‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 185 sur 325 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

SOMMAIRE. — L'-b excès de l.i réforme sur l.i predesti nation el le libre arbitre aperçus en Hollande. — Arininius, epu les reconnaît , tombe en d'aunes excès. — Partis des remontrants et coiiire-remeiiliaiils. — Le synode deDoidiechl, eu les excès de la justification calviuientie sont clairement approuvés.

— Doctrine prodigieuse sur la certitude du salut cl la justice des hommes les plus criminels. - Conséquences également absurdes de la sanctification des enfants décidée dans le synode. — La procédure du synode justifie l'Eglise romaine contre les protestants. — L'arminianisme en son entier dans le fond," malgré les décisions de Dordrecht. — Le pélagianisme toléré, et le soupçon du socinianisme seule cause de rejeter les arminiens. — Inutilité des décisions synodales dans la réforme. — Connivence du synode de Dordrecht sur une infinité d'erreurs capitales, pendant qu'on s'attache aux dogmes particuliers du calvinisme. — Ces dogmes, reconnus au commencement comme essentiels, à la Un se réduisent presque à rien. — Décret de Charenlon pour recevoir les luthériens à la communion. — Conséquence de ce décret , qui change l'état des controverses. — La distinction des articles fondamentaux et non fondamentaux oblige enfin à reconnaître l'Eglise romaine pour une vraie Eglise où l'on peut faire son salut. — Conférence de Cassel entre les luthériens et les calvinistes. — Accord où l'on pose des fondements décisifs pour la communion sous une espèce. — Etat présent des controverses en Allemagne. — L'opinion de la grâce universelle prévaut en France. — Elle est condamnée à Genève et triiez les Suisses. — La question décidée par le magistrat. — Formule établie. — Erreur de cette formule sur le texte hébreu. — Autre décret sur la foi fait à Genève. — Cette Eglise accusée par M. Claude de faire schisme avec les autres Eglises par ses nouvelles décisions. — Réflexions sur le Test, où la réalité demeure en son entier. — Reconnaissance de l'Eglise anglicane protestante, que la Messe et l'invocation des saints peuvent avoir un bon sens.

On avait tellement outré la matière de la Çrâee et du libre arbitre dans la nouvelle réioruie, qu'il n'était pas possibleàla fin qu'on ne s'y aperçût de ces excès. Pour détruire le pélagianisme dont on s'était entêté d'accuser l'Eglise romaine, on s'était jeté aux extrémités opposées; le nom même du libre arbitre faisait horreur. Il n'y en avait jamais eu, ni parmi les hommes, ni parmi les anges ; il n'était pas même possible qu'il y en eût, et jamais les stoïciens n'avaient fait la fatalité plusroide ni plus inflexible. La prédestination s'étendait jusqu'au mal , et Dieu n'était pas moins cause des mauvaises actions que des bonnes .- tels étaient les sentiments de Luther. Calvin les avait suivis, et Bèze, le plus renommé de ses disciples, avait publié une briève exposition des principaux points de la religion chrétienne, où il avait posé ce fondement : « Que Dieu fait toutes choses selon son conseil défini, voire même celles qui sont méchantes et exécrables (1724). ..

Il avait poussé ce principe jusqu'au péché du premier homme qui, selon lui, ne s'était pas fait sans la volonté et ordonnance de Dieu; à cause qu'ayant ordjnné la fin, qui était de glorifier sa justice dans le supplice des réprouvés, il faut qu'il ait quant et quant ordonné les causes qui amènent à cette fin (1725), c'est-à-dire les péchés qui amènent à la damnation éternelle, et en particulier celui d'Adam, qui est la source de tous les autres, de sorte que la corruption du principal ouvrage de Dieu, c'est-à-dire du premier homme, n'est point avenue à l'aventure ni sans le décret et juste volonté de Dieu (1726).

Il est vrai que cet auteur veut en même temps que la volonté de l'homme, quia été créée bonne, se soit fuite méchante (1727); mais c'est qu'il entend et qu'il répète plu-

sieurs fois, que ce qui est volontaire est en même temps nécessaire (1728) : de sorte que rien n'empêche que la volonté de pécher ne soit toujours la suite fatale d'une dure et inévitable nécessité ; et si les hommes veulent répliquer qu'ils nont pu résister à la volonté de Dieu, Bèze ne leur dit pas ce qu'il faudrait dire, que Dieu ne les porte pas au péché, mais il répond seulement qu'iï les faut laisser plaider contre celui qui saura bien défendre sa cause.

Cette doctrine de Bèze était prise de Calvin, qui soutient en termes formels qu'Adam n'a pu éviter sa chute ; et qu'il ne laisse pas d'en être coupable, parce qu'il est tombé volontairement (1729) ; ce qu'il entreprend de prouver dans son Institution (1730) ; et il réduit toute sa doctrine à deux principes • l'un, que la volonté de Dieu apporte dans toutes choses, et même dans nos volontés, sans en excepter celle d'Adam, une nécessité inévitable; l'autre, que celte nécessité n'excuse pas les pécheurs. On voit par ià qu'il ne conserve du libre arbitre que le nom, iuême dans l'état d'innocence : et il ne faut pas disputer après cela s'il fait Dieu auteur du péché, puisque outre qu'il tire souvent cette conséquence (1731), ou voit trop évidemment, par les principes qu'il pose, que la volonté est la seule cause de cette nécessité imposée à tous ceux qui pèchent.

Aussi ne dispute-t-on plus à présent du sentiment de Calvin et des premiers réformateurs sur cesujet-là; et, aprèsavoiravoué ce qu'ils en ont dit, même que Dieu pousse les méchants aux cris énormes, cl qu'il est en quelque sorte cause du péché, ou croit avoir suffisamment justifié la réforme de ces expressions si pleines d'impiété, à cause qu'on ne s'en est point servi depuis plus de cent ans (1732): comme si ce n'était pas une assez

(1724) E.xp. de la fui, chez Riv., 1500, th. 2, concl. i .

(1725) Loc. cit., c. 5; Conc., loin. IV, V, p. 35. (1/20) Ibtit., conc U, p. 58.

(U27Ï Ibid., 39.

iu-40 C0"C' U' P" "<J'9°' 9l' C' 5; ÈOnC' 6'

(1729; Lib. De aurn. Dei prœdest., 0/«i5c, 704,

(1730) Lib. m, c. 25, n. 7, 8, 0.

(1751) Deprwdest., Deoctuli. l'rovirt., etc.

(1732) Jeu., juri. sur la mcili , sect. t~, n. I L2, li3.

PART. \. TIIEOL. POLEMIQUE. — H. IIISTOÏŒ DES VARIATIONS.

grande conviction du mauvais esprit dans lequel elle a été courue, de voir <iuo ses auteurs se soient emportés à de tels blasphèmes.

Telle était donc la fatalité que Calvin et Mie avaient enseignée après Luther, et ils y avaient ajouté les domines que nous avons vus touclianl la certitude il u salut et l'ilianiissihilité de la justice (1733). C'était à dire que la vraie toi justifiante ne se perd jamais: ceux qui l'ont sont liés-assurés de l'avoir, et sont par là non-seulement assurés de leur justice présente, comme le disaient les luthériens, mais encore de leur salut éternel, et cela d'une certitude infaillible et ahsolue : assurés par conséquent de mourir justes , quelques crimes qu'ils puissent commettre; et non-seulement de mourir justes, mais encore de le demeurer dans le crime même, parce qu'on ne pouvait sans cela soutenir le sens qu'on donnait à ce passage de saint Paul : Les dons et la vocation de Dieu sont sans repentance. ( Rom. xi, 29. )

C'est ce que Bèzo décidait encore dans la même Exposition de la foi, lorsqu'il y disait qu'aux élus seuls était accordé le don de la foi; que « cette foi, qui est propre et particulière aux élus, consiste à s'assurer, chacun en droit soi, de son élection : » d'où il s'ensuit que « quiconque a ce don de la vraie foi doit être assuré de la persévérance. >> Car comme il dit : « Que me sert de croire, puisque la persévérance de la foi est requise, si je ne suis assuré que la persévérance me sera donnée (1734)? » 11 compte ensuite parmi les fruits de cette doctrine « qu'elle seule nous apprend d'assurer notre foi pour l'avenir:» ce qu'il trouve de telle importance, que ceux, dit-il, « qui v résistent, il est certain qu'ils renversent le principal fondement de la religion chrétienne. »

Ainsi cette certitude qu'on a de sa foi et" de sa persévérance n'est pas seulement une certitude de foi, mais encore le principal fondement de la religion chrétienne, et pour montrer qu'il ne s'agit pas d'une certitude morale ou conjecturale, Bèze ajoute (1735) que « nous pouvons savoir si nous sommes prédestinés à salut, et être assurés de la glorification que nous attendons, et sur laquelle Satan nous livre tous les combats, voire, dis-je, assurés, continue-t-il, non point par notre fantaisie, ma,is par conclusions aussi certaines que si nous étions montés au ciel pour ouïr cet arrêt de la bouche de Dieu. » Il ne veut pas que le fidèle aspire à une moindre certitude ; et après avoir exposé les moyens d'y parvenir, qu'il met dans la connaissance certaine que nous avons de la foi qui est en nous, il conclut que par là « nous apprenons que nous avons été donnés au Fils selon la prédestination et propos de Dieu : » par conséquent, poursuit-il, « puisque Dieu est immuable, puisque la persévérance en la foi est requise à sa^ut,

( 173") Ci -dessus, liv ix (i73ij Ch. S, conc l, p. Uti.

et qu'étant faits certains de notre prédestination, la glorification y est attachée d'un

lien indissoluble, comment douterons-nous de la persévérance, et finalement de notro salut? »

Comme les luthériens, aussi bien que les catholiques, détestaient ces dogmes, et que les calvinistes lisaient les écrits des premiers avec une prévention plus favorable, l'horreur do ces sentiments inouïs jusqu'à Calvin, se répandait peu à peu dans les Eglises calviniennes. On se réveillait; on trouvait horrible qu'un vrai fidèle ne pût craindre pour son salut, contre ce précepte do l'Apôtre : Opérez votre salut avec crainte et tremblement (Philip, u, 12.) Si c'est une tentation et une faiblesse de craindre pour son salut, comme on est forcé de le dire dans le calvinisme, pourquoi saint Paul commandet-il cette crainte? et une tentation peut-ello tomber sous le précepte?

La réponse qu'on apportait ne contentait pas. On disait : le fidèle tremble quand il se regarde lui-même, parce qu'en lui-même, tout juste qu'il est, il n'a que mort et que damnation, et qu'enfin il serait damné s'il était jugé à la rigueur. Mais, assuré de ne le pas être, qu'a-t-il à craindre? L'avenir, dit-on, parce que, s'il abandonnait Dieu, il périrait : faible raison, puisqu'on tient d'ailleurs la condition impossible, et qu'un vrai fidèle doit croire comme indubitable qu'il aura la persévérance. Ainsi en toute façon la crainte que saint Paul inspire est bannie, et le salut assuré.

Si on répondait que, sans craindre pour lo salut, il y avait assez d'autres châtiments qui donnaient de justes sujets de trembler, les Catholiques et les luthériens répliquaient que la crainte dont parlait saint Paul regardait manifestement le salut : Opérez, dit-il, votre salut avec crainte et tremblement. L'Apôtre inspirait une terreur qui allait jusqu'à craindre de faire naufrage dans la foi, aussi bien que dans la bonne conscience (/ Tint. i, 19) ; et Jésus-Christ avait dit lui-même : Craignez celui qui peut envoyer l'âme et le corps dans la gène (Matth. x, 28): précepte qui regardait les fidèles comme les autres, et ne leur faisait rien craindre de moins que la perte de leur âme. On ajoutait à ces preuves celles de l'expérience: les idolâtries et la chute affreuse d'un Salomon, orné sans doute dans ses commencements de tous les dons de la grâce ; les crimes abominables d'un David ; et chacun outre cela sentait les siens. Quoi donc 1 est-il convenable que, sans être assuré contre les crimes, on le soit contre les peines, et que celui qui une fois s'est cru vrai fidèle, soit obligé de croire que le pardon, lui est assuré dans quelques abominations qu'il puisse tombc-r?Mais perdra-t-il celte certitude dans son crime. U perdra donc nécessairement le souvenir de sa foi et de la grâce qu'il a reçue? Ne la perdia-t-il pas?lldemeurera donc aussi assuré dans le crime que dans l'innocence ; et,

(1755) Ibid., conc. -2, p. 1-21.

OEUVRLS COMPLETES DK BOSSIET.

pourvu qu'il raisonne bien selon les prinei- |ies de la secte, il y trouvera de quoi condamner tous les doutes qui pourraient jamais lui venir dans l'esprit sur son retour : de sorte, qu'en continuant de vivre dans le désordre, il sera certain de n'y mourir pas, ou bien il sera certain de n'avoir jamais été vrai fidèle lorsqu'il croyait l'être le plus; et le voilà dans le désespoir, ne pouvant jamais espérer plus de certitude de son salut qu'il n'en avait eu alors, ni quoi qu'il fasse, s'assurer jamais dans cette vie qu'il ne tombera plus dans l'état déplorable où il se voit. Quel remède à tout cela, sinon de conclure que la certitude infaillible, qu'on vante dans le calvinisme, ne convient pas à cette vie, et qu'il n'y a rien de plus téméraire ni de plus l>ernicieux?

Mais combien l'est-il davantage de se tenir assuré, non pas de recevoir la grâce perdue et la foi justifiante , mais de ne la perdre pas dans le crime même, d'y demeurer toujours juste et régénéré ; d'y conserver le Saint-Esprit et la semence île la vie, comme on le croit constamment dans le calvinisme, si on suit Calvin et Bèze, et les autres docteurs principaux de la secte (1736; ? Car, selon eux, la foi justifiante est propre aux seuls élus, et ne leur est jamais ravie ; et Hèze disait, dans VExposition tant de fois citée, que • la foi, encore qu'elle soit quelquefois comme ensevelie es élus de Dieu pour leur faire connaître leur infirmité, ce néanmoins jamais ne va sans crainte do JMeu el charité du prochain (1737). » Et un ]>eu après, il disait deux choses de l'esprit d'adoption : l'une, que ceux qui ne. sont plantée en Eglise que pour un temps, ne le reçoivent jamais; l'autre, que ceux qui sont entrés dans le peuple de Dieu par cet esprit d'abandon, n'en sortent jamais (1738).

On appuyait celte doctrine sur ces passages : Dieu n'est point comme l'homme, en sorte qu'il mente, ni comme le Fils de l'homme, en sorte qu'il se repente (1739). Ce qui avait aussi fait dire à saint Paul , que les dons et la vocation de Dieu sont sans repentance. {Rom. -ai, 29.) Mais, quoi! ne perdrait-on aucun don de Dieu dans les adultères, dans les homicides, dans les crimes les plus noirs, ni même dans l'idolâtrie? Et s'il y en a quelques-uns qu'on [misse perdre du moins pour un temps et dans cet état, pourquoi la vraie foi justificante et la présence du Saint- Esprit ne seront-elles pas de ce nombre, puisqu'il n'y a rien de plus incompatible avec l'état de péché que de telles grâces?

Sur cette dernière difficulté on faisait encore une demande d'une extrême conséquent, et je prie qu'on la considère attentivement, parce qu'elle fera la matière d'une inporianle dispute dont nous aurons à pailc-r. On demandait donc à un calviniste : Ce vrai fidèle, David par exemple, lomiié

1*1736) Ci -dessus, liv. u, n. 15.

(t737i C.h. -i, i -oiii . 15, p. 7i.

()75Si Ubi supr., cit. ;. , conc. 6, p. DO.

dans un adultère el un homicide, serait-il sauvé ou damné, s'il mourait en cet état avant que d'avoir fait pénitence ? Aucun n'a osé répondre qu'il serait sauvé : car aussi, comment soutenir, étant Chrétien , qu'on serait sauvé avec de tels crimes? Ce vrai fidèle serait donc damné s'il mourait en cet état; ce vrai fidèle en cet état a donc cessé d'être juste, puisqu'on ne dira jamais d'un juste qu'il serait damné s'il mourait dans 'état où il est.

Répondre qu'il n'y mourra pas, el qu'il fera pénitence s'il est du monde des prédestinés, ce n'est rien dire, car ce n'est pas la prédestination, ni la pénitence qu'on fera un jour, qui nous justifie et nous rend saints: autrement un infidèle prédestiné serait actuellement sanctifié el justifié, avant même que d'avoir la foi et la pénitence, puisque, avant que de les avoir, constamment il était déjà prédestiné, constamment Dieu avait déjà résolu qu'il les aurait.

Que si on prétend que cet infidèle n'est pas actuellement justifié et sanctifié, parce qu'il n'a pas encore eu la foi et la pénitence, encore qu'il les doive avoir un jour, au lieu que le vrai fidèle les a déjà eues, c'est un nouvel embarras, puisqu'il s'ensuivrait que la foi et ia pénitence une fois exercées par le fidèle, le justifient et le sanctifient actuellement et pour toujours, encore qu'il cesse de les exercer, et même qu'il les abandonne par des crimes abominables : chose plus horrible à penser que tout ce qu'on a pu voir jusqu'ici dans celte matière,

Au reste, ce n'est point ici une question chimérique, c'est une question que chaque fidèle, quand il pèche, se doit faire à luimême; ou plutôt c'est un jugement qu'il doit prononcer : Si ja mourais en l'état où je suis, je serais damné. Ajouter après cela: Mais je suis prédestiné, et je reviendrai ut; jour; et à cause de ce retour futur, dès à présent je suis saint et jusle, et membre vivant de Jésus-Christ ; c'est le comble do l'aveuglement.

Pendant que les Catholiques, et les luthé- . riens mieux écoulés qu'eux dans la nouvelle réforme, poussaient ces raisonnements, plusieurs calvinistes revenaient : et voyant d'ailleurs parmi les luthériens une doctrine plus douce, ils s'y laissaient attirer. Une volonté générale en Dieu de sauver tous les hommes, en Jésus-Christ une intention sincère de les racheter, et des moyens sufiisants offerts à tous; c'est ce qu'enseignent les luthériens dans le Livre de la concorde. Nous l'avons vu: nous avons vu même leurs excès touchant ces moyens offerts, el la coopération du libre arbitre (17i0) : ils entraient tous les jours de plus en plus dans ces sentiments, et on commençai! à les écouler dans le calvinisme, principalement en Hollande.

Jacques Arminius, célèbre ministre d'Ains-

( 1730) r.li. ;, conc. 13, p. 7i.

(1710) Ci-dessus, liv. vin ; Epist., r. Il, Lit. concord., p. 0^1 ; Sulut. tq)et., l>6i), SOS ci sci|.

PAU T. X. THEOL, POLEMIQUE. - II. HISTOIRE DES VARIATIONS

terdam, 8l depuis professeur on théologie (i.'ins l'académie de Leyde, lut le premier à se déclarer dans l'académie contre les maximes reçues par 1rs Relises du pays : mais un homme si véhément n'était pas propre à garder de justes mesures. H blAmait ouvertement Bèze, Calvin, Zanchius et les autres qu'on regardait comme lus colonnes du calvinisme ( 1 7 V 1 ) . Mais il combattait des excès par d'autres excès; et, outre qu'on le voyait s'approcher beaucoup des péfagiens, on le soupçonnait, non sans raison, de quel-

2ue chose de pis : certaines paroles qui lui chappaient, le faisaient croire favorable aux sociniens, et un grand nombre de ses disciples, tournés depuis de ce côté- là, ont conlirmô ce soupçon.

Il trouva un terrible adversaire en la personne de François Gomar, professeur en théologie dans l'académie de Leyde (1742), rigoureux calviniste s'il en fut jamais. Les académies se partagèrent entre ces deux professeurs : la division s'augmenta; les ministres prenaient parti ; Anumius vit des Eglises entières dans son sein; sa mort no termina pas la querelle, et les esprits s'échauffèrent tellement de part et d'autre sous le nom de remontrants et de contre-remontiants,c'était-à-dire d'arminiens et de gomarisles, que les Provinces-Unies se voyaient à la veille d'une guerre civile.

Le prince d'Orange Maurice eut ses raisons poursoutenir les gomaristes. On croyait Rarnevel, son ennemi, favorable aux arminiens; et la raison qu'on en eut, c'est qu'il proposa une tolérance mutuelle, et qu'on imposa silence aux uns et aux autres (1743).

C'était en effet ce que souhaitaient les remontrants. Un parti naissant, et faible encore, ne demande que du temps'pour s'affermir. Mais les ministres, parmi lesquels Gomar prévalait, voulaient vaincre, et le prince d'Orange était trop habile pour laisser fortifier un parti qu'il croyait autant opposé a sa grandeur qu'aux maximes primitives de la réforme.

Les synodes provinciaux n'avaient fait qu'aigrir le mal en condamnant les remontrants. Il en fallut enfin venir à un plus grand remède. Ainsi les états généraux convoquèrent un synode national, ou ils invitèrent tous ceux de leur religion, en quelque pays qu'ils fussent. A cette invitation, l'Angleterre, l'Ecosse, le Palatinat, laHesse, les Suisses, les républiques de Genève, de Brème, d'Embden, et en un mot tout le corps de la réforme qui n'était pas uni aux luthériens, députèrent, à la réserve des Français, qui en furent empêchés par des raisons d'Etal : et de tous ces députés, joints à ceux

do toutes los Provinces-Unies, lui composé

ce fameux synode deDordrecht, «Vint il nous faut maintenant expliquer la doctrine et la

procédure.

L'ouverture de celle assemblée se lit le IV novembre 1G18, par un sermon de Battasar Lydius, ministre de Dordrecht. Les premières séances furent employées à régler diverses choses de discipline, ou de procédure ; et ce no fut proprement qu<» le 13 décembre, dans la trente - unième séance, que l'on commença à parler de la doctrine.

• Pour entendie do quelle manière on y procéda, il faut savoir qu'après beaucoup do livres et de conférences la dispute s'était enfin réduite à cinq chefs. Le premier regardait la prédestination; le second, l'universalité de la rédemption; le troisième et le quatrième, qu'on traitait toujours ensemble, regardaient toujours la corruption de l'homme et la conversion ; le cinquième regardait la persévérance.

Sur ces cinq chefs, les remontrants ava'ent déclaré en général in plein synode par la bouche de Simon Epi>oopius, professeur en théologie à Leyde, qui paraît toujours à leur tête, que des hommes de grand nom et do grande réputation dans la réforme avaient établi des choses qui ne convenaient ni avec la sagesse de Dieu, ni avec sa bonté et sa justice, ni avec l'amour que Jésus-Christ avait pour les hommes, ni avec sa satisfaction et ses mérites, ni avec la sainteté de la prédication et du ministère, ni avec l'usage des sacrements, ni enfin avec les devoirs du Chrétien. Ces grands hommes qu'ils voulaient taxer, étaient les auteurs de la réforme, Calvin, Bèze, Zanchius, et les autres qu'on ne leur permettait pas de nommer, mais qu'ils n'avaient pas épargnés dans leurs écrits. Après cette déclaration générale de leur sentiment, ils s'expliquèrent en particulier sur les cinq articles (1744), et leur déclaration attaquait principalement la certitude du salut et l'inamissibililé de la justice : \iogmcs par lesquels ils prétendaient qu'on avait ruiné la piété dans la réforme, et déshonoré un si beau nom. Je rapporterai la substance de cette déclaration des remontrants, afin qu'on entende mieux ce qui fit la principale matière de la délibération, et ensuite des décisions du synode.

Sur la prédestination , ils disaient (1745) « qu'il ne fallait reconnaître en Dieu aucun décret absolu , par lequel il eût résolu de donner Jésus-Christ aux élus seuls, ni de leur donner non plus à eux seuls par une vocation efficace la foi, la justification , la persévérance et la gloire ; niais qu'il avait ordonné Jésus-Christ rédempteur commun

(17-il) Act.syn. Dordr., edit. Dordr. 1020, Prœf. ad Eu., anle synod. Dordr.

(1742) Les deux premières éditions in-i"el in-12 portaient dans l'académie de G roningne. Bossuetdans ses Remarques sur quelques ouvrages, imprimés à la fin du V/e Aurlissement aux protestants, a corrigé Leyde, au lieu de Grouimjue, et ajoute : // ne

fut à Granitique qu'après tu mort é'Arminmt. (Xuie de Lequeux.)

(1745) Ait. sun. Dordr., edil. Dordr., 1020, Prœf, ad Kce. unie sy :od. Dordr

(1741) Sess. 3!, p. 112.

(1745) Ibid.

fie tout le monde , et résolu [>ar ce décret de justifier et sauver tous ceux qui croiraient en lui, et en même temps leur donner à tous les moyens suffisants pour être sauvés; que personne ne périssait pour n'avoir point ces moyens, niais pour en avoir abusé; que l'élection absolue et précise des particuliers se faisait en vue de leur foi et de leur persévérance future, et qu'il n'y avait d'élection que conditionnelle; que la réprobation se faisait de même en vue de l'infidélité et de la persévérance dans un si grand mal. »

Ils ajoutaient deux points dignes d'une particulière considération : l'un , que tous les enfants des fidèles étaient sanctifiés , et qu'aucun de ces enfants qui mouraient devant l'usage de la raison n était damné ; l'autre , qu'à plus forte raison aucun de ces enfants qui mouraient après le baptême avant l'usage de la raison , ne l'était non plus (.1746).

. En disant que tous les enfants des fidèles étaient sanctifiés, ils ne faisaient que répéter ce que nous avons vu plus clairement dans les confessions de foi calviniennes; et s'ils étaient sanctifiés, il était évident qu'ils ne pouvaient être damnés en cet état. Mais après ce premier article , le second semblait inutile ; et si ces enfants étaient assurés de leur salut avant le baptême, ils l'étaient beaucoup plus après. Ce fut doncavecun dessein particulier qu'on mit ce second article; et les remontrants voulaient noter l'inconstance des calvinistes , qui, d'un côté, pour sauver le baptême donné à tous ces enfants, disaient qu'ils étaient tous saints et nés dans l'alliance, de laquelle parconséquent on ne leur pouvait refuser le signal : et qui, pour sauver de l'autre côté la doctrine de l'inamissibilité de la justice , disaient que le baptême donné aux enfants n'avait son effet que dans les seuls prédestinés ; en sorte que les baptisés qui vivaient mal dans la suite n'avaient jamais été saints, pas même avec le baptême qu'ils avaient reçu dans leur enfance.

Remarquez, je vous en conjure, lecteur judicieux, celte importante difficulté : elle porte coup pour décider sur l'inamissibilité; et il sera curieux de voir ce que dira ici le synode.

" A l'égard du second chef, qui regarde l'universalité de la rédemption, les remontrants disaient « que le prix payé par le Fils de Dieu n'était pas seulement suffisant à tous, mais actuellement offert pour tous et un chacun des hommes ; qu'aucun n'était exclu du fruit de la rédemption par un décret absolu, ni autrement que par sa faute; que Dieu , fléchi par son Fils , avait fait un nouveau traité avec tous les hommes , quoique pécheurs et damnés (1747). » Ils disaient que par ce traité il s'était obligé envers tous à leur donner ces moyens suffisants dont ils avaient parlé; qu'au reste « la rémission des

(IT-ili) Ait. !>, 10, ilnd.

(1747) Scs>. 54, p. 11j et scq.

(ITilS) Ail. i, ibul.

péchés méritée à tous n'était donnée actuellement que par la foi actuelle , par laquelle on croyait actuellement en Jésus-Christ: » par oùils faisaient entendre que qui perdait par ses crimes la foi actuelle qui nous justifie, perdait aussi avec elle la grâce justifiante et la sainteté. Enfin ils disaient encore que « personne ne devait croire que Jésus-Christ fût mort pour lui, si ce n est ceux pour lesquels il était mort en effet ; de sorte que les réprouvés , tels que quelquesuns les imaginaient, pour lesquels Jésus- Christ n'était pas mort, ne devaient pas croire qu'il fût mort pour eux (1748). » Cet article allait plus loin qu'il ne paraissait. Car le dessein était démontrer que, selon là doctrine de Calvin et des calvinistes, qui posaient pour dogme indubitable que Jésùs- Christ n'était mort en aucune sorte que pour les prédestinés, et n'était mort en aucune sorte pour les réprouvés, il s'ensuivait que pour dire: Jésus-Christ est mort pour moi, il fallait être assuré d'une certitude absolue de sa prédestination et de son salut éternel, sans que jamais on pût dire : Il est mort pour moi ; mais je me suis rendu sa mort et la rédemption inutiles : doctrine qui renversait toutes les prédications , où l'on ne cesse de dire aux Chrétiens qui vivent mal, qu'ils se sont rendus indignes d'avoir été rachetés par Jésus-Christ. C'était aussi l'un de ces articles où les remontrants soutenaient qu'on renversait dans la réforme toute la sincérité et la sainteté de la prédication , aussi bien que ce passage de saint Pierre : Ils ont tenié le Seigneur qui les avait rachetés , et se sont attiré une soudaine ruine. (Il Pelr. il, 1.)

Sur les troisième et quatrième chefs, après avoir dit que la grâce était nécessaire à tout bien , non-seulement pour l'achever , mais encore pour le commencer, ils ajoutaient que la grâce efficace n'était pas irrésistible (1749). C'était leur mot, et celui des luthériens dont ils se vantaient de suivre la doctrine. Us voulaient dire qu'on pouvait résister à toute sorte de grâces ; et par là , comme chacun voit, ils prétendaient « qu'encore que la grâce fût donnée également , Dieu en donnait ou en offrait une suffisante à tous ceux à qui l'Evangile était annoncé, même à ceux qui ne se convertissaient pas; et l'offrait avec un désir sincère et sérieux de les sauver tous, sans qu'il fit deux personnages, faisant semblant de vouloir sauver, et au fond ne le voulant pas , et poussantscerèlement les hommes aux péchés qu'il défendait publiquement (1750). » Ils en voulaient directement dans tous ces endroits aux auteurs de la réforme, et à la vocation peu sincère qu'ils attribuaient à Dieu , lorsqu'il appelait à l'extérieur ceux que dans le fond il avait exclus de sa grâce , les prédestinant au mal.

Pour montrer combien la grâce était résistible (il faut permettre ces mots que l'u-

(1710) Sess. 54, p. 110 cl scq.

(1750) Art. 7, ibtd., p. 117.

PAIIT. X. THEOL. POLEMIQUE. — II. HISTOIRE DES VARIATIONS

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sage avait consacrés, pour éviter la gueur] , ils avaient mis un article qui que « l'homme pouvait par '

Ion -

lisait - .............. la grâce Un Saint- Esprit faire plus de bien qu'il n'en taisait , el s'éloigner du mal plus qu'il ne s'en éloignait (1751) : » ainsi il résistait souvent à la grâce , et la rendait inutile.

Sur la persévérance ils décidaient « que Dieu donnait aux vrais fidèles régénérés par sa grâce des moyens pour se conserver dans cet état; qu'ils pouvaient perdre la vraie foi justifiante , et tomber dans des péchés incompatibles avec la justification , môme dans des crimes atroces , y persévérer, y mourir, s'en relever aussi par la pénitence , sans néanmoins que la grâce les contraignit a la l'aire (1752). «Voilà ce qu'ils pressaient avec plus do force , détestant , disaient-ils , de tout leur cœur ces dogmes impies et contraires aux bonnes mœurs , qu'on répandait tous les jours parmi les peuples ; que les rrais fidèles ne pouvaient tomber dans des péchés do malice , mais seulement dans des péchés d'ignorance et de faiblesse; qu'ils ne pouvaient perdre la grâce; que tous les crimes du monde assemblés en un ne pouvaient rendre inutile leur élection , ni leur en ôter la certitude: « chose, ajoutaient-ils, qui ouvrait la porte à une sécurité charnelle et pernicieuse ; qu'aucuns crimes, quelque horribles qu'ils fussent , ne leur étaient imputés ; que tous péchés présents et futurs leur étaient remis par avance; qu'au milieu des hérésies, des adultères et des homicides pour lesquels on pourrait les excommunier, ils ne pouvaient totalement et finalement perdre la foi (1753). »

Ces deux mots totalement et finalement étaient ceux sur lesquels principalement roulait la dispute. Perdre la foi et la grâce de la justification totalement , c'était la perdre tout à fait un certain temps ; la perdre finalement , c'était la perdre à jamais et sans retour. L'un et l'autre étaient tenus impossibles dans le calvinisme ;et les remontrants détestaient l'un et l'autre de ces excès.

Ils concluaient la déclaration de leur doctrine en disant que, comme le vrai fidèle pouvait dans le temps présent être assuré de sa foi et de sa bonne conscience , il pouvait aussi être assuré pour ce temps-là, s'il y mourait, de son salut éternel ; qu'il pouvait aussi être assuré de pouvoir persévérer dans la foi , parce que la grâce ne lui manquerait jamais pour cela; mais qu'il fût assuré de faire toujours son devoir, ils ne voyaient pas qu'il le pût être , ni que cette assurance lui fût nécessaire (175i).

Si l'on veut maintenant comprendre en peu de mots toute leur doctrine , le fondement en était qu'il n'y avait point d'élection absolue , ni de préférence gratuite par laquelle Dieu préparât à certaines personnes choisies , et à elles seules , des moyens certains pour les conduire à la gloire : mais que

Dieu offrait à tous les hommes , et surtout à tous ceux à qui l'Evangile était annoncé , des moyens suffisants do se convertir, dont les uns usaient , et les autres non , sans en employer aucun autre pour ses élus, non plus que pour les réprouvés; de sorte que l'élection n'était jamais que conditionnelle, et qu'on en pouvait déchoir en manquant à la condition. D'où ils concluaient , premièrement, qu'on pouvait perdre la grâce justifiante, et totalement, c'est-à-dire tout entière , et finalement , c'est-à-dire sans retour; secondement , qu'on ne pouvait eu aucune sorte être assuré de sun salut.

Encore que les Catholiques ne convinssent pas du principe, ils convenaient avec eux des deux dernières conséquences, qu'ils établissaient néanmoins sur d'autres principes qu'il ne s'agit pas d'expliquer ici : et ils convenaient aussi que la doctrine calvinienne contraire à ces conséquences était impie, et ouvrait la porte à toutes sortes de crimes.

Les luthériens convenaient aussi en ce point avec les Catholiques el les remontrants. Mais la différence des Catholiques et des luthériens est que les derniers, en niant la certitude de persévérer, reconnaissaient une certitude de la justice présente ; en quoi ils étaient suivis par les remontrants : au lieu que les Catholiques différaient des uns et des autres, en soutenant qu'on ne pouvait être assuré ni de ses bonnes dispositions futures, ni même de ses bonnes dispositions présentes, dont, au milieu des ténèbres do notre amour-propre, nous avions toujours sujet de nous défier, de sorte que la confiance que nous avions du côté de Dieu n'ôtait pas tout à fait le doute que nous avions de nous-mêmes.

Calvin et les calvinistes combattaient la doctrine des uns et des autres, et soutenaient aux luthériens et aux remontrants que lo vrai fidèle était assuré non-seulement du présent, mais encore de l'avenir: et assuré par conséquent de ne perdre jamais ni totalement, c'est à-dire tout à fait, ni finalement, c'est-è-dire sans retour, la grâce justifiante, ni la vraie foi une fois reçue.

L'état de la question et les différents sentiments sont bien entendus ; et pour peu que le synode de Dordrecht ait voulu parler clairement, on comprendra sans difficulté quelle en aura été la doctrine ; d'autant plus quo les remontrants après leur déclaration avaient sommé ceux qui se plaindraient qu'on expliquait mal leur doctrine, de rejeter nettement tout ce dont ils se croiraient injustement accusés : et priant aussi le synode de s'expliquer précisément sur des articles dont on se servait pour rendre toute la réforme odieuse (1755).

Si jamais il a fallu parler nettement, c'est après une telle déclaration et dans de sein-

Ead. sess., p.

Ail. G. ibiil.,

117, 118,1 scip

(1754) Art. 7 ci 8; ibid., p. II?.

(1755) Ead. sess., p. 121, Vit.

OEEVRES COMPLETES I»F. BOSSl'ET.

i.'ables conjonctures. Ecoulons dune maintenant îa décision du synode.

Il prononce sur les cinq chefs proposés en quatre chapitres ; car, comme nous avons dit, le troisième el le quatrième chef allaient toujours ensemble. Chaque chapitre a deux. parties: dans la première on établit, dans la seconde on rejette et on improuve. "Soici la substance des canons, car c'est ainsi qu'on appela les décrets de ce synode.

Sur la prédestination el élection l'on décidait « que le décret en est absolu et immuable ; que Dieu donne la vraie et vive foi à tous ceux qu'il veut retirer de la damnation commune, et a ecx secls; que cette foi est un don de Dieu ; que tous les élus sont dans leur temps assurés de leur élection, quoique non pas en même degré et en égale mesure ; que cette assurance leur vient non en sondant les secrets de Dieu, mais en remarquant en eux avec une sainte volupté et une joie spirituelle les fruits infaillibles de "l'élection, tels que sont la vraie foi, la douleur de ses ]>echés, el les autres; que le sentiment et la certitude de leur élection les rend toujours meilleurs; que ceux qui n'ont pas encore ce sentiment efficace et cette certaine confiance, la doivent désirer; et entin que cette doctrine ne doit faire peur qu'à ceux qui, attachés au .monde, ne se convertissent pas sérieusement (1756). » Voilà déjà pour les seuls élus avec la vraie^ foi la certitude du salut : mais la chose s'expliquera bien plus clairement dans la suite.

L'article 17 décide que « la parole de Dieu déclarant saints les enfants des fidèles , non par nature, mais par l'alliance où ils sont compris avec leurs parents, les parents fidèles ne doivent pas douter de l'élection et du salut de leurs enfanls qui meurent dans ce bas âge (1757). »

En cet article le synode approuve la doctrine des remontrants, à qui nous avons oui dire précisément la même chose (1758). Il n'y a rien de plus assuré parmi nos adversaires qu'un article qu'on voit également enseigné des deux partis : la suite nous fera voir quelles en sont les conséquences.

Parmi les articles rejetés on trouve celui qui veut que la certitude du salut dépende aune condition incertaine (1759) : c'est-àdire que l'on condamne ceux qui enseignent qu'on est assuré d'être sauvé en persévérant à bien vivre, mais qu'on n'est pas assuré de bien vivre ; qui était précisément la doctrine que nous avons ouï enseigner aux remontrants. Le synode déclare absurde cette certitude incertaine ; et par conséquent établit une certitude absolue, qu'il tâche même d'établir par l'Ecriture : mais il ne s'agit pas des preuves; il s'agit de bien poser la doctrine, et d'entendre que le vrai lidèle, selon les décrets de Dordrecht, nonseulement doit être assuré de son salut ,

supposé qu'il fasse bien son devoir, mais encore qu'il doit être assuré île le bien faire, du moins à la fin de sa vie. Ce n'est pourtant rien encore, et nous verrons cette doctrine bien plus clairement décidée.

Sur le sujet de la rédemption et de la promesse de grâce, on .décide qu'elle est « annoncée indifféremment à tous les peuples: c'^st par leur faute que ceux qui n'y croient pas la rejettent, et c'est par la grâce que les fidèles l'embrassent ; mais les élus sont les seuls à qui Dieu a résolu de donner la foi justifiante, par laquelle ils sont infailliblement sauvés. » Voilà donc une seconde fois la vraie foi justifiante dans les élus seuls i il faudra voir dans la suite ce qu'auront ceui qui ne continuent pas à croire jusqu'à la fin.

Le sommaire du quatrième chapitre est, qu'encore que Dieu appelle sérieusement tous ceux à qui l'Evangile est annoncé, en sorte que s'ils périssent ce n'est pas la faute de Dieu , il se fait néanmoins quelque chose de particulier dans ceux qui se convertissent, Dieu les appelant efficacement, et leur donnant la foi et la pénitence. La grâce suffisante des ai-miniens, avec laquelle le libre arbitre se discerne lui-même , est rejetée comme un dogme pélagien (1760). La régénération est représentée comme se faisant sans nous, non par la parole extérieure, ou par une persuasion morale, mais par une opération qui ne laisse pas au pouvoir de

I homme d'être régénéré ou non (1761), d'être converti ou non : et néanmoins, dit on dans cet article, quand la volonté est renouvelée, elle est non-seulement poussée et mue de Dieu, mais elle agit étant mue de lui; et c'est l'homme gui croit et qui se repent.

La volonté n'agit donc que quand elle est convertie et renouvelée. Mais quoi I n'agitelle que quand on commence à désirer sa conversion , et à demander la grâce de la régénération? ou bien est-ce qu'on l'avait déjà quand on commençait à la demander 1 C'est ce qu'il fallait expliquer, el ne pas dire généralement que la conversion et la régénération se fait sans nous. Il y aurait bien d'autres choses à dire ici; mais il ne s'agit pas de disputer : il suffit historiquement de bien faire entendre la doctrine du synode.

Il dit au xm* article, que la manière dont se fait en nous celte opération de la grâce régénérante est inconcevable : il suffit de concevoir que par cette grâce le fidèle sait et sent qu'il croit et qu'il aime son Sauveur.

II sait et sent : voilà dans l'ordre de la connaissance ce qu'il y a de plus certain, savoir et sentir.

Nous lisons dans l'article 16, que, de même que le péché n'a pas ôté la nature à l'homme, ni son entendement, ni sa volonté, ainsi la grâce régénérante n'agit j>as en lui comme dans un tronc et dans une uû~

(1756) Sess. 5G, p. 249 et seq.

se<|. ; p. 251.

(1757) Ail. 17, 252.

(1758) Ci-icssus, col. 835.

ibid., art. 12 et

(1750) Ail. 7, p. 254.

(1700) An. 12, p. 205.

(i70r) Ibid.

PART. Y THKOI.. POLEMIQUE. - II. HISTOIRE l>i:s VARIATIONS.

chr ■. elle conserve les propriétés à la volonté, fi ne la force point malgré elle ; c'eslà-d i re qu'elle ne In fait point vouloir sans vouloir. Quelle étrange théologie 1... N'estce |i;i.s vouloir tout embrouiller que de s'expliquer si faiblement sur le libre arbitre? Parmi les cireurs rejetées, je trouve celle i]ui enseigne : « que dans la vraie conversion de l'homme, Dieu ne peùl répandre par infusion des qualités, des habitudes et «les dons, cl que la foi j »n r laquelle nous sommes premièrement convertis, et d'où nous sommes appelés fidèles, n'est pas un don el une qualité infuse de Dieu, mais seulement un acle de l'homme (17621. » Je suis bien aise d'entendre l'infusion de ces nouvelles qualités et habitudes: elle nous sera d'un grand secours pour expliquer la vraie idée de juslilication, el faire voir par quel moyen elle peut être obtenue de Dieu. Car je ne crois pas qu'on puisse douter qu'en ceux qui sont en Age de connaissance , ce ne soit un acte de foi inspiré de Dieu, qui nous impètre la grâce d'en recevoir l'habitude avec celle des autres vertus. Cependant l'infusion de celte habitude n'en sera pas moins gratuite, comme on verra en son temps : mais passons. 11 faut maintenant venir au dernier chapitré, qui est le plus important; puisqu'il y fallait expliquer précisément et à fond ce qu'on aurait à répondre aux reproches des remontrants sur la certitude du salut el l'inamissibilité de la justice.

Sur l'inamissibilité voici ce qu'on dit: « Que dans certaines actions particulières les vrais tidèles peuvent quelquefois se re^ tirer, et se retirent en effet, par leur vice, de la conduite de la grâce, pour suivre la concupiscence, jusqu'à tomber dans des crimes atroces ; que par ces péchés énormes ils offensent Dieu, se rendent coupables de mort, interrompent l'exercice de la foi, font une grande blessure à leur conscience, et quelquefois perdent pour un temps le sentiment de la grâce (1763). » O Dieu, est-il bien possible que dans cet état détestable, ils ne perdent que le sentiment de la grâce et non pas la grâce même, et ne la .perdent quo quelquefois! Mais il n'est pas encore temps de se récrier : voici bien pis : « Dieu, dans ces tristes chutes , ne leur ôte pas tout a fait son Saint-Esprit, et ne les laisse pas tomber jusqu'à déchoir de la grâce de l'adoption et de l'état de la justification, ni jusqu'à commettre le péché à mort, ou contre le Saint-Esp/it , et être damnés (176ï). » Quiconque donc, est vrai fidèle, et une fois régénéré par la grâce, non-seulement ne périt pas dans ses crimes , mais dans le temps qu'il s'y abandonne il ne déchoit PAS DE LA GRACE DE L'ADOPTION UT DE

l'état de la justification. Peut-on mettre plus clairement Jésus-Christ avec Reliai, et la grâce avec, le crime ?

A la vérité le synode semble vouloir pré-

server 1rs vrais fidèles de quelques crimes,

lorsqu'il dit qu'ils ne sont pas délaisses jusque tomber dans le péché à mort, on contre le Saint'Esprtt, que l'Ecriture nomme irrémissible : mais s'ils entendent par ces mois quelque autre péché que celui de l'impénitence finale, on ne sait plus ce que c'est ; n'y ayant aucun pécheur, dans quelque désordre qu'il soit tombé, à qui on ne doive faire espérer la rémission de ses crimes. Laissons néanmoins au synode toile autre explication de ce péché qu'il voudra s'imaginer ; c'est assez que nous voyions clairement, selon la doctrine, que tous les crimes qu'on peut nommer, par exemple, un adultère aussi long et un homicide autant médité que celui d'un David, l'hérésie, l'idolâtrie môme avec toutes ses abominations, où constamment, selon le synode, le vrai fidèle peut tomber, compatissent avec la grâce dt i adoption cl l'état de la justification.

Et il ne faut pas dire (pue par cet état le synode entende seulement le droit au salut qui resle toujours au vrai fidèle, c'est-à-dire selon le synode au prédestiné, en vertu de la prédestination : car au contraire il s'agit ici du droit immédiat qu'on a au salut par la régénération et la conversion actuelle, ci de l'état par lequel on est non pas destiné, mais en effet en possession tant de la vraie foi que de la justification. La question est en un mot, non pas de savoir si on aura uî< jour cette grâce, mais si on en peut déchoit un seul moment après l'avoir eue : le synode décide que non. Remontrants, ne vous plaignez pas; on vous parle du moins franche ment, comme vous l'avez désiré; et tout ce que vous dite.s qu'on croit de pernicieux dans le parti que vous accusez, tout re que vous y rejetez avec tant d'horreur, y est décidé en teimes formels.

Mais pour ôter toute équivoque, il faut voir dans le synode ces mots essentiels, totalement et finalement, sur lesquels nous avons fait voir que roulait toute la dispute (1765) : il faut voir, dis-je, si l'on permet aux remontrants d'assurer qu'un vrai fidèle puisse déchoir et totalement et finalement de l'état de justification. Le synode, pour ne nous laisser aucun doute de son sentiment contre la perte totale, dit que « la semence immortelle, par laquelle les vrais tidèles sont régénérés, demeure toujours en eux malgré leur chute. » Contre la perte finale le même synode dit qu'un jour réconciliés ils sentiront de nouveau la grâce (1766) : ils ne la recouvreront pas; le synode se garde bien de dire ce mot : ils la sentiront de nouveau. De cette sorte, poursuit-il, il arrive que ni ('/s ne perdent totalement la foi de la grâce, ni ils ne demeurent finalement dans leur péché jusqu'à périr.

En voilà, ce me semble, assez pour l'inamissibilité. Voyons pour la certitude.

« Les vrais fidèles, » dit le synode (1767),

(1762) Art. 6, p. 26".

(1765) Art. i, 5, p. "27!.

(lTtil) Art. ti et scq.

OEUVRE» COMPL. DE ROSSUET. Mil

(1765) Ci-dessus, col. 857.

(1760) Art, 7,8, p. 272.

(1767) Ait. '.), p. 272,275.

« (auvent être certains, et le sont de salut et de leur persévérance, selon la sure de la foi par laquelle ils croient avec certitude qu'ils sont et demeurent membres vivants de l'Eglise, qu'ils ont la rémission de leurs péchés, et la vie éternelle : certitude qui ne leur vient pas d'une révélation particulière, mais par la foi des promesses que Dieu a révélées dans sa parole, et par le témoignage du Saint-Esprit, et enfin par une bonne conscience, et une sainte et sérieuse application aux bonnes œuvres. »

On ajoute, pour ne rien laisser à dire, que « dans les tentations et les doutes de la chair qu'on a à combattre, on ne sent pas toujours cette plénitude de la foi et cette certitude de la persévérance (1768) ; » afin que toutes les fois qu'on sent quelque doute, et qu'on n'ose pas se promettre avec une entière certitude de persévérer toujours dans son devoir, on se sente obligé à regarder ce doute comme un mouvement qui vient de la chair, et comme une tentation qu'il faut combattre.

On coin;. te ensuite parmi les erreurs rejetées, c. que les vrais fidèles puissent déchoir, et déchoient souvent totalement et finalement de lafoi justifiante, de la grâce et du salut ; et qu'on ne puisse durant cette vie avoir aucune assurance de la future persévérance sans révélation spéciale (1769) : » on déclare que cette doctrine ramène les doutes des papistes, parce qu'en effet cetie certitude sans révélation s; éciale était condamnée dans le concile de Trente (1770J.

On demandera comment on accorde avec la doctrine de l'inamissibilité ce qui est dit

OKUVUES r.OMPLKTKS [>!• ItOSSlF.T

leur

me-

dans le synode, que par les grands crimes les fidèles qui les commettent se rendent coupables de mort (1771). C'est ce qu'il est bien aisé de concilier avec les principes de la nouvelle Réformé, où l'on soutient que le vrai fi léle, quelque régénéré qu'il soit, demeure toujours parla convoitise coupable de mort, non-seulement dans ses péchés grands et petits, mais encore dans ses bonnes œuvres, de sorte que cet état qui nous rend coupables de mort, n'empêche pas que, selon les termes du synode, on ne demeure en état de justification et de grâce. Mais, enfin, n'avons-nous pas dit que nos réformés ne pouvaient nier et ne niaient pas en effet, que si on mourait dans ses crimes sans en avoir fait pénitence, on serait damné? Il est vrai, la plupart l'avouent; et encore que le synode ne décide rien en corps sur cette difficulté, elle y fut proposée , comme nous verrons, par quelques-uns des opinants. A la vérité il est bien étrange qu'on puisse demeurer dans une erreur où l'on ne peut éviter une contradiction aussi manifeste que celle où l'on reconnaît qu'il y a un état de grâce, dans lequel néanmoins on serait damné si on y mourait.

Mais il v a bien d'autres contradictions dans

cette doctrine : en voici une sans doute qui n'est pas moins sensible que celle-là. Dans la nouvelle réforme la vraie foi est inséparable de l'amour de Dieu et des bonnes œuvres qui en sont le fruit nécessaire ; c'est le dogme le plus constant de cette religion : et voici néanmoins contre ce dogme la vraie foi non-seulement sans les bonnes œuvres, mais encore dans les plus grands crimes. Patience, ce n'est pas encore tout : je vois une autre contradiction non moins manifeste dans la nouvelle réforme, et selon ledécret du synode même :-lous les enfants des fidèles sont saints, et leur salut est assuré (1772). En cet état ils sont donc vraiment justifiés : donc ils ne peuvent déchoir de la grâce, et tout sera prédestiné dans la nouvelle réforme ; ni, ce .qui est bien pi us étrange, ils ne peuvent avoir d'enfant qui ne soilsaint et prédestiné comme eux : ainsi toute leur postérité est certainement prédestinée, et jamais un réprouvé ne peut sortir d'un élu. Qui l'osera dire? Ht cependant qui pourra nier qu'une si visible et si étr.mge absurdité ne soit clairement renfermée dans les principes du synode et dans la doctrine de l'inamissibilité? Tout y est donc plein d'absurdités manifestes; tout s'y contredit d'une étrange sorte : mais aussi est-ce toujours l'effet de l'erreur de se contredire elle-même.

Il n'y a aucune erreur qui ne tombe en contradiction par quelque endroit : mais voici ce qui arrive quand on est fortement prévenu. On évite premièrement, autant qu'on peut, d'envisager cette inévitable et visible contradiction : si on ne peut s'en empocher, on la regarde avec une préoccupation qui ne permet pas d'en bien juger : on croit s'en défendre en s'étourdissant par de longs raisonnements et par de belles paroles : ébloui de quelques principes spécieux dont on s'entête, on n'en veut pas revenir. Eutychès et ses sectateurs n'osaient dire que Jésus-Christ ne fût pas tout ensemble vrai Dieu et vrai homme; mais éblouis de cette unité malentendue qu'ils imaginaient en Jésus-Christ, ils voulaient que les deux natures se fussent confondues dans l'union ; et se faisaient un plaisir et un honneur de s'éloigner par ce moyen, plus que tous les autres (quoique ce fûl jusqu'à l'excès), de l'hérésie de Nestorius qui divisait le Fils de Dieu. Ainsi on s'embrouille, ainsi on s'entête, ainsi les hommes prévenus vont devant eux avec une aveugle détermination, sans vouloir ni pouvoir entendre, connue dit l'Apôtre, ni ce qu'ils disent eux-mêmes, ni les choses dont ils parlent avec assurance (1 Tim. I, 7) : c'est ce qui fait tous les opiniâtres ; c'est par là que périssent tous les hérétiques.

Nos adversaires se font un objet d'un agrément infini dans la certitude qu'ils veu lent avoir de

eur salul éternel. N'attendez

(1768) Art. 2.

(1760; An. 3. p. 274.

(1770) (.'cm. . Trié., sess. 6, cap. 18, can. 16.

(1771) Ci-dessus, coi. 841.

(177~2j Ci-dessus, col. 83'J.

PART. \. THEOL, POLEMIQUE - II. IIISTOIKF. DES VARIATIONS

pas que jamais ils regardent de bonne t"i ce i|ui peut leurûler celle certitude. S'il ne faut poor la maintenir que dire qu'un est assuré de ne mourir pas dans le crime, encore qu'on 3 tombât par une malice déterminée, et môme qu'on en formât la détestable habitude, ils le diront. S'il faut pousser à loute outrance ce passage de saint Paul : Les dons et la vocation de Dieu sont sain repentante [Rom. n, 29); et dire que

iDien note jamais tout à fait ni dans le fond ce eu'il a donné «ils le diront, quoi qu'il en jeu arrive, quelque contradiction qu'on leur montre, quelque inconvénient, quelque affreuse suite qu'on leur fasse voir dans leur doctrine : autrement, outre qu'ils perdraient le plaisir de leur certitude, et l'agrément qu'ils ont trouvé dans la nouveauté de ce dogme, il faudrait encore avouer qu'ils auraient tort dans le point qu'ils ont regardé comme le plus essentiel de leur réforme, et que l'Eglise romaine, qu'ils ont biâmée et tant haïe, aurait raison.

Mais peut-être que celte certitude qu'ils en-eignent n'est autre chose dans le fond que la confiance que nous admettons. Plût k Dieu! Personne ne nie cette confiance : les luthériens la soutenaient; et cependant les calvinistes leur ont dit cent fois qu'il fallait quelque chose de plus. Mais sans sortir du synode, les arminiens admettaient cette confiance; car sans doute ils n'ont jamais dit qu'un fidèle tombé dans le crime dont il se repent dût- désespérer de son salut. Le synode ne laisse pas de les condamner, p; rce que, contents de cette espérance, ils rejettent la certitude. Les Catholiques enfin admettaient cette confiance ; et la sainte persévérance, que le concile de Trente veut qu'on reconnaisse comme un don spécial de Dieu (1773), il veut qu'on l'attende avec confiance de sa bonté infinie. Cependant, parce qu'ils rejettent la certitude absolue, le synode le condamne, et accuse les remontrants, qui niaieni aussi cette certitude, de retomber par ce moyen dans les doutes du papisme. Si le dogme de la certitude absolue et de l'inamissibilité eût causé autant d'horreur au synode qu'une si all'reuse doctrine en doit exciter naturellement dans les esprits, les ministres qui composaient cette assemblée n'auraient pas eu assez de voix pour | faire entendre à tout l'univers que les remontrants, que les luthériens, que les Catholiques, qui les accusent d'un b i blasphème, les calomnient, et toute l'Europe eût retenti d'un tel désaveu : mais, au contraire, loin de se défendre de cette certitude et de nette inamissibilité que les remontrants leurs objectaient, ils l'établissent et condamnent les remontrants pour l'avoir niée. Quand ils se croient calomniés, ils savent bien s'en plaindre. Ils se plaignent, par exemple , à la fin

de leur synode, île ce que leurs ennemis, entre autres les remontrants, 1rs accusent « de taire Dieu auteur du péché; de lui taire réprouver les hommes sans aucune vue du péché; «le lui faire précipiter les enfants des fidèles dans la damnation, -ans que touteles prières de l'Eglise, ni même le baptême, les en puissent retirer (1774). » Que ne disent-ils de môme qu'on les accuse à tort d'admettre la certitude et l'inamissibilité dont nous parlons? Il est vrai qu'ils disent dans ce même lieu qu'on les accuse « d'inspirer aux hommes une sécurité charnelle, en disant qu'aucun crime ne nuit au salut des élus, et qu'ils peuvent en toute assurance commettre les plus exécrables. » Mais est-ce assez s'expliquer pour des gens à qui l'on demande une réponse préci >e? Ne leur sullitil pas, pour s'échapper, «l'avoir reconnu des crimes, par exemple, cepéchéà mort, et contre le Saint-Esprit, quel qu'il soit, où les élus et les vrais fidèles ne tombent jamais? Et s'ils voulaient que les autres crimes fussent autant incompatibles avec la vraie foi et l'état de grâce, n'auraient-ils pas pu le dire en termes exprès, au lieu qu'en termes exprès ils décident le contraire ?

Concluons donc que des trois articles dans lesquels nous avons fait consister la justification calvinienne (1775), les deux premiers, qui étaient déjà insinués dans les Confessions de foi (1776;, c'est-à-dire la certitude absolue de la prédestination, et l'impossibilité de déchoir finalement de la foi et de la grâce une fo s reçue, soit expressément définis dans le synode de Dordrechl ; et que le troisième ariicie, qui consiste à savoir si le vrai fidèle pouvait du moins perdre quelque temps, et tant qu'il vivait dans le crime, la grâce justifiante et la vraie foi (1777), quoiqu'il ne fût exprimé en aucune Confession de foi, et semblablement décidé selon la doctrine de Calvin et l'esprit de la nou\elle réforme.

On peut encore connaître le sentiment de, tout le synode par celui du célèbre Pierre Dumoulin, ministre de Paris : c'était assurément, de l'aveu de tout le monde, le plus rigoureux calviniste qui fût alors, et le plus attaché à la doctrine que Gomar soutenait contre Arminius. Il envoya à Dordrecht son jugement sur cette matière, qui fut lu et approuvé de tout le synode, et inséré dans les actes. Il déclare qu'il n'avait pas eu le loisir de traiter toutes les questions; mais il établ t tout le fond de la doctrine du synode, lorsqu'il décide que nul n'est justifié que celui qui est glorifié (1778) : par où il comdamne les arminiens en ce qu'ils enseignent qu'il y a des justifies qui perdent la foi et sont, damnés (1779); et encore (dus clairement dans ces paroles (1780) : « Quoique le doute du salut entre quelquefois dans l'esprit des vrais

(1773) Conc. Trid., sess. 6, eau. 15, 16, "22.

(1774) Si/u. Uordr., Concl. sess. 136, p. 275.

(1 775) Ci-dessus, liv. is.

(1776) Con . de foi de Fr., art. 18, 19. 20, 21 2-2; dim. 18,16, 36.

(1777) Ci-dessus , liv. ix; Conf. Bilg., art. 2i- Syn. tien., part, i, p. 159.

(t778) Sess. 105, 104, p. 289, 500.

i I779i Uui snp., p. 291.

(1780) ll'id., p. 300.

OR VUES COMPLETES DE COSSIEi.

fidèles, Dieu commande néanmoins dans sa parole que nous en soyons assurés; et il faut tendre de toutes ses forces à cette certitude , où il ne faut pas douter que plusieurs n'arrivent ; et quiconque est assuré de son salut, l'est en même temps que Dieu ne -l'abandonnera jamais, et ainsi qu'il persévérera jusqu'à la fin. » On ne peut pas plus clairement regarderie doute comme une tentation et une taiblesse, et la certitude comme un sentiment commandé de Dieu. Ainsi le fidèle n'est pas assuré qu'il ne tombera pas dans les plus grands crimes, et qu'il n'y demeurera pas longtemps comme David : mais il ne laisse pas d'être assuré que Dieu ne l'abandonnera jamais, et qu'il persévérera jusqu'à la fin. C est un abrégé du synode : aussi résolut-on dans celte assemblée de rendre grâces à Dumoulin pour le jugement trèsexact qu'il avait porté sur cette matière, et pour son consentement avec la doctrine du synode.

Quelques-uns ont voulu douter si la certitude que le synode établit dans chaque fidèle pour son salut particulier et une certitude de foi : mais on cessera de douter, si on remarque que la certitude dont il est parlé est toujours exprimée par le mot de croire, qui dans le synode ne se prend que pour la vraie foi ; joint que cette certitude, selon le même synode, n'est que la foi des promesses appliqué par chaque particulier à soi-même et à son salut éternel , avec le sentiment certain qu'on a dans le cœur de la sincérité de sa foi : de sorte qu'afin qu'il ne manque aucun genre de certitude, on a celle de la foi jointe à celle de l'expérience et du sentiment.

Ceux de tous les opinants qui expliquent le mieux le sentiment uu synode, sont des théologiens de la Grande-Bretagne ; car après avoir avoué avec tous les autres dans le fidèle une espèce de doute de son salut, mais uu doute qui vient toujours de la tentation, ils expliquent très-clairement : « qu'après la tentation l'acte par lequel on croit qu'on est regardé de Dieu en miséricorde, et qu'on aura infalbbleme.it la vie éternelle, n'est pas un acte d'une opinion douteuse, ni d'une espérance conjecturale où l'on pourrait se tromper, cui fats uni subesse potest ; mais un acte d'une viaie et vive foi excitée et srellée dans les cœurs par l'esprit d'adoption (1781) : » en quoi ces théologiens semblent aller plus

avant que qui parait

la confession anglicane (1782) , avoir voulu éviter de parler si

i lairement sur la Certitude du sulut, comme

on a vu (1783).

Quelques-uns ont voulu penser que ces

théologiens anglais n'étaient pas de l'avis commun sur la justi e qu'on attribuait aui fidèles tombés dans les grands crimes pendant qu'ils y persévèrent, comme fit David ; et ce qui peut faire douter, c'est que ces docteurs décident formellement que ces fidèles sont en état de damnation, et seraient damnés s'ils mouraient (1784) , d'où il s'ensuit qu'il sont déchus de la grâce de la justification , du moins pour ce temps. Mais c'est ici de ces endroits où il faut que tous ceux qui sont dans l'erreur tombent nécessairement en contradiction : car ces théologiens se voient coniraints par leurs principes erronés à reconnaître d'un côté que les fidèles ainsi plongés dans Je crime seraient damnés s'ils mouraient alors ; et de l'autre , qu'ils ne déchéenl pas de l'état de la justification (1785). Et il ne faut pas se persuader qu'ils confondent ici la justification avec la prédestination ; car, au contraire, c'est ce qu'ils distinguent très-expressément : et ils disent que ces fidèles plongés dans le crime nonseulement ne sont pas déchus de leur prédestination, ce qui est vrai de tous les élus, « mais qu'ils ne sont pas déchus de la foi,

ni de ce germe céleste de la

génération

et des dons fondamentaux sans lesquels la vie spirituelle ne peut subsister (1786) ; de sorte qu'il est impossible que les don» de la charité et de la foi s'éteignent tout k fait dans leurs cœurs (1787); ils ne perdent point tout à fait la foi, la sainteté, l'adoption (1788); ils demeurent dans la justification universelle, qui est la justification très-proprement dite, dont nul crime particulier ne les peut exclure (1789) : » ils demeurent dans la justification, »dont le renouvellement intérieur et la sanctification est inséparable (1790) ; » en un mot , ce sont des saints qui seraient damnés s'ils mouraient.

On était bien embarrassé, selon ces principes, à bien expliquer ce qui restait dans ces saints plongés dan- le crime. Ceux d'Embden demeurent d'accord que la foi actuelle n'y pouvait rester, et qu'elle était incompatible avec le consentement aux péchés griefs. Ce qui De se perdait pas, c'é.ait la foi habituelle, celte, disaient-ils, qui subsiste en l'homme lorsqu'il dort, ou qu'il n'agit pas (1791): mais aussi cette foi habituelle répandue dans l'homme par la prédication et l'usage des sacrements , est la vraie fui vive et justifiante (1792 ; u'où ils concluaient que le fidèle parmi ceseiiuies énormes ne perdait ni la justice ni le Saint- Esprit : et lorsqu'on leur demandait s'il n'était pas aussi bon de dire qu'on perdait la f.i et le Saint-Esprit pour les recouvrer après, que de dire qu'on en perdait seulement

(178* ) Seul, theut. Mag. Drit., c. De persev. certil. quoad nos, thés. 5, p. 218; ibid., llies. 4 , p. S19.

(1782) Conf. Aug., art. 17; Sun. Gen., i , jrag.

(1783) Ci-dessus, liv. s.

(1784) Sent, iheol. Mug. Bril., cap. De persev. eertil. quoad. nos, tl.es. 5, i.

(1783) Ibht., mes. 2, p. 212.

(1786) Ibid., tbes. 3, pag. 213; Ihes. 4, pag.

(1787) lbid.,T>. 215.

(1788) Ibid., (lies. 7.

(1789) Ibid., Ides. ti.

(1790) Ibid., p. 214, 218.

(1791) Jud. theot. Embd. de 3 art., eh. 1, u. 14, 53, p. 2o6, 267.

(1792) Ibid., n. 45, 270.

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