II. MISTOlur: DES VARIATIONS
Il fallait considérer que ces anciens qui, en accusant les vaudois d'autres erreurs, les ont déchargés du manichéisme, en môme temps 1rs uni distingués dés albigeois, qui; nous en avons convaincus. Par exemple, le ministre de la Roque qui, avant écrit le dernier sur reitc matière, a ramassé les finesses de tous les autres auteurs du parti et surtout celles d'Aubertin, croit avoir justifié les albigeois d'avoir, comme les manichéens, rejeté l'Ancien Testament, en montrant que, selon Renier, les vaudois le recevaient (1496). Il ne gagne rien; puisque ces vauduis sont, chez le même Renier, très-bien distingués des cathares (1497), qui sont la lige des albigeois. Le môme la Roque tire avantage de ce qu'il y avait des hérétiques qui, selon Radulphus Àrdens, disaient que le sacrement n'était que du pain tout pur (1498). Il est vrai : mais le môme Radulphus Ardens ajoute ce que île la Roque, aussi bien qu'Aubertin, a dissimulé, que ces mômes hérétiques admettent deux Créateurs, et rejettent l'Ancien Testament, la vérité de l'Incarnation, le mariage et la viande. Le môme ministre cite encore certains hérétiques, chez Pierre de Yaucernai, qui niaient la vérité du corps de Jésus-Christ dans l'Eucharistie (1499). Je l'avoue; mais en môme temps cet historien nous assure qu'ils admettaient pareillement les deux principes, et avaient toutes les erreurs des manichéens. De la Roque veut nous faire croire que le même Pierre de Yaucernai distingue les ariens et les manichéens d'avec les vaudois et les albigeois (1500). La moitié de son discours est véritable : il est vrai qu'il distingue les manichéens des vaudois, mais il ne les distingue pas des hérétiques qui étaient dans le pays de Narbonne; et il est certain que ce sont les mêmes qu'on appelait albigeois, qui constamment étaient des manichéens. Mais, continue le môme de la Roque, Renier reconnaît des hérétiques qui disent que le corps de Jésus-Christ est du simple pain (1501) : c'étaient ceux qu'il appelle ordibariens qui parlaient ainsi, et en même temps ils niaient la création (1502), et proféraient mille blasphèmes que le manichéisme avait introduits; de sorte que ces ennemis de la présence réelle l'étaient en même temps du Créateur et de la Divinité.
De la Roque revient à la charge avec Aubertin, et croit trouver de bons prolestants en la personne de ces hérétiques qui, selon Césarius d Hesterbac, blasphémaient le corps et le sang de Jésus-Christ (1503). Mais le même Césarius nous apprend qu'ils admet-
(1496) LaRhq ,pag.459;AuB.,pag.967;exRr.N., cap. 3.
(1497) Rf.n., c.6.
(1498) La Roq., p. 456; Aub., pag. 564 ; I!. Radiilpli. Ard., serin. 8 post. Pentec.
(1499) La Roq.; Acb., ibid., 965; ex Petr. de Vallecekn., Uni- Albig., liv. u, c. ti.
(15(10) Hisl. Albig., liv. u, c. 6.
(1501) La Roq., pag. 457; Ans., 965;Rrn., c. 0.
(1502) Ibid.
(I5u3) Cœs. Hesterb., liv. v, c. 2, in Bibt. Cil-
laient les deux principes et tous les autres blasphèmes des manichéens : ce qu'il assure •savoir très-bien, non point par ouï-dire, mais pmir avoir souvent conversé avec eux dans te diocèse de Metz. Un fameux ministre de Metz (1504), que j'ai fort connu, faisait accroire an x calvinistes de ce pays-là, que ces albigeois de Césarius étaient de leurs ancêtres; et on leur (il voir alors que ces ancêtres qu'on leur donnait étaient d'abominables manichéens. De la Roque, dans sou Histoire de l'Eucharistie (1505), voudrait qlï'on crût que los bogomiles étaient les mômes qu'on appelait en divers lieux vaudois, pauvres de Lyon, poplicains, bulgares, insabbat es, guzares et lurtupins. Je conviens que les vaudois, les insabbatés et les pauvres de Lyon sont la même secte : mais qu'on lésait appelés guzares ou cathares, poplicains, bulgares, ni bogomiles, c'est ce qu'on ne montrera jamais par aucun auteur du temps.
Mais enfin M. de la Roque veut donc que ces bogomiles soient de leurs amis? Sans doute, parce qu'ils « ne jugeaient dignes d'aucune estime le corps et le sang que l'on consacre parini nous. » Mais il devait avoir appris d'Anne Cornnène, qui nous afait connaître ces hérétiques (1506), « qu'ils réduisaient en fantôme l'incarnation de Jésus; qu'ils enseignaient des impuretés que la pudeur de son sexe ne permettait pas à cette princesse de répéter; et enfin qu'ils avaient été convaincus par l'empereur Alexis son père d'introduire un dogme mêlé des deux plus infâmes de toutes les hérésies, de celle des manichéens, et de celle des massaliens. »
Le même delaRo quemetencore parmi ses amis Pierre Moran, qui, pressé de déclarer sa croyance devant tout le peuple, confessa qu'il « ne croyait pas que le pain consacré lût le corps de Notre-Seigneur (1507); » et il oublie que ce Pierre Moran, selon le rapport de l'auteur dont il cite le témoignage, était du nombre de ces hérétiques convaincus de manichéisme, qu'on appelait ariens (1508), pour la raison que nous avons rapportée.
Cet auteur compte encore parmi les siens les hérétiques dont il est dit au concile de Toulouse, sous Calixte II, « qu'ils rejettent le sacrement du corps et du sang de Jésus- Christ (1509); » et il tronque le propre canon d'où il a tiré ces paroles, puisqu'on y voit dans la suite que ces hérétiques, avec le sacrement du corps et du sang, « rejettent encore le baptême des petits enfants et le mariage légitime (1510). »
1ère.; La Roq., p. 457 ; Air., p. 964.
(1504) Ferrï, Cal. yen., pag. 85.
(1505) Pag. 455.
(1506) Ami. Comn. Alex., lib. xv , pag. 486 et seq.
(1507) /Hd.,458.
(1508) Reg. de Hered. Ami. Auij. ; Baron., ad an. 11-78.
(1509) Ibid., 451.
(1510) Conc. Totos., an. 1119; can. 3.
Il corrompt avec une môme hardiesse un passage de I inquisiteur Eine'ric suc le sujet
desvaudois.» Emerie,» dit-il (1511), « leur altribue comme une hérésie ce qu'ils disaient, que le jraîn n'est pn's transsubsiattlié au vrai corps de Jésus-Clirist, ni le vin au sang. «Qui tic croirait les vaudois convaincus par ce témoignage de nier la transsubstantiation? Mais nous avons récité le passage entier, où il y a : « La neuvième erreur des vaudois, c'est que le pain n'est point transsubslanlié au corps de Jésus-Christ, si