II. IIISIDIItt; IU.S VARIATIONS
Renier ne manque pas de bien remarquer: » que tout bon laïque est prêtre , » et que « la prière d'un mauvais prêtre ne sert de rien (1434) , » par où aussi ils prétendaient la consécration de ce mauvais prêtre inutile. On voit aussi en d'autres auteurs 1435 , selon leur-- principes, qu'un homme sans ôlre prôtre , pouvait consacrer, et pouvait administrer le sacrement de pénitence , et que tous Iniques , cl même les femmes, devaient prêcher.
Nous trouvons encore dans le dénombrement de leurs erreurs, tant chez Renier que chez les autres, « qu'il n'est pas permis aux clercs (c'est-à-dire, aux minisires de l'Eglise) d'avoir des biens; qu'il ne fallait point diviser les terres , ni les peuples ! I+3G), » ce qui vise à l'obligation de mettre tout en commun, et à établir comme nécessaire cette prétendue pauvreté apostolique dont ces hérétiques se glorifiaient; que <> tout serment est péché mortel ; » que « tous les princes et Jous les juges sont damnés (1437), parce qu'ils condamnent les malfaiteurs contre celte parole : La vengeance m'appartient, dit le Seigneur (Rom. xii, 19) ; et encore : Laissez-les croître jusqu'à la moisson. » (Mattlt. xm, 30.) Voilà comme ces hypocrites abusaient de l'Ecriture sainte, et a^ec leur feinte douceur renversaient tous les fondements de l'Eglise et des Etals.
On trouve cenl ans après dans Pylicdorf une ample réfutation des vaudois article par article , sans qu'il paraisse dans leur doctrine la moindre opposition à la présence réelle ou à la transsubstantiation. Au contraire on voit toujours dans cet auteur, comme dans les autres, que les laïques de cette secte faisaient le corps de Jésus-Christ (1438), quoique avec crainte et avec réserve dans le pays où il écrivait (1439) : et en un mol il ne remarque dans ces hérétiques aucune erreur sur ce sacrement, si ce n'est que les mauvais prêtres ne le faisaient pas, non plus que les autres sacrements (1V40).
Enfin dans tout le dénombrement que nous avons de leurs erreurs, ou dans la Bibliothèque des Pères, ou dans l'inquisiteur Emeric (t44i), on ne trouve rien contre la présence réelle ; encore qu'on y remarque jusqu'aux moindres différences de ces hérétiques d'avec nous, et jusqu'aux moindies articles sur lesquels il les faut interroger: au contraire, l'inquisiteur Emeric rapporte ainsi leur erreur sur l'Eucharistie : « Ils veulent que le pain ne soit pas transsubstantié au corps de Jésus-Christ, si le prêtre est un pécheur. » Ce qui démontre deux choses : l'une, qu'ils croyaient la transsubstantiation ; l'autre, qu'ils croyaient que
(1457) In l.err., ibid.
(1458) Pïlicd , Conl. Yald., loin. IV Bibl. PI'., part, ii, paç. 778 el scq., an. 15113: ibid., c. 28, paç. 895.
(1459) Ibid., c. 1.
(1440) lbid..c. 16, 18.
il lit-) Bib. PP. loin. IV. put il, pag. 820,852, 85t> ; Di'eclor., part 11, q. li, pag 279.
les sacrements dépendaient de la sainteté des ministres.
On trouve dans le même dénombrement toutes les erreurs des vaudois que nous avons remarquées. Les erreurs des nouveaux manichéens, qu'on a fait voir être les mêmes que les albigeois, sont aussi rapportées à (isrt dans le même livre (1442). On voit par là que ce sont deux sectes entièrement distinguées; et parmi les erreurs des vaudois il n'y a rien qui ressente le manichéisme , dont l'autre dénombrement est tout rempli.
Mais, pour revenir à la transsubstantiation, d'où pourrait venir que les Catholiques eussent épargné les vaudois sur une matière aussi essentielle, eux qui relevaient avec tant de soin jusqu'aux moindres de leurs erreurs? Est-ce peut-être que ces matières, et surtout celle de l'Eucharistie, n'étaient pas assez importantes, ou n'étaient pas assez connues après la condamnation de Bérenger par tant de' conciles? Est-ce qu'on voulait cacher au peuple que ce mystère était attaqué? Mais on ne craignait point de rapporter les blasphèmes bien plus étranges des albigeois, et même contre ce mystère. On ne taisait pas au peuple ce que les vaudois disaient de plus atroce contre l'Eglise romaine, comme qu'elle était l'impudique marquée dans ['Apocalypse, son Pape le chef des errants, ses prélats et ses religieux des scribes et des pharisiens (1443). On avait pitié de leurs excès, mais on ne les cachait pas; et s'ils avaient rejeté la foi de l'Eglise sur l'Eucharistie, on leur en aurait fait le reproche.
Encore au siècle passé, en 1517, Claude Séyssel, célèbre par son savoir et par ses emplois sous Louis XII et François 1" , et élevé pour son mérite à l'archevêché de Turin, dans la recherche qu'il fit de ces hérétiques caché» dans les vallées de son diocèse, afin de les réunir à son troupeau , raio:ite dans un grand détail toutes leurs erreurs (1444), comme un fidèle pasteur qui voulait connaître à fond le mal de ses brebis pour les guérir; et nous en lisons dans son écrit tout ce que les autres auteurs nous en racontent, ni plus ni moins. 11 remarque principalement avec eux comme la source de leur égarement, qu'ils « faisaient dépendre l'autorité du ministère ecclésiastique du mérite des personnes (1445); » d'où ils concluaient qu'il ne fallait « point obéir au l'ape, ni aux prélats, à cause qu'étant mauvais, et n'imitant pas la vie des apôtres, ils n'ont de Dieu aucune autorité, ni pour consacrer ni pour absoudre ; » que « pour eux, ils avaient seuls ce pouvoir, parce qu'ils ob- : crvaient la loi de Jésus-Christ ; » que « l'Eglise n'était que parmi eux » et que « le
Siège romain était celte prostituée de 1 Apocalypse, et la source de toutes les erreurs. » Voilà ce que ce grand archevêque dit des vaudois de son siège. Le ministre Aubertin s'étonne de ce que, dans un si exact dénombrement qu'il nous fait de leurs erreurs, on ne trouve point qu'ils rejetassent ni la présence réelle ni la transsubstantiation (1446); et ce ministre n'y trouve point d'autre réponse si ce n'estque ce prélat, qui les avait si vivement réfutés dans les autres points, s'était ici senti trop faible pour leur résister (1447) : commesiun si savant homme et si éloquent n'avait pas pu du moins copier ce que tant de doctes Catholiques avaient écrit sur celte matière. Au lieu donc d'une si vaine défaite, Aubertin devait reconnaître que si un homme si exact et si éclairé ne reprochait point cette erreur aux vaudois, c'est qu'en effet il ne l'avait pas reconnue parmi eux: en quoi il n'y a rien de particulier à Séyssel, puisque tous les autres auteurs ne lès en ont non plus accusés que cet archevêque.
Aubertin triomphe pourtant d'un passage du même Séyssel, où il dit, qu'il n'a « pas trouvé à propos de rapporter que quelquesuns de cette secte, pour se montrer plus savants que les autres, babillaient, ou raillaient plutôt qu'ils ne discouraient sur la substance et la vérité du sacrement de l'Eucharistie ; parce que ce qu'ils en disaient, comme un secret, était si haut, que les plus habiles théologiens peuvent à peine le comprendre (1448). « Mais loin que ces paroles de Séyssel fassent voir que la présence réelle fût niée par les vaudois, j'en conclurais an contraire, qu'il y en avait parmi eux qui prétendaient raffiner en l'expliquant ; et quand on voudrait penser, gratuitement toutefois et sans aucune raison , puisque Séyssel n'en dit mot, que ces hauteurs de l'Eucharistie où les. vaudois se jetaient, regardaient l'absence réelle, c'est à-dire la chose du monde la moins haute et la plus conforme au sens de la chair; après tout, il parait toujours que Séyssel nous raconte ici, non la croyance de tous, mais le babil et les vains discours de quelques-uns : de sorte que de tous côtés il n'y a rien de plus certain que ce que j'ai avancé : qu'on n'a jamais reproché aux vaudois d'avoir rejeté la transsubstantiation ; au contraire, qu'on a toujours supposé qu'ils la croyaient.
En effet, le même Séyssel, en faisant dire à un vaudois toutes ses raisons, lui met ce discours à la bouche contre un mauvais évoque et un mauvais prêtre (1449) : « Comment l'évèque et le prêtre qui est ennemi de Dieu pourra-t-il rendre Dieu propice envers les autres? Celui qui est banni du royaume des.cieux, comment pourra-t-il en
(1 112) Direclor., q. 13, pag. 273. (1-446) Lib. ni, De sacr. Euch., pag. 986, col. 2.
(1443) Ken., c. 4, i'airol., t. CCIV, éJit. Higne; (1447) Ibid., 987.
Ehebic, ibid. (U48) Adv. error. Yald. pari., an. 1520, fo,. 55,
(1444) Adv. error. Vald. part , an 1520, fol. I 56.
*l sel- (|j.}t» //,;,/ |0|. |3.
(14*5) /bit/., fui. |o. il.
PART. X. TIII.OC. POLEMIQI E. - II. HISTOIRE DUS VARIATIONS
■voir les clefs ? Enfin puisque sa prière et ses autres actions n'ont aucune utilité, comment lésus-Christ à sa parole se transformera-t-il sous les espèces du pain et du vin, et se laissera-JL-il manier par celui qu'il a entièrement rejeté? » On voit donc toujours que l'erreur consiste dans le donatisme , et qu'il ne tient qu'à la bonne vie du prêtre que le pain et le vin ne soient changés au corps et au sang de Jésus-Christ.
hit ce qui ne laisse aucun doute dans cette matière, e'est ce qu'on voit encore aujourd'hui par les manuscrits de M. de Thou, I résènlèment ramassés dans la riche bibliothèque de M. le marquis de Seigrtvlai; on y voit, dis-je, les enquêtes en original faites juridiquement contre les vaudois de Prager las et des autres vallées en 1495, recueillies en deux grands volumes (1450), où, se trouve l'interrogatoire d'un nommé Thomas Quoti de Pragelas : lequel interrogé si les barbes leur apprenaient à croire au sacrement de l'autel, répond que « les barbes prêchent et enseignent que lorsqu'un chapelain qui est dans les ordres profère les paroles de la consécration sur l'autel, il consacre le corps de Jésus-Christ, et qu'il se fait un vrai changement du pain au vrai corps ; » et dit en outre que « la prière faite à la maison ou dans h; chemin est aussi bonne que dans l'église. » Conformément à cette doctrine, le môme Quoti répond par deux fois : qu'il recevait tous les ans à Pâques le corps de Jésus-Christ; et que les barbes leur enseignaient que pour le recevoir il fallait être bien confessé, et plutôt par les barbes que par les chapelains. C'est ainsi qu'ils appelaient les prêtres.
La raison de la préférence est tirée des principes des vaudois si souvent répétés; et c'est en conformité de ces principes que le même homme répond que « messieurs les ecclésiastiques menaient une vie trop large, et que les barbes menaient une vie sainte et juste. » lit dans une autre réponse, qiîe « les barbes menaient la vie de saint Pierre, et avaient puissance d'absoudre des péchés, et qu'il le croyait ainsi; et que si le Pape ne menait une sainte vie, il n'avait pas pouvoir d'absoudre. » C'est pourquoi le même Quoti dit encore en un autre endroit, qu'il « avait ajouté foi sans aucun doute aux discours îles barbes plutôt qu'à ceux des chapelains, parce qu'en ce temps nul ecclésiastique, nul cardinal, nul évoque ou prêtre ne menait la vie des apôtres : c'est pourquoi il valait mieux croire aux barbes qui étaient bons, qu'à un ecclésiastique qui ne l'était pas. »
Il serait superflu de raconter les autres interrogatoires, puisqu'on y entend le même langage, tant sur la présence réelle que sur le reste; et surtout on y répète sans cesse que les barbes allaient dans le monde com-
me imitateurs de Jésus-Christ et des apôtres, et qu'ils avaient plus de puissance que les prêtres de l'Eglise romaine, qui menaient une vie trop large. »
Rien n'y est tant répété que ces dogmes, qu'il fallait confesser ses péchés; qu'ils les confessaient aux barbes qui avaient pouvoir de les absoudre, qu'ils se confessaient à genoux ; qu'à chaque confession ils donnaient un quart ( c'était une pièce do monnaie) ; que les barbes leur imposaient des pénitences qui n'étaient ordinairement qu'un Pater et un Credo, et jamais Y Ave, Maria; qu'ils leur défendaient tout serment, et leur enseignaient qu'il ne fallait ni implorer le secours des saints, ni prier pour les morts. C'en est assez pour reconnaître les principaux dogmes et le génie de la secte; car au reste, de s'imaginer dans des opinions si bizarres, de la règle et un« forme constante dans tous les temps et dans tous les lieux, c'est une erreur.
Je ne vois pas qu'on les interroge sur les sacrements administrés par le commun des laïques, soit que les inquisiteurs ne fussent pas informés de cette coutume, ou que les vaudois à la fin l'eussent changée. Aussi avons-nous vu que ce ne fut pas sans peine et sans contradiction qu'elle s'introduisit parmi eux à l'égard de l'Eucharistie (1431). Mais pour la confession, il n'y a rien de plus établi dans cette secte que le droit des laïques gens de bien: «Un bon laïque,» disaient-ils, «avait pouvoir d'absoudre : »ils se glorifiaient tous « de remettre les péchés par l'imposition des mains: ils entendaient les confessions, ils enjoignaient des pénitences ; de peur qu'on ne découvrît une pratique si extraordinaire, ils écoutaient très-secrètement les confessions, et recevaient même celles des femmes dans des caves, dans des cavernes, et dans d'autres lieux retirés : ils prêchaient en secret dans les coins des maisons, et souvent pendant la nuit (1452). »
Mais ce qu'on ne peut assez remarquer, c'est qu'encore qu'ils eussent de nous I opinion que nous avons vue, ils assistaient à nos assemblées. « Us y offrent, » dit Renier (1453), « ils s'y confessent, ils y communient, mais avec feinte.» C'est qu'enfin, quoiqu'ils pussent dire, « il leur restait quelque défiance de la communion qui se faisait parmi eux (1454). » Ainsi « ils venaient communier dans l'église aux jours qu'il y avait le plus de presse, de peur qu'on ne les connût. Plusieurs aussi demeuraient jusqu'à quatre et jusqu'à six ans sans communier, se cachant ou dans les villages ou dans les villes, au temps de Pâques, de peur d'être remarqués. On conseillait aussi parmi eux de communier dans l'église, mais seulement à Pâques : et ils passaient pour Chrétiens sous cette apparence (14551. » C'est ce qu'en di-
(1450) Deux volumes colés 1709, 1770. 1, pua 780 ; lbid.
(Ilot) Pïi.icd., c. 1, loin. IV liib. VI'., pari, n, (1455j Ren. c. ;
p. 780. (1454) lbid., c.
(Ù52) Ind. en., ibii., pag. 832, n. 1-2; Ren., (1455) lnd. err,
Patrol. t. CUV, éitil. Migne; huer., Bib. PP., c. 852.
c. 8, pag. 782, 820.
Mb. PP., n. 12, 15; lbid., p.
sent les anciens autears (li56),et c'est aussi ce qu'on voit très-souvent dans ces interrogatoires dint nous avons parlé (1457). « Interrogé s'il se confessait à son curé, et s'il Jui découvrait la secte, a répondu qu'il s'y confessait tous les ans, mais qu'il ne lui disait pas qu'il fût vaudois, et que les barbes défendaient de le découvrir. » lis répondent aussi, comme on a vu, que « tous les ans ils communiaient à Pâques, et recevaient le corps de Jésus-Christ, » et que « les barbes les avertissaient que devant que de le recevoir il fallait être bien confessé. » Remarquez qu'il n'est parlé que du corps seul et d'une seule espèce, comme on la donnait alors dans toute l'Eglise, et après le concile de Constance, sans que les barbes s'avisassent de le trouver mauvais. Un ancien auteur a remarqué qu'ils « recevaient trèsrarement de leurs maîtres le baptême et le corps de Jésus-Christ ; » mais que « tant les maîtres que les simples croyants les allaient demander aux prêtres (1458). » On ne voit pas même que pour le baptême ils eussent pu faire autrement sans se déclarer: car on eût bientôt remarqué qu'ils ne portaient pas leurs enfants à l'église, et on leur en eût demandé compte. Ainsi séparés de cœur d'avec l'Eglise catholique, ces hypocrites, autant qu'ils pouvaient, paraissaient à l'extérieur de la même foi que les autres, et ne faisaient en public aucun acte de religion qui ne démentit leur doctrine.
Les protestants peuvent connaître par cet exemple ce que c'était que ces fidèles cachés qu'ils nous vantent avant la Réforme, qui n'avaient pas fléchi le genou devant Baal. On pourrait douter si les vaudois avaient retranché quelques-uns des sept sacrements. Et déjà il est certain qu'au commencement on ne les accuse d'en nier aucun : au contraire nous avons vu un auteur qui, en leur reprochant qu'ils changeaient, excepte les sacrements. On pouvait soupçonner ceuxdeRenier d'avoir varié en cette matière, à cause qu'il semble dire qu'ils rejetaient non-seulement l'ordre, mais encore Ja confirmation et I'extrême-onction (1459): mais visiblement il faut entendre celle qui se donnait parmi nous. Car, pour la confirmation, Renier qui la leur fait rejeter, ajoute qu'ils « s'étonnaient qu'on ne permit qu'aux évoques de la conférer. » C'est qu'ils voulaient que les laïques, gens de bien, eussent pouvoir de l'administrer comme -les autres sacrements. C'est pourquoi ces mêmes hérétiques, à qui on fait rejeter la confirmation, se vantent après « de donner le Saint-Esprit par l'imposition de leurs mains (1460) ; » ce qui est, en d'autres paroles, le fond même de ce sacrement.
A l'égard de I'extrême-onction, voici ce qu'en dit Renier : « Ils rejettent le sacre-
(1456) Pylicd., c. 25; Ibid., pag. 796.
(1457) Interroqaioire de Quoti èl des autres.
(1458) Pïi.icd., c. -21, n. 796.
(I 150) Ibid., c. 5, pag 750, 751.
ment de l'onction, parce qu'on ne la donne qu'aux riches, et que plusieurs prêtres y sont nécessaires (1461). » Paroles qui foiit assez voir que la nullité qu'ils y trouvaient parmi nous venait des prétendus abus, et non pas du fond. Au reste, comme saint Jacques (v, 14) avait dit qu'il fallait appeler les prêtres en pluriel, ces chicaneurs voulaient croire que l'onction donnée par un seul, comme on faisait ordinairement parmi nous dès ce temps là, ne suffisait pas ; et ils prenaient ce mauvais prétexte de la négliger.
Quant au baptême, encore que ces hérétiques ignorants en rejetassent avec mépris les plus anciennes cérémonies, on ne doute pas qu'ils ne le reçussent. On pourrait seulement être surpris des p'aroles de Renier, lorsqu'il fait dire aux vaudois que l'ablution qu'on donne aux enfants ne leur sert de rien (1462), Mais comme cette ablution se trouve rangée parmi les cérémonies du baptême que ces hérétiques improuvaient, on voit bien qu'il parle du vin qu'on donnait aux enfants après les avoir baptisés : coutume qu'on voit encore dans plusieurs vieux Rituels voisins de ce siècle-là, et qui était un reste de la communion qu'on leur administrait autrefois sous la seule espèce liquide. Ce vin, qu'on mettait dans un calice pour le donner à ces enfants, s'appelait ablution, par la ressemblance de cette action avec l'ablution que les prêtres prenaient à la messe. Au surplus, on ne trouve point chez Renier le mot d'ablution pour signifier le baptême; et en touicas, si on s'opiniâtre à le vouloir prendre pour ce sacrement, tout ce qu'on pourrait conclure ce serait, au pis, que les vaudois de Renier trouvaient inutile un baptême donué par des ministres indignes, tels qu'ils croyaient tous nos prêtres : erreur qui est si conforme aux principes de la secte, que les vaudois, que nous avons vus approuver notre baptême, ne le pouvaient faire sans démentir eux-mêmes leur propre doctrine.
Voilà donc déjà trois sacrements dont les vaudois approuvaient le fond, le baptême, la confirmation et l'extrême - onction. Nous avons tout le sacrement de pénitence dans leur confession secrète, dans les pénitences imposées, dans l'absolution reçue pouravoir la rémission des péchés; et s'ils disaient que la confession de bouche n'était pas toujours nécessaire lursqu'on avait la contrition dans le cœur, ils disaient vrai au fond et en certains cas : encore que très-souvent comme on a pu voir, ils abusassent de cette maxime en différant trop longtemps de se confesser.
Il y avait une secte qu'on appelait des si-scidenses, « qui ne différait presque en rien d'avec les vaudois ; si ce n'est, » dit Renier, « qu'ils recevaient l'Eucharistie.» Ce n'est pas
(1460) Ibid.
(1461) Ibid.
(1462) Rt.\ c.