II. HISTOIRE DES VARIATIONS
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pris par la bouche, et môme par les indines, lorsqu'ils disent dans cet accord, que es siijnes de la Cène donnent par la foi aux croyants ce qu'ils signifient (1627). Mais outre qu'ils peuvent dire qu'ils ont parlé de la sorte parce que la présence réelle n'est connue que par la foi, ils pourront encore ajouter qu'en effet il y a des biens dans la Cène qui ne sont donnés qu'aux seuls croyants, comme la vie éternelle et la nourriture des Ames; et que c'est de ceux-là qu'ils veulent parler lorsqu'ils disent que les tigrées donnent par la foi ce qu'ils signifient.
Je ne m'étonne pas que les bohémiens aient souscrit sans peine à cet accord. Séparés depuis quarante à cinquante ans do l'Eglise catholique, et réduits à ne trouver le christianisme que dans le coin qu'ils occupaient en Bohême, quand ils virent paraître les protestants, ils ne songèrent qu'à s'appuyer de leurs secours. Ils surent gagner Luther par leurs soumissions; on avait tout de Bucer par des équivoques : les zuingliens se laissaient flatter aux expressions générales des frères, qui disaient, sans néanmoins le pratiquer, qu il ne fallait rien ajouter aux termes dont Jésus-Christ s'était servi. Calvin fut plus difficile. Nous avons vu dans la lettre qu'il écrivit aux frères bohémiens réfugiés en Pologne (1628), comme il y blâme l'ambiguïté de leur Confession de foi, et déclare qu'on n'y peut souscrire sans ouvrir la porte à la dissension ou à l'erreur.
Contre son avis, tout fut souscrit, la Confession helvétique, la bohémiqueet la saxonique, la présence substantielle avec la présence par lu seule vertu, c'est-à-dire, les deux doctrines contraires avec les équivoques qui les flattaient toutes deux. On ajouta tout ce qu'on voulut aux paroles de Notre- Seigneur, et en même temps on approuva la confession de foi où l'on posait pour maxime qu'il n'y fallait rien ajouter : tout passa, et par ce moyen on lit la paix. On voit comment se séparent et comment s'unissent toutes ces sectes séparées de l'unité catholique : en se séparant de la chaire de Saint- Pierre, elles se séparent entre elles et portent le juste supplice d'avoir méprisé le lien de leur unité. Lorsqu'elles se réunissent en apparence, elles n'en sont pas plus unies dans le fond; et leur union, cimentée par des intérêts politiques, ne sert qu'à faire connaître par une nouvelle preuve qu'elles n'ont pas seulement l'idée de l'unité chrétienne, puisqu'elles n'en viennent jamais à s'unir dans les sentiments, comme saint Paul l'a ordonné. (Philip. D, 2.)
Qu'il nous soit maintenant permis de faire un peu de réflexion sur celte histoire des vaudois, des albigeois et des bohémiens. On voit si les protestants ont eu raison de les compter parmi leurs ancêtres, si cetto
(1G25) Syn. Ccn. pari, u, p. 219.
(1624) Pvlicd., Coin. Vn/rf., c. 15, tom. IV Bibl. CI'., pari, u, p. 7S5.
(I6ï5) Vvy. siip.. liv. vin ; Synt. Conf., pari, i, Ittli ; pan. u , p. "•>.
OKlvres coupl. de Bossekt. VIII.
(16Î6) lbid., p. t-46.
(16-271 Vvy. sup. , liv. \in; Synt. Conf., pari. I,
(16-28) Evhl. ad Vald.; p. 317.
OEUVRES COMPLETES DE BOSSl'LT.
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descendance leur fait honneur, et s'ils ont i^û regarder la Bohême, depuis Jean Hns, comme la mère des Eglises reformées (1629). î! est plus clair que le jour, d'un côté, qu'on ne nous allègue ces sectes que dans la nécessité de trouver dans les siècles passés des témoins de ce qu'on croit être la vérité; et de l'autre qu'il n'y a rien de plus misérable que d'alléguer de tels témoins, qui sont tous convaincus de faux en des matières ca; ilales, et qui au fond ne s'accordent ni avec les prolestants, ni avec nous, ni avec eux-mêmes. C'est la première réflexion qus doivent faire les protestants.
La seconde n'est pas moins importante. Ils doivent considérer que toutes ces sectes si différentes entre elles et si opposées à la fois tant à nous qu'aux prolestants, conviennent avec eux du commun principe de se régler par les Ecritures, non pas comme l'Eglise les aura entendues de tout temps, car cette règle est très-véritable, mais comme chacun les pourra entendre par lui-même. Voilà ce qui a produit toutes les erreurs et toutes les contrariétés que nous avons vues. Sous le nom de l'Ecriture, chacun a suivi sa pensée; et l'Ecriture prise en cette sorte, loin d'unir les esprits, les a divisés et a fait adorer à chacun les illusions de son cœur sans le nom do la "vérité éternelle.
Mais il y a une dernière et beaucoup plus importante réflexion à faire sur toutes les choses qu'on vient de voir dans cette histoire abrégée des albigeois et des vaudois. On y découvre la raison pour laquelle le Saint-Esprit a inspiré à saint Paul celte prophétie (/ Tim. iv, 1,2, 3, i, 5) : « L'Esprit dit expressément que dans les derniers temps, quelques-uns abandonneront la foi, en suivant des esprits d'erreur et des doctrines de démons; cpii enseigneront le mensonge avec hypocrisie, et dont la conscience sera flétrie d'un cautère; qui défendront de se marier, et obligeront de s'abstenir des viandes que Dieu a créées pour être reçues avec action de grâces par les fidèles et par ceux qui connaissent la vérité, parce que tout ce que Dieu a créé est bon ; et on ne doit rien rejeter de ce qui se manye avic action de grâces, puisqu'il vst sanctifié par la parole de Dieu et par la prière. » 'fous les saints Pères sont d'accord qu'il s'agit de la secte impie des mareionites et des manichéens qui enseignaient ■Jeux principes, et attribuaient au mauvais la création de l'univers; ce qui leur faisait délester et la propagation du genre humain cl l'usage de beaucoup de nourritures qu'ils croyaient immondes et mauvaises par leur nature, comme l'ouvrage d'un créateur qui était lui-même impur et mauvais. Saint Paul désigne donc ces sectes maudiles par deux pratiques si marquées, et sans parier d'abord du principe d'où on tirait ces deux mauvaises conséquences, il s'attache à exprimer les deux caractères sensibles par lesquels nous avons vu que ces sectes infliges ont été reconnues dans tous les temps.
Mais encore que saint Paul n'exprime pas d'abord la cause profonde pour laquelle ces abuseurs défendaient l'usage de deux choses si naturelles, il la marque assez dans la suite lorsqu'il dit pour combattre ces cireurs, que tout ce que Dieu a créé est bon ([ Tim. iv, 4); renversant par ce principe le détestable sentiment de ceux qui trouvaient do l'impureté dans l'œuvre de Dieu: et ensemble nous faisant voir que la racine du mal était de ne pas connaître la création et do blasphémer le Créateur. C'est aussi ce que saint Paul appelle en particulier | lus que toutes les autres doctrines, des doctrines de démons (Ibid., t), parce qu'il n'y a rien de plu.- convenable à la jalousie de ces esprits séducteurs contre Dieu et contre les hommes, que d'attaquer la création, condamner les œuvres de Dieu, blasphémer contre l'auteur de la loi et contre la loi ellemême, et souiller la nature humaine par toute sorte d'impuretés et d'illusions. Car c'est là ce que faisait le manichéisme; et voilà une vraie doctrine de démons, surtout si on ajoute les enchantements et les prestiges, dont il est constant par tous les auteurs qu'on a si souvent usé dans celte secte. De détourner maintenant ce sens si simple et si naturel de saint Paul, contre ceux qui, reconnaissant le mariage et toutes les viandes comme une institution et un ouvrage de Dieu, s'en abstiennent volontairement pour mortifier les sens et purifier l'esprit, c'est une illusion trop manifeste, et nous avons vu que les saints Pères s'en sont moqués avant nous. On voit donc très-clairement à qui saint Paul en voulait et on ne peut pas méconnaître ceux qu'il a si bien marqués par leurs propres caractères.
Pourquoi parmi tant d h: résies le Saint- Esprit n'a voulu marquer expressément que celle-ci; les saints Pères en ont été étonnés et en ont rendu des raisons telles qu'ils l'ont pu en leur siècle. Mais le temps, lidèle interprète des prophéties, nous en a découvert la cause profonde, et on ne s'étonnera plus que le Saint-Esprit ait pris un soin si particulier de nous prémunir contre cette secte, après qu'on a vu que c'est celle qui à le plus longtemps et le plus dang reuse-ment iniecté le christianisme: le plus longtemps, par tant de siècf s qu'on lui a vu occuper, et le plus dangereusement, parco que sans rompre avec éclat comme les autres, elle se tenait cachée autant qu'il éta t possible dans l'Eglise même, et s'insinuait sous le- apparences de la même foi, du même culte, et encore d'un extérieur é on nant de piété. C'est pourquoi l'apôtre saint Paul a marqué si expressément son hypocrisie. Jamais l'esprit de mensonge, que cet Apôtre remarque, n'a été plus justement attribué à aucune -ecle, parce qu'outre que celle-ci enseignait comme les autres une fausse doctrine, elle excellait au-dessus des autres à dissiper sa croyance. Nous aums vu que ces malheureux avouaient tout co
(I629j Jitj., Avis aux prolestants de t' Europe , à la tôle tics Préj. lég., p. 9.
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PART. X. TIII.OL. POLEMIQUE. -■ 11. IIISTOIUE DES VARIAI iO.NS.
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rien dims les choses les plus essentielles'; ils n'éporgnaii nt pas le parjure pour cai hcr leurs dogmes; la facilité qu'ils avaient à trahir leurs consciences y faisait voir une certaine insensibilité, que sainl Paul exprime 8 luiirablement par le ca itère, qui i e ri tes chairs insensibles eu les mortifi nt , comme le docte Théodore! l'a remarqué en ce lieu (1630), et je ne crois pas que jamais une prophétie ait pu Cire vérifiée par des caractères plus sensibles que celle-ci l'a été.
Il ne faut pas s'étonner pourquoi le Saint- Espr t a voulu que la prédiction do cette hérésie fût si particulière et si précise. C'était plus (pie toutes les autres hérésies l'erreur des derniers temps, connue l'appelle saint Paul (/ Tim. iv, 1), soit que nous prenions pour les derniers temps, selon le Style de l'Ecriture, tous les temps de la loi nouvelle, soit que nous prenions pour les derniers temps la lin des siècles, où Satan devait être déchaîné de nouveau*. ( Apoc. xx, 3, 7.) Dès le second et le troisième siècle l'Bglise a vu naître et Cerdon, et Marcion, et Manès , ces ennemis du Créateur. Ou trouve partout des semences de cette doctrine : on en trouve chez Tatien, qui condamnait le vin et le mariage, et qui dans sa concordance des Evangiles avait rayé tous les passages où il est porté que Jésus- Christ est serti du sang de David (1631). Cent autres sectes infâmes avaient attaqué, le Dieu des Juifs, mais avant Manès et Marcion ; et nous apprenons de. Théodoret que ce dernier n'avait fait que tourner d'une autre manière les impiétés de Simon le Magicien (1632). Ainsi cette erreur a commencé dès l'origine du christianisme : c'était le vrai mystère d'iniquité qui commençait du temps de saint Paul (// Thcss. n, 7); mais le Saint-Esprit, qui prévoyait que cette peste se devait un jour déclarer d'une manière plus nianif. ste, l'a fait prédire par cet Apôtre avec une précision et une évidence étonnante. Marcion et Manès ont mis dans une plus grande évidence ce mystère d'iniquité: la détestable secte a toujours eu depuis ce temps-là sa suite funeste. Nous l'avons vu, et jamais erieur n'a plus longtemps troublé l'Eglise, ni étendu plus loin ses branches. Mais lorsque, par l'éminenle doctrine de saint Augustin, et par les soins rie saint Léon et de saint Gélase, elle fut éteinte dans tout l'Occident, et dans Rome même où elle avait tâché de s'établir, on voit enfin arriver le terme fatal du déchaînement de Satan. Mille ans après que ce fort armé eut été lié par Jésus-Christ venu au monde (Apoc. xx, 2, 3, 7; Matth. xxn, 1 29 ;Luc. xi, 21,22), l'esprit d'erreur revient plus que jamais, les restes du manichéisme i tr.'p bien conservés en Orient se débordent 1 sur l'Eglise latine. Qui nous empêche de
regarder ces malheureux temps comme un des termes du déchaînement de Satan, sans préjudice des autres sens plus cachés? Si pour accomplir la prophétie il ne faut que Gog et Magog [Apoc. xx, 7, 8), nous trouverons dans l'Arménie près de Sainosato la province nommée Gogarène où demeuraient les pauliciens, et nous trouverons Magog dans les Scythes dont les Bulgares sont sortis (1633;. C'est de là que sont venus ces ennemis innombrables de la Cité sainte (Apoc. xx, 8), par qui l'Italie est attaquée la première. Le mal est porté en un instant jusqu'à l'extrémité du Nord : une étincelle allume un grand feu, l'embrasement s'étend presque par toute la terre. On y découvre partout le venin caché,: avec le manichéisme, l'arianisme et toutes les hérésies reviennent sous cent noms bizarres et inouïs. A peine peut-on éteindre ce feu durant trois à quatre cents ans, et on en voyait encore des restes au xv' siècle.
Après qu'il n'en reste plus que la cendre, le mal ne finit pas pour cela Satan avait mis dans la secte impie de quoi renouveler l'incendie d'une manière plus dangereuse que jamais. La discipline ecclésiastique s'était relAchée par toute la terre ; le,s désordres et les abus portés jusqu'aux environs de l'autel faisaient gémir les bons, les humiliaient, les pressaient à se rendre encore meilleurs; niais ils firent un autre elfet danjj les esprits aigres et superbes. L'Eglise romaine, la mère et le lien des Eglises, devint l'objet de la haine de tous les esprits indociles : les satires envenimées animent le monde contre le clergé; l'hypocrite manichéen en fait retentir tout l'univers, et donne le nom d'Antéchrist à l'Eglise romaine, car c'est alors qu'est née cette pensée, parmi les ordures du manichéisme, et au milieu des précurseurs de l'Antéchrist même. Ces impies s'imaginent paraître plus saints, en disant qu'il faut être saint pour administrer les sacrements. L'ignorant vaudois avale ce poison. On ne veut plus recevoir les sacrements par des ministres odieux et décriés : le filet se rompt (Luc. v, 6) de tous côtés, et les schismes se multiplient. Satan n'a plus besoin du manichéisme : la haine contre l'Eglise s'est répandue. La damnable secte a laissé une engeance semblable à elle, et un principe de schisme trop fécond. N'importe que les hérétiques n'aient pas la mêire doctrine, l'aigreur et la haine les dominent, et les réunisseut contre l'Eglise; c'en est assez. Le vaudois ne croit pas comme l'albigeois, mais, comme l'albigeois, il hait l'Eglise, et se publie le seul saint, le seul ministre des sacrements. Viclef ne croit pas comme les vaudois, mais Viclef publie, comme le3 vaudois, que le Pape et tout son clergé est déchu de toute autorité par ses dérèglements. Jean Hus ne croit pas comme Viclef, quoiqu'il l'admire ;
(1630) Comm. in hune locum. tom. III, p. 470. (1651) Epir«., tuer. 40 ; Thf.od , tom. IV ; llœr. fa*., hier. 20.
(1652) Theod., ibid., c. 25.
'1035,) tiocii., I'.hnl., lib. m, 13.
(«•LYRES COMPLETES DE BOSStEÎ.
ee qu'il en admirele plus, et ce qu'il ensuit presque uniquement, c'est que les crimes font perdre l'autorité. Ces petits bohémiens fuirent cet esprit, comme on a vu ; et ils le tirent paraître principalement, lorsqu'ils osèrent, une poignée d'hommes ignorants, rebaptiser tonte la terre.
Mais une plus grande apostasie se préparait par le moyen de ces sectes. Le monde rempli d'aigreur enfante Luther et Calvin, qui cantonnent la chétiente. Les tours sont différents, mais le fond est le même : c'est toujours la haine contre le clergé et contre t'Kglise romaine, et nul homme de bonne loi ne peut nier que ce n'ait été là la cause visible de leur progrès étonnant. 11 fallait se réformer : qui ne le reconnaît ? Mais il était encore plus nécessaire de ne pas rompre. Ceux qui prêchaient la rupture étaientils meilleurs que les autres? Ils en faisaient le semblant, et c'était assez pour tromper et vaquer comme la gangrène, selon l'expression de saint Paul. ( // Tim. u, 17. ) Le monde voulait condamner et rejeter ses conducteurs : cela s'appelle réforme. Un iiom spécieux éblouit les peuples, et pour exciter la haine, on n'épargne pas la calomnie ; aussi notre doctrine est défigurée, on la hait devant que de la connaître.
Avec de nouvelles doctrines on bâtit de nouveaux corps d'Eglise. Les luthériens et les calvinistes font les deux plus grands, mais ils ne peuvent trouver dans toute la terre une seule Eglise qui croie comme eux, ni d'où ils puissent tirer une mission ordinaire et légitime. Les vaudois et les albigeois, que quelques-uns nous allèguent, ne servent de rien. Nous venons de les faire voir de purs laïques, aussi embarras^ ses de leur envoi et de leur titre que ceux qui ont recours à eux. On sait que ces hérétiques toulousains ne sont jamais parvenus jusqu'à tromper aucun prêtre. Les prédic..i :urs des vaudois sont des marchands, des gens de métier, des femmes même.
Les bohémiens n'ont pas une meilleure origine, comme nous l'avons prouvé, et lorsque les protestants nous allèguent toutes ces sectes, ce n'est pas leurs auteurs qu'ils nous nomment, mais leurs complices.
Mais peut-être que s'ils ne trouvent pas dans ces sectes la suite «les personnes, ils y trouveront la suite de la doctrine. Encore inouïs : semblables par certains endroits aux hussites. par d'autres aux vaudois , par d'autres aux albigeois et aux autres sectes, ils les démentent eu d'autres articles. Ainsi ssns rencontrer rien qui soit uniforme, et prenant de côté et d'autre ce qui paraît les accommoder, sans suite, sans unité, sans prédécesseurs véritables, ils remontent le
plus haut qu'ils peuvent. !l> ne sont pas les premiers à rejeter les honneurs des saints, ni les oblalions pour les morts. Ils trouvent avant eux des eorps d'Eglise de celte même croyance sur ces deux points. Les bohémiens les recevaient: mais on a vu que ces bohémiens cherchèrent en vain des associés sur la terre. Quoi qu'il en soit, voilà une Eglise devant Luther, c'est quelque chose à qui n'a rien. Mais, après tout, cette Eglise qui est devant Luther n'est que cinquante ans devant ; il faudrait tâcher d'aller plus haut, on trouvera les vaudois, et un peu plus haut les manichéens de Toulouse. On trouvera au iv* siècle les manichéens d'Afrique contraires au culte des saints; un seul Vigilance les suit dans ce seul point, maison ne trouvera point phis haut d'auteur certain; et c'est de quoi il s'agit. On ira un peu plus loin sur l'oblation pour les morts. Le prêtre Aërius paraîlra, ruais seul et sans suite, rien de plus : c'est tout ce qu'on trouvera de positif, tout ce qu'on alléguera au-dessus sera visiblement allégué en l'air. Mais voyons ce qu'on trouvera sur la présence réelle, el souvenons-nous qu'il s'agit de faits positifs et constants. Carlostad n'est pas le premier qui a soutenu que le pain n'est pas fait le corps: Bérenger l'avait déjà dit quatre cen'.s ans auparavant, dans le xi* siècle. Mais Bérenger n'est pas le premier, ces manichéens d'Orléans venaient de le dire, et le monde était plein encore du bruit de leur mauvaise doctrine, quand Bérengeren recueillit cette petite partie. Plus haut je trouve bien des prétentions et des procès qu'on nous fait sur celte matière, mais non pas des faits avérés et positifs.
Au reste les sociniens ont une suite plus manifeste : en prenant un mot d'un côté et un mot de l'autre, ils nommeront dans tous les'siècles des ennemis déclarés de la divinité de Jésus-ChrLst, et à la tin ils trouveront Cérinthus sous les apôtres. Us n'en seront fias mieux fondés, pour avoir trouvé quelque chose de semblable parmi tant île témoins discordants d'ailleurs; puisqu'au fond la suite leur manque avec l'uniformité. A le prendre de celle sorte, c'est-à-dire en composant chacun son Eglise île tout ce qu'on trouvera de conforme à ses sentiments deçà et delà, sans aucune liaison, rien n'empêche, comme on l'aura pu remarquer, que tie toutes les sectes qu ou voit aujourd'hui, et de toutes celles qu'on verra jamais, on ne remonte jusqu'à Simon ' le Magicien, et jusqu'à ce mystère d'iniquité qui commençait du temps de saint Paul.
(// Thess. u, T.)