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PART. V TIIIOI.. l'OI.KUlolK. - II. IIInIoIUI. DES VARIATIONS.
(iiics, mais encore, dn loul ce qu'il ,\ avait de g<':is hnbiles et modérés parmi les proi.'st.ints. M. Jtuimi, lui-même, était ébranlé par loar autorité. C'est |>ounjuoi, dans ses Préjugée légitimée, il nous donne tout ce qu'il dit do l'Antéchrist comme une chose • lui n'est pas unanimement reçue, comme une chose indreisr, comme une peinture de, laquelle les nuits sont applicable» <\ divers sujrts, dont quelques-uns sont di'jà venus, ci
d'autres, peut-être, sont à venir (lti6(i). Ainsi, l'usage qu'il en l'ait lui-môme, est d en faire un préjugé contre le papisme, et non pas une démonstration. Mais cet article est redevenu à la modo : qUc dis-je? ce qui était indécis est devenu le fondement de toute la réforma- (ion. « Car, certainement, dit notre auteur (1607), je no la crois bien fondée, qu'à cause de cela, que l'Eglise que nous avons abandonnée est le véritable antichristianisme. » Ou'on ne se tourmente pas à chercher, comme on a l'ait jusqu'ici, les articles fondamentaux : voici le fondement des fondements, sans lequel la réforme sérail insoutenable. Que deviendra-t-elle donc si cctle doctrine, que h papisme est le vrai anticltristianisme, se détruit en l'exposant? La chose sera claire pour peu qu'on écoute.
Il faut seulement songer que tout le mystère consiste à faire bien voir ce qui constitue cet antichristianisme prétendu. 11 en faut ensuite marquer le commencement, la durée, cl la fin la plus prompte qu'on pourra, pour consoler ceux qui s'ennuient d'une si longue attente. On croit trouver dans l'Apocalypse (xi, m, xm) une lumière certaine pour développer ce secret; et on suppose, en prenant les jours pour années, que les douze cent soixantejours destinés, dans V Apocalypse, à la persécution de l'Antéchrist, font douze cent soixante ans. Prenons tout cela pour vrai : car il ne s'agit pas de disputer, mais de rapporter historiquement la doctrine qu'on nous donne pour le fondement de la réforme.
D'abord on y est fort embarrassé de ces douze cent soixante ans de persécution. La persécution est fort lassante, et on voudrait bien trouver que ce temps finira bientôt : c'est ce que notre auteur témoigne ouvertement; car depuis les dernières affaires de France,« l'âme abîmée,» dit-il (1668), «dans la plus profonde douleur que j'aie jamais ressentie, j'ai voulu pour ma consolation trouver des fondements d'espérer une prompte délivrance pour l'Eglise. » Occupé de ce dessein il va chercher dans la source môme des oracles sacrés, « pour voir, » dit-il (1G69), « si le Saint-Esprit ne m'apprendrait point, de la ruine prochaine île l'empire antichrétien, quelque chose "le plus sûr et de plus précis que ce que les autres interprètes y avaient découvert. »
On trouve ordinairement bien ou mal tout ce qu'on veut dans des prophéties, c'est-à-
dire, dans les lieux obscurs et dans les énigmes quand on y apporte de violentas préventions. L'auteur nous avoue les siennes : « Je veux, » dit-il (1670), « avouer de bonnefoi que j'ai aborde ces divins oracles plein de mes préjugés, et tout disposé à croire "lue nous étions près de la fin du règne et de l'empire de l'Antéchrist. » Comme il se confesse prévenu lui-môme, il veut aussi qu'on le lise arec de favorables préventions : alors il ne croit pas qu'on puisse s'éloigner de ses pensées (1671) ; tout passera aisément avec ce secours.
Le voilà donc bien convaincu de son propre aveu, d'avoir apporté à la lecture des livres divins non pas un esprit dégagé do ses préjugés, et par là prêt à recevoir toutes les impressions do la divine lumière ; mais au contraire un esprit plein de ses préjugés, rebuté de persécutions, qui voulait absolument en trouver la fin, et la ruine prochaine de cet empire incommode. Il trouve que tous les interprètes remettent l'affaire à longs jours. Joseph Mède, qu'il avait choisi pour son conducteur, et qui avait en effet si bien commencé à son gré, s'est égaré à la fin : parce qu'au lieu qu'il espérait sous un si bon guide voir finir Ici persécutiondans vingtcinq ou trente ans ; pour accomplir ce que Mède suppose, il faudrait plusieurs siècles. « Nous voilà, » dit-il (1672], « bien reculés et bien éloignés de notre compte : il nous faudra encore attendre plusieurs siècles. » Cela n'accommode pas un homme si pressé de voir une fin, et d'annoncer de meilleures nouvelles à ses frères.
Mais enfin, malgré qu'il en ait, il faut trouver douze cent soixante ans de persécution bien comptés. Pour en trouver bientôt la fin, il en faut placer de bonne heure le commencement. La plupart des calvinistes avaient commencé ce compte lorsqu'on avait, selon eux, commencé à dire la Messe, et à adorer l'Eucharistie; car c'était là le dieu Maozim, que l'Antéchrist devait adorer, selon Daniel (xi, 38). Entre autres belles allégories, il y avait un rapport confus entre Maozim et la Messe. Crespin étale ce conte dans son Histoire des martyrs (1673), et tout le parti est ravi de cette invention. Mais quoi 1 mettre l'adoration de l'Eucharistie dans les premiers siècles, c'est trop tôt : dans le dixième ou dans le onzième,'sous Bérenger, cela se peut, la réforme ne se soucie guère de ces siècles-là : mais enfin, à commencer douze cent soixante ans entiers aux xc et x'f" siècles, il y avait encore six cent soixante ans au moins de mauvais temps à essuyer : notre auteur en est rebuté, et son esprit lui servirait de bien peu, s'il ne lui fournissait quelque expédient plus favorable.
Jusqu'ici dans le parti on avait respecté saint Grégoire. A la vérité on y trouvait bien des Messes, même pour les morts; bien des
(ICOG) Préj. lêij.. part i, c. 6, p. 72, 75.
(I(j(j7) l'réj. lég, pari. i,c. i. p. 50.
(I(it>8) Avis. p. i
(IGO'Jj /M., 7, S.
OEUVRES cour-L DE Bosscft. VIII.
it670) Avis, p. 8.
(1071) Page 55.
11672) Af.'. pari, il, cil. i, p. GO.
(1675) Cbesp.j liv. i //is(. <!t$ Mur t.
SH ŒUVRES COMPLETES DE BOSSl'ET.
invocations de saints, bien des reliques, et, eu qui est bien fâcheux à la réforme, une grande persuasion de l'autorité de son siège, Mais enfin sa sainte doctrine et sa sainte vie imprimaient du respect. Luther et Calvin l'avaient appelé le dernier évoque de Rome : après ce n'était que Papes et antechrists: mais pour lui, il n'y avait pas moyen de le mettre dans ce rang. Notre auteur a été plus hardi; et, dans ses Préjugés légitimes (car il commençait. dès lors à être inspiré pour l'interprétât ion de V Apocalypse), a près a voir souvent décidé, avec tous ses interprètes, que l'Antéchrist commencerait avec la ruine de l'empire romain, il déclare que cet empire a cessé quand Rome a cessé d'être 'la capitale des provinces, quand cet empire fut démembré en dix parties, ce qui arriva à la fin du y' siècle et au commencement du vic (1674). C'est ce qu'il répète quatre ou cinq fois, afin qu'on n'en doute pas, et enfin il conclut ainsi : >( Il est donc, certain qu'au commencement du vi° siècle les corruptions de l'Egliso étaient assez grandes, et l'orgueil de l'évoque de Rome était déjà monté assez haut, pour que l'on puisse marquer dans cet endroit la première naissance de l'empire antichrétien. » Et encore : « On peut bien compter pour la naissance de l'empire antichrétien un temps dans lequel on voyait déjà tous les germes de la corruption et de la tyrannie future (1675). » Et enfin : « Ce démembrement de l'empire romain en dix parties arriva environ l'an 500, un peu avant la fin du v* siècle, et dans le commencement du vi' (1076). » II est donc clair que c'est de là qu'il faut commencer à compter les douze cent soixante ans assignés à la durée de l'empire du papisme.
Par malheur on ne trouve pas l'Eglise romaine assez corrompue dans ce temps-là pour
Orient comme en Occident, était remplie de la bonne odeur de ses vertus, parmi lesquelles éclataient son humilité et son zèle. Néanmoins il était assis dans le siège qui commençait à devenir le siège d'orgutit, et celui de la béte (1678). Voilà de beaux commencements pour l'Antéchrist. Si ces Papes avaient voulu être un peu plus méchants, et défendre avec un peu moins de zèle le mystère de Jésus-Christ et celui de la piété, le système cadrerait mieux : mais tout s'accommode ; l'Antéchrist ne faisait encore que de naître (1679), et dans ses commencement > rien n'empêche qu'il ne fût saint et très zélé défenseur de Jésus-Christ et de son règne. Voilà ce que voyait notre auteur au commencement de l'année 1685, et quand il composa ses Préjugés légitimes.
Lorsqu'il eut vu sur la fin de la même année la révocation de l'édit de Nantes et toutes ses suites, ce grand événement lui lit
en faire une Eglise antichrélienne ; car les Papes de ce temps-là ont été les plus zélés défenseurs du mystère de l'Incarnation et de la rédenqUion du genre humain, et tout ensemble des plus saints que l'Eglise ait eus. 11 ne faut qu'entendre l'éloge que donne Denis le Petit (1677), un homme si savant et si pieux, au Pape saint Gélase, qui était assis dans la chaire de saint Pierre depuis l'an 492 jusqu'à l'an 496. On y verra que toute la vie de ce saint Pape était ou la lecture ou la prière : ses jeûnes, sa pauvreté, et dans la pauvieté de sa vie son immense charité envers Jes pauvres, sa doctrine enfin, et sa vigilance qui lui faisait regarder le moindre relâchement dans un pasteur comme un grand péril des âmes, composaient en lui un évoque tel que saint Paul l'avait décrit. Voilà le Pape que ce savant homme a vu dans la chaire de saint Pierre vers la fin du vc siècle, où l'on veut que l'Antéchrist ait pris naissance. Encore cent ans après, saint Grégoire le Grand était assis dans cette chaire ; et toute l'Eglise, en
changer ses prophéties, et avancer le temps de la destruction du règne de l'Antéchrist. L'auteur voulut pouvoir dire qu'il espérait bien la voir lui-même. Il publia en 1686 le grand ouvrage de l'Accomplissement des prophéties, où il détermine la fin de la persécution antichrétienne à l'an 1710, ou au plus 1714 ou 1715. Au reste il avertit son lecteur, qu'après tout il croit difficile do marquer précisément l'année : Dieu, dit-il (1680), dans ses prophéties n'y regarde pas de si près. Sentence admirable ! Cependant on peut dire, poursuit-il, que cela doit arriver depuis l'an 1710 jusqu'à l'an 1715. Voilà ce qui est certainet constamment au commencement du xvnr siècle, ce qu'il appelle persécution sera cessé; ainsi nous touchons au bout; à peine y a-t-il vingt-cinq ans. Qui des calvinistes zélés ne voudrait avoir patience, et attendre un si court terme?
Il est vrai qu'il y a ici de l'embarras : car à mesure qu'on avance la lin des douze cent soixante ans, il en faut faire remonter le commencement, et établir la naissance de l'empire antichrétien toujours dans des temps plus purs. Ainsi, pour finir en 1710 ou environ, il faut avoir commencé la persécution antichrétienne en l'an 457 ou 54, sous le pontificat de saint Léon : et c'est aussi Je parti que prend l'auteur après Joseph Alède, qui s'est rendu de nos jours célèbre en Angleterre par ses doctes rêveries sur l'Apocalypse et sur les autres prophéties dont on se sert contre nous.
11 semble que Dieu ait eu dessein de confondre ces imposteurs en remplissant la chaire de saint Pierre des plus grands hommes et des plus saints qu'elle ait jamais eus, dans les temps que l'on veut en faire le siège de l'Antéchrist. Peut-on seulement songer aux lettres et aux sermons où saint Léon inspire encore aujourd'hui avec tant de force à ses lecteurs la foi en Jésus-
i16/4) l'réj. leg„ pan. i, p. 82
(1675) lbid., jk «5, 85.
(ICTIi) lbid., 1-2S.
(1077) l'rœf, volt, décret cod. Ida
loin. I, paj
(I07S) l'.réj. lég., pari, i, p. 147.
11079) lbid., p. 128.
(IU80J Ace. pa t. ii, ch. 2, p. 18, 28.
PART. X. TIIKOI,. POLEMIQUE. - «.HISTOIRE Di;s VARIATIONS.
Christ, el croire qu'un Antéchrist en ait été l'auteur? Mais quel autre Papo a combattu avec plus do vigueur les ennemis de Jésust: li i i ^ t, .'i soutenu avec plus do zèle et la trace chréliennet et la doctrine ecclésiastique, et enfin a donné au inonde une plus saine doctrine avec de plus saints exemples? Celui dont la sainteté se lit respecter par le bai 'bàre Attila, et sauva Rome du carnage, est le premier Antéchrist, et la source de tous les autres. C'est l'Antéchrist qui a tenu lo quatrième concile général, si respecté par Ions les vrais Chrétiens; c'est l'Antéchrist qui a dicté cette divine lettre à Flavien, qui a fait l'admiration de toute l'Eglise, où lo mystère de Jésus-Cbrist est si hautement et si précisément expliqué que les Pères déco grand concile s'écriaient a chaque mot, Pierre « parlé par Léon : au lieu qu'il fallait dire que l'Antéchrist parlait par sa bouche, ■iu plutôt que Pierre et Jésus-Christ môme parlaient par la bouche de l'Antéchrist. Ne faut-il pas avoir avalé jusqu'à la lie le breuvage d'assoupissement que boivent les prophètes de mensonge, et s'en être entvréjusqu'au vertige, pour annoncer au monde de tels prodiges ?
A cet endroit de la prophétie le nouveau prophète a prévu l'indignation dû genre humain, et celle des protestants, aussi bien que des Catholiques :cari) est forcé d'avouer que depuis Léon I" jusqu'à Grégoire leGrand inclusivement, Rome a eu plusieurs bons évoques dont il faut faire autant d'anlechrists ; et il espère contenter le monde en disant que c'était des antechrists commencés (1681). Mais enfin, si les douze cent soixante ans de la persécution antichrétienne commencent alors, il faut ou abandonner lesens qu'on donne à la prophétie, ou dire que dès lors la sainte cité fut foulée aux pieds par les gentils; les deux témoins, c'est-à-dire le petit nombre des fidèles, mis à mort (Apoc. xi, 2, 7) (1082) ; la femme enceinte, c'est-àdire l'Église, chassée dans le désert (Apoc. xii, 6, 14), et tout au moins privée de son exercice public; que dès lors enfin commencèrent les exécrables blasphèmes de la bête contre le nom de Dieu, et contre tous ceux qui habitent dans le ciel, et la guerre quelle devait faire aux saints. (Apoc.xm,5, 6.) Car il est expliqué en termes exprès dans saint Jean, que tout cela devait durer pendant Jes douze cent soixante jours qu'on veut prendre pour des années. Faire commencer ces blasphèmes, cette guerre, cette persécution antichrétienne, et ce triomphe de l'erreur dans l'Eglise romaine dès le temps de saint Léon, de saint Gélase, de saint Grégoire, et la faire durer pendant tous ces siècles, où constamment cette Eglise était le modèle de toutes les Eglises, non-seulement dans la foi, mais encore dans la piété et dans les mœurs , c'est le comble de l'extravagance.
(1681) Ace. pari, u, cb. 2, p. 39. 10, 41.
(Ni82) Ace. des proph., part. H, c. 10, p. 159. (1083) Ace. des proph., part, il, c. 2, p. 18,28, (1684) /frirf.,p. il.
Mais encore, qu'a fait saint Léon pour mériter d'être lo premier Antéchrist? On n'est pas Antéchrist pour rien. Voici les trois caractères qu'on donne à rantichrislianisma qu'il faut faire convenir au temps do saint Léon, et à lui-même, YidolAtrir, la tyrannie et la corruption des mœurs (1683). On gémit d'avoir à défendre saint Léon de tous ces reproches contre des Chrétiens :mais la charité nous y contraint. Commençons par la corruption des mœurs. Mais, quoi Ion n'objecte rien sur ce sujet • oh ne trouve dans la vie do ce grand Pape que des exemples do sainteté. l)o son temps la discipline ecclésiastique était encore dans louto sa force, et saint Léon en était le soutien. Voilà comme les mœurs étaient déchues. Parcourons les autres caractères, et tranchons encore en un mot sur celui de la tyrannie. C'est, dit-on (1684) que, « depuis saint Léon 1" qui était séant l'an 450, jusqu'à Grégoire le Grand, les évoques de Rome ont travaillé à s'arroger une supériorité sur l'Eglise universelle; » mais est-ce Léon qui a commencé? On n'ose le dire; on dit seulement qu'il y travaillait: car on sait bien que saint Célestin son prédécesseur, et saint Boniface, et saint Zozime, et saint Innocent, pour ne pas maintenant remonter plus haut, ont agi comme saint Léon, et n ont pas moins soutenu l'autorité dé la chaire de saint Pierre. Pourquoi donc ne sont-ils pas de ces antechrists du moins commencés? C'est que si l'on avait commencé dès leur temps, les douze cent soixante arts seraient déjà écoulés, et l'événement aurait démenti le sens qu'on veut donner à VApocalypse. Voilà comme oh amuse le monde, et comme on tourne les oracles divins à sa fantaisie, i
Mais il est temps de venir au troisième caractère de la bête, qu'on veut trouver dans saint Léon et dans toute l'Eglise de son temps. C'est un nouveau paganisme, une idolâtrie pire que celle dos gentils, dans le culte qu'on rendait aux saints et à leurs reliques. C'est sur ce troisième caractère qu'on appuie le plus; Joseph Mède a l'honneur de l'invention; car c'est lui qui interprétant ces paroles de Daniel, // adorera le dieu Maczim, c'est-à-dire, comme il le traduit, lo Dieu dos forces, et encore, il élèvera les forteresses Maozim du Dieu étranger ; les entend de l'Antéchrist, qui appellera les saints sa forteresse (1685).
Mais comment trouvera-l-il que l'Antéchrist donnera ce nom aux saints? C'est, dit-il (1686). à cause que saint Basile a prêché à tout son peuple, ou plutôt à tout l'univers, qui a lu avec respect ses divins sermons, que les quarante martyrs, dont on voit les reliques, « étaient des tours par lesquelles la ville était défendue (1687). » Saint Chrysostome a dit aussi, que « les reliques de saintPierreetde saint Paul étaient à la ville de Rome des tours plus assurées
(1685) Expos, of. Dan. c. xi, n. 56, etc.; book m, c. 16, 17, p. 66, et ïcq.; Dan. xi, 38, 39.
(1686) lbi,l., c. 17, p. 673.
(1687) Bas., oral, in \l martyr.; m., in m martyr.
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que dix mille remparts (1688). » N'est-ce pas là, conclut Mède, élever les dieux Moaziins? Saint Basile et saint Chrysostome sont les antcchrists qui érigent ces forteresses contre le vrai Dieu.
Ils ne sont pas les seuls; le poëte Fortunat à chanté, après saint Chrysostome, que « Rome avait deux remparts et deux tours dans saint Pierre et dans saint Paul. » Saint Grégoire en dit autant. Saint Chrysostome répète encore que « les saints martyrs de l'Egypte nous fortifient comme des remparts imprenables, comme d'inébran labiés rochers, contre les ennemis invisibles (1089). » El Mëde reprend toujours : N'est-ce pas là des Sîoazims? Il ajoute que saint Hilaire trouve aussi nos boulevards dans les anges. Il cite saint Grégoire tle Nysse, frère de saint Basile (1690), Gennadius, Evagrius, saint Eucher, Théodoret, et les prières des Grecs, pour montrer la même chose. Il n'oublie pas que la croix est appelée notre défense, et que nous disons tous les jours se fortifier du signe de la croix;» munire se signo erucis (1691) : » la croix y vient comme le reste; et ce sacré symbole de notre salut sera encore rangé parmi les Moazims de l'Antéchrist.
M. Jurieu relève tous ces beaux passages de Joseph Mède ; et pour n'être pas un simple copiste, il y ajoute saint Ambroise, qui dit quesaint Gervais et saint Protais étaient les anges tutélaires de la ville de Milan (1692). 11 pouvait encore nommer saint Grégoire de Nazian/.e, saint Augustin, et enfin tous les autres Pères, dont les expressions ne sont pas moins fortes (1693). Tout cela, c'est îaire des saints autant de dieux ; parce que c'est en faire des remparts et des rochers où on a une retraite assurée, et que l'Ecriture donne ces noms à Dieu.
Ces messieurs savent bien en leur conscience que les Pères dont ils produisent les passages ne l'entendent pas ainsi ; mais qu'ils veulent dire seulement que Dieu nous donne dans les saints, comme il a fait autrefois dans Moïse, dans David et dans Jérémie , d'invincibles protecteurs dont les prières agréables nous sont une défenseplus assurée que mille remparts; car il sait faire de ses saints, Quand il lui plaît et à la manière qu'il lui plaît, des forteresses imprenables, et des colonnes de fer, et des murailles d'airain. (Jer. i, 18.) Nos docteurs, encore uncoup, saventbienenleureonscience que c'est là le sens de saint Chrysostome et de saint Basile, quand ils appellent des saints des tours et des forteresses. Ces
xemples leur devraient apprendre à ne x rendre pas au criminel d'autres expressions aussi fortes, et ensemble aussi innocentes que celles-là : et du moins \l ne faudrait pas pousser l'impiété jusqu'à faire de ces saints docteurs les fondateurs de l'idolâtrie anti-
chrétienne; puisque c'est attribuer cet attentat à toute l'Eglise de leur temps, dont ils n'ont fait que nous expliquer la doctrine et le culte. Aussi ne faut-il pas s'imaginer qu'on puisse croire sérieusement ce qu'on en dit, ni ranger tant de saints parmi des blasphémateurs et des idolâtres. On doit seulement conclure de là que les ministres sont emportés au delà de toute mesure, et que, sans éclairer l'esprit, ils ne songent qu'à exciter la haine dans le cœur.
Mais enfin, s'il faut tenir pour des antechrits tous ces prétendus adorateurs des Moazims , pourquoi différer jusqu'à saint Léon le commencement de 1 empire antichrétien ? Montrez-moi que du temps de ce saint Pape on ait plus fait pour les saints, que de les reconnaître pour des tours et desremparts invincibles. Muntrez-moi qu'on eût mis alors plus de force dans leurs prières, et qu'on eut rendu plus d'honneurs à leurs reliques. Vous dites (1694), qu'en 360 et 390 le culte descréatures, c'est-a-dire, selon vous, celui des saints, n'était pas encore établi dans le service public : montrez-mot qu'il le fut ou plus ou moins sous saint Léon. Vous dites que dans ces mêmes années de 360 et 390 on prenait encore de grandes précautions pour ne pas confondre le service de Dieu avec le service des créatures, qui naissait ; montrez-moi qu'on en ait moins pris dans la suite, et surtout du temps do saint Léon. Mais qui jamais aurait pu confondre des choses si bien distinguées? on demande à Dieu les choses , on demande aux saints des prières ; qui s'avisa jamais do demander ou des prières à Dieu, ou les choses mêmes aux saints comme à ceux qui les donnassent? Montrez donc que du temps de saint Léon on eût confondu des caractères si marqués, et le service de Dieu avec l'honneur qu'on rend, pour l'amour de lui, à ses serviteurs. Vous ne l'entreprendrez jamais. Pourquoi donc demeureren si beau chemin? Osez dire ce que vous pensez. Commencez par saint Basile et par saint Grégoire de Nazianze le règne de l'idolâtrie antichrétienne, et les blasphèmes de la bête contre l'Eternel, et contre tout ce qui habite dans le ciel : tournez en blasphème contre Dieu et contre les saints ce qu'on a dit dès lors de la gloire que Dieu donnait à ses serviteurs dans son Eglise. Saint Basile n'est pas meilleur que saint Léon ; ni l'Eglise plus privilégiée à la fin du ive siècle que cinquante ans après, dans le milieu du v*. Mais je vois la réponse que vous nie faites dans votre cœur : c'est qu'à commencer par saint Basile tout serait fini il y a longtemps ; et démentis par l'événement, vous ne pourriez plus amuser les peuples d'une vaine attente.
En effet, notre auteur avoue qu'on pourrait commen.:er tout son calcul à quatre an-
(1083) Emus., liom. 52 i n F.pist. ad Hom. (1089) Boni. 70, ad pop. Aàlioch.
(Iti'JO) Oiui. i:i xi. Mari.
(I0PI) Orul in xi martyr.
(1092) Ace. des proph., part, i, ch. 1-4.
(1093) Ibid., p. 245, Med., ubi sii|>. c. 10, p. 248, 249 et seq.
(109-4) Ace. part, n, p. 23.
PART. X. Jlli.OI . POLEMIQUE, - II. HISTOIRE DES VARIATIONS.
nées différentes : à 360, à 393, à WO, et enfin h ».W ou :.•:>, qui est le calcul qu'il suit (1695). Toutes ces quatre supputations, selon lui, conviennent admirablement au système do la nouvelle idolâtrie»; mais par malheur dans les deux premières supputations, où tout lo reste, à co qu'on prétend, convenait si bien, lo principal manque; c'est que, selon ses calculs, l'empire papal devrait cire tombé en t(>20 ou lti.[>3 (1090) : or il est encore, et il a gnelque répit. Pour le troisième calcul, il finit en 1(590, à quatre ou cinq ans d'ici, dit noire auteur : ce serait Irop s'exposer que de prendre un terme si court. Cependant tout y convenait parfaitement. Voilà ce que c'est que ces convenances dont on fait un si grand cas : ce sont des illusions manifestes, des songes, des visions démenties par l'événement.
«Mais, » dit-on (1697), « la principale raison pourquoi Dieu ne veut pas compter la naissance de l'antichristianisme de ces années 360, 393 et 430, » encore que la nouvelle idolâtrie, qu'on veut être le caractère de l'antichristianisme , y fût établie , « c'est qu'il y avait un quatriènm caractère de la naissance de cet empire antichrétien qui n'était pas encore arrivé ; » c'est que l'empire romain devait êlre détruit; c'est qu'il devait y avoir sept rois (Apoc. xvn, 9), c'est-à-dire, selon tous les protestants, sept formes de gouvernement dans la ville aux sept montagnes, c'est-à-dire dans Rome.
L'empire papal devait faire le septième gouvernement : et il fallait que les six autres fussent détruits pour donner lien au septième, qui était celui du Pape et de l'Antéchrist. Lorsque Rome devait cesser d'être maîtresse, et que l'empire antichrétien devait commencer, il fallait qu'il y eût dix rois qui reçussent en môme temps la souveraine puissance; et dix royaumes, dans les- ?uels l'empire de Rome devait litre subdivisé Ibid., 12), selon l'oracle de l'Apocalypse. 'fout cela s'est accompli à point nommé dans le temps de saint Léon ; c'est donc là le temps précis de la naissance de l'Anlecrist, et on ne peut pas résister à ces eouvenanees.
Doctrine admirable I ce n'était pas ces dix rois ni ce démembrement de l'empire qui devait constituer l'Antéchrist; et ce n'était là tout au plus qu'une marque extérieure de sa naissance; ce qui le constitue véritablement, c'est la corruption des mœurs, c'est la prétention de la supériorité, c'est principalement la nouvelle idolâtrie. Tout cela n'est pas plus sous saint Léon que quatre-vingts ou cent ans auparavant; mais Dieu ne le voulait pas encore imputer à antichristianisme, et il ne lui plaisait pas «pie la nouvelle idolâtrie, quoique déjà toute formée, fût antichrétienne. Il n'est pas possible à la fin que de telles extravagances, où l'impiété et l'absurdité combattent ensemble à qui emportera le dessus, n'ouvrent les
yeux à nos frères: cl ils se désabiiseiont a la On de ceux qui leur débitent de tels songes.
Mais entrons un peu dans le détail de ces belles convenances, qui ont tant ébloui nos réformés ; et commençons par ces sept rois, qui, selon saint Jean, sont les sept têtes de la bêle ; et par ces dix cornes, qui, selon le môme saint Jean, sont dix autres rois. Le sens, dit-on , en est manifeste. Les sept têtes, dit saint Jean, (Apoc. xmi, 3, 9, scq.), sont les sept montagnes sur lesquelles la femme est assise, et ce sont sept rois ; ring sont passe's ; l'un subsiste, l'autre n'est pas encore arrivé; et lorsqu'il sera arrivé, il faut qu'il subsiste peu ; et la bêle, qui était et qui n est pas, est aussi le huitième roi, et en même temps un des sept; et il va tomber en ruine. Les sept rois, c'est, dit-on (1098), les sept formes de gouvernement sous lesquelles Rome a vécu : les rois, les consuls, les dictateurs, les décemvirs, les tribuns militaires qui avaient la puissance consulaire, les empereurs, et enfin le Pape. Cinq ont passé, dit saint Jean; cinq de ces gouvernements étaient écoulés lorsqu'il écrivit sa prophétie ; l'un est encore, c'était l'empire des Césars sous lequel il écrivait, et l'autre doit bientôt venir; qui ne voit l'empire papal? C'est un des sept rois; une des sept formes de gouvernement : et c'est aussi le huitième roi, c'est-à-dire la huitième forme de gouvernement ; la septième, parce que le Pape tient beaucoup des empereurs par la domination qu'il exerce, et la huitième, parce qu'il a quelque chose de particulier; cet empire spirituel, cette domination sur les consciences. Il n'y a rien de plus juste, mais un polit mot gâte tout. Premièrement, je demanderais volontiers pourquoi les sept rois sont sept formes de gouvernement, et non pas sept rois effectifs. Qu'on me montre dans les Ecritures que des formes de gouvernement soient nommées îles rois, au contraire, je vois, trois versets après, que les dix rois sont dix vrais rois, et non pas dix sortes de gouvernements. Pourquoi les sept rois du verset 9 seraient-ils si différents des dix rois du verset 12? Prétend-on nous faire accroire que les consuls, des magistrats annuels, soient des rois? que l'abolition absolue de la puissance royale dans Rome soit un des sept rois de Rome? que dix hommes, les décemvirs, soient un roi; et toute la suite de quatre ou six tribuns militaires, plus ou moins, un autre roi? Mais en vérité est-ce là une autre forme de gouvernement? Qui ne sait que les tribuns militaires ne différaient des consuls que dans le nombre? c'est pourquoi on les appelait, Tribuni militum consulari polestale. Et ;si saint Jean a voulu marquer tous les noms de la suprême puissance parmi les Romains, pourquoi avoir oublié les triumvirs? N'eurent-ils pas pour le moins autant de puissauce que les décemvirs? Que si l'on dit
f4G9o) Ibid., |> -:0 cl scq.
fUMUl Ace, [«ait n, i>. 22
(1697) Ibid., p. -2.").
llCf'Ni Ace, part, i, p. 11.
Rlf)
qu'elle fut si courte qu'elle ne mérite pas u'èire comptée ; pourquoi celle des décemvirs , qui ne dura que deux ans, le serat-elle plutôt ? 11 est vrai, nous dira-t-on, mettons-les à la place des dictateurs; aussi bien n'y a t il guère d'apparence de mettre la dictature comme une forme de gouvernement sous laquelle Rome ait vécu un certain temps. C'était une magistrature extraordinaire qu'on faisait selon l'exigence dans tous les temps de la république, et non une forme particulière de gouvernement. Déplaçons-les donc et mettons les triumvirs à •eiir place. J'y consens ; et je suis bien aise moi-même de donner à l'interprétation des prolestants toute la plus belle apparence qu'elle puisse avoir; car, avec tout cela, ce n'est qu'illusion; un peti,t mat, comme je l'ai dit, va tout réduire en fumée : carentin il est dit du septième roi, qui sera donc, puisqu'on le veut, un septième gouvernement, que lorsqu'il sera venu, il faut qu'il subsiste peu de temps. A peine saint Jean l'a-t-il fait paraître; et incontinent, ?7 va, dit-il (Apoc. xvii, 10), en ruine, Si c'est l'empire papal, il doil ûtre cûiii •». Or, on prétend que, selon saint Jean, il dojt durer du moins douze cent soixante ans, autant de temps, comme le confesse notre nouvel interprète, que tous les autres gouvernements ensemble (1609). Ce n'est donc pas l'empire papal do.nt il s'agit.
Mais c'est, dit-on, que devant Dieu »n7/e ans, comme dit saint Pierre (// Pelr. \\\, S), ne sont qu'un jour. Le beau dénoûment 1 Tout est également court aux yeux de Dieu, et non-seulemeni le règne du septième roi, mais encore le règne de tous les autres. Or, saint Jean voulait caractériser ce septième roi en le comparant aux autres; et son règne devait être remarquable par la brièveté de sa durée. Pour faire trouver- ce caractère dons le gouvernement papal, qui ne voit qu'il o,e sullit pas qu'il soit court devant Dieu, devant qui rien n'est durable? Il faudrait qu'il fût court en comparaison des autres gouvernements ; plus court par conséquent que celui des tribuns militaires, qui unt à peine subsisté trente à quarante ans; plus court que celui desdoceiuvirs, qui n'en ont duré que deux ; plus court du. moins qup celui des rais, ou des consuls, ou d-es emprreurs, qui ont rempli le plus de temps par leur durée. Mais, au contraire, celui que saint Jean a caractérisé par la brièveté de sa durée, non-seulement dure plus que chacun des autres, mais encore dure plus que tous les autres ensemble : quelle absurdité plus manifeste 1 et n'est-ce pas entreprendre de rendre les prophéties ridicules, que de les expliquer de cette sorte?
Mais disons un mot des dix rois sur lesquels notre interprèle croit triompher, après Joseph Mède (1700). C'est lorsqu'il nous fait paraître, 1° les Bretons, 2° les Saxons, 3° les Français, V les Bourguignons, ii° les Visi-
goths, 6° les Snèves et les Alains, 7° les Vandales, 8° les Allemands, 9° les Ostrogoths en Italie où les Lombards leur succèdent; 10° les Grecs. Voilà dix royaumes bien comptés, dans lesquels l'empire romain s'est divisé au temps de sa chute. Sans disputer sur les qualités, sans disputer sur le nombre, sans disputer sur les dates, voici du moins une chose bien constante ; c'est qu'aussitôt que ces dix rois paraissent, saint Jean leur fait donner leur autorité et leur puissance à la bête. [Apoc. xvu, 13.) Nous l'avouerons, disent nos interprètes, et c'est aussi où nous triomphons; car c'est là ces dix rois vassaux et sujets que l'empire antichrétien, c'est-àdire l'empire pontifical, a toujours eus sous lui pour l'adorer, et maintenir sa puissance (1701-). Voilà une convenance merveilleuse ; mais, je vous prie, qu'ont contribué à établir l'empire papal, des rois ariens, tels qu'étaient les Visigoths et les Ostrogoths, les Bourguignons et les Vandales; ou des rois païens, tels qu'étaient alors les Français elles Saxons? Est-ce laces dix rois vassaux de la papauté, qui ne sont au monde que pour l'adprer? Mais quand est-ce que les Vandales et les Ostrogoths ont adoré les Papes ? Est-ce sous Thépdoric et ses successeurs, lorsque les Papes vivaient sous leur tyrannie? ou sous Genséric, lorsqu'il pilla Borne avec les Vandales, et en emporta les dépouilles en Afrique? Et puisqu'on amène ici jusqu'aux Lombaids, seraient-ils aussi parmi ceux qui agrandissent l'Eglise romaine, eux qui n'ont rien oublié pour l'opprimer durant tout le temps qu'ils ont subsisté, c'est-à-dire durant deux cents ans? Car qu'ont été durant tout ce temps les Alboïn, les Astulphe et les Didier, que des ennemis de Borne et de l'Eglise romaine? Et les empereurs d'Orient, qui étaient en effet empereurs romains, quoiqu'on les ruelle ici les derniers, sous le nom de Grecs, les faut-il encore compter parmi les vassaux et les sujets du Pape, eux que saint Léon et ses successeurs, jusqu'au temps de Charlemagne, ont reconnus pour leurs souverains? Mais, dira-t- on, ces rois païens et hérétiques ont embrassé la vraie foi. 11 est vrai, ils l'ont embrassée longtemps après ce démembrement en dix royaumes. Les Français ont eu quatre rois païens; les Saxons ne se sont convertis que sons saint Grégoire, cent cinquante ans après le démembrement ; les Gotlis, qui régnaient en Espagne, se sont convertis de l'arianisiue dans le même temps; que l'ait cela à ces rois, qui, selon la prétention de nos iulerprètos, devaient commencer à régner en même temps que la bête, et lui donner leur puissance? D'ailleurs ne sait-on point d'autre époque pour faire entrer ces rois dans l'empire antichrétien, que celle où ils se sont faits ou Chrétiens ou Catholiques? quelle heureuse devinée de cet empire prétendu antichrétieii, qu'il se compose des peuples convertis à Jésus-Christ ! Mais
(1699) Ace. part i, p, \\.
itïOC; Préj. lég pan. i, cli.
1>. lw2li ; Au. (Us
proph., pari, il, 27, -2.$.
(ITUIj .la-., pi"«. '. c. 15,
PART. \. THEOL. roi.r.MH.tli:. II. U1ST01RE l>i:s VARIATIONS.
qu'est-ce, après tout, i]uo ces rois ,>i heureusement convertis ont contribué à l'éta- Ulissement de la puissance «lu Pape? Si, en entrant dans l'Eglise, ils en ont reconnu lo premier Siège, qui était celui de Home, ni ils ne lui ont donné cette primauté] qu'il avait très-constamment quand ils se sont convertis, ni ils n'ont reconnu dans le Papo que co qu'y avaient reconnu les Chrétiens avant eus, c'est-à-dire le successeur do saint Pierre. Les Papes, de leur cûté, n'ont exercé leur autorité sur ces peuples qu'en leur enseignant la vraie foi, et en maintenant le bon ordreet la discipline ; et personne ne montrera que, durant ce temps ni quatre cents après, ils se soient mêlés d'autre chose, ni qu'ils aient rien entrepris sur le temporel.: voilà ce que c'est que ces dix rois avec lesquels devait commencer l'empire papal.
Mais c'est, dit-on, qu'il en est venu dix autres à la place, et Tes voici avec leurs royaumes : 1° l'Allemagne, 2° la Hongrie, 3° la Pologne, k° la Suède, 5" la France, G" l'Angleterre, 7° l'Espagne, 8° le Portugal, 9" l'Italie, 10" l'Ecosse (1702). Expliquera (jui pourra pourquoi l'Ecosse parait ici plutôt que la Bohème; pourquoi la Suède plutôt i|ue le Danemark ou la Norwége ; pourquoi enfin le Portugal, comme séparé de 1 Espagne, plutôt que Castillc, Aragon, Léon, Navarre et les autres royaumes ? Mais pourquoi perdre le temps à examiner ces fantaisies? Qu'on me réponde du moins: si c'était là ces dix royaumes qui devaient se former <lu débris de l'empire romain en mème.temps (;ue l'Antéchrist devait paraître, et qui lui devaient donner leur autorité et leur puissance , que fait ici la Pologne et les autres royaumes du Nord que Rome ne connaissait pas, et qui sans douto n'ont pas été formés de ses ruines, lorsque l'Antéchrist saint Léon est venu au monde? Se moque-t-on d'écrire sérieusement de semblables rêveries? C'est, en vérité, pour des gens qui ne parlent que de l'Ecriture, se jouer trop témérairement de ses oracles, et si l'on n'a rien de plus précis pour expliquer les prophéties, il vaudrait mieux en adorer l'obscurité sainte, et respecter l'avenir que Dieu a mis en sa puissance.
Il ne faut pas s'étonner si ces interprètes hardis se détruisent à.la fin les uns les autres. Joseph Mède, sur le verset où saint Jean raconte que dans un tremblement de terre la dixième partie de lu ville tomba (1703), croyait avoir très-bien rencontré en inter-
I Tétant cette dixième partie de la nouvelle tome antichrétienne, qui est dix fois plus petite que l'ancienne Rome. Pour parvenir a la preuve de son interprétation, il compare sérieusement l'ère de l'ancienne Rome avec
celle do la nouvelle, et par une belle figure il démontre que la première est dix fois plus grande que l'autre; mais M. Juricu, son disciple, lui ôlc une interprétation si mathématique. Il s'est trompé avec tous les autres, dit fièrement le nouveau prophète (170'»), quand, par la cité dont parle suint Jean, il a entendu la seule ville de Rome. Il faut tenir pour certain, poursuit-il d'un ton de maître (I70'j),que la grande cité c'est Home avec son empire. Et la dixième partie de cette cite, que sera-ce? 11 l'a trouvé : La France, dit-il (1700), est cette dixième partie. Mais quoi 1 la France lombcra-t-elle , et ce. prophète augure-t-il si mal dosa patrie? Non, non: elle pourra bien être abaissée, qu'elle y prenne garde; le prophète l'en menace.:
mais elle no périra pas. Ce que IcSainl-Esprit veut dire ici, en disant qu'elle tombera, c'est qu'elle tombera pour le papisme (1707) : au reste, elle sera plus éclatante que jamais : parce qu'elle embrassera la réforme , et cela i)ienlôt : et nos rois (chose que j'ai peine à répéter) vont être réformés à la calvinienne. Quelle patience n'échapperait à ces interprétations? Mais enlin il a mieux dit qu'il ne pense, d'appeler cela une chute : la chute serait trop horrible, de tomber dans une réforme où l'esprit d'illusion domine si fort.
Si l'interprète français trouve la France dans Y Apocalypse, l'Anglais y trouve l'Angleterre : la fiole versée sur les fleuves et sur les fontaines sont les émissaires du Pape, et les Espagnols vaincus sous le règne d'Elisabeth, de glorieuse mémoire (1708). Mais lo bon Mède rêvait : son disciple, mieux instruit, nous apprend que la seconde et la troisième fiole, ccsontles croisades, où Dieu a rendu du sang aux Catholiques pour le sang des raudois et des albigeois qu'ils avaient répandu (1709). Ces vaudois et ces albigeois, cl Jean Viclef et Jean Hus, et tous les autres de celte sorte, jusqu'aux cruels taborites, reviennent partout dans les nouvelles interprétations, comme de lidèles témoins de la vérité persécutée par la bête; mais on les connaît à présent, et il n'en faudrait pas davantage pour connaître la fausselé de ces prétendues prophéties.
Joseph Mède s'élait surpassé lui-même dans l'explication de la quatrième fiole. Il la voyait répandue sur le soleil, sur la principale partie du ciel de la bête (1710), «-.'est-àdirc de l'empire papal; c'est que le Pape allait perdre l'empire d'Allemagne, qui est son soleil : cela était clair. Pendant que Mède, si on l'en veut croire, imprimait ces choses qu'il avait méditées longtemps aupuvant, il apprit les merveilles de ce roi pieux, heureux et victorieux, que Dieu envoyait du Nord pour défendre sa cause (1711) ; c'était,
(1702) Préj. lèg. part, i, cli. 6; p. 105.
(1705) Apoc, xi, 15; Mld., comm. in Apoc, part, ii. p. 489.
(i'01) Ace, part, n, cli. 2, |>. 194 1.1705) Ibiil., p. 200, 205.
(1706) Ibid., p. 201 11.707) Ibid,
(1708) Mer., comm. Apoê., p. o28, ;id pliial. 5;
.1/JOf. XVI.
( 1-709) Ace. des propk. parti n, ch. i, pag ~rl; Préj. lég., part, i, cli. 5, p. 08, 99. (17I0J Comm. .\p., p. 528 ; Apoc. xvi. 8. ^17U) Comm. Apoc, p. bi'J.
sr.
UEl'VKES COMPACTES DE BOSSU ET.
en un mot, le grand Gustave. Mède ne peut plus douter que sa conjecture ne soit uue inspiration, et il adresse à ce grand roi le même camique que David adressait au Messie : Mettez votre e'pc'e, ô grand roi! combattez pour la vérité' et pour la justice , et régnez. [Psal. xuv, ko.) Mais il n'en lut rien; et avec sa prophétie, Mède a publié sa honte.
Il y a encore un bel endroit, où, pendant que Mède contemple la ruine de l'empire turc, son disciple y voit au contraire les victoires de cet empire. L'Euphrate dans VApocalypse, c'est à Mède l'empire des Turcs; et i'Kuphrate mis h sec dans l'épanchement de la sixième fiole, c'est l'empire turc détruit (1712). Il n'v entend rien : M. Jurieu nous fait voir que l'Euphrale c'est l'Archipel et le Bosphore, que les Turcs passèrent en 1390 pour se rendre maîtres de la Grèce et de Constanlinople (1713). Rien plus, « il y a beaucoup d'apparence que les conquêtes des Turcs sont poussées si loin, pour leur donner les moyens de servir avec les protestants au grand œuvre de Dieu (1711), » c'est-àdire à la ruine de l'empire papal : car encore que les Turcs n'aient jamais été si bas qu'ils sont, c'est cela môme qui l'ait croire h notre auteur qu'ils se relèveront bientôt. -< Je regarde, dit-il, celle année 1093 connue critique en cette atlaire. Dieu y a abaissé les réformés et les Turcs en même temps poi r m:s relever fer» même temps, et les faire être les instruments de sa vengeance contre l'empire papal. » Qui n'admirerait celle relation du turcisme avec la réforme, et cette commune destinée de l'un et de l'autre? Si les Turcs se relèvent, pendant que le reste des Chrétiens s'affligera de leurs victoires, les réformés alors lèveront la tète, et croiront voir approcher le lemjis de leur délivrance. On ne savait pas encore ce nouvel avantage de la réforme, de devoir croître et décroître avec les Turcs. Noire auteur lui-même était demeuré court en cel endroit, quand il composait sçs Préjugés légitimes ; cl il n'avait rien entendu clans les plaies des deux dernières fioles, où ce mystère était renfermé : mais enfin, après avoir frappé deux fois, quatre, cinq et six fois avec une attention religieuse, la porte s'est ouverte (l'ïlS), et il a vu ce grand secret.
Oh me dira que, parmi les protestants, les habiles gens se moquent, aussi bien que nous, dp ces rêveries. Mais cependant on les laisse courir, parce- qu'on les croit nécessaires pour amuser un peuple crédule.
Ca été principalement par ces visions qu'on a excité la haine contre l'Eglise romaine, et qu'on a nourri l'espérance de la voir bientôt détruite. On en revient à cet article; et le peuple, trompé cent fois, ne laisse pas de prêter l'oreille, comme les Juifs livrés a l'esprit d'erreur faisaient autrefois aux faux prophètes. Les exemples ne servent de rien
pour désabuser le peuple prévenu. On crut voir dans les prophéties de Luther la mort de la papauté si prochaine, qu'il n'y avait aucun protestant qui n'espérât d'assister à ses funérailles. Il a bien fallu prolonger le temps : mais on a toujours conservé le même esprit, et la réforme n'a jamais cessé d'être le jouet de ces prophètes de mensonge, qui prophétisent les illusions de leur cœur.
Dieu me garde de perdre le temps 5 parler ici d'un Colterus, d'un Drabicius, d'une Christine, d'un Coménius, et de tous ces autres visionnaires dont notre ministre nous vante les prédictions, et reconnaît les erreurs (1716)1 II n'est pas jusqu'au savant Usser qui n'ait voulu, à ce qu'on prétend, faire le prophète. Mais le même ministre demeure d'accord qu'il s'est trompé comme les autres. Ils ont tous été démentis par l'expérience; et on y trouve, dit le ministre (1717), tant de choses qui achoppent, qu'on ne saurait affermir son cœur là-dessus. Cependant il ne laisse pas de les regarder comme des prophètes et de grands prophètes, des Ezéchiel , des Jérémie. 11 trouve « dans leurs visions tant de majesté et tant de noblesse, que celles des anciens prophètes n'en ont pas davantage ; et une suite de miracles aussi grands qu'il en soit arrivé depuis les apôtres. » Ainsi le premier homme de la réforme se laisse encore éblouir par ces faux prophètes, après que l'événement les a confondus : tant l'esprit d'illusion règne dans le parti. Mais les vrais prophètes du Seigneur le prennent d'un autre ton contre ces menteurs qui abusent du nom de Dieu : « Ecoute, ô Hananias, dit Jérémie (xvni, 7 seq.) la parole que je t'annonce, et que j'annonce à tout le peuple. Les prophètes qui ont élé devant nous dès le commencement, et qui ont prophétisé le bien ou le mal aux nations et aux royaumes; lorsque leurs paroles ont été accomplies, on a vu qu ils étaient des prophètes que le Seigneur avait véritablement envoyés. Et la parole du Seigneur fut adressée à Jérémie : Va et dis à Hananias : Voici ce que dit le Seigneur : Tu as brisé des chaînes de bois, en signe de la délivrance future du peuple, et tu les changeras en chaînes de fer : j'aggraverai le joug des nations à qui tu annonceras la paix. Et le prophète Jérémie dit au prophète Hananias : Ecoute, ô Hananias, le Seigneur ne t'a pas envoyé, et lu as fait que le peuple a mis sa confiance dans le mensonge : Pour cela, dit le Seigneur, je t'ôtciai de dessus la face de la terre; tu mourras cette année, parce tpie tu as parié contre le Seigneur : et le prophète Hananias mourut cette année, au septième mois. » Ainsi méritait d'êlre confondu celui qui trompait le peuple au nom du Seigneur; et le peuple n'avait plus qu'à ouvrir les yeux.
Les interprèles de la réforme ne valent pas mieux que ses prophètes. L'Apocalypse et
(171?.) .4poe. xvi, 12; ibul., ad phial. 6, p. 529. (!7ir.j .te , part, n, Cil. 7, p. 99. (171*) /M., 101. '
( 1715) Ace. pari. u. cli. 7, p. !»i.
(I7tf!) AxU a tous les Clir., au connu., p. 5, 0, 7.
\17l7i Ace. des ptropk., pari, n, p. 171.
l'VUT. X. THEQL. POLEMIQUE. — II. HISTOIRE l>i:s VARIATIONS.