HISTOIRE DES VARIATIONS
de Dieu s'élail conservée, lorsqu'on la i royait tout è fait perdue (1584). »
Cependant ces restes de l'Eglise, ces dépositaires de l'ancien < bristianisme , étaient
eux-mêmes honteux de ne voir dans lout le
monde aucune Eglise do leur croyance.
Camérarius nous apprend (1585) qu'au commencement de leur séparation , il leur vint en la pensée de s'informer s'ils ne trouveveiïiient point en quelque endroit de la terre, et principalement en Grèce ou et) Arménie, ou quelque part en Orient, le christianisme «lue l'Occident avait perdu tout à l'ait dans leur pensée. En ce temps plusieurs prêtres grecs qui s'étaient sauvés, du sac de Constantinople, en Bohême, et que Boquesene y avait reçus dans sa maison , eurent permission de célébrer les saints mystères selon leur rit. Les frères y virent leur condamnation, et la virent encore dans les entretiens qu'ils eurent avec ces pi êtres. Mais quoique ces Grecs les eussent assurés qu'en vain ils iraient en Grèce y chercher des Chrétiens à leur mode, et qu'ils n'en trouveraient jamais; ils nommèrent des députés, gens habiles et avisés, dont les uns coururent tout l'Orient , d'autres allèrent du côté du Nord, dans la Moscovie; el d'autres prirent. leur roule vers la Palestine et l'Egypte: d'où s'élant rejoints à Constantinople, selon le projet qu'ils en avaient fait, ils revinrent enfin en Bohême, dire à leurs frères, pour toute réponse; qu'ils se pouvaient assurer d'être les seuls de leur croyance dans toute la terre.
Leur solitude , dénuée de la succession et de toute ordination légitime, leur lit tant d'horreur qu'encore du temps de Luther ils envoyaient de leurs gens qui se coulaient furtivement dans les ordinations de l'Eglise romaine : un traité de Luther, que nous avons cité ailleurs, nous l'apprend. Pauvre Eglise, qui, destituée du principe de fécondité que Jésus-Christ a laissé à ses apôtres el dans l'ordre apostolique, était contrainte de se mêler parmi nous pour y venir mendier ou plutôt dérober les ordres.
Au reste, Luther leur reprochait qu'ils ne voyaient goulte, non plus que Jean Hus, dans la justification, qui était le point principal de l'Evangile : car « ils la mettaient,» poursuit-il (1586) , «dans la foi et dans les œuvres ensemble, ainsi qu'ont fait plusieurs Pères: et Jean Hus était plongé dans cette opinion. » Il a raison : car ni les Pères, ni Jean Hus, ni Viclef son maître, ni les orthodoxes, ni les hérétiques, ni les albigeois, ni les vaudois , ni aucun autre , n'avaient songé avant lui à la justice imputative. C'est pourquoi il méprisait les frères de Bohême, « comme des gens sérieux, rigides, d'un regard farouche, qui se martyrisaient avec la loi et les œuvres , et qui n'avaient pas la
p. 105; ibid., Apot., pari iv, >p. 274; Cqnf. fid., sub hoc lilulo : OEconomia, etc., ap. Lydo'lom.'ll,
1558, art. 12 ; Sj/n. Gen. p. 193; ibid., p. 170 p. !I3.
(1585) Cbnfes. fil., 1558; Syn. Sen., pari, n, (1585) De Ecd.fralr., p. 91.
j, |64. (t;'>isG) Luth., Cvtl., p. 2S(i, edil. Franc, an.
(1584) Joan. Eusleb., in oral, prafixa Apol. (rai. 107ti.
CEI VUES COMPLETES I>E BO^Sl'ET.
conscience joyeuse (1587). » C'est ainsi que Luther traitait les plus réguliers, à l'extérieur, de tous les réformateurs schismàtiques , et
ies seuls restes de la vraie Eglise, à ce qu'on disait. 11 fut bientôt satisfait : les frères outrèrent la justilicalion luthérienne, jusqu'à donner aveuglément dans les excès des calvinistes, et même dans ceux dont les calvinistes d'aujourd'hui tâchent de se défendre. Les luthériens voulaient que nous fussions justifiés sans y coopérer, et sans y avoir part. Les frères ajoutèrent que c'était même « sans le savoir et sans le sentir, comme un embryon est vivifié dans le ventre de sa mère (1588). » Aprèsqu'on était régénéré, Dieu commençait à se faire sentir : et si Luther voulait qu'on connût avec certitude sa justification, les frères voulaient encore qu'on lût entièrement et indubitablement assuré de sa persévérance et de son salut. Ils poussèrent l'imputation de la justice jusqu'à dire que lés pèches, quelque énormes qu'ils fussent, étaient véniels, pourvu qu'on les commît avec répugnance (1589); et que c'était de ces péchés que saint Paul disait, qu'ti n'y avait point de damnation pour ceux qui étaient en Jésus-Christ. (Rom.
Les frères avaient comme nous sept sacrements dans la Confession de loOi, présentée au roi Ladislas. Ils les prouvaient par les Ecritures, et ils les reconnaissaient établis pour l'accomplissement des promesses que Dieu avait faites aux fidèles (1590).
Jl fallait qu'ils conservassent encore cetle doctrine des sept sacrements du temps de Luther, puisqu'il le trouva mauvais. La Confession de foi fut réformée, et les sacrements réduits à deux, le baptême et la cène, comme Luther l'avait prescrit. L'absolution fut reconnue, mais hors du rang des sacrements (1591). En 150Ï, on parlait de la confession des péchés comme d'une chose d'obligation. Cette obligation ne parait plus si précise dans la Confession réformée, et on dit seulement qu'il faut « demander au prêtre l'absolution 'ie ses péchés par les clefs de l'Eglise, et en obtenir la rémission par ce ministère établi de Jésus-Christ pour cette lin (1592). »
Pour la présence réelle, les défenseurs du sens littéral et les défenseurs du sens ligure ont également tàch.é de tirer à leur avantage les confessions de foi des Bohémiens. Pour moi, à qui la chose est indifférente, je rapporterai seulement leurs paroles; et voici d'abord ce qu'ils écrivirent à Koquesane, comme ils le rapportent eux-mêmes dans leur Apologie (1593) .- « Nous croyons qu'on reçoit le corps et le sang de Noire-Seigneur
(1587) Luth., Co//., p. 28l>cdil Franc, an. 1676. (1538) Apol., paît, iv, ap. Lvd., lom. !l , p. ?44,
(1589) Apol., part. Il, p. 1~2, 175; part, iv, p. 282; ibid., part. H, p. IC8.
(1590) Conf. fid., ap. Lv.l , lom, 11 , p. 8 cl seq., citai, m Apol. 1531 ; ap. ênmd.LvI., 296, loin. II, len. ; Gerh., I.iv. de l'ador., p 259, 230.
|I591) lbid., art. Il, 12, 13.
11592) lbid., ait. 5, 14; Prof. fid. att Lad., cap. De uutmt. Ihvi,.; ap, Lyd , loin. Il, p. 15.
sous les espèces du pain et du vin : » et un peu après : « Nous ne sommes pas de ceux qui, entendant mal les paroles de Notre-Seigneur, disent qu'il a donné le pain consacré en mémoire de son corps, qu'il montrait avec le doigt, en disant : Ceci est mon corps. D'autres disent, que ce pain est le corps de Notre-SeigneUr qui est dans le ciel, mais en signification. Toutes ces explications nous paraissent éloignées de l'intention de Jésus- Christ, et nous déplaisent beaucoup. »
Dans leur Confession de foi de 150i, ils parlent ainsi (159i) : Toutes les fois « qu'un digne prêtre avec un peuple fidèle prononce ces paroles : Ceci est mon corps, ceci est mon sang, le pain présent est le corps de Jésus- Christ qui a été offert pour nous à la mort, el le vin est le sang répandu pour nous, et ce corps et ce sang sont présents sous les espèces du pain et du vin en mémoire de sa mort. » Et pour montrer la fermeté de leur foi , ils ajoutent qu'ils en croiraient autant d'une pierre , si Jésus-Christ avait dit que ce fût son corps (1595).
On voit ici le même langage dont se servent les Calholiques : on voit le corps et le sang sous les espèces incontinent après les paroles ; et on les y voit non point en figure, mais en vérité. Ce qu'ils ont de particulier, c'est qu'ils veulent que ces paroles soient prononcées par un digne prêtre. Voilà ce qu'ils ajoutaient à la doctrine catholique. Pour accomplir l'œuvre de Dieu dans le pain de l'Eucharistie, la parole de Jésus-Christ ne suffisait pas, et le mérite du ministre était nécessaire : c'esl ce qu'ils avaient appris de Jean Viclef et de Jean Hus.
Ils répètent la rnêmechose dans un autre endroit : «Lors,» disent-ils (159C),« qu'un digne prêtre prie avec son peuple fidèle, et dit : Ceci est mon corps, ceci est mon sang; aussitôt le pain présent est le même corps qui a été livré à la mort, et le vin présent est son sang, qui a été répandu pour notre rédemption. » On voit donc qu'ils ne changent rien sur la présence réelle dans la doctrine catholique : au contraire, ils semblent choisir les termes les plus forts pour l'établir , en disant, « qu'incontinent après les paroles le pain est le vrai corps de Jésus-Christ, le même qui est né de la Vierge et qui devait être livré à la croix; et le vin son vrai sang naturel , et même qui devait être répandu pour nos péchés (1597) : et tout cela sans délai, et au moment même, et d'une présence Irès-réelle et très-véritable (1598), » prœsentissime, comme ils parlent. Et le sens figuratif
(1595) Apol., 1532, part. îv, ap. Lyd., 293
(1594) Prof. fid. ad Lad., cap. De Evch. ; ap. Lyd., loin. Il , p. 10; citai. Apol., part, iv ; ibid.,
(1595) Prof. fid. ad Lad., cap. De Euch.; ap. Lvd., loin. II, p. 12.
"ll59ti, Apol. ad Lad., p. ibid., 42.
(1597) Prof. fid. ad Ladhl., ibid., p. 27, Apol., p. 06, etc.
(1598) lbid., Apol., p. 152, pari, i, p. 290.
PART. X. TIIÈOL. POLEM1QI E. II. HISTOIRE DES VARIATIONS
|our parut, disent-ils, si odieux, dans un de hors $ynodes, qu'un des leurs, nomme Jean co, qui avait osé le soutenir, fut chassé de leur communion [1599). Ils ajoutent qu'ils ont publié divers écrits contre cette présence en signe, et que ceux qui la défendent les tiennent pour leurs adversaires; qu'ils les appellent des papistes, des aniechrists et des idolâtres (1000).
C'esl encore une autre preuve de leur sentiment de direque Jésus-Chrisl est présent dans le pain et dans le vin par son corps et p<ir smi sang ; autrement, continuent-ils (1601), « ni '-eux qui sont dignes ne recevraient (|iie du pain et du vin , ni ceux qui sont indignes ne seraient coupables du corps et du sang, ne pouvant être coupables de ce qui n'.y est pas » D'où il s'ensuit qu'ils v sont, non-seulement pour les dignes, mais encore pour les indignes.
Il est vrai qu'ils ne veulent pas qu'on adore Jésus-Christ dans l'Eucharistie pour deux taisons: l'une, qu'il ne l'a pas commandé; l'autre., qu'il y a deux présences en Jésus-Christ : la personnelle, la corporelle et la sensible, laquelle seule doit attirer nos adorations; et la spirituelle ou sacramentelle, qui ne les doit pas attirer (1002). Mais encore qu'ils parlent ainsi, ils ne laissent pas do reconnaître la substance du corps de Jésus-Christ dans le sacrement (1003): « Il ne nous est pas ordonné,» disent-ils ( 1 604) , « d'honorer celte substance du corps de Jésus-Christ consacré ; mais la substance de Jésus-Christ qui est à la droite du Père. » \'oilà donc dans le sacrement et dans le ciel la substance du corps de Jésus-Christ ; mais adorable clans le ciel, et non pas dans le sacrement, lit de peur qu'on ne s'en étonne, ils ajoutent que Jésus-Christ « n'a pas même voulu obliger les hommes à l'adorer sur la lerre, encore qu'il y fût présent, à cause qu'il attendait le temps de sa gloire (1605) : » ce qui montre que leur intention n'était pas d'exclure la présence substantielle en excluant l'adoration ; et qu'au contraire ils la supposaient, puisque, s'ils ne l'eussent pas cru, ils n'auraient eu en aucune sorte à s'excuser de n'adorer pas dans le sacrement ce qui en effet n'y eût pas été.
Ne leur demandons pas au reste où ils prennent cette rare doctrine, qu'il ne suffit pas de savoir Jésus-Christ présent pour l'adorer, et que ce n'était pas son intention qu'on l'adorât sur la terre, ni autre part que dans sa gloire : je me contente de rapporter ce qu'ils prononcent sur la présence réelle ; et encore sur la présence réelle, non à la mode des mélanchtonistesdans le seul usage, mais incontinent après la consécration.
Avec des expressieiis séparément si prdcises et si décisives pour la présence . ils s'embarrassent ailleurs d'une si étrange inenière, qu'ils semblent n'avoir rien tant appréhendé que de laisser un témoignage clair et certain de leur loi : car ils. répètent sans cesse que Jésus-Christ n'est pas en personne dans I Eucharistie (1000). Il est vrai qu'ils appellent y être en personne, y être corporellement et sensiblement (1007) : expressions qu'ils l'ont toujours marcher ensemble, et qu'ils opposent à une manière d'être spirituelle qu'ils reconnaissent» Mais ce qui les rejette clans un nouvel embarras, c'est qu'ils semblent dire que Jésus-Christ est présent dans l'Eucharistie de celte présence spirituelle, comme il l'est dans le baptême et dans la prédication de la parole (1008); comme il a été mangé par les anciens Hébreux dans le désert ; comme saint Jean- Baptiste était Elie. On ne sait aussi ce qu'ils veulent dire avec cette bizarre expression : Jésus-Chrisl n'est pas ici avec son corps naturel d'une manière existante et corporelle , « exsislenter et corporaliler;» mais il y est spirituellement, puissamment, par manière de bénédiction, et en vertu : uspiritualiter, patenter, benedicte, in virtute (1009). » Ce qu'ils ajoutent n'est pas plus intelligible, que Jésus-Chrisl est ici dans la demeure de bénédiction; c'est-à-dire, selon leur langage, qu'il est dans l'Eucharistie comme il est à ta droite de Dieu, mais non pas comme il est, dans les deux. S'il y est comme à la droite de Dieu, il y est donc en personne. C'est ainsi qu'on devrait conclure naturellement; mais comment distinguer les deux d'avec la droite de Dieu? C'est où on se perd. Les frères avaient parlé précisément, en disant : « Il n'y a qu'un Seigneur Jésus, qui est tel dans le sacrement avec son corps naturel; mais qui est d'une autre manière à la droite de son Père : car c'est autre chose de dire : C'est là Jésus-Christ, ceci est mon corps ; autre chose de dire qu'il y est de telle manière (1610). » Mais ils n'ont pas plutôt parlé nettement, qu'ils s'égarent dans des discours alambiqués où les jette la confusion et l'incertitude de leur esprit et de leurs pensées, avec un vain désir de contenter les deux, partis de la Réforme.
Plus ils allaient en avant, plus ils devenaient importants et mystérieux; et comme chacun les voulait tirer à soi, ils semblaient aussi de leur côté vouloir contenter les deux partis. Voici enfin ce qu'ils dirent en 1558, et c'est à quoi ils parurent s'en vouloir tenir. Us se plaignent d'abord qu'on les accuse de « ne pas croire que la présence du vrai corps et du vrai sang soit présente (1611). »
(1599) Prof. fut. ad. Lad., ibil., p. '27; .1/)-/. p. 298.
(1000) lbid., p. 291, 29!>.
(1001) lbid., p. 509.
(1602) lbid., Apol., p. 07, et alibi passim.
(1603) lbid., p. 501, 300, 507, 500, 51!, etc.
(1604) lbid., p. 57.
(1605) Piof. fid. ad Lad., p. 29; Apol., adciinul., p. 08.
(1606) Apol. ad Lad., ibid., p.|68, C9, etc., 71,
(1607) lbid., p. 501, 500, 507, 309,511, ela.
(1008) lbid., p. 502, 304, 507, 308.
(1009) lbid., p. 74.
(1010) lbid., p. 78
(1011) Page 102.
Bizarres expressions, que la présence soit présente! C'est ainsi qu'ils parlent dans la Préface : mais dans le corps de la Confession ils enseignent qu'il faut « reconnaître que le pain est le vrai corps de Jésus-Christ, et que la coupe est son vrai sang, sans rien ajouter du sien a ces paroles. » Mais pendant qu'ils ne veulent pas qu'on ajoute rien aux paroles de Jésus-Christ, ils y ajoutent eux-mêmes le mot de vrai qui n'y est pas ; et au lieu que Jésus-Christ a dit : Ceci est mon corps, ils supposent qu'il ait dit: Ce pain est mon corps: ce qui est fort différent, comme on l'a pu voir ailleurs. Que s'il leur a été libre d'ajouter ce qu'ils jugeaient nécessaire pour marquer une vraie présence, il a été libre aux autres d'ajouter aussi ce qu'il fallait pour ôter toute équivoque ; cl
rejeter ces expressions après les disputes nées, c'est être ennemi de la lumière , et laisser les questions indécises. C'est pourquoi Calvin leur écrivit qu'il ne pouvait approuver leur obscure et captieuse brièveté, et il voulait qu'ils expliquassent comment le pain est le corps de Jésus-Christ ; à faute de quoi il soutenait que leur Confession de foi ne poucait être souscrite sans péril, et serait une occasion de grandes disputes (1612). Mais Luther était content d'eux à cause qu'ils approchaient de ses expressions, et qu'ils inclinaient davantage vers la Confesjsion d'Augsbourg. Car même ils continuaient à se plaindre de ceux qui niaient que le pain et le vin fussent le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ, et qui les appelaient des papistes, des idolâtres et des antechrisls (1613), à cause qu'ils reconnaissaient la véritable présence. Enfin pour faire voir combien ils penchaient h la présence réelle, ils veulent que les ministres en distribuant ce sacrement, et en récitant les paroles de 1Y0tre-Seigneur , exhortent le peuple à croire que la jjrésencc de Jdsus-Clirist est présente
(1614) ; et dans ce dessein ils ordonnent, quoique d'ailleurs peu portés à l'adoration, qu'on reçoive le sacrement à genoux.
Avec ces explications et avec les adoucissements que nous avons rapportés, ils satisfirent tellement Luther, qu'il mit son approbation à la tête d'une Confession de foi qu'ils publièrent ; en déclarant néanmoins « qu'ils paraissaient à cette foi non-seulement plus ornés, plus libres et [dus polis, mais encore plus considérables et meilleurs
(1615) : » ce qui faisait assez connaître qu'il n'approuvait leur Confession qu'à cause qu'elle avait été réformée selon ses maximes.
Il ne parait pas qu'on les ait inquiétés ni sur les jeûnes réglés qu'ils conservaient parmi eux, ni sur les fêtes qu'ils célébraient
ŒUVRES COMPLETES DE BOSSl'ET. 776
en interdisant tout travail, non-seulement à l'honneur de Notre-Seigneur mais encore de la sainte Vierge et des saints (1616). On ne leur reprochait pas que c'était observer les jours contre le précepte de l'Apôtre , ni que ces fêtes à l'honneur des saints fussent autant d'actes d'idolâtrie. On ne les accuse non plus d'ériger des temples aux saints, sous prétexte qu'ils continuent , comme nous, à nommer temple de la Vierge, in templo divœ Yirginis, de saint Pierre et de saint Paul, les églises consacrées à Dieu en leur mémoire (1617). On les laisse pareillement ordonner le célibat à leurs prêtres, en les privant du sacerdoce lorsqu'ils se marient (1618); car constamment c'était leur pratique, aussi bien que celle des taboriles. Tout cela est sans venin pour les frères; et il n'v a que nous seuls où tout est poison (1619).
Je voudrais encore qu'on leur deimandàt où ils trouvent dans l'Ecriture ce qu'ils disent de la sainte Vierge : Qu'elle est Vierge devant l'enfantement et après l'enfantement (1620). 11 est vrai que les saints Pères l'ont tellement cru, qu'ils ont rejeté le contraire comme un blasphème exécrable ; mais c'est aussi ce qui nous fait voir qu'on peut compter parmi les blasphèmes beaucoup de choses dont le contraire n'est écrit nulle part : de sorte que, lorsqu'on se vante de ne parler qu'après l'Ecriture, ce n'est pas un discours sérieux : mais c'est qu'on trouve bon de parler ainsi, et que ce respect apparent pour l'Ecriture éblouit les simples.
On prétend que ces frères bohémiens, dont les paroles étaient si douces et si respectueuses envers les puissances; à mesure qu'ils s'engageaient dans les sentiments des luthériens, entrèrent aussi dans leurs intrigues et dans leurs guerres. Ferdinand les trouva mêlés dans la rébellion de l'électeur de Saxe contre Charles V, et les chassa de Bohème. Ils se réfugièrent en Pologne ; et i! parait par une lettre de Musculus aux
protestants de Pologne, de 1556, qu'il n'y avait que peu d'années qu'on avait reçu clans ce royaume-là ces réfugiés de Bohême (1621).
Quelque temps après on fit l'union des trois sectes des protestants de Pologne : c'est-à-dire des luthériens, des bohémiens et des zwingliens. L'acte d'union fut passé en 1570 au synode de Sendomir, et il est intitulé en cette sorte : « L'union et consentement mutuel fait entre les Eglises de Pologne, à savoir, entre ceux de la Confession d'Augsbourg, ceux de la Confession des frères ue Bohême, et ceux de la Confession des Eglises helvétiques (1622), » ou des zwingliens. Dans cet acte les bohémiens se
(1612) Calv., Epist. ad Vald., p. 51-2 cl sei|. (1013) Ibicl., p. 195.
(1014) lbid., p. 596.
(1615) lbid., p. 211.
(1616) Ail. 15, 17.
(1617) Art. syn, Turin.
1595 ; Synt., part, n,
(161 S) Art. 9.
(1619) /En. Sylv., Hist. Buh , ap. Lvil., p. 595, •05.
(1620) Oint. Eue, ap. L\d.,p. 50; ait. 17, pag.
(1621) Sijiitag. Gen., pan. il, p. 212.
(1622) lbid., p. 218.
qualifient : Ln ftèrt» de Bohême, que les
ignorants appellent vaudois (1623). Il paraît donc clairement qu'il s'agissait do ces vau-
dois qu'on nommait ainsi par erreur, r oinnie nous l'avons fait voir, et qui aussi désavouaient celte origine. Car, pour ce qui est des anciens vaudois, nous apprenons d'un ancien nuteurqu'il n'y en avait presque point dans te royaume de Cracovie , c'est-à-dire dans la Pologne, non vins que dans l'Angleterre, dans les Pays-Bas, en Danemarck, en Suède, en Norweije et en Prusse (162k); et depuis le temps de cet auteur ce petit nombre était tellement réduit à rien, qu'on n'en entend plus parler en tous ces pays.
L'accord fut fait en ces termes : pour y expliquer le point de ia Cène, on y transcrivit tout entier l'article de la Confession sasonique oh cette matière est traitée. Nous avons vu que Mélanchthôn avaitdressé celte Confession en 1551, pour être portée à Trente (1625). Ou y disaUque Jésus-Christ est vraiment et substantiellement présent dans la communion, et qu'on le donne vraiment à ceux qui reçoivent le corps et le sang de Jésus-Christ. A quoi ils ajoutent, par une manière de parler étrange, « que la présence substantielle de Jésus-Christ n'est pas seulement signifiée, mais vraiment rendue présente, distribuée et donnée à ceux qui mangent, les signes n'étant pas nus, mais joints à la chose même, selon la nature des sacrements (1626). »
Il semble qu'on presse beaucoup la présence substantielle, lorsqu'on dit pour rirtrulquer avec plus de force, qu'elle n'est pas signiliée, mais vraiment présente; mais je nie détie de ces fortes expressions de la Reforme qui, plus elle diminue la vérité du corps et du sang dans l'Eucharistie, plus elle est riche en paroles ; comme .-i par la elle prétendait réparer la perte qu'elle fait des choses. Au reste, en venant au lond, quoique cette déclaration soit pleine d'équivoques et qu'elle laisse des échappatoires à chaque parti pour conserver sa propre doctrine, toutefois ce sont les zwingliens qui font la plus grande avance, puisqu'au lieu qu'ils disaient dans leur Confession que le corps de Noire-Seigneur étant dans le ciel absent de nous, nous devient présent seulement par sa vertu, les termes de l'accord portent que Jésus-Christ nous est substantiellement présent; et malgré toutes les règles du langage humain, une présence en vertu devient tout à coup une présence en substance.
Il y a des termes, dans l'accord, que les luthériens auraient peine à sauver, si on no s'accoutumait dans la nouvelle Réforme à tout expliquer comme on veut. Par exemple, ils semblent s'éloigner beaucoup de la croyance qu'ils ont que le corps de Jésus-Christ est