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adresses qui se peuvent souvent trouver dans les esprits les plus ignorants pour attirer leurs semblables : et Valdo n'a séduit que de telles gens.
Celte secte en peu de temps Qt des progrès. Bernard, abbé de Fontcald, qui en a vu les commencements, en marque l'élévation sous le Pape Lucius III (140"). Le pontificat de ce Pape commence en 1181, c'està-dire vingt ans après que Valdo eut paru dans Lyon. Il lui fallut bien vingt ans à s'étendre, et à faire un corps de secte qui méritât d'être regardé. Alors donc Lucius III les condamna : et comme son pontificat n'a duré que quatre ans, il faut que cette première condamnation des vaudois soit arrivée entre l'année 1181, où ce Pape fut élevé à la chaire de saint Pierre, et l'année 1185, où il mourut.
Conrad, abbé d'Ursperg, qui a vu de près les vaudois, comme nous dirons, a écrit que le Pape Lucius les mit au nombre des hérétiques, à cause de quelques dogmes et observances superstitieuses (1408). Jusqu'ici ces dogmes ne sont pas encore expliqués: mais on m'avouera que si les vaudois eussent nié des dogmes aussi remarquables que celui de la présence réelle, matière rendue si célèbre par la condamnation de Bérenger, on ne se serait contenté de dire en gros qu'ils avaient quelques dogmes superstitieux.
Environ dans le môme temps, en l'an 1194, une ordonnance d'Alphonse ou Ildephonse, roi d'Aragon, range les vaudois ou insabbatés, autrement les pauvres de Lyon, parmi les hérétiques anathématisés par l'Eglise, et c'est une suite manifeste de la sentence prononcée par Lucius 1!1 (1409). Après la mort de ce Pape, comme malgré son décret ces hérétiques s'étendaient beaucoup, et que Bernard, archevêque de Narbonne, qui les condamna de nouveau après un grand examen, ne put arrêter le cours de rette secte ; plusieurs personnes pieuses, ecclésiastiques et autres, procurèrent une conférence pour les ramener à l'amiable (1410). On choisit de part et d'autre pour arbitre de la conférence un saint prêtre nommé Raimond de Daventrie, homme illustre pr-r sa naissance, mais encore plus illustre par sa sainte vie. L'assemblée fut fort solennelle, et la dispute fut longue. Ou produisit de part et d'autre le^ passages de l'Ecriture dont on ['retendait s'appuyer. Les vaudois furent condamnés, et aéc'.arés hérétiques sur tous les chefs de l'accusation.
On voit par là que les vaudois, quoique condamnés, n'avaient pas encore rompu toutes mesures avec l'Eglise romaine, puisqu'ils convinrent d'un arbitre catholique et prêtre. L'abbé de Fontcald, qui fut présent à la conférence, a rédigé par écrit, avec beaucoup
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de netteté et de jugement les points débatus, et les passades qu'on employa de part et d'autre : de sorte qu'il n'y a rien de meilleur pour connaître tout l'état de la question telle qu'elle était alors, et au commencement de la secte.
La dispute roule principalement sur l'obéissance qui était due aux pasteurs. On voit que les vaudois la leur refusaient, et quemalgrétoutesles défenses ilsse croyaient en droit de prêcher, hommes et femmes.
Comme cette désobéissance ne pouvait être fondée que sur l'indignité des pasteurs, les catholiques, en prouvant l'obéissance qui leur est due, prouvent quelle est due même à ceux qui sont mauvais; et que quel que soit le canal, la grâce ne laisse pas de se répandre sur les fidèles (1411). Pour la même raison on fait voir que les médisances contre les pasteurs, dont on prenait le prétexte de la désobéissance, sont défendues par la loi de Dieu (1412). Dans la suite on attaque la liberté que se donnaient les laïques de prêcher sans la permission des pasteurs, et même malgré leurs défenses; et on fait voir que ces prédications. séditieuses tendent à la subversion des faibles et des ignorants (1413). Surtout on prouve par l'Ecriture que les femmes, qui n'ont que le silence en partage, ne doivent pas se mêler d'enseigner (1414). Enfin on montre aux vaudois le tort qu'ils ont de rejeter la prière pour les morts, qui avait tant de fondement dans l'Ecriture, et une suite si évidente de la tradition (1415) : et comme ces hérétiques s'abstenaient des églises pour prier entre eux en particulier dans leurs maisons, on leur fait voir qu'ils ne devaient pas abandonner la maison d'oraison, dont toute l'Ecriture et le Fils de Dieu lui-même avait tant recommandé la sainteté (1416).
Sans examiner ici qui a raison ou tort dans cette querelle, on voit quel en était le fondement, et quels furent les points contestés; et il est plus clair que le jour, que dans ces commencements, loin qu'il s'agît ou de la présence réelle et de la transsubstantiation, ou des sacrements, on ne parlait pas encore de la prière des saints, de leurs reliques ou de leurs images.
Ce fut à peu près dans ce même temps qu'Alanus écrivit le livre dont il a été parlé; où après avoir soigneusement distingué les vaudois des autres hérétiques de son temps, il entreprend de prouver, contre leur doctrine, « qu'on ne doit point prêcher sans mission ; qu'il faut obéir aux prélats, et non-seulement aux bons, mais encore aux mauvais ; que leur mauvaise vie ne leur l'ait pas perdre leur puissance ; que c'est à l'ordre sacré qu'il faut attribuer le pouvoir de consacrer et celui de lier et de délier, et
(1 107) Bern., abb. Foiilisc, Ad». Yaltt. sut. (1408) Cfcron. ad an. 1-212.
|1403) Apud Elu. II. p,;rl. direct, lnq. q. il. p. 287, et apud Maria., Prwf in Luc Tud. (U!0; Ikr.N de tout. Calv., Adv. Yatd. sect. in
riaf.
(1411) lb'd.,c. 1, -2.
1 141-2) Ibid., c. 5.
1 1413) Ibid., cap. t el scq.
(1411) Ibid., c. 7
(1415) lbid.,e. 8.
(1411'» Ibid., c. 9.
non pas nu mérite de la [ici-xmnc ; qu'il se faut confesser aux prelres et non aux laïques; qu'il est permis de jurer en certain cas, il île punir de mort les malfaiteurs
(1117). » C'est à peu [>res ce qu'il oppose aux erreurs des vaudois. S'ils avaient erré sur l'Hucharistie, Alnnus ne l'aurait pas oublié; car il sait bien le reprocher aux albigeois, contre lesquels il entreprend do prouver cl la présence réelle et la transsubstantiation (t»18); et après avoir repris dans les vaudois tant de choses moins importantes, il n'en aurait pas omis une si essentielle.
lTn peu après Alanus, et environ l'an 1209, Pierre de Vaucernai, homme assez simple, el assurément très-sincère, distingue les vaudois des albigeois par leurs propres caractères, en disant que les vaudois liaient méchants, mais bien moins que ces aut 'M hérétiques ( t V 1 9 ) , qui admettaient les doux principes et toutes les suites de cette damnable doctrine. « Pour ne point parler, » poursuit cet auteur, « de leurs autres infidélités, leur erreur consistait principalement en quatre chefs : en ce qu'ils portaient des sandales à la manière des apôtres ; en ce qu'ils disaient qu'il n'était pas permis de jurer pour quelque cause que ce fût, et qu'il n'était non plus permis de faire mourir les hommes (môme pour crime) ; enfin en ce qu'ils disaient que chacun d'eux (quoiqu'ils fussent de purs laïques), pourvu qu'il eût des sandales (c'est-à-dire, comme on a vu, la marque de la pauvreté apostolique), pouvait consacrer le corps de Jésus-Christ. » Voilà en effet les caractères particuliers qui désignent le vrai esprit des vaudois : l'affectation de la pauvreté dans les sandales qui en étaient la marque, la simplicité et la douceur apparente, en rejetant tout serment et tout supplice ; et ce qu'il y avait de plus propre à celte secte, la chance que les laïques, pourvu qu'ils eussent embrassé leur prétendue pauvreté apostolique , et qu'ils en portassent la marque, c'est-à-dire pourvu qu'ils fussent île leur secte, pouvaient faire les sacrements, et môme le corps de Jésus-Christ. Le reste, comme leur doctrine sur les prières pour les morts, allait avec les autres infidélités de ces hérétiques, que cet au leur ne veut pas marquer en particulier. Mais s'ils étaient élevés contre la présence réelle, après le bruit que cette matière avait fait dans l'Eglise, non-seulement ce religieux ne l'aurait pas oublié, mais encore il se serait bien gardé de dire qu'ils faisaient le corps de Jésus-Christ : ne les faisant en ce point dilférer d'avec les Catholiques, sinon en ce qu'ils attribuaient aux laïques le pouvoir que les Catholiques ne reconnaissaient que dans les prêtres.
Il paraît donc clairement que les vaudois en 1209, lorsque Pierre de Vaucernai écrivait, n'avaient pas seulement songé à nier
- 11. IHSIOIIUC DES VARIATIONS.
la présence réelle; et il leur restait alors tant de soumission ou véritable ou apparente envers l'Eglise romaine, qu'encore en 1212 ils vinrent à Kouie pour y obtenir du Saint-Siège l'approbation de leur secte. Ce fut alors que Conrad, abbé d'Ursperg, les y vit, comme il le raconte lui-môme (1420), avec leur maître Bernard. On les reconnaît aux caractères que leur donne ce chroniqueur : c'était 1rs pauvres de Lyon, ceux que Litchis III acuit mis au nombre des hérétiques , qui se rendaient remarquables par l'affectation de la pauvreté apostolique, arec leurs souliers coupés par-dessus; qui dans leurs secrètes prédications et dans leurs assemblées cachées ravilissaienl l'Eglise et le sacerdoce. Le Pape trouvait étrange l'affectation qu'ils faisaient paraître dans ces souliers coupés par-dessus, et dans leurs capes semblables à celles des religieux, quoiqu'ils eussent, contre la coutume, une longue chevelure comme les laïques. En effet, ordinairement ces affectations bizarres couvrent quelque chose do mauvais. Mais surtout on fut offensé de la liberté que se donnaient ces nouveaux apôtres d'aller pêle-mêle , hommes et femmes, à l'exemple, à ce qu'ils disaient, des femmes pieuses qui suivaient Jésus-Christ et les apôtres pour les servir : mais les temps, les personnes et les circonstances étaient bien différentes.
Ce fut, dit l'abbé d'Ursperg, pour donner à l'Eglise de vrais pauvres, plus dépouillés et plussoumis que ces faux pauvres.de Lyon, que le Pape approuva dans la suite l'institut des Frères mineurs , rassemblés sous la conduite de saint François, un modèle d'humilité, et la merveille de ce siècle: et ces pauvres remplis de haine contre l'Eglise et ses ministres , malgré leur humilité trompeuse , furent rejelés par le Saint-Siège ; de sorte qu'on les traita dans la suite comme des hérétiques opiniâtres et incorrigibles. Mais enfin ils firent semblant d'être soumis jusqu'à l'an 1212, qui était le quinzième d'innocent 111 , et cinquante ans après leur naissance.
De là on peut jugerde la patience de l'Eglise envers ces hérétiques , puisqu"on voit cinquante ans durant qu'on n'exerce contre eux aucune rigueur , mais qu'on tâche de les ramener par des conférences. Outre celle que Bernard , abbé de Fontcald , nous a rapportée , nous en avons encore une dans Pierre de Vaucernai, environ l'an 1206, où les vaudois furent confondus (1421) ; et enfin en 1212 ils viennent encore à Borne , où l'on se contente seulement de rejeter leur tromperie. Trois ans après Innocent 111 tint le grand concile de Latran, où, en condamnant les hérétiques, il note en particulier ceux qui, sous prétexte de piété, s'attribuent l'autorité de prêcher sans être envoyés (l't-22) : par où il semble avoir voulu noter princi-
(1417) Alan., lil>. il, pag. 175 et seq.
(1418) Lib. i, pag 128 el seq.
(1119) Peth. de Vall. Cern., llisi. Atbig. (1420) Contr. Vrsver., id an. 1212.
(1421) Petr.
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