LIVRE XII
îtepuis 1371 jusqu'à i.>79. rt depuis 1603 jusqu'à 1615.
SOMMAIRE. —Eh France même les Eglises de li Réforme troublées du mot de substance - Il est mai* tenu comme établi selon ta parole Je l>ieu dans un synode, et dans l'autre réduit à tien en laveui des
res
PART. X. TilLOL. POLEMIQUE. — 11. HISTOIRE l>i:S VARIATIONS.
Suisses qui se Incitaient de la décision. — Fol p kj Francect foi pour la Suisse. - Assemblée du
Francfort, el projet de nouvelle confession de roi pour tout te second parti des protestants; ce qu'on v voulait supprimer cm faveur des luthériens. — Detestaiion de la présence réelle, établie et supprimé*
i- nie temps. L'affaire de Piacalor, ci décision doctrinale de quatre Byuodes nationaux réduite à
rien, - Principes des calvinistes el démonstrations qu'on en lire eu notre faveur. — Propositions d« Duiuotil n reçues au syuode d'Ay. — Rien de solide m de sérieux dans la Réforme.
L'union do Sendomir n'eut son effet
3u'en Pologne. En Suisse, les zwingliens enieurèrenl fermes à rejeter les équivoques. Déjà les Français commençaient à entrer dans leurs sentiments. Plusieurs soutenaient ouvertement qu'il fallait rejeter le mot de substance, et changer l'article 30 de la confession île loi présentée à Charles 1\ où la Cène était expliquée, Ce n'était pas des particuliers qui faisaient cette dangereuse proposition, niais les Eglises entières ; et encore les principales Eglises, colle de l'Ile-de-France et de Brie, celle de Paris, celle de Meaux, où l'exercice du calvinisme avait commencé, et les voisines.
Ces Eglises voulaient changer un article si considérable de la confession de foi que dix ans auparavant on avait donnée connue n'enseignant autre chose que la pure parole de Dieu : c'eût été trop décrier le nouveau parti. Le synode de la Rochelle, où Kèze fut président, résolut de condamner ces réformateurs de la Réforme de 1571.
C'était le cas de parler précisément. La eontestation étant émue, et les parties étant présentes, il n'y avait qu'à trancher en peu de mots : mais ce n'est que les idées nettes oui produisent la brièveté. Voici donc de mot ,î mot comme on parla; et je demande seulement qu'il me soit permis de diviser le décret en plusieurs parties, et de le réciter comme ù trois reprises.
On commence par rejeter ce qui est mauvais, et ou le fait assez bien. Poser, ce sera la grande peine ; mais lisons. « Sur le 30 article de la confession de foi, les députés do l'Ile-de-France représentèrent qu'il serait besoin d'expliquer cet article, on ce qu'ii parle de la participation de la substance de Jésus-Christ. Après une assez longue conférence, le synode, approuvant l'article 30, rejette l'opinion de ceux quine veulent recevoir le mot de substance; par lequel mol on n'entend aucune confusion, commixtion ou conjonction qui soit d'une layon charnelle ni autrement naturelle ; mais une conjonction vraie, liès-étroite, el d'une façon spirituelle, par laquelle Jésus-Christ lui-même est tellement fait nôtre, et nous siens, qu'il n'y a aucune conjonction de corps ni naturelle ni artificielle qui soit tant étroite; laquelle ne tend point à celte un toutefois que de sa substance et personne, jointe avec nos substances et personnes, soit composée quelque troisième personne et substance; mais seulement à ce que sa vertu, et toul ce qui est en lui requis à notre salut, nous soit par ce moyen plus étroitement donné et communiqué : ne consentant avec ceux qui nous (lisent que nous nous joignons avec tocs sr.s mérites et
dons et avec son esprit seulement, sans que lui-même soit nôtre. » Voilà bien des paroles sans rien dire. Ce n'est pas une coinmixtion charnelle ni naturelle : qui no le sait pas? Elle n'a rien de commun avec les mélanges vulgaires : la lin en est divine, la manière en est toute céleste, et en ce sens spirituelle : qui en doute? Mais quelqu'un a-t-il jamais seulement songé que de la substance de Jésus-Christ unie à la nôtre il s'en fit une troisième personne, une troisième substance? 11 ne faut point tant perdre de temps à rejeter ces prodiges, qui ne sont jamais entrés dans aucun esprit.
C'est quelque chose do rejeter ceux qui ne veulent participer qu'aux mérites do Jésus -Christ, à ses dons et à son esprit, sans que lui-mèrne se donne à nous; il ne faudrait qu'ajouter qu'il se donne à nous en la propre et naturelle substance de sa chair et de son sang; car c'est de quoi il s'agit, c'est ce qu'ii faut expliquer. Les Catholiques le font très-nettement; car ils disent que Jésus-Christ en prononçant Ceci est mon corps, le môme qui u été livré pour vous ; Ceci est mon sang, le môme g«t a été répandu pour vous (Matih. xxvi, 20, 28; Luc. xxn, 19, 20; / Cor. xi, 24), en désigne non la ligure, mais la substance, laquelle en disant prenez, il rend toute nôtre, n'y ayant rien qui soit plus à nous que ce qui nous o^t donné do celte sotte. Cela parle, cela s'otilend. Au lieu do s'expliquer ainsi nettement et précisément, nous allons voir nos ministres se perdre en vagues discours, et entasser passages sur passages sans rien conclure. Reprenons où nous avons fini; voici ce qui se présente : « Ne consentant, poursuivent-ils, avec ceux qui disent que nous nous joignons avec ses mérites et avec ses dons et son esprit seulement, ainsi admirant avec l'Apôtre (Eph. v) ce secret supernaiurel et incompréhensible à notre raison, nous croyons que nous sommes faits participants du corps livré pour nous ; quonous sommes chair de sa chair et os de ses os, et le recevons avec tous ses don;; aveu lui par foi engendré en nous par l'efficace el vertu incompréhensible du Saint-Esprit; on entendant ainsi ce qui est dit : Qui mange la chair et boit le sang a la vie éternelle . item : Christ est le cep, et nous 1rs sarments, et qu'il nous fait demeurer en lui afin de porter son fruit, et que nous sommes membres de son corps, de sa chair et de ses os. » On craint assurément d'être entendu, ou plulùt on ne s'entend pas soi-même quand on se charge de tant de paroles inutiles, de tant de phrases enveloppées, do tant de passages confusément entassés. Car, enfin, ce qu'il faut montrer, c'est le tort rtu'out ceux cjui
Œl VUES COMPLETES DE BOSSUET.
ne voulant reconnaître dans l' Eucharistie que la communication des mérites et de l'esprit de Jésus-Christ, rejettent de ce mystère la propre substance de son corps et de son sang. Or, c'est ce qui ne paraît dans aucun de ces passages entassés. Ces passages concluent seulement que nous recevons quelque chose découlée de Jésus- Christ pour nous vivifier, comme les membres reçoivent du chef l'esprit qui les anime ; mais ne concluent nullement que nous recevions la propre substance de son corps et de son sang. 11 n'y a aucun de ces passages, a la réserve d'un seul , c'est celui de saint Jean, vi, qui regarde l'Eucharistie; et encore celui de saint Jean, vi, ne la regarde,t-il pas, si nous en croyons les calvinistes. lit si ce passage bien entendu montre en effet dans l'Eucharistie la propre substance île la chair et du sang de Jésus-Christ, il ne la montre plus de la manière qu'il est ici employé par les mink>tr>s; puisque tout leur discours se réduit enfin à diie que nous recevons Jésus-Christ uvec tous ses dons avec lui par foi engendre' en nous. Or Jésus- Christ par foi engendré en nous n'est rien moins que Jésus-Christ uni à nous en la propre et véritable substance de sa chair et de son sang ; la première de ces unions n'étant que morale, faite par de pieuses affections de l'âme; et la seconde étant physique, réelle et immédiate de corps à corps et de substance à substance : ainsi ce grand synode n'explique rien moins que ce qu'il veut expliquer.
le remarque dans ce décret que les calvinistes, ayant enti épris d'expliquer le mystère de l'Eucharistie, et dans ce mystère la nropre substance du corps et du sang de jesus-Christ qui en est le fond, nous allèguent tout autre chose que les paroles de l'institution: Ceci est mon corps, ceci est mon sang; car ils sentent, bien qu'en disant que ces mots emportent la propre substance du corps et du sang, c'est faire clairement paraître que le dessein de Nôtre-Seigneur a été d'exprimer le corps et le sang, non point en figure ni même en vertu : mais en effet, en vérité et en substance. Ainsi cette substance sera non-seulement par la foi dans l'esprit et dans la pensée du fidèle, mais en effet et en vérité sous les espèces saci amentelles où Jésus-Christ la désigne, et par là même dans nos corps où il nous est ordonné de la recevoir, afin qu'en toutes manières nous jouissions de notre Sauveur et participions à notre victime.
Au reste, comme le décret n'avait allégué aucun passage qui établit la propre substance dont il était question , mais plutôt qu'il l'avait excluse en ne montrant Jésus-Christ uni que par foi . on revient enfin à la substance par les paroles suivantes: « Et de fait, ainsi que nous lirons notre mort du premier Adam, en tant que nous participons à sa substance; ainsi faut-il que nous participions vraiment au second Adam Jésus-
Christ afin d'en tirer notre vie. Partant seront tous pasteurs , et généralement tous fidèles exhortés à ne donner aucun lieu aux opinions contraires à ce que dessus, qui a fondement exprès en la parole de Dieu. »
Les saints Pères se sont servis de celte comparaison d'Adam pour montrer que Jésus-Christ devait être en nous autrement que par foi ou par affection, ou moralement: car ce n'est point seulement par affection et par la pensée qu'Adam et les parents sont dans leurs enfants; c'est par la communication du même sang et de la même substance: et c'est pourquoi l'union que nous avons avec nos parents , et par leur moyen avec Adam d'où nous sommes tous descendus , n'est pas seulement morale , mais physique et substantielle. Les Pères ont conclu de là que le nouvel Adam devait être en nous d'une manière aussi physique et aussi substantielle, afin que nous puissions tirer de lui l'immortalité, comme nous lirons la mortalité de notre premier père. C'est aussi ce qu'ils ont trouvé, et bien plus abondamment dans l'Eucharistie que dans la génération ordinaire, puisque ce n'est pas une portion du sang et de la substance; mais que c'est toute la substance et tout le sang de Nôtre-Seigneur Jésus-Christ qui nous y est communiqué. Dire maintenant avec les ministres que cette communication se fasse simplement par foi, c'est non-seulement affaiblir la comparaison , mais encore anéantir le mystère ; c'i>t en ôter la substance: et au lieu qu'allé se trouve plus abondamment en Jésus-Christ qu'en Adam, c'est faire qu'elle s'y trouve beaucoup moins, ou plutôt point du tout.
C'est ainsi que nos docteurs s'embarrassent , et que plus ils font d'efforts pour s'expliquer, plus ils jettent d'obscurité dans les esprits. Cependant à travers ces obscurités on démêle clairement que, parmi les défenseurs du sens figuré, il y avait à la vérité une opinion qui ne vculaitdans l'Eucharistie que les dons et les mérites de Jésus-Christ ou tout au plus son esprit, et non pas la propre substance de sa chair et de son sang; mais que cette opinion était expressément contraire à la parole de Dieu , et ne devait trouver aucun lieu parmi les fidèles.
^11 n'est pas malaisé de deviner qui étaient lès défenseurs de cette opinion : c'étaienlles Suisses, disciples de Zwingle , et les Fiançais, qui en approuvant leur sentiment voulaient faire réformer l'article. C'est pourquoi on entendit aussitôt les plaintes des Suisses, qui crurent voir leur condamnation dans le synode de la Rochelle, et la fraternité rompue; puisque, malgré le tour de douceur qu'on prenait dans le décrit , leur doctrine au fond était rejelée comme contraire à la parole de Dieu , avec expresse exhortation à n'y donner aucun lieu parmi les pasteurs et les fidèles.
Us écrivirent à Bèze dans cet esprit (103'i), et la réponse qu'on leur fit fut surprenante.
(JOoi) liospis., lo"l, p. Zil.
7 8 l'Ail T. \. rHEOL. POLEMIQUE. 11. HISTOIRE DKS VARIATIONS.
R.'zr eul ordre do leur écrire que le décr i du synode delà Rochelle ne les rogardait pas, mais seulement certains français; de
sorte qu'il y avail une confession de foi pou i la France . el une auti e i our la Suisse ,
connue m la foi variait selon les pays , et qiril ne lui pas aussi véritable qu'en Jésus- Cl.ii-t il n'y a ni Suisse, ni Français, qu'il es- vé il ible, si ton saint Paul, qu'il n j a ni Scythe , ni Grec, (Col. m, II.) Au sur plus, Uèzesjoulail pour contenter les Sui que (es Eylises (!<■ France détestaient la prétend substantielle et charnelle, avec les muu.'tres de la transsubstantiation et de la ubstanliation. \ oilà non.' , en passant , les luthériens aussi maltraités que les Catholiques, et leur doctrine regardée comme également monstrueuse; mais c'est enécrirant aux Suisses : nous, avons vu qu'on sait s'adoucir quand on écrit aui luthériens, et que la consubstauliation est épargnée.
Les Suisses lie se payèrent pas de ces .dites du synode de la Rochelle, et ils virent bien qu'on les attaquait sous le nom de a:s Français. Bullinger , ministre de Zurich , qui eut ordre de répondre à Bèze, lui sut bien dire que c'était eux en ctl'et que l'on avait condamnés: « Vous condamnez, « répondit-il (1635), «ceux qui rejettent le mot de propre substance ; et qui ne sait que nous sommes de ce nombre?» Ce que Bèze avait ajouté contre la présence charnelle et substantielle notait pas la difficulté : Bullinger savait assez que les Catholiques, aussi bien que les luthériens, se plaignent qu'on leur nttiibuc une présence charnelle à quoi ils ne pensent pas ; et d'ailleurs il ne savait pas ce que c'était de recevoir en substance ce qui n'est pas substantiellement présent: ainsi ne comprenant rien dans les raffinements de Bèze, ni dans sa substance unie sans être présente , il lui répondit qu'il fallait parler nettement en matière de foi, pour ne point réduire les simples à ne savoir plus que croire; d'où il conclut qu't'i fallait adoucir le décret, el ne proposa que ce seul moyen d'accommodement.
H y fallut enfin venir; et l'année suivante, dans le synode de Nîmes, on réduisit la substance à si peu de chose, qu'il eût autant valu la supprimer tout à fait. Au lieu qu'au synode de la Rochelle il s'agissait de réprimer une opinion contraire à ce qui avait fondement exprès en la parole de biea , on lâche d'insinuer qu'il ne s'agit que d'un mol. On efface du décret de la Rochelle ces mots qui eu faisaient tout le fort : Le synode rejette l'opinion de ceux qui ne veuLnl recevoir le mol de substance. On déclare qu'on ne veut point préjudiciel1 aux étrangers; et en a tant de complaisance pour eux, que ces granits mots de propre substance du corps et du sang de Jésus-Christ tant affectés par Calvin , tant soutenus par ses disciples, si soigneusement conservés au synode de la Rochelle, et à la lin réduits à rien par nos réformés, ne paraissent plus dans
leur confession de foi que pour être un monument de l'impression de réalité et de substance que les paroles de Jésus-Christ avait ti laite naturellement dans l'esprit de leurs
auteurs et dans celui de Calvin môme.
Cependant, s'ils veulent penser à ces affaiblissements île leur première doctrine, i- \ pourront remarquer comment l'esprit de séduction les a surpris. Leurs pères ne se seraient pas aisément privés de la substance du corps et du sang de leur Sauveur, qui est le gage d'un amour immense , on ne les aurait pas aisément réduits à des ombres et à des ligures , ni à une simple vçertu dé- 1 uiilée de ce corps et de ce sang. Calvin leur avait promis quelque chose de plus. Ils s'étaient laissés attirer par une idée de réalité et de substance continuellement inculquée dans ses livres , dans ses sermons , dans ses commentaires , dans ses confessions de foi, dans ses catéchismes ; fausse idée, je le confesse; puisqu'elle y était en paroles seulement, et non en effet : mais enfin cette belle, idée les avait charmés ; et ne croyant rien perdre de ce qu'ils avaient dans l'Eglise, ils n'ont pas craint de la quitter. Maintenant que Zuingle a pris le dessus , de l'aveu de leurs synodes , et que les grands mots de Calvin demeurent visiblement sans force etsans aucun sens , que ne reviennent-ils do leur erreur, et que ne cherchent-ils dans l'Eglise la réelle possession dont oa les avait flattés?
Les Suisses zuingiiens furent apaisés par l'explication du synode de Nîmes: mais le fond de la division subsistait toujours. Tant de différentes confessions de foi en étaient une marque trop convaincante pour pouvoir être dissimulée. Cependant les Français, et les Suisses , et les Anglais, et les Polonais avaient la leur, que chacun gardait sans prendre celle des autres ; et leur union semblait plus tenir de la politique que d'une concorde sincère.
On a souvent cherché des remèdes à cet inconvénient; mais en vain. Lu 1577 il se tint une assemblée à Francfort, où se trouvèrent les ambassadeurs de la reine Elisabeth avec des députés de France , de Polo-, gne , de. Hongrie et des Pays-Bas. Le comte palatin Jean Casimir, qui l'année précédente avait amené en France un si grand secours à nos réformés, procura celle assemblée (1636). Tout le parti qui défendait le sens. figuré, dont ce prince était lui-même, y était assemblé , à la réserve des Suisses et des Bohémiens. Mais ceux-ci avaient envoyé leur déclaration, pour laquelle ils se soumettaient à ce qui seraitrésolu : et pour les. Suisses , le palatin lit déclarer par son ambassadeur qu'il s'en tenait assuré. Le dessein de celte assemblée , comme ii parait tant par les discours du député lorsqu'il en lit l'ouverture, que par le consentement unanime de tous les autres députés , était de dresser une commune confession de fo
(1655) Hosp., 1571, p. "ii.
(1656; Act. aulh. Blond , p. !i9.
de ces Eglises (1637) ; et la raison qui avait porté le palatin à faire, cette proposition , c'est que les luthériens d'Allemagne , après avoir fait ce fameux livre De la Concorde dont nous avons souvent parlé, devaient tenir une assemblée à Magdebour.g pour y prononcer d'un commun accord l'approbation de ce livre, et à la fois la condamnation de tous ceux qui ne voudraient pas y souscrire; ea sorte qu'étant déclarés hérétiques, ils fussent exclus de la tolérance que l'Empireavait accordée sur le sujet de la religion. Par ce moyen tous les défenseurs du sens figuré étaient proscrits, et le monstre de l'ubiquité soutenu dans ce livre était établi. Il était de l'intérêt de ces Eglises que l'on voulait condamner, de paraître alors nombreuses , puissantes et unies. On les décriait comme ayant chacune leur confession de foi
f>artieulière ; et les luthériens réunis sous e nom commun de la confession d'Augsbourg, se portaient aisément à proscrire un parti que sa désunion faisait mépriser.
On y couvrait néanmoins, le mieux qu'on pouvait, un si grand mal par des paroles spécieuses; et le député pahUin disait que toutes ces confessions de foi, conformes dans la doctrine, ne différaient que dans la méthode et dans la manière déparier. Mais il savait bien, le contraire, et les ditférences n'étaient que trop réelles pour ces Eglises. Quoi qu'il en so{t, il leur importait, pour arrêter les luthériens^ de leur faire voir leur union par une confession de foi aussi reçue entre eux tous, que l'était celle d'Augsbourgdans le parti luthérien. Mais on avait un dessein encore plus général, car en faisant celte nouvelle conlession de foi com muiie aux défenseurs du sens figuré, on voulait chercher des expressions dont, les luthériens défenseurs du sens littéral [lussent convenir, et faire par ce moyen un même corps de tout le parti qui se disait réformé. Les députés n'avaient point de meilleur moyen d'empêcher la condamnation dont le parti luthérien le.s menaçait. C'est pourquoi le décret qu'ils firent "sur cette commune confession de foi fut tourné de cette sorte :« Qu'il la fallait faire claire, pleine et solide, avec une claire et briève réfutation de toutes les hérésies de ce temps ; en tempérant néanmoins tellement le style, qu'on attirât plutôt que d'aigrir ceux qui confessent purement la Confession d'Augsbourg, autant que la vérité le pourrait permettre (1638). »
La faire claire, la faire pleine, la faire solide, cette confession de foi, avec une claire et courte réfutation de toutes les hérésies de ce temps, c'était une grande affaire, de beaux mots, mais une chose bien difficile, 'pour ne pas dire impossible, parmi des gens dont les sentiments étaient divers : surtout pour n'irriter pas davantage les luthériens si zélés détenseurs du sens littéral, il fallait passer bien légèrement sur la présence réelle et sur les autres articles si souvent
marqués. On nomma des théologiens bien instruits des maux de l'Eglise, c'est-à-dire des divisions de la Réforme et îles confessions de foi qui la partageaient. Rodolphe Gaultier et Théodore de Bèze, ministres, l'un de Zurich et l'autre de Genève, devaient mettre la dernière main à l'outrage, qu'on devait ensuite envoyer à toutes les Eglises pour être lu, examiné , corrigé et augmenté comme on le trouverait à propos.
Pour préparer un ouvrage d'un si grand raffinement, et çrapècher la condamnation que les luthériens allaient faire éclore, on résolut d'écrire au nom de toute l'assemblée une lettre qui fût capable de les adoucir. On leur dit donc que -< cette assemblée avait été convoquée de plusieurs endroits du monde chrétien, pour s'opposer aux entreprises du Pape, après les avis qu'on avait eus qu'il réunissait contre eux les plus puissants princes de la chrétien'é : » c'était-; hdire l'empereur, le roi de France, et le roi d'Espagne ; mais que « ce qui les avait le plus affligés était que quelques princes d'Allemagne, qui invoquent, disaient-ils, le même Dieu que nous, » comme si les Catholiques en avaient un autre, « et détestaient avec nous la tyrannie de l'Antéchrist romain, se préparaient à condamner la doctrine de leurs Eglises; et qu'ainsi, parmi les malheurs qui les accablaient, ils se voyaient attaqués par ceux dont la vertu et la sagesse faisait la meilleure partie de leur espérance. »
Ensuite ils représentaient à ceux de ,a Confession d'Augsbourg, que le Pape en ruinant les autres Eglises ne les épargnerait pas : « car comment, poursuivent-ils, haïrait-il moins ceux qui les premiers lui ont donné le coup mortel? » c'est-à-dire les luthériens qu'ils mettent par ce moyen à la tète de tout le parti. Ils proposent un concile libre pour s'unir entre eux, et s'opposer à l'ennemi commun. Enlin, après s'être plaints qu'on les voulait condamner sans les ouïr, ils disent que la controverse qui les divise le plus d'avec eux de la Confession d'Augsbourg, c'est-à-dire celle de la Cène et de la présence réelle, n'a. pas tant de difficulté qu'on s'imagine, et qu'on leur fait tort en les accusant de rejeter la Confession d'Augsbourg.Mais ils ajoutent qu'elle avait besoin d'explication en quelques endroits, et que Luther même et Mélanclilhon y avaient fait quelques corrections, par où ils entendent manifestement ces diverses éditions où l'on a fait les changements que nous avons vus durant la vie de Luther et de Mélanclilhon.
L'année suivante, les calvinistes de France tinrent leur synode national de Sainte-Foi, où ils donnèrent pouvoir de changer la confession de foi qu'ils avaient si solennellement présentée à nos rois, cl qu'ils se glori liaient de soutenir jusqu'à répandre tout leur sang. Le décret en est mémorable : il y est porté « qu'après avoir vu les instruc-
dÇ37| Acf. a\il!i. pimul.
(4638) Ibid^ r-.Gl
7H3 PART. X. TIIEOL. POLEMIQUE. - II. HISTOIRE DES VARIATIONS- 791
lions de Rassemblée tenue à, Francfort par venir dans la doctrine. Toute In France était
le moyc du dur Jean Casimir, il» entrent embrasée des guerres civiles,. et lo vicomto
anus le dessein do lier en une sainte union de Turenne jeune alors, mais plein d'esprit
de pure doctrine toutes Les Eglises çéfor- et de valeur, 'pie le malheur des temps
mkbh m l\ chrétienté, doni certains théo,- avait entraîné dans le | arii depuis deux eu
logions protestants voulaient condamner la trois ans seulement, s'j était donné d'abord
lus grande et saine partie; et approuvent tant d'autorité, moins encore par .son illus-
le dessein de (aire et dresser un formulaire lie naissance cpii lo liait aux plus grandes de confession de foi commune a toutes les maisons du royaume, que par sa haute ca- Eglises, aussi bien que l'invitation faite parité et par sa liante valeur, qu'il était déjà nommément aux Eglises de ce royaume, lieutenant du roi de Navarre, depuis Ilenpour envoyer au lieu assigné gens bien ap- ri IV. L'n homme de ee génie entra aisément prouvés et autorisés avee ample procuration dans le dessein de réunir tous les protespour traiter, accorder et décider de tous les lants : mais Dieu ne permit pas iju'il en points de la doctrine, et autres choses con- vuit a bout. Ou trouva les luthériens intratreniant l'union, repos, et conservation de tables ; et les confessions de foi, malgré la l'Eglise et du pur service de Dieu. » En exé- résolution qu'on avait prise unanimement eution de ce projet ils nomment quatre dé- de les changer toutes, subsistèrent comme putes pour dresser cette commune confes- contenant la pure parole de Dieu, à laquelle sion de foi, mais avec un pouvoir beaucoup il n'est permis ni d'ùter ni d'ajouter, plus ample que celui qu'on leur avait de- Nous voyons que l'année d'après, c'est-amandé dans l'assemblée de Francfort. Car dire en 1579, on espérait encore l'union : tu lieu que cette assemblée, qui n'avait pu puisque les calvinistes des Pays-Bas é. ncroire que les Eglises pussent convenir virent en commun aux luthériens auteurs d'une confession de foi sans la voir, avait du livre De la Concorde, à Remnice, à Chyordonné qu'après qu'elle aurait été compo- Ire, à Jacques André, et aux autres outrés Bée par certains ministres et limée par d'au- défenseurs de l'ubiquité, qu'ils ne laissaient 1res, elle serait envoyée à toutes les Eglises pas d'appeler non-seulement leurs frères, pour l'examiner et corriger ; ce s\ node fa- mais leur chair, tant leur union était intima Bile au delà de tout ce qu'on avait pu ima- malgré des divisions si considérables ; les pilier, non-seulement donne charge expresse invitant * à prendre des conseils modérés, a ces quatre députés « de se trouver aux à entrer dans Les moyens d'union pour leslieu et jour assignés, avec amples procura- quels le synode de France ( c'était celui de dons tant des ministres, qu'en particulier de Sainte-Foi ) avait nommé 'les députés; et .1 Mgr le vicomte de Turenne; » mais y ajoute l'exemple, disent-ils, de nos saints Pères, de plus, • qu'en cas même qu'on n'eût le Luther, Zwingle, Capiton, Rueer, Mélanclimoyen d'examiner par toutes les provinces thon, Rullinger, Calvin, » qui s'étaient encelte confession de foi, on se remet à leur tendus comme on a vu. Voilà donc les pè-. prudence et sain jugement pour accorder et res communs des sacramentaires et des luconclure tous les points qui seront mis en tbériens; voilà ceux dont les calvinistes délibération, soit pour la doctrine, ou au- v au lent la concorde et les conseils mode-* très choses concernant le bien, union et re- rés. pos de toutes les Eglises (1639). » Tous ces desseins d'union furent sans ef-
Voilà donc manifestement, par l'autorité fet ; et les défenseurs du sens ligure, loin de
de toulun synode national, la*foi des Egli- pouvoirconvenird'une commune confession
ses 'prétendues de France entre les mains de foi avec les luthériens défenseurs du
de quatre ministres et M. de Turenne, avec sens littéral, n'en purent pas même convenir
pouvoir d'en régler ce qu'il leur plairait , et entre eux. On en renouvela souvent ia pro-
ceux qui ne veulent pas qu'on puisse s'en position, et encore presque de nos jours en
rapporter à toute l'Eglise dans les moin- l'an 16li au synode de Tonneins ; ee qui fut
dres points de la foi, s'en rapportent à leurs suivi en 1615 des expédients proposés par
députés. le célèbre Pierre Dumoulin. Mais quoiqu'il
On s'étonnera peut-être de voir. M. de eu eût été remercié par le synode de i'Iie- Turenne nommé entre ces docteurs; mais de-France, tenu la môme année au bourg c'est que te bien, union et repos de /unies les d'Ay en Champagne (IGïO), et qu'il eût le Eglises, pour lequel on faisait ladéputalion, crédit qu'on sait non-seulement en France disait beaucoup plus qu'il ne paraissait d'à- parmi ses confrères, mais encore en Anglebord. Car le duc Jean Casimir et Henri de la terre et dans tout son parti: tout demeura Tour, vicomte de Turenne, qu'on députe inutile. Les Eglises qui défendent le sens avec les ministres, songeaient à établir ce ligure ont reconnu le mal essentiel de leur repos par autre chose que par des discours désunion; mais elles ont reconnu en même et des confessions de foi : mais elles en- temps qu'il était irrémédiable : et celle traient nécessairement dans la négociation; commune confession de foi tant désirée et et .l'expérience avait fait voir qu'on ne pou- tant recherchée est devenue une idée de vait liguer comme il faut ces Eglises nou- Platon. vellement réformées, sans auparavant con- Ce serait une partie de l'histoire de rap-
( I 639) llist de l'ass. de Franc; Act. aulh. Blond., (16i0) Acl. nuih Blond.tp. 72. p. 65; Syn. Je Sainte Foi, p. 5, 6.
79o OEUVRES COMPLETES DE BOSSUET. 796
porter les réponses des ministres a ce dé- cru pouvoir corriger en 1578 ce que le sycretde Sainte-Foi après qu'i I eut été produit node de Paris avait établi en 1559. (1641). Mais tout tombe par le récit que je Tous ces moyens d'accommodement dont viens de faire. Les uns disaient qu'il s'agis- nous venons de parler, loin de diminuer la .••ait seulement d'une tolérance mutuelle ; désunion de nos réformés, l'ont augmentée, mais on voit bien qu'une commune confes- On voyait des gens qui, sans bien savoir sion de foi n'y eût pas été nécessaire, puis- encore à quoi s'e.n tenir, avaient commencé que l'effet de cette tolérance n'est pas de se par rompre avec toute la chrétienté. On fniie une foi commune, mais de se souffrir sentait une religion bfltie sur le sable, qui mutuellement chacun dans la sienne. D'au- n'avait pas même de stabilité dans ses contres, pour excuser le grand pouvoir qu'on fessions de foi, quoique faites avec tant de donnait à quatre députés de décider de la soin et publiées avec tant d'appareil. On ne doctrine, ont répandu que c'est qu'on sa- pouvait se persuader qu'on n'eût pas le vait à peu près de quoi on pouvait conve- droit d'innover dans une religion si channir (1642). Cet à peu près est admirable. géante ; et c'est ce qui produisit les uou- On est sans doute peu délicat sur les ques- veautés de Jean Fischer ou le Pêcheur, lions de la foi. quand on se contente de sa- connu sous le nom de Piscator, et celles voir à peu près ce qu'il en faut dire; et on d'Arminius.
sait encore bien peu à cpioi s'en tenir, L'affaire de Piscator nous apprendra beauquand faute, de le savoir on est contraint de coup de choses importantes; et je demande donner à des députés un pouvoir indéfini qu'il me soit permis de la rapporter tout au de conclure tout ce qu'ils voudront. Le mi- long, d'autant plus qu'elle est peu connue nistre Claude répondait qu'on savait préci- par la plupart de nos réformés. sèment ce qu'on pouvait dire: et que si les Piscator enseignait la théologie dans l'adéputes eussent passé outre, on eût été en cadémie de Herborne , ville du comté de droit de les désavouer comme gens qui au- Nassau, vers la fin du siècle passé. En exaraienl outrepassé leur pouvoir (1643). Je le minant la doctrine de la justice imputée, il veux : mais cette réponse ne satisfait pas à dit que la justice de Jésus-Christ, qui nous la principale difficulté. C'est enfin que pour était imputée, n'était pas celle qu'il avait complaire aux luthériens il eût fallu leur pratiquée dans tout le cours de- sa vie; abandonner tout ce qui tendait à exclure mais celle qu'il avait subie en portant volant la présence réelle que les autres points lontairement la peine de notre péché sur la contestés avec eux, c'est-à-dire changer croix: C'était-à-dire que la mort de Notremanifeslemcnt dans des articles si cansidé- Seigneur étant le sacrifice du prix infini par râbles une profession de foi qu'on dit lequel il avait satisfait et pavé pour nous, expressément contenue dans la parole de - c'était aussi par cet acte seul que le Fils de Dieu. Dieu était proprement sauveur; sans qu'ii li se faut bien garder de confondre en- fût besoin d'y en joindre d'autres, parce semble ce qu'on voulut faire alors et ce que celui-ci était sullîsant : de sorte que si qu'on a fait depuis, en recevant les luthé- nous avions à être justifiés par imputation; riens à la communion au synode de Cha- c'était par celle de cet acte, en vertu duquel renton en 1631. Cette dernière action mar- précisément nous nous trouvions quittes que seulement que les calvinistes peuvent envers Dieu, et où l'original de la sentence supporter la doctrine luthérienne comme portée contre nous avait été effacé, comme dit une doctrine qui ne donne aucune atteinte saint Paul (Col. u, 14), par le sang qui pacifiiix fondements de la foi. Mais certaine- fie le ciel et la terre.
ment c'est autre chose île supporter dans la Cette doctrine fut détestée par nos calvi-
confession de foi des luthériens ce qu'on nistes dans le synode de Gap en 1603, comme
( roit y être une erreur; aulre chose de sup- contraire aux articles 18, 20 et 22 de la Con-
nrimer dans la sienne propre ce qu'on y fession de foi ; et on arrête qu'iï sera écrit à
croit une vertu révélée de Dieu, et décla- M. Piscator, et à l'université en laquelle il
rée expressément par sa parole. C'est ce enseigne (1644).
qu'on avait résolu de faire dans l'assemblée 11 est certain que ces trois articles ne dé-
de Francfort et au synode de Sainte- Foi : cidaienl rien sur l'affaire de Piscator : c'est
c'est ce qu'op aurait exécuté s'il avait plu pourquoi nous ne voyons plus qu'on ait
aux luthériens : ue sorte qu'il n'a tenu parlé des articles 20 et 22. lit pour le 18',
qu'aux défenseurs de la présence réelle où l'on prétendit toujours qu'était la déci-
qu'on ait effacé tout ce qui la choque dans sion, il ne disait autre chose sinon que nou»
les confessions de foi des sacramentaires. étionsjustifiés par l'obéissance de Jésus-Christ,
Mais c'est qu'on s'expose à changer souvent laquelle nous était allouée, sans spécifier
quand on a une fois changé : une confes- queih obéissance; de sorte que Piscator
sion de foi qui change la doctrine des n'avait point de peine à se défendre de la
siècles passés montre dès là qu'elle peut Confession de foi. Mais puisqu'on veut qu'il
elle-même être changée ; et il ne faut pas ail innové, au préjudice de la confession
s'étonner que le synode de Sainte-Foi ait des prétendus réformés de ce royaume, qui
(lf>41) Expos., an. 20 ('/' .171.. p. I 10.
(1642} Anon., Il- Rép.,x>. 56.5. (16-H) Sv». rfe Gap., cli. Ik la co-<{. de fox.
(1643) M. CLiudc dans la Conf. Xog., Rép. a
m ÎWHT N. Till L. POLEMIQI :
.1 ut été souscrite par ceux des Pays-Bas, j'y consens.
On écrivit ;i l'isrator de In pni t du m nu le, ainsi qu'il avait été résolu ; et sa réponse mo lesto, niais ferme dans son sentiment, fut lue au synode de la Rochelle en l'année 1607. Après cette lecture on fil ce ■t : « Sur le-, lettres du docteur Jean Piscator, professeur oit l'académie de Herborne, responsives à celle du synode de Gap, pour raison de sa doctrine, où il établit la justification | or la seule obéissance <ic Christ en sa mort et | nssion, imputée à justice aux croyants, et non [)ar l'obéissance de sa vie : La compagnie n'approuvant la division des causés si conjointes, a déi laré que toute l'obéissance de Christ en sa vie el en sa mort nous est imputée pour l'entière rémission île nos péchés, gomme n i i \\ï qu'une seule F.T MÊME OIiÉIS-