‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 169 sur 325 · IV · texte numérisé non relu

IV

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OEl'YUES COMPLETES DE DOSSIET.

paiement les vaudois , et les faire remarquer jiar l'origine de leur schisme.

Cn voit maintenant avec évidence les commencements de la secte. C'était une espèce de donatisme, mais différent de celui que les anciens ont combattu dans l'Afrique, en ne que ces donatistes d'Afrique en faisant dépendre l'effet des sacrements île la verlu des ministres, réservaient du moins aux saints prêtres et aux saints évêques le pouvoir de les conférer, au lieu que ces nouveaux donatistes l'attribuaient, comme on a vu, aux laïques dont la vie était pure. Mais ils n'en vinrent à cet excès que par degrés ; <ar d'abord ils ne permettaient aux laïques que la prédication. Ils reprenaient non-seulement les mauvaises mœurs que l'Eglise condamnait aussi , mais encore beaucoup d'autres choses qu'elle approuvait, comme Jes cérémonies, sans néanmoins toucher aux sacrements: car Pylicdorf, qui a très-bien remarqué et l'ancien esprit et tout le progrès de la secte, remarque qu'ils détruisaient tontes les choses dont on se servait dans l'Eglise pour édifier les fidèles, à la réserve , dit-il (1423), des sacrements seuls; ce qui montre qu'ils les laissèrent en leur entier. Le même auteur raconte encore (1424) que « ce ne fut qu'après un long temps qu ils commencèrent étant laïques à entendre les confessions, à enjoindre des pénitences et donner l'absolution. Et depuis peu, » continue-t-il,« on a remarqué qu'un de ces hérétiques, pur. laïque, a fait, selon sa pensée, le corps de Notre-Seigneur , et s'est communié lui-même avec ses complices, encore qu'il en ait été un peu repris par les autres. »

Voilà comme l'audace croissait peu à peu. Ees sectateurs de Valdo scandalisés de la vie de beaucoup de prêtres , « croyaient,» dit encore Pylicdorf (14-25), « être mieux absous par leurs gens , qui leur paraissaient plus vertueux , que par les ministres de l'Eglise : » ce qui venait de l'opinion dans laquelle consistait principalement l'erreur des vaudois, que le mérite des personnes agissait dans les sacrements plus que l'ordre et le caractère.

Mais les vaudois poussèrenlce mérite nécessaire aux ministres de l'Eglise jusqu'à n'avoir rien de propre ; et c'était un de leurs dogmes, que pour consacrer l'Eucharistie il fallait être pauvre à leur manière : tellement que « les prêtres catholiques n'étaient pas de véritables et légitimes successeurs des disciples de Jésus Christ, à cause qu'ils possédaient du bien en propre (1426) , » ce qu'ils prétendaient que Jésus-Christ avait défendu à ses apôtres.

Jusqu'ici toute l'erreur que l'on voit sur les sacrements ne regardait que les per-

sonnes qui les pouvaient administrer: le reste était en son entier, comme dit expressément Pylicdorf. Ainsi on ne doutait en aucune sorte, ni de la présence réelle, ni de la transsubstantiation; et au contraire cet auteur vient de nous dire que ce laïque, qui s'était mêlé de donner la communion, croyait avoir fuit le corps de Jésus-Christ. Enfin de la manière dont nous avons vu commencer celte hérésie, il semble que Valdo ait eu d'abord un bon dessein ; que la gloire de la pauvreté , dont il se vantait , ait séduit et lui et ses sectateurs; que dans l'opinion qu'ils avaient de leur sainte vie, ils se soient remplis d'un zèle amer contre le clergé et contre toute l'Eglise catholique; qu'irr tés de la défense qu'on leur fit de prêcher , ils soient tombés dans le schisme, et , comme dit Gui le Carme, du schisme dans l'hérésie (1427).

Par ce fidèle récit et les preuves incontestables dont on le voit soutenu , il est aisétle juger combien les historiens protestants ont abusé de la foi publique, dans le récit qu'ils ont fait de l'origine des vaudois. Paul Perrin , qui en a écrit l'histoire, imprimée à Genève, dit qu'en l'an 1160, lorsque la peine de mort fut apposée à quiconque ne croirait pas à la présence réelle, « Pierre Valdo, citoyen de Lyon , fut des plus courageux pour s'opposer à telle invention (1428). » Mais il n'y a rien de plus faux : l'article de la présence réelle avait été défini cent ans auparavant contre Bérenger ; on n'avait rien fait de nouveau sur cet article ; et loin que Valdo s'y soit opposé, on a vu cinquante ans durant , et lui et tous ses disciples dans la commune croyance.

M. de la Roque, plus savant que Perrin, n'est jas plus sincère, lorsqu'il dit que « Pierre Valdo ayant trouvé des peuples entiers séparés de la communion de l'Eglise latine , il se joignit à eux avec ceux qui le suivaient, pour ne faire qu'un même corps et une même société par l'unité d'une même doctrine (1429). » Mais nous avons vu au contraire: 1° que tous les auteurs du temps (car nous n'en avons omis aucun) nous ont montré les vaudois et les albigeois comme deux sectes séparées ; 2" que tous ces auteurs nous font voir ces albigeois comme manichéens; et je délie tous les protestants qui sont au monde, de me montrer qu'il y eût dans toute l'Europe , lorsque Valdo s'éleva, aucune secte séparée de Rome, qui ne fût ou la secte même, ou quelque branche et subdivision du manichéisme. Ainsi on ne pourrait faire le procès à Valdo d'une manière plus convaincante, qu'en accordant à ses défenseurs ce qu'ils demandent pour lui, c'est-à-dire qu'il se soit joint en unité de doctrine aux albigeois, ou à ces peuples séparés

(1423) Petr. Pylicd., Conl. Vald., c, I. loin. IV, Mb. PP., n« part., pas. 780.

(1-124) Ibid.

(112.1) Ibid.

(I S-Hi) Viil. sup. Pcrn. du Y.ill. Crni., Reful, er-

rer., ibul., pag. 81!).

(1127) Gcin. Carm., De heures., in liœres. Vald.,

mu.

(1 i:!8) llisl. des Vaudois, c. i.

(M29) Uisl.de VEuck., pari, u, cli. 18, pag.454.

720 l'Ait r. \. ïlll.ol.. POLEMIQI !..

alon 'ii1 la communion romaine. Enfin quand \ sldo se serait uni è des Eglises innocentes,

s,'n erreurs particulières n'auraient pas pciniis qu'on tirai avantage de cette union ;

puisque i ■!■> ci leur-- smit délestées nnii-seuleinent par les Catholiques, mais' encore par les protestants.

Mais continuons l'histoire des vaudois, et voyons si n»s protestants y trouveront tjuclque chose de plus favorable depuis que ces hérétiques ne gardèrent plus aucune mesure avec I Eglise. Le premier acte que nous trouvons contre les vaudois après le grand concile de Latran , est un canon du concile de Tarragone , qui désigne les insabbalés i tomme gens « qui défendaient de jurer et d'obéir aux puissances ecclésiastiques et séculières, et encore de punir les malfaiteurs, et autres choses semblables (1430) , » sans qu'il paraisse le moindre mot sur la présence réelle, qu'on aurait non-seulement exprimée , mais encore mise à la tête s'ils l'avaient niée.

Dans le même temps et vers l'an 1230.

Renier tant de fois cité, qui distingue si soigneusement les vaudois, ou les léonistes et les pauvres de Lyon d'avec les albigeois, en marque aussi toutes les erreurs, et les réduit à ces trois chefs : contre l'Eglise, contre les sacrements et les saints, et contre les cérémonies ecclésiaslipues (1431). Mais loin qu'il y ait rien dans tous ces articles contre la transsubstantiation , on y trouve précisément parmi leurs erreurs , que la transsubstantiation se devait faire en langue vulgaire ; qu'un prêtre ne pouvait pas consacrer en péché mortel (1432); que lorsqu'on communiait de la main d'un prêtre indigne « la transsubstantiation no se faisait pas dans la main île celui qui consacrait indignement , mais dans la bouche de celui qui recevait dignement l'Eucharistie; » qu'on pouvait consacrer à la table commune, c'està-dire dans les repas ordinaires , et nonseulement dans les églises, conformément à celte parole de Malachie : L'un me sacrifie en tout lieu , et on offre une ublation pure à mon nom (Malach. i. il); ce qui montre qu'ils ne niaient pas le sacrifice ni l'oblation de l'Eucharistie ; et que s'ils rejetaient la messe, c'était à cause des cérémonies , la faisant uniquement consister dans les paroles de Jésus-Christ récitées en langue vulff aire (1433). Parla on voit clairement qu'ils admettaient la transsubstantiation , et ne s'étaient éloignés en rien de la doctrine de l'Eglise sur le fond de ce sacrement ; mais qu'ils disaient seulement qu'il ne pouvait être consacré par de mauvais prêtres, et le pouvait être par de bons laïques; selon ces maximes fondamentales de leur secte , que

(1-450) Conc. Tarrac, lom. XI Conc. pari, i, an. 124-2, col. 595.

(1451) Re.n. c. 5. Putrol., l. ((".IV, é.iit. Migne.

(1433) lid.

«1134) lbid.

«145:1) Frag. Pvlicd. Ren'.. ibid.

! £6) Ken. ibid. ; ibid., cit. 720.

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