‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 175 sur 325 · II. Ml rOiRE DES VARIATIONS · texte numérisé non relu

II. Ml rOiRE DES VARIATIONS

l'expliquer)! dans leur Aj ologie de 1532, que de même que les calixtins s étaient séparés de Rome, aiii^-i les frères se séparèrent des calixtins (1569); de sorte que ce fut un schisme et une division dans une nulrn division et dans un autre schisme. .Mais quelles furent les causes de cette séparation? On ne les peut pas bien comprendre sans connaître et la croyance et l'étal où se trouvèrent alors les calixtins.

Leur doctrine consistait d'abord un quatre articles. Le premier concernait la coupe : les trois autres regardaient la correction des péchés publies et | articuliers qu'ils portaient à certains excès; la libre prédication de la parole de Dieu, qu'ils ne voulaient pas qu'on [ait défendre à personne; et les biens (l'Eglise. Il y avait ià quelque mélange des erreurs des vaudois. Ces quatre articles furent réglés dans le concile de Bàle d'une manière dont les calixtins furent d'accord; et la coupe leur fut accordée à certaines conditions, dont ils convinrent. Cet accord s'appela Compactatum, nom célèbre dans l'histoire de Bohême. Mais une partie dos hussites, qui ne voulut pas se contenter de ces articles, commença, sous le nom clo tahorites, ces sanglantes guerres dont nous venons de parler; et les calixtins, l'autre partie des hussites qui avait accepté l'accord , ne s'y tint pas, puisqu'au lieu de déelan r, comme on en était convenu à Râle, que la coupe n'était pas nécessaire, ni commandée de Jésus-Christ , ils en pressèrent la nécessité, même à l'égard des enfants nouvellement baptisés. A la réserve de ce point, oti est d'accord que les calixtins convenaient de tout le dogme avec l'Eglise romaine : et leurs disputes avec les tahorites le l'ont voir. Lydius, un ministre de Dordrecht, en a recueilli les actes (1570); et ils ne sont pas révoqués en doute par les protestants.

On y voit donc que les calixlins ne conviennent -pas seulement de la transsubstantiation, mais encore en tout et partout sur la matière de l'Eucharistie, de la doctrine et des pratiques reçues dans l'Eglise romaine, à la réserve de la communion sous les deux espèces; et, pourvu que le Pape l'accordât, ils étaient prêls à reconnaître son autorité (1571).

On pourrait ici demander d'où vient donc qu'avec de tels sentiments ils conservaient tant de respect pour Yielef, qu'ils appelaient aussi bien que les tahorites le docteur évangélique par excellence (1572)? C'est en un mot qu'on ne trouve rien de régulier dans ces sectes séparées. Quoique Viclef eût parlé avec tout l'emportement possible contre la doctrine de l'Eglise romaine, et en particulier contre la transsubstantiation, les

(1569) Apol. fralr.. I, pari, i, ap. L.yd., tnm. Il, ;.. 129,

(I .70) Lvn. Yaldens., loin.I; R»terod. 1616.

(1571) .S'y». Prag., an. 545! ;a[>. Lyil., p. 504; e an. I loi , ibid , p. 552. 554.

(1572) Disp. cum livliis , eau. 15; Sut. tecl., tcin. III, pan. ii.

calixtins l'excusaient, en répondant que ce qu'i lavait dit contre ce dogme, il ne l'avait pas ditdécisivement, mais scolastiquement (1573), comme on parlait, c'est-à-dire par manière de dispute; et on peut juger par là combien ils trouvaient de facilité à justifier, quoi qu'on leur pût dire, un auteur dont ils étaient entêtés.

Ils n'en étaient pas moins bien disposés à reconnaître le Pape , et les seuls intérêts de Roquésane empêchèrent leur réunion. Ce docteur avait lui-même ménagé l'accommodement, dans l'espérance qu'il avait conçue, qu'après un si grand service le Pape se porterait aisément à le pourvoir de l'archevêché de Prague, qui était l'objet de ses vœux (t57i). Mais le Pape, qui ne voulait pas commettre les âmes et le dépôt de la foi à un homme si factieux, donna cette prélalure à Budovix, autant supérieur à Roquésane en mérite qu'en naissance. Tout manqua par cet endroit. La Bohème se vit replongée dans des guerres plus sanglantes que toutes les précédentes : Roquésane, malgré le Pape , s'érigea en archevêque de Prague, ou plutôt en Pape dans la Bohème; et Pogiebrac qu'il éleva par ses intrigues à la royauté ne lui pouvait rien refuser.

Durant ces troubles, des gens de métier qui commençaient à gronder dès le règne précédent, se mirent plus que jamais à parler entre eux de la réforme de l'Eglise. La Messe, la transsubstantiation, la prière pour les morts, les honneurs des saints, et surtout la puissance du Pape les choquait. Enlin ils se plaignaient que les calixtins romarusaient en tout et partout à la réserve de la coupe (1575). Ils entreprirent de les corriger. Roquésane irrité contre le Saint-Siège leur parut un instrument propre à entreprendre cette affaire. Rebutés par ses superbes réponses qui ne respiraient que l'amour du monde, ils lui reprochèrent sou ambition ; qu'il n'était qu'un mondain , et qu'il les abandonnerait plutôt que ses honneurs (1576). En même temps ils mirent à leur tête un Kelesiski , maître cordonnier, qui leur fit un corps de doctrine qu'en appela les Formes de Kelesiski. 7>ans la suite ils se choisirent un pasteur nommé Malhias Convalde, homme laïque et ignorant; cl, en l'an L'iG7, ils se séparèrent publiquement des calixtins, comme les calixtins avaient fait de Rome. Telle a été la naissance des frères de Bohême; et voilà ce que Camérarius, et eux-mêmes, tant dans leurs annales que dans leurs apologies et dans les préfaces de leurs confessions de foi, nous racontent de leur origine: si ce n'est qu'ils mettent leur séparation en 1457; et il me parait plus net de la mettre dix ans après, en liG7, dans le temps qu'ils mar-

(1573) Disp. cuni Ruliis., can. 15, Au t. tecl. ,iow. 111, pan. h, p. .17-2

(1574) Camer., Hisl.nair.;Apvl. finir. ,p. 1 15, eu.

(1575) Apot. 1553, part. i.

(157(i) Caner., De Ecoles, fralr,, p. 67, SI, etc. ; Apol. fralr., 1552, part, i

(1577) Ueorig. Eccles. Unit., post Uist. C.inicr. p. 267.

quenl eux-mêmes la création de leurs nouveaux pasteurs.

Je trouve ici un peu de contradiction entre ce qu'ils racontent de leur histoire dans leur Apologie de 1532, et ce qu'ils en disent dans la Préface de 1572 : car ils disent dans cette préface qu'en 1457, dans le temps qu'ils se séparèrent d'avec les calixtins, ils étaient un peuple ramassé de toute sorte de conditions (I577i, et dans leur Apologie de 1532, où ils étaient un peu moins fiers, ils reconnaissent franchement qu'ils étaient ramassés du menu peuple et de quelques prêtres bohémiens en petit nombre, tous ensemble un trèspetit nombre de gens , petit reste, et méprisables ordures, ou, comme on voudra traduire, mis établies quisquiliœ , laissées dans le monde par Jean H us (1578). C'est ainsi qu'ils se séparèrent des calixtins, c'est-à-dire dos seuls hussites qui fussent alors. Voilà comme ils sont disciples de Jean Hus : morceau rompu d'un morceau, schisme séparé d'un schisme; hussites divisés des hussites, et qui n'en avaient presque retenu que la désobéissance et la rupture avec l'Eglise romaine.

Si on demande comment ils pouvaient reconnaître Jean Hus, comme ils font partout, pour un docteur évang^lique, pour un saint martyr, pour leur maître et pour l'apôtre des Bohémiens , el en même temps rejeter comme sacrilège la Messe que leur apôtre avait dite constamment jusqu'à la fin, la transsubstantiation et les autres dogmes qu'il avait toujours retenus : c'est qu'ils disaient que Jean Hus n'avait fait que commencer le rétablissement de l'Evangile ; et ils voulaient croire qu'i/ aurait bien changé d'autres choses, si on lui en eût laissé le temps (1570). En attendant il ne laissait pas d'être martyr et apôtre, encore qu'il persévérât dans des pratiques si damnables selon eux; et les frères en célébraient le martyre dans leurs églises le huitième juillet, comme nous Rapprenons de Rudiger (1580).

Camérarius demeure d'accord de leur extrême ignorance, et fait ce qu'il peut pour l'excuser. Ce qui est bien certain, c'est que Dieu ne fit pas des miracles pour les éclairer. Tant de siècles après que la question du baptême des hérétiques avait été si Lien éclaircie du commun consentement de toute l'Eglise, ils furent si ignorants qu'ils rebaptisèrent tous ceux qui venaient à eux des autres Eglises (1581). Ils persistèrent cent ans durant dans cette erreur, comme ils l'avouent dans tous leurs écrits ; et ils reconnaissent dans la Préface de 1558 qu'il n'y avait que très-peu de temps qu'ils en étaient revenus (1582). Il ne faut pas s'imaginer que ce fût une erreur médiocre, puisque c'était

(1578) Pan. lApol, Lvd., loin. 11,221 el "222, 23-2, etc.

(1579) Apol. 1532, pan. i, a'p. Lvd., loin. Il, p. I1C, 117, US, etc.

(1580) Rciiir,., Narr. post Cam. Uist . p. 151,

(1581) Cameb , llhl. narr , p. 102.

(1582) Prœf Apul., 1558, apud Lvd., loin, 11.

Ti.i PART, .v. THEOL. POLEMIQI E.

dire que le baplfrme était perdu dans loute l'Église, el ne restait i|ue parmi eux. C'est ce qu'osèrent penser deul ou trois raille hommes, plus ou moins, également révoltés ci contre les ealixtins parmi lesquels ils vivaient, et contre l'Eglise romaine dont ils s'étaient séparés les uns et les autres trente ou quarante ans auparavant. One si petite parcelle d'une autre parcelle, détachée depuis si peu d'années de l'Eglise catholique, Osait rebaptiser tout le reste de l'univers, et réduire tout l'héritage de Jésus-Gtmst 8 nu coin de la Bohème. Ils se croyaient donc les seuls Chrétiens, puisqu'ils se croyaient les seuls baptisés; et quoi qu'ils aient pu dire pour se défendre de ce crime, leur rebaptisation les en convainquait. Pour toute excuse, ils répondaient que s'ils rebaptisaient les Catholiques, les Catholiques aussi les reliai lisaient. Mais on sait assez que l'Eglise romaine n'a jamais rebaptisé Ceux qui avaient été baptisés par qui que ce fût au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et quand il y aurait eu dans la Bohême des Catholiques assez ignorants pour ne savoir pas une chose si triviale, ceux qui se disaient leurs réformateurs ne devaient-ils pas en savoir davantage? Après tout, comment ces nouveaux rebaptisatcurs ne se lirent-ils pas rebaptiser eux-mêmes ? Si lorsqu'ils vinrent au monde le baptême avait cessé dans toute la chrétienté, celui qu'ils avaient reçu ne valait pas mieux que celui des autres; et en cassant le baptême de ceux qui les avaient baptisés, que pouvait devenir le leur? Ils devaient donc aussitôt se faire rebaptiser, que de rebaptiser le reste de l'univers; et il n'y avait à cela qu'un inconvénient : c'est que, selon leurs principes, il n'y avait plus personne sur l'a terre qui leur pût rendre cet office, puisque le baptême, de quelque ( ôté qu'il pût venir, était également nul. Voilà ce que c'est d'être réformés de la façon d'un cordonnier, qui de leur aveu , dans une Préface de leur Confession de foi (1583), ne sut jamais un mot de latin, et qui n'était pas moins présomptueux qu'ignorant. Voilà les hommes qu'on admire parmi les protestants. S'agit-il de condamner l'Eglise romaine, ils ne cessent de lui reprocher l'ignorance de ses (nôtres et de ses moines. S'agit-il des ignorants de ces derniers siècles, qui ont prétendu réformer l'Egiise par le schisme : ce sont des pécheurs devenus apôtres; encore que leur ignorance demeure marquée éternellement dès le premier pas qu'ils ont l'ait. N'importe : si nous en croyons les luthériens dans la Préface qu'ils mirent à la tête de Y Apologie des frères, en l'imprimant à Vittemberg du temps de Luther; si, dis-je , nous les en croyons, c'était dans celte ignorante société et dans cette poignée de gens que « l'Eglise

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