étaient envoyés; et ceux-ci, que leur ignorance rendait incapables de cette mission, furent exclus par les prélats, et enfin par le Saint-Siège, d'un ministère qu'ils avaient usurpé sans leur permission. Ils ne laissèrent pas de continuer secrètement, et murmuraient contre le clergé qui les empêchait de prêcher, à ce qu'ils disaient, par jalousie, et à cause que leur doctrine et leur sainte vie confondaient ses mœurs corrompues (1405).

Quelques protestants ont voulu dire que Valdo était un homme de savoir; mais Renier dit seulement quï/ avait quelque peu de littérature, « aliquanlulum litleratus (1406).» D'autres protestants, au contraire, tirent avantage du grand succès qu'il a eu dans son ignorance. Mais on ne sait que trop les

(1598) Serra. 63, inCanl., n. 8; Ecbert. Ren.

(1599) Ebrard. , ibiit. c. 25 ; C(i\fUD. Ursner., Car., ad an. 1212.

(1400) Ren.,c. 5,Patro/.,tom.CClV,édil.Mignc. \I40I) Lib. cent. Vald.,c. 1.

(140-2) Anliq., c. 25; ibid.

(1405) Ilnd., 1170.

(1401) Pïlicd., ibid.

(1405) Ibid.; Ren., ibid.

(1406) Ren., cap. 6.

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