‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 174 sur 325 · etc · texte numérisé non relu

etc

(1515) C. I, pâg. 717.

(1510; La Roy., c. 0, pag.

l'AHT. X. T1II0L. l'OI.I Vlul T. II. UISTOIRE l>KS VARIATIONS.

de mystère, fait voir qu'il y en ayatl d'autres dont ils n'étaient pas jugés dignes, C'est donc do ces croyants des cathares que le nombre était infini : et ceux-là conduits par les autres, dont le nombre était plus petit, Faisaient tout lu mouvement dont l'univers . i nt troublé.

\ oilà donc les subtilités, pour ne pas dire les artifices, où sont réduits les ministres pour se donner des prédécesseurs. Ils n'eu ont point dont la suite soit manifeste : ils en vont chercher, comme ils peinent, parmi des sectes obs< ures, qu'ils I4< lient de réunir, et d'en faire de bons calvinistes, quoiqu'il n'v ait rien dé commuu entre eus que la naine contre le Pape et contre l'Eglise.

On me demandera peut-être ce que je (rois de la vie des vaudois que Reniera tant vantée. J'en croirai tout ce qu'on voudra, et plus, si l'on veut, que n'en dit Renier : car le démon ne se soucie pas par où il tienne les hommes. Ces hérétiques toulousains, manichéens constamment, n'avaient pas moins que les vaudois cette piété apparente. C'est d'eux que saint Bernard à djt (1517) :« Leurs mœurs sont irréprochables; ils s'oppriment personne ; leurs visages sont mortifiés et abattus par le jeûne; ils ne mangent point leur pain comme des paresseux, et ils travaillent pour gagner leur vie. » Qu'y a-t-il de plus spécieux que ces hérétiques de saint Bernard ? Mais après tout, c'était des manichéens; et leur piété n'était (jue feinte. Regardez le fond : c'est l'orgueil, c'est la haine contre le clergé, c'est l'aigre u r contre l'Eglise; c'est par là qu'ils ont avalé tout le venin d'une abominable hérésie. On mène où l'on veut un peuple ignorant, lorsque après avoir allumé dans son cœur une passion violente, et surtout la haine contre ses conducteurs, ou s'en sert comme d'un lien pour l'entraîner. Mais que dirons-nous des vaudois, qui se sont si bien exemptés des erreurs manichéennes ? Le démon a fait son œuvre en eux quand il leur a inspiré le même orgueil, la môme ostentation de leur pauvreté prétendue apostolique, la même présomption à nous vanter leurs vertus, la même haine contre le clergé, poussée jusqu'à mépriser les sacrements dans .leurs mains, la même aigreur contre leurs frères portée jusqu'à la rupture etjusqu'au schisme. Avec cette aigreur dans le cœur, fussent-ils à l'extérieur encore plus justes qu'on ne dit, saint Jean (m, loi m'apprend qu'ils sont homicides. Fussent-ils aussi chastes que les anges, ils ne seront pas plus heureux que les vierges folles dont les lampes étaient sans huile {Matlk.xw, 3), et les cœurs sans cette douceur qui seule peut nourrir la charité.

Renier a donc bien marqué le caractère de ces hérétiques, quand il attribue la cause de leur erreur à leur haine, à leur aigreur, à leur chagrin '.Sic processif docirina ipsorum «I rancor(1518). Ces hérétiques, dit-il, dont l'extérieur était si spécieux, lisaient bc.iu-

(1517) Scrm. ti.j m Canl.

(I518J t'.h. 5, pag. 749

coup, et «priaient peu. Ils a liai eut au sermon.; mais pour tendre des pièges aux prédicateurs, comme les Juifs en tendaient au Fils de Dieu : » c'est-à-dire qu'il j avait parmi eux beaucoup d'esprit de dispute, et peu d'esprit de componction. Tous ensemble, cl manichéens cl vaudois, ils ne cessaient do crier contre les inventions humaines, et de citer l'Ecriture sainte, dont ilsavaicnl un passage toujours prêt, quoi qu'on leur pût dire. I.orsqu'interrogés sur la foi ils éludaient la demande par des équivpques(1519J , si on les en reprenait, c'était, disaient-ils, Jésus-Chi Ut môme qui leur avait appris celle pratique, lorsqu'il avait dit aux Juifs : Détruisez ce temple, cl je le rebâtirai en trois jours[Joan. il, 19); entendant du temple de son corps ce que les Juifs entendaient de celui de Salomon. Ce passage semblait fait exprès à qui ne savait pas le fond des choses. Les vaudois en avaient cent autres de cette sorte qu'ils savaient tourner à leurs lins; et à moiu.s d'être fort exercé dans les Ecritures, on avait peine à se tirer des filets qu'ils tendaient. Un aulre auteur nous remarque un caractère bien particulierde ces faux pauvres (1320). Us n'allaient point comme un saint Bernard, comme un saint Erahçois, comme les autres prédicateurs apostoliques, attaquer au milieu du monde les impudiques, les usuriers, les joueurs, les blasphémateurs, et les autres pécheurs publics, pour tâcher de les convertir. Ceux-ci, au contraire, s'il y avait dans les villes ou dans les villages des gens retirés et paisibles, c'était dans leurs maisons qu'ils s'introduisaientaveclcur .-implicite apparente. A peine osaient-ils élever la voix, tant ils étaient doux : mais les mauvais prêtres et les mauvais moines étaient mis aussitôt sur le tapis ; une satire subtile et impitoyable prenait la forme de zèle; les bonnes gens qui les écoutaient étaient pris; et transportés de ce zèle amer, ils s'imaginaient encore devenir plus gens de bien en devenant hérétiques : ainsi tout se corrompait. Les uns étaient entraînés dans le vice par les grands scandales qui paraissaient dans le monde de tous côtés : le démon prenait les simples d'une autre manière; et par une fausse horreur des méchants il les aliénait de l'Eglise, où l'on en voyait tous les jours croître le nombre.

Il n'y avait rien de plus injuste ; puisque l'Eglise, loin d'approuver les désordres qui donnaient lieu aux révoltes des hérétiques, les délestait par tous ses décrets, et nourrissait en même temps dans son sein des hommes d'une sainteté si éminente, qu'au près d'elle toute la verlu de ces hypocrites ne paraissait que faiblesse. Le seul saint Bernard, que Dieu suscita en ce leinps-là avec toutes les grâces des prophètes et dos apôtres pour combattre les nouveaux hérétiques, lorsqu'ils faisaient de plus grands efforts pour s'élendre en France, suffisait pour les confondre. C'était là qu'on voyait

(l.'.IOl Ren., ibié.

(1520) Plïcid., c. 10, pag. 285.

un esprit vraiment apostolique, et une sainteté si éclatante, qu'elle fut en admiration même à ceux dont il avait combattu les erreurs ; de manière qu'il y en eut qui, en damnant insolemment les saints docteurs, exceptaient saint Bernard de celte sentence (1521), et se crurent obligés a publier qu'à la fin il s'était mis dans leur parti : tant ils rougissaient d'avoir contre eux un tel témoin. Parmi ses autres vertus, on voyait reluire et dans lui et dans ses frères les saints moines de Citeauxet Clairvaux, pour ne point parler des autres, cette pauvreté apostolique dont les hérétiques se vantaient: mais saint Bernard et ses disciples, pour avoir porté cette pauvreté et la mortification chrétienne à sa dernière perfection, ne se glorifiaient pas d'être les seuls qui eussent conservé les sacrements, et n'en élaient pas moins obéissants aux supérieurs même mauvais, distinguant avec Jésus -Christ les abus d'avec la chaire et la doctrine.

On pourrait compter dans le même temps de très-grands saints, non-seulement parmi les évoques, parmi les prêtres, parmi les moines, mais encore dans le commun du peuple, et même parmi les princes, et au milieu des pompes du monde : mais les hérétiques ne voulaient voir que les vices, afin de dire plus hardiment avec le pharisien : Nous ne sommes pas comme le reste des hommes (Luc. xvm, 21) ; nous sommes purs, nous sommes ces pauvres que Dieu aime ; venez à nous si vous voulez recevoir les sacrements.

Il ne faut donc pas s'étonner de la régularité apparente de leurs mœurs; puisque c'était une partie de la séduction, contre laquelle nous avons été prémunis par tant d'avertissements de l'Evangile. On ajoute, comme un dernier trait de la piété extérieure de ces hérétiques, qu'ils ont souffert avec une patience surprenante. 11 est vrai, et c'est le comble de l'illusion. Car les hérétiques de ces temps-là, et même les manichéens dont nous avons vu les infamies, après avoir biaisé et dissimulé le plus longtemps qu'ils pouvaient pour se délivrer du dernier supplice, lorsqu'ils étaient convaincus, et condamnés selon les lois, couraient

à la mort avec joie. Leur fausse constance étonnait le monde. Enervin, qui les accusait, ne laissait pas d'en être frappé, et demandait avec inquiétude à saint Bernard la raison d'un tel prodige (1522). Mais le saint, trop instruit des profondeurs de Satan pour ignorer qu'il savait faire imiter jusqu'au martyre à ceux qu'il tenait captifs, répondait que, par un juste jugement de Dieu, le malin pouvait avoir puissance non-seulement sur le corps des hommes, mais encore sur les cœurs (1523); et que s'il avait bien pu porter Judas à se donner la mort à lui-même, il pouvait bien porter ces hérétiques à la souffrir de la main des autres. Ne nous étonnons donc pas devoir des martyrs de toutes les religions, et même dansles plus monstrueuses ; et apprenons par cet exemple à ne tenir pour vrais martyrs que ceux qui souffrent dans l'unité.

Mais ce qui devrait éternellement désabuser les protestants de toutes ces sectes impies, c'est la détestable coutume de renier leur religion, et de participer à notre culte pendant qu'ils le rejetaient dans leur cœur. 11 est constant que lesvaudois, à l'exemple des manichéens, ont vécu dans cette pratique depuis le commencement de la secte jusque vers le milieu du dernier siècle. Séyssel ne pouvait assez s'étonner (1524) de la fausse piété de leurs barbes qui condamnaient les mensonges, jusqu'aux plus légers, comme autant de péchés mortels, et ne craignaient point devant les juges de mentir sur leur foi, avec une opiniâtreté si étonnante, qu'à peine pouvait-on leur en arracher la confession avec la question la plus rigoureuse. Ils défendaient de jurer pour rendre témoignage à la vérité devant le magistrat; et en même temps ils juraient tout ce qu'on voulait pour tenir leur secte et leur croyance cachées : tradition qu'ils avaient reçue des manichéens, comme ils avaient aussi hérité de leur présomption et de leur aigreur. Les hommes s'accoutument à tout , quand une fois leurs conducteurs ont [iris l'ascendant sur leurs esprits, et surtout lorsqu'ils les ont engagés dans une cabale sous prétexte de. piété.

HISTOIRE DES FRERES DE BOHÈME, VULGAIREMENT ET FAUSSEMENT APPELÉS VU DOIS.

11 faut maintenant parler de ceux qu'on appelait faussement vaudois et picards et qui s'appelaient eux-mêmes les Frères de Bohême, ou les frères orthodoxes, ou les frères seulement. Us composent une secte particulière séparée desalbigeois et des pauvres de Lyon. Lorsque Luther s'éleva, il en trouva quelques Eglises dans la Bohême et surtout dans la Moravie, qu'il détesta durant

(1521) Apu! Ren., c. 6, pag. 755.

[l'sV, Analcct , Kv. m, p;ig. i5i.

un long temps. Il en approuva dans la sui-lo la Confession de foi corrigée, comme nous verrons. Bucer et Musculus leur ont aussi donné de grandes louanges. Le docte Camérarius dont nous avons tant parlé, cet intime ami de Mélanchlhon, a jugé leur histoire digne d'être écrite par son éloquente plume. 'Son gendre Rudiger, appelé parles Eglises prolestantes du Palatinat, leur préféra celles

(1523) Sein). 66 in Caui., suh lin.

(ti-21) Fol. 17.

7î>7 PART. X. rHEOL. POLEMIQUE. . II. HISTORIE DES VARIATIONS. 7;>3

de la Itforaue iIimiI il voulut être ministre Camérarius écrit la môme cii lansson

1525) ; et, de toutes les sectes séparées de Histoire des frères de Bohême : mais Rudi-

toino avant Luther, celle-ci est la plus -ci-, un de leurs pasteurs dans la Moravie,

louée- par les protestants : mais sa naissance dit encore |dus clairement, que ces lîgli ■

et sa doctrine feront bientôt voir qu'il n'y a sont bien différentes de celles des Vaudois

aucun avantage à en tirer, (1597); que « les vaudois sont de l'an 1160,

Pour sa naissance, plusieurs, trompés par au lieu que les frères n'oul commencé il

le nom et par quelque conformité de doc- paraître que dans le xjv* siècle; ».et quAenGn

trine, font descendre ces bohémiens des an- « il est écrit dans les annales des frères,

ciens vaudois : mais pour eux ils renoncent qu'ils ont toujours refusé constamment de

à relie origine, comme il parait clairement faire union avec les vaudois, .à cause qu'ils

dans la préface qu'ils mirent à la tète de ne donnaient pas uni: pleine confession de

leur Confession de foi en 157-2 (1326). Ils v leur fui, et participaient à la Messe. »

expliquent amplement leur origine, et ils Aussi voyons-nous que ces frères s'inli-

disent entre autres choses que les vaudois tulenl dans tous leurs synodes et dans tous

sont plus anciens qu'eux; que ceux-ci leurs actes, les Frères de Bohème, fausse-

avaient à la vérité quelques églises disper- ment appelés vaudois (1528). Ils détestent en-?

aéesdans la Bohême, lorsque Tes leurs com- core plus le nom de picards :« Il y a bien de

îneneèront h paraître, mais qu'ils no lésion- l'apparence, » dit Rudiger (1329), « que ceux

naissaient pas; que néanmoins ces vaudois qui l'ont donné les premiers à nos ancêtres,

se liront connaître à eux dans la suite, mais «l'ont tiré d'un certain Picard qui, renouve-

sans vouloir entrer, disent-ils, dans le fond lant l'ancienne hérésie des adamites, intro-

de leur doctrine : « Nos annales, » poursui- duisait et des nuditéset des actions infâmes;

vont-ils, « nous apprennent qu'ils ne furent et comme cette hérésie pénétra dans la Bo-

jamais unis ànos Eglises pour deux raisons: home, environ le tenjps de l'établissement

la première, parce qu'ils nedonnaient aucun de nos Eglises, on les déshonora par un si

témoignage de leur foi et de leur doctrine ; infâme titre, comme si nous n'eussions éié

la seconde, parce que pour conserver la paix que de misérables restes de cet impudique

ils ne faisaient point de difficulté d'assister Picard.» On voit par là comme les frères

aux Messes célébrées par ceux de l'Eglise rejettent ces deux origines, la picarde et la

romaine. » D'où ils concluaient, non-seule- vaudoise. « Ils tiennent môme à injure

ment qu'ils « n'avaient jamais fait aucune d'être appelés picards Pt vaudois (1530) ; «et

union avec, les vaudois, » mais encore « qu'ils si la première origine leur déplaît, la se-

avaient toujours cru qu'ils ne le pouvaient coude, dont nos protestants se glorifient,

faire en sûreté de conscience. » C'est ainsi leur parait seulement un peu moins hon-

qu'ils s'éloignent dé l'origine vaudoise; et te use; mais nous allons voir maintenant que

ce qui est ambitieusement recherché par les celle qu'ils se donnent eux-mêmes n'e>t

calvinistes, est rejeté par ceux ci avec nié- guère plus honorable. pris.

HISTOIRE DE JEAN VjCLEF, ANGLAIS.

Ws se vaillent d'être disciples de Jean Hus: reconnaître en même temps que tous les,

mais pour juger de leur prétention, il faut péchés qu'on fait dans le monde. sont néces-

encore remonter plus haut; puisque Jean saires et inévitables (1531) : que Dieu ne.

Hus lui-même s'est glorifié d'avoir euViciel pouvait pas empêcher le péché du premier

pour maître. Je dirai donc en peu de paroles homme, ni le pardonner sans la satisfaction

ce qu'il faut croire de Viclef, sans produire de Jésus-Christ ; mais aussi qu'il était iin-

d'autres pièces que ses ouvrages, et le lé- possible que le Fils de Dieu ne s'incarnât

moignage de tous les protestants de bonne pas, ne satisfit pas, ne mourût pas ; que

foi. Dieu à la vérité pouvait bien faire autrement

Le principal de IjOus ses ouvrages, c'est le s'il eût voulu; mais qu'il ne pouvait pas Trialogue, ce livre fameux, qui souleva toute vouloir autrement; qu'il ne pouvait pas la Bohême et excita tant de troubles en An- ne point pardonner à l'homme ; que le pé gleterre. Voici quelle en était la théologie : ché de l'homme venait île séduction et d'i- « Que tout arrive par nécessité ; qu'il a gnorance, et qu'ainsi il avait fallu par nélongtemps regimbé contre cette doctrine, à cessité que la sagesse divine s'incarnât pour cause qu'elle était contraire à la liberté île le réparer (133-2) : que Jésus-Christ ne pou- Dieu, mais qu'à la lin il avait fallu céder, et vait pas sauver les démons, que leur ptclej

(1523) De Ere/, fralr. iit Doit, et M or av. Hisl., pag. "219

Heui. 1605. (1529) Rcoïc, tbid., png. 1 1S.

(1520) De oriij. Eccl. Boli. et Conf. ab Us (<lti'n>. (1550) ApoL, 135-2, ;u>. Lyd., i. Il, pag. 157.

Iliil., an. 1605, cum Hisl. Joac. Camer., pag 175. (1531) LiIj. m, c. 7,8, 25, pig. 5(i,82F eilit,

(1527) Hisl., pag. 105, eic. ; Uudic. De Eccl. 1525.

fralr. in Huit, et Mor. nttrr., pag. 1 17. (1332) Ibid., c. 2i, 25, pa;;. 85, etc.

(1528) In Stjn. Setidum., Syn. Gen., part, n,

"ÔO

était un péché contre le Saint-Esprit; qu'il eût donc fallu pour les sauver que le Saint- Esprit se fût incarné, ce qui était absolument impossible; qu'il n'y avait donc aucun moyen possible pour sauver les démons en général; que rien n'était possible a Dieu que ce qui arrivait actuellement; que cette puissance qu'on admettait pour les choses qui n'arrivaient pas est une illusion; que Dieu ne peut rien produire au dedans de lui qu'il ne le produise nécessairement; ni au dehors qu'il ne le produise aussi nécessairement en son temps; que lorsque Jésus- Christ a dit qu'il pouvait demander à son Père plus de douze légions d'anges, il faut entendre qu'il le pouvait s'il eût voulu; mais reconnaître en même temps qu'il ne pouvait le vouloir (1533), que la puissance de Dieu était bornée dans le fond, et qu'elle n'est infinie qu'à cause qu'il n'y a l>as une plus grande puissance (153i); en un mot que ie monde et tout ce qui existe est d'une absolue nécessité, et que s'il y avait quelque chose de possible à qui Dieu refusât l'être, il serait ou impuissant ou envieux; que comme il ne pouvait refuser i'ôtre à tout ce qui le pouvait avoir, aussi ne pouvait il rien anéantir (1535) ; qu'd ne faut point demander pourquoi Dieu n'empêche pas le péché, c'est qu'il ne peut pas; ni en général pourquoi il fait ou ne fait pas quelque chose, parce qu'il fait nécessairement tout ce qu'il peut faire (1536): qu'il ne laisse pas d'être libre, mais comme il est libre à produire son Fils, qu'il produit néanmoins nécessairement (1537) : que la liberté qu'on appelle de contradiction, par laquelle on peut faire et ne pas faire, est un terme erroné introduit par les docteurs ; et que la pensée que nous avons que nous sommes libres est une perpétuelle illusion, semblable à celle d'un enfant qui croit qu'il marche tout seul pendant qu'on le mène; qu'on délibère néanmoins, qu'on avise à ses affaires, qu'on se damne; mais que touteela est inévitable, aussi bien que tout ce qui se fait et ce qui s'omet dans le monde ou par la créature, ou par Dieu môme (1538) : que Dieu a tout déterminé; qu'il nécessite tant les prédestinés que les réprouvés à tout ce qu'ils font, et chaque créature particulière à chacune de ses actions ; que c'est de là qu'il arrive qu'il y a des prédestinés et des réprouvés ; qu'ainsi il n'est pas au pouvoir de Dieu desauverun seul des réprouvés (1539): qu'il se moque de ce qu'on dit des sens composés et divisés, puisque Dieu ne peut -sauver que ceux qui sont sauvés actuellement (1540J : qu'il y a une conséquence nécessaire qu'on |ièche, si certaines choses sont : que Dieu veut que ces choses soient, et que cette conséquence soit bonne, parce

qu'autrement elle ne serait pas nécessaire» ainsi, qu'il veut qu'on pèche ; qu'il vent le péché à cause du bien qu'il en tire; et qu'encore qu'il ne plaise pas à Dieu que Pierre pèche, le péché de Pierre lui plaît; que Dieu approuve qu'on pèche, qu'il nécessite au péché; que l'homme ne peut fias mieux faire qu'il ne fait : que les pécheurs et les damnés ne laissent pas d'être obligés à Dieu ; et qu'il l'ait miséricorde aux damnes en leur donnant l'être, qui leur est plus utile et plus désirable que le non-être : qu'à la vérité il n'ose pas assurer tout à fait cette opinion, ni pousser les hommes à pécher, en enseignant qu'il est agréable à Dieu qu'ils 1 èchent ainsi, et que Dieu leur donne cela comme une récompense; qu'il voit bien que les méchants pourraient prendre occasion de cette doctrine de commettre de grands crimes, et que s'ils le peuvent ils le font ; mais que si on n'a point de meilleures raisons à lui dire que celles dont on se sert, il demeurera confirmé dans son sentiment sans en dire un mot (loil). »

On voit par là qu'il ressent une horreur secrète des blasphèmes qu'il profère; mais il est entraîné par l'esprit d'orgueil et de singularité auquel il s'est livré lui-même; et il ne peut retenir sa plume emportée. Voilà un extrait fidèle de ses blasphèmes; ils se réduisent à deux chefs : à faire un Dieu dominé par la nécessité, et, ce qui en e-t une suite, un Dieu auteur et approbateur de tous les crimes, c'est-à-dire un Dieu que les athées auraient raison de nier : de sorte que la religion d'un si grand réformateur est pire que l'athéisme.

On voit en même temps combien de ses dogmes ont été suivis par Luther. Pour Calvin et les calvinistes, on le verra dans la suite, et en ce sens ce n'est pas en vain qu'ils auront compté cet impie parmi leurs prédécesseurs.

Au milieu de tous ces blasphèmes il affectait d'imiter la fausse piété des vaudois, en attribuant l'effet des sacrements au mérite des personnes : en disant que « les clefs n'opèrent que dans ceux qui sont saints ; et que ceux qui n'imitent pas Jésus-Christ n'en lieu vent avoir la puissance : que celte puissance pourcelan'est pas perdue dans l'Eglise, qu'elle subsiste dans des personnes humbles et inconnues : que les laïques peuvent consacrer et administrer les sacrements (1543) : que c'est un grand crime aux ecclésiastiques de posséder des biens temporels; un grand crime aux princes de leur en avoir ilonné, et de ne pas employer leur autorité à les en priver (1513). » .Me permettra-t-on de le dire? voilà dans un Anglais le premier modèle de la réformation anglicane et de la déprédation des églises. On dira que nous

(1555) Lib. m, c. 27 ; liv. i, c. 10, pas. 15 ibid.,c. li.pag. |8. ' °

U.ïôi) lbid: c. -2.

Ilà35) Lib. m, c. .1; ibid., c. 10, pas. 16. (lo56j lbid., c. 9.

(Jo3'5 Lib. i, c. 10.

(1558) Ibid., 10, 11.

(1559) Lib. m, c. 9; lib. u, c. li; lib. ni, c. 4. (1510) Lib. iiiuc. 8.

(I5H) Lib. v, c. 4, 8.

1,1342) Lib. iv, c;ip. 10, 11, 25, 25, 32.

(15*5) Ibid., c. 17, 18, 19,24.

PART. X. TIIKOI,. POLEMIQUE. - II. HISTOIRE DBS VARIATIONS

Tfi-2

combattons pour nus biens, non : nous découvrons la malignité des esprits outrés, i]ui sont, comme on le voit, capables (je tOttS excès.

M. tlo la Roque prétend qu'on a calomnié Violai dans le conciie de Constance (1544), et ipi'on lui a imputé îles propositions qu'il ne croyait pas ; entre autres celle-ci : Dieu est obligé d'obéir ou diable (1545). Mais si nous trouvons tant de blasphèmes dans un seul ouvrage qui bous reste de Viclef, on peut bien croire qu'il y en avait beaucoup d'autres dans ses livres qu'on avait alors en sigrand nombre : et en particulier celui-ci est une suite manifeste de la doctrine qu'on vient de voir; puisque Dieu, qui en toutes choses agissait |iar nécessité, était entraîné par la volonté du diable à faire certaines choses lorsqu'il y fallait nécessairement concourir.

On ne trouve non plus dans le Triuloque la proposition imputée à Viclef: qu'«« roi cessait d'être roi pour un péché mortel (1546) . Il y avait assez d'autres livres de Viclef Ou elle se pouvait trouver. En clfet, nousavons une Conférence entre les catholiques de Bohème et les calixtins, en présence du roi George Pogiebrac, où Hilaire, doyende Prague, soutient à Roquesane, chef des calixlins, que Viclef avait écrit en termes exprès : « Qu'une vieille pouvait être roi et Pape, si elle éiait meilleure et plus vertueuse que le Pape et que le roi ; qu'alors la vieille dirait mi roi : Levez-vocs, je suis plus digne que vous d'être assise sur le trône ( 1547). » Comme Roquesane répondait que ce n'était pas la pensée de Viclef, le môme Hilaire s'offrit a faire voir à toute l'assemblée ces propositions, et encore celle-ci : « Queeelui qui était par sa vertu le plusdignede louange, était aussi le plus digne en dignité ; et que la [dus sainte vieille devait ôtre mise dans le plus saint office (1548). » Roquesane demeura muet, et le fait 'passa pour constant.

Le môme Viclef consentait à l'invocation des saints, en honorait les images, en reconnaissait les mérites, et croyait le purgatoire.

Pour ce qui est de. l'Eucharistie, le grand effort est contre la transsubstantiation, qu'il dit être la plus détestable hérésie qu'on ait jamais introduite (1349). C'est donc son grand article, de trouver du pain dans ce sacrement. Quant à la présence réelle, il y a des passages contre, il y en a pour. 11 dit que « le corps est caché dans chaque parcelle et dans chaque point du pain (1550). » lin un autre endroit, après avoir dit, selon sa mauvaise maxime, que la sainteté (iu ministre est nécessaire pour consacrer valtdement, il

ajoute qu'il faut présumer pour la sainteté

des prêtres : niais, dit-il, « parce qu'on n'en a qu'une simple probabilité, j'adore S0U6 condition l'hostie que je vois; et j'adore absolument Jésus-Christ qui est dans Je ciel.» H ne doute donc de la présence qu'à causo qu'il n'est pas certain de la sainteté du ministre qu'il y croit absolument nécessaire. On trouverait d'autres passages semblables: mais il importe fort peu d'en savoir davantage

Un fait plus importantestavancé parM.de la Roque le fils (1551). Il nous produit une Confession de loi où la présence réelle est clairement établie, et la transsubstantiation non moins clairement rejetée : mais ce qu'il y a de plus important, c'est qu'il nous assure que cette Confession de foi fut proposée à > iclef dans le concile de Londres où. arriva ce grand tremblement de terre, qu'on appela pour celte raison concilium terrœ motus; les uns disant que la terre avait eu horreur de la décision des évoques, et les autres de L'hérésie de Viclef.

Mais sans m'informer davantage de celle Confession de foi, dont nous parlerons avec plus de certitude quand nous en aurons vu toute la suite, je puis bien assurer paravanco qu'elle ne peut pas avoir été proposée à Viclef par le concile. Je le prouve par Viclef môme, qui répète quatre fois que dans le concile de Londres oit ta terre trembla, « in suo coneilio terrœ motus, >■ on définît en termes exprès, que la substance du pain et du vin ne demeurait pas après la c onsécration (1552) ; donc il est plus clair que le jour que la Confession do foi où ce changement de substance est rejeté, ne peut pas ôtre de ce concile.

Je crois M. de la Roque d'assez bonne foi, pour se rendre à une preuve si constante. En attendant, nous lui sommes obligé de nous avoir épargné la peine de prouver ici la lâcheté do Viclef, sa palinodie devant le concile, celle « de ses disciples qui n'eurent pas d'abord plus de fermeté que lui (1553);ia honte qu'il eut de sa lâcheté, ou bien de s'être écarté des sentiments reçus alors (1554), » qui lui lit rompre commerce avec les hommes ; d'où vient que depuis sa rétractation on n'entend plus parler de lui ; et enfin sa mort dans sa cure et dans l'exercice de sa charge : ce (fui démontre aussi bien que sa sépulture en terre sainte, qu'il était mort à l'extérieur dans la communion de l'Eglise.

Il ne me reste donc plus qu'à conclure avec cet auteur, qu'il n'y a que de la honto à tirer pour les protestants de la conduite de Viclef, « ou hypocrite prévaricateur, ou Catholique romain, qui mourut dans l'Eglise

(1544) llisl. deïEuch.

(1515) Conc. Cnnst., sess., 8, prop. C ; Labb. t. XII Conc, col. 4li.

(l.'iiH) Labb., Conc , prop. 15.

11517) Dhp.cnm Rulcis., apud Csmi.s., Ant. Lai. loin III. pari. Il, pag. 171.

i!518) Ibul., 500.

(1549) Lib. m, c. 50; lib. u, c. 14; lib. in, c. 5; lili. iv, c. G, 7, 40, 41; lib. îv, o. I, «.

(1550) Lib. iv, c. 1.

1 1 .">') I ) TSouv. accus, cont. M. Varill., pag. 75. (I5n'2) Lib. iv, c. 50, 57, 58.

(1555) La Roque, ibid., p. 70.

(I.V,ii Ibid.., p. 81, 85, 88, 8'J, 08,

même, en assistant au sacrifice, où Ton mettait^ l'éloigneiiieiit cuire les deux partis (1555). »

Ceux qui vomiront savoir le sentiment de Mélanchton sur Viclef le trouveront dans la Préface de ses Lieux communs, où i! dit qu"un « peut juger de l'esprit de Viclef par les erreurs dont i! est plein (1356). Il n'a, » dit-il, « rien compris dans la justice delà foi : il brouille l'Evangile et la politique ; ii soutient qu'il n'est pas permis aux prêtres d'avoir rien en propre ; il parle de la puis-

OEl IVRES COMPLETES DE BOSSUE ! .

sance civile d'une manière séditieuse et pleine de sophisterie : par la même sophisterie il chicane sur l'opinion universellement reçue touchant la Cène du Seigneur. » Voilà ce qu'a dit Mélanehthon après avoir lu Viclef. 11 en aurait dit davantage, et il aurait relevé ce que cet auteur avait décidé tant contre le libre arbitre, que pour faire Dieu auteur du péché, s'il n'avait pas craint, en le reprenant de ses excès, de déchirer son maître Luther, sous le nom de Viclef.

HISTOIRE DE JEAN Hl'SS ET DE SES DISCIPLES.

Ce qui a donné à Viclef un si grand rang parmi les prédécesseurs de nos réformés, c'est d'avoir dit que le Pape était l'Antéchrist, et que depuis l'an mille de Notre-Seigneur, où Satan devait être déchaîné selon la proprétie de saint Jean, l'Eglise romaine était devenue la prostituée et la Babylone (1557). Jean Hus, disciple de Viclef, a mérité les mêmes honneurs , puisqu'il a si bien suivi son maître dans cette doctrine.

11 l'avait abandonné dans d'autres chefs. Autrefois on a disputé de ses sentiments sur l'Eucharistie : mais la question est jugée du consentement des adversaires, depuis que M. de la Roque, dans son Histoire de l Eucharistie (1558), a fait voir par les auteurs du temps, par le témoignage des premiers disciples de Hus, et par ses propres écrits qu'on a encore, qu'il a cru la transsubstantiation et tous les autres articles de la croyance romaine, sans en excepter un seul, si ce n'est la communion sous les deux espèces; et qu'il a persisté dans ce sentiment jusqu'à la moi t. Le même ministre démontre la même chose de Jérôme de Prague, disciple de Jean Hus : et le fait est incontestable.

Ce qui faisait douter de Jean Hus était quelques paroles qu'il avait inconsidérément proférées, et qu'on avait mal entendues, ou qu'il avait rétractées. Mais ce qui le fit plus que tout le reste tenir pour suspect en cette matière, c'était les louanges excessives qu'il donnait à Viclef ennemi de la tra: ssubstanliation. Viclef était en effet le grand docteur de Jean Hus, aussi bien que de tout le parti des hussites; mais il est constant qu'ils n'en suivaient pas la doctrine tuute crue, et qu'ils tâchaient de l'expliquer comme taisait aussi Jean Hus, à qui Rudiger donne la louange « d'avoir adroitement expliqué et courageusement défendu les sentiment de Viclef (1559). » On demeurait donc d'accord dans le parti, que Viclef, qui, à vrai dire, en était le chef, avait bien outré les matières, et avait grand besoin d'être expliqué. Mais, quoi qu'il en soit, il est bien cons-

tant queJean Hus s'est glorifié de son sacerdoce jusqu'à la fin, et n'a jamais discontinuéde dire la Messe tant qu'il a pu.

M. de la Roque le jeune soutient fortement les sentiments de son père, et il est même assez sincère pour avouer qu'ils « déplaisent à bien des gens du parti ; et surtout au fameux M. ...qui n'aimait pas d'ordinaire les vérités qui avaient échappé à ses lumières (1560). » Tout le monde sait que c'est M. Claude, dont il supprime le nom. Mais ce jeune auteur pousse ses recherches plus avant que n'avait fait encore aucun protestant. Personne ne peut plus douter, après les preuves qu'il rapporte (1561), que Jean Hus n'ait prié les saints, honoré leurs-images, reconnu le mérite des œuvres, les sept sacrements, la confession sacramentale et le purgatoire. La dispute roulait principalement sur la communion sous les deux espèces ; et ce qui était le plus important, sur cette damnable doctrine de Viclef, que l'autorité et surtout l'autorité ecclésiastique se perdait par le péché (1562) : car Jean Hus soutenait dans cet article des choses aussi outrées que celles que Viclef avait avancées; et c'est de là qu'il lirait ses pernicieuses conséquences.

Si avec une semblable doctrine, et encore en disant la Messe tous les jours jusqu'à la lui de sa vie, on peut être non -seulement vrai fidèle, mais encore un saint et un martyr, comme tous les prolestants le publient lie Jean Hus, aussi bien que de son disciple Jérôme de Prague, il ne faut plus disputer des articles fondamentaux : le seul article fondamental est de crier contre le Pape et l'Eglise romaine : mais surtout si l'on s'emporte avec. Viclef et Jean Hus jusqu'à appelercetle Eglise l'Eglise de l'Antéchrist, cette doctrine-est la rémission de tous les péchés, et couvre toutes les erreurs.

Revenons aux frères de Bohême, et voyons comme ils sont disciple de Jean Hus. Incontinent après sa condamnation et son supplice, on vit deux sectes s'élever en Bohême

(1555) Laroq., p. 81, de.

(1556) Prœf. ad Mvcon., Hosr., part. u. ad an. 1550, fol. 115.

(1557) Vu:., IW. iv. c. 1. cic.

(1558) Part, u, c. 19, pag. 484.

(1539) Rcdig., IVjirn.. p. 153.

(1560) Nouv. ace. coin. VarilL, p. 148 et sufr. 1,1561) lbid.. p. 140, 150, 158 ci suiv. il50i) Conc. consl., sess. 15, piop. il, 12, 15, etc.

105 PART, X. THEOk. POLEMIQ1 E. -

bous son nom : la secle ries calixtins et la secte des tabori les; les calixlins sous Requesane, quia du commun-consentement de Cous les auteur» catholiques et prolestants, lui, bous prétexte de réforme, lu plus ambitieux de tous les hommes; les laborites sous Zisr,ï, dont les actions sanguinaires m1 sont pas nioins connues que sa valeur ci ses succès. Sans nous informer de la doctrine des Laborites, leurs rébellions et leur cruauté les ont rendus odieux à la plupart ries protestants. Des gens (|in mit porté le fer et le t'en dans le sein de leur patrie vingtans (huant, et qui ont laissé pour marque de leur passage tout en sang et tout en cendres, ne sont guère propres à être tenus pour les principaux défenseurs de la vérité, ni à donner à des Eglises une origine chrétienne. Uudigcr, qui seul de sa secte, faute d'avoir trouvé mieux, a voulu que les frères bohémiens descendissent des laborites (1563), demeure d'accord que « Zisca, poussé par ses inimitiés particulières, porta si loin la haine qu'il avait contre les moines et contre les prêtres, que non-seulement il mettait le l'eu aux églises et aux monastères (où ils servaient Dieu) ; mais encore que pour ne leur laisser aucune demeure sur la terre, il faisait passer au 111 de l'épée tous les habitants des lieux qu'ils occupaient (1564). » C'est ce que dit Hudiger, auteur non suspect ; et il ajoute que les frères, qu'il faisait descendre de ces barbares tahorites, avaient honte de cette origine (1565). En effet, ils y renoncent en termes formels dans toutes leurs confessions de foi et dans toutes leurs apologies; et ils montrent même qu'il est impossible qu'ils soient sortis des tahorites, parce que dans le temps qu'ils ont commencé de paraître, cette secte, abattue par la mort de ses généraux et par la paix générale des catholiques et des calixtins, qui réunirent toutes les forces de l'Etat pour la détruire, « ne lit plus que traîner jusqu'à ce que Pogiebrac et Roquesane achevassent d'en ruiner les misérables restes : en sorte,» disent-ils, « qu'd ne resta plus de tabori tes dans le monde (15GG); >; ce que Camérarius confirme dans son Histoire (1567).

L'autre secte, qui se glorifia du nom de Jean Hus, fut celle des calixtins, ainsi appelés parce qu'ils croyaient le calice absolument nécessaireau peuple. Et c'est constamment de cette secte que sortirent les frères en ti57, selon qu'ils le déclarent eux-mêmes dans la préface de leur Confession de foi de 1558, et encore dans celle de 1572, que nous avons tant de foi citées, où ils parlent en ces termes : « Ceux qui ont fondé nos Eglises se séparèrent alors des calixtins par une nouvelle séparation (15G8); » c'est-à-dire, comme ils

(1505) De fratr. narrai., p. 158.

(1504) Ibist., p. I.î.

(156.) Ibid.

(1506) l'ra'f. Cijnf. 157:2, seu de orig. Ecti.llvli., fie, po^l. Ilist. Gunter., iiul. I'nrj.

(1567) Page 170.

(15G8) De finir, nuirai. . p. £07; Pnrf. Boit. Çpnf-, I55S ; Syn. '.Vu., p. IÔ4.

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