Ï.E PRÊTRE QUI LE CONSACRE EST PKCUEL'R
M. do la Roque retranche ces derniers mots, et par cette seule fausseté il ôte aux vaudois deux points importants de leur doctrine: J'un, qui fait l'horreur dès protestants : c'està-dire la transsubstantiation; l'autre, qui fait l'horreur de tous les Chrétiens, qui est de dire que les sacrements perdent leur vertu entre les mains des ministres indignes. C'est ainsi que nos adversaires prouvent ce qu'ils veulent par des falsifications manifestes, et ils ne craignent pas de se donner des prédécesseurs à ce prix.
Voilà une partie des illusions d'Auberlin et de la Roque sur le sujet des albigeois et des vaudois, ou îles pauvres de Lyon. En un mol, ils justilient parfaitement bien les derniers du manichéisme ; mais en même temps ils n'apportent aucune preuve pour montrer qu'ils aient nié la transsubstantiation : au contraire, ils corrompent les passages qui prouvent qu'ils l'ont admise. Et pour ceux qui l'ont niée eh ces temps-là, ils n'en produisent aucuns qui ne soient couvain, us de manichéisme par le témoignage des mêmes auteurs qui les accusent d'avoir nié le changement de substance dans l'Eucharistie : de sorte que leurs ancêtres sont ou avec nous défenseurs de la transsubstantiation comme les vaudois, ou avec les albigeois convaincus de manichéisme.
Mais voici ce que ces minisires onl avancé de plus subtil. Accablés par le nombre des auteurs qui nous parlent de ces hérétiques toulousains et albigeois comme de vrais manichéens, ils ne peuvent pas nier qu'il y en ait eu, et même en ces pays-là; et c'était ceux, disent-ils (1512), que l'on appelait cathares ou purs. Mais ils ajoutent qu'ils étaient en très-petit nombre, puisque Renier qui les connaissait si bien nous assure qu'ils n'avaient Que seize églises dans tout le monde ; et, au reste, que le nombre de ces cathares n'excédait pas quatre mille dans toute la terre : au lieu, dit Renier, que les croyants sont innombrables. Ces ministres laissent à entendre par.ee passage que ces seize églises et quatre mille hommes répandus dans tout l'univers, n'y pouvaient pasfairetoutle bruit et toutes les guerres qu'y ont faits les albigeois; qu'il faut donc bien qu'on ait étendu le nom de cathares ou de manichéens à qiiel-
(1511) l'ag. 457. Direct., part, u, <j. 14.
(15121 Aub., 9«8; La Uoq., 400; ex Ken., c. G.
< 1515) Rem., c. li.
il5U) Aiu.. WS; Là Roq. iW, C. 1, li, 18, p.
que autre secte olus nombreuse; et quec'est celle des vaudois et des albigeois qu'on appelait du nom de manichéens, ou par erreur, ou par calomnie.
Qui veut voir jusqu'où peut aller la prévention ou l'illusion, n'aqu à entendre, après les discours de. ces ministres, la vérité que je vais dire; ou plutôt il ne faut que se souvenir de celle que j'ai déjà dite. Et première-" ment pour ces seize églises, on a vu que le mot d'Eglise se prenait en cet endroit de 15ehier (15-13), non pour des églises particulières qui étaient en certaines villes, mais souvent pour des provinces entières : ainsi on vo;t parmi ces Eglises, ? Eglise de VEsclavonic, \ Eglise de la Marche, en Italie, l'Eglise de France, V Eglise de Bulgarie, la mère de toutes les autres. Toute la Lombardie était renfermée sous le titre de deux Eglises ; celles de Toulouse et d'AIbi, qui en France furent autrefois les plus nombreuses, comprenaient tout le Languedoc; et ainsi du reste : de manière que sous ces seize Eglises on exprimait toute la secte comme divisée en seize cantons, qui tous avaient leur rapport à la Bulgarie, comme on a vu.
Nous avons aussi remarqué, pour ce qui regarde ces quatre mille cathares, qu'on n'entendait sous ce nom que les parfaits de la secte qu'on appelait élus du temps de saint Augustin; mais qu'en même temps Renier assurait, que s'il n'y avait de son temps, c'est-à-dire au milieu du xni* siècle, où la secte était allaiblie, que quatre roiUe cathares parfaits, la multitude du reste de la secte, c'est-à-dire des simples croyants, était encore infinie.
De la Roque, après A libertin, prétendque le mot dte 'croyants signifiait les vaudois (1514), à cause que Pylicdorf et Renier lui-même les appellent ainsi. Mais c'est encore ici une illusion trop grossière. Le mot de croyants était commun à toutes les sectes : chaque secte avait ses croyants ou ses sectateurs. Les vaudois avaient leurs croyants, credentes ipsorum, dont Pylicdorf a parlé en divers endroits. Ce n'est pas que le mot de croyants fût affecté aux vaudois : mais c'est que, comme les autres, ils avaient les leurs. L'endroit de lie nier ci té par les ministres dit que les hérétiques avaient leurs croyants, credentes suos, auxquels ils permettaient toute sorte âe'cHrnèà (1515). Ce n'est pas des vaudois qu'il parle, puisqu'il en loue les bonnes mœurs. Le même Renier nous raconte les mystères des cathares, ou la fraction de leur pain ; et il dit qu'on recevait à cette table nonseulement les cathares, hommes et femmes, mats encore leurs croyants (1516), c'est-à-dire ceux qui n'étaient pas encore arrivés à la perfection des cathares : ce qui montre manifestement ces deux ordres si connus parmi les manichéens; et ce qu'on marque, que les simples croyants sont reçus à cette espèce