‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 189 sur 325 · GS · texte numérisé non relu

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mit à la tête du parti contraire, et engagea dans ce sentiment l'académie de Sedan où il pouvait tout; et nous avons vu de nos jours toute la réforme partagée en France avec beaucoup de chaleur entre Saumur et Sedan. Malgré les censures des synodes, qui supprimaient la doctrine de la grâce universelle, sans néanmoins la qualifier d'hérétique ou d'erronée, les plus savants ministres en entreprirent la défense. Daillé en fit l'apologie, où Blondel mit une préface très-avantageuse aux défenseurs de ce sentiment; et la grâce universelle triompha dans Sedan, où le ministre Beaulieu l'a enseignée de nos jours.

Elle ne réussissait pas également hors du royaume, et principalement en Hollande, où on la croyait opposée au synode de Dordrecht. Mais au contraire Blondel et Daillé firent voir que les théologiens de la Grande- Bretagne et de Brème avaient soutenu dans le synode une v Honte et intention universelle de sauver tous les hommes, une grâce suffisante donnée à tous; grâce sans laquelle on ne pouvait pas rétablir en soi-même l'image de Dieu (1861). C'est ce qu'avaient dit publiquement les théologiens dans le synode, et n'en avaient pas moins mérité les congratulations et- les louanges de toute cette compagnie.

(16C9.1671.) Genève, toujours attachée aux rigoureuses propositions de Calvin, fut fort ennemie de l'universalité , qui cependant fut portée jusque dans son sein par des ministres français. Déjà elle partageait toutes les familles, lorsque le magistrat y mit la main. Du conseil des Vingt Cinq la question fut portée à celui des Deux-Cents. Ces magistrats ne rougirent point de faire disputer leurs pasteurs et leurs professeurs devant eux, et s'érigèrent en juges d'une question de la plus fine théologie. Il vint de puissantes recommandations de la part des Suisses pour la grâce particulière contre la grâce universelle : un rigoureux décret partit, par lequel la dernière fut proscrite. On publia la formule d'un théologien que les Suisses avaient approuvée, où le système de la grâce universelle £tait déclaré non médiocrement éloigné de la saine doctrine révélée dans les Ecritures ; et afin que rien n'y manquât, le souverain magistrat ordonna que tous les ministres, docteurs et professeurs souscriraient à la formule avec ces mots : Ainsi je le crois; ainsi je le professe; ainsi je renseignerai. Ce n'est pas là une soumission de police et d'ordre; c'est un pur acte de foi ordonné par l'autorité séculière : c'est à quoi se termine la Béforme, à soumettre l'Eglise au siècle, la science à l'ignorance, et la foi au magistral.

(1850) Tlies. de q. an. hum. in stul. pecc. salis >iat. viribus, etc., tlies. 31 et seq.

(1857) Ci-dessus, col. 865.

(1858) Liv. vin.

(IS59) Ibid.

^I8b0) Epist., l'a. De prend, conc, p. 017 ; Sulida

repeiit., 0o('- t'l-> !'■ *^i-

1186.) Dall., AjiuL, part, u; Blond. Acl. aulh., act. 8 et seq., p. 77; Jud. theol. May. Krii.de art. 2, int. Act. syn. Dordr., pari, n, pag. 3&j;Vml. Brem.. ibid.. p. 1 13 el seq.

8G'J PAUT X. TI1E0L. POLEMIQUE.

Cette formule helvétique avail encore

une autre partie, où sans se mettre en peine m des Septante, ni des Targums, ni de l'original samaritain, ni de tous les vieux interprètes, et de toutes les anciennes leçons, mi canonisail jusques aux points du texte hébreu que nous avons, qu'on déclarait nel de toute faute de copistes, jusques aux moindres, et de toute atteinte du temps. Les auteurs de ce dé< rel no sentirent p;is coiubie i ils s'immolaient à la risée de tous les savants, même de leur communion; mais ils s'attachaient aux vieilles maximes de la réforme encore ignorante. Us étaient fichés de voir que les leçons de la Vulgale, qu'oit avait prises autrefois comme autant de falsifications, étaient tous les jours de plus eu plus approuvées par les savants du parti : et en fixant le texte original, suivant que nous l'avons aujourd'hui, ils croyaient s'affranchir de la nécessité de la tradition; sans songer que sous le nom île texte hébreu, au lieu des traditions ecclésiastiques, et de celles de l'ancienne Synagogue, ils consacraient celle des rabbins.

(16i9. 1075 ) 11 s'est l'ait encore à Genève un autre décret sur la foi en 1675, où l'on confirma celui del6V9, par lequel on ajoutait deux nouveaux articles à la confession de foi : l'un, pour dire '< que l'imputation du péché d'Adam était antérieure a la corruption;» l'autre, pour dire que, clans l'ordre des décrets divins, l'envoi de Jésus-Christ est après le décret de l'élection. » On ordonna que tous ceux qui refuseraient de souscrire à ces deux nouveaux articles de foi seraient exclus et déposés du ministère et de toute fonction ecclésiastique.

Cette décision fut trouvée étrange dans le parti môme; et Turretin, ministre et professeur à Genève, en reçut de grands reproches de M. Claude, comme il parait par une lettre de ce ministre du 20 |uin 1675, que Louis Dumoulin, fils du ministre Pierre Dumoulin, et oncle du ministre Jurieu, a fait imprimer (1862).

M. Claude se plaint dans cette lettre de ce qu'on sollicite les Suisses à dresser un formulaire conforme à celui de Genève, contenant les mêmes restrictions, pour être ajoutées d leur confession de foi (1863) ; et on voit par une remarque de Dumoulin, insérée dans la môme lettre (186i), que les Suisses en effet ont frappé ce coup que M. Claude trouvait si terrible.

Cependant le môme ministre soutient qu'il « n'est pas permis d'ajouter ainsi de nouveaux articles de foi à ceux de sa confession, et qu'il est dangereux de remuer les anciennes bornes qui ont été plantées par nos pères (1865). » Plût à Dieu que nos réformés eussent toujours eu devant les yeux cette maxime du Sage (Prov. xsh,

— 11. mSTOIllE HI.S VAIUATIONS.

28), où ils sont si souvent contraints de revenir pour terminer les divisions qu'ils voient naître incessamment dans leur sein I M. Claude la propose à ceux de Genève, et s'étonne que celte Eglise fasse ainsi de nouveaux article» de foi et de nouvelles lois de prédication (1860): il prétend qu'en user ainsi, c'était se faire soi-même des dieux, et rompre l'unité avec, toutes les Eglises qui ne sont pas de son sentiment, c'est-à-dire m rc celles tic France, avec celle» d'Angleterre, avec celles de Pologne, de Prusse et d'Allemagne (1807): que ce n'est point ici une simple affaire de discipline où lès Kglises puissent varier; que c'est se désunir dans des points de doctrine, immuables de leur nature; qu'on ne peut pas en bonne conscience enseigner diversement : de sorte que ce n'est pas seulement se faire un ministère particulier, mais encore jeter les semences d'une funeste division dans la loi môme, et en un mot fermer son cœur aux autres Eglises (1868).

Si on veut maintenant savoir jusqu'où l'Eglise de Genève portait sa rigueur, on l'apprendra dans la même lettre (I869i; car elle mai que « qu'on exigeait la signature des articles avec une sévérité inconcevable; qu'on l'exigeait même de ceux qui s'adressaient à Genève pour y recevoir la vocation, dans le dessein d'aller servir ailleurs; qu'on leur imposait la même nécessité de la souscription qu'à ceux de Genève même; qu'on l'exigeait des pasteurs déjà reçus avec la même rigueur, bien qu'ils eussent déjà vieilli dans les travaux du ministère : » et cela, dit M. Claude (1870), c'est, « autant qu'il est eu eux, ravir partout la charge à tous ceux qui sont de différents sentiments (c'est-à-dire à tout le reste des Eglises), et se condamner eux-mêmes, comme ayant entretenu jusqu'ici une paix injuste avec des gens à qui il fallait déclarer la guerre (1871). »

Toutes ces remontrances n'ont rien opéré : l'Eglise de Genève est demeurée ferme, aussi bien que celle des Suisses, persuadées l'une et l'autre que leurs déterminations étaient appuyées sur la parole de Dieu: ce qui continue à faire voir que sous le nom de celte parole, c'est ses propres imaginations que chacun adore; que si l'on a quelque autre principe pour convenir du sens de cette parole, il n'y aura jamais entre les Eglises qu'une uni m politique et extérieure, telle qu'elle est demeurée avec ceux de Genève, qui dans le fond avaient rompu avec tous les autres; et que pour trouver quelque chose de fixe, il faut, à l'exemple de M. Claude, ramener les e-prits à celte maxime du Sage, qu'il ne faut pas remuer les bornes plantées par nos pères [Prov. xxu, 28) : c'est-à-dire qu'il s'en faut

(186-2) Fasc. episl., (1X63) Ibiti., p. 95.

(1864) lbid., p. 101

(1865) lbid., p. 8n.

(1866) lbid., p. 89.

(1837) lbid.,

(1868) lbid.,

(1869) lbid.,

(1870) lbid ,

(1871) lbid.,

Sîl

Angleterre. Le roici comme il avait été lariement tenu à Londres en 1678.

tenir aux décisions qu*i foi.

(1678.) Le fameux serment du Tes! mérite bien d'avoirplace dans cette histoire, puisqu'il a été un des actes principaux de la religion en

réso u au .

« Moi N.je proteste, certifie et déclare solennellement et sincèrement en la présence de Dieu, que je crois que dans le sacrement de la Cène du Seigneur il n'y a aucune transsubstantiation des éléments du pain et du vin dans le corps et le sang de Christ, dans cl après la consécration faite par quelque personne que ce soit : et que l'invocation ou adoration de la Vierge .Marie ou tout autre saint, et le sacrifice de la Messe, de la manière qu'ils sont en usage à présent dans l'Eglise romaine, est superstition et idolâtrie. » Ce qu'il y a de particulier dans cette profession de foi, c'est, premièrement, qu'elle ne s'attaque qu'à la transsubstantiation, et non pas à la présence réelle; .en quoi elle suit la correction qu'Elisabeth avait faite à la réforme d'Edouard VI. On y ajoute seulement ces mots, dans et après la consécration, qui permettent manifestemenlde croire la présence réelle avant la manducation, puisqu'ils n'en excluent, comme on voit, que le seul changement de substance.'

Ainsi un Anglais bon protestant, sans blesser sa religion et sa conscience, peut croire que le corps et le sang de Jésus- Christ sont réellement et substantiellement présents dans le pain et dans le vin aussitôt après la consécration. Si les luthériens en croyaient autant, il est certain qu'ils l'adoreraient. Aussi les Anglais n'y apportent-ils aucun obstacle dans leur Test; et comme ils reçoivent l'Eucharistie à gênons, rien ne les empêche d'y reconnaître ni d'y adorer Jésus-Christ présent dans le même esprit que nous faisons ; après cela, nous incideiuer sur la transsubstantiation, est une chicane peu digne d'eux.

Dans les paroles suivantes du Test, on condamne, comme des actes de superstition et d'idolâtrie, l'invocation, ou, comme ils l'appellent, V adoration de ia sainte Vierge et des saints, et le sacrifice de la Messe, non absolument, mais dé ta manière qu'ils sont en usage dans l'Eglise romaine. C'est que les Anglais sont trop savants dans l'antiquité pour ignorer que les Pères du iv' siècle, sans maintenant remonter plus haut, ont invoqué la sainte Vierge et les saints. Ils savent que saint Grégoire de Nazi à h 26 approuve expressément dans la bouche d'une martyre la piété qui lui fit demander à la sainte Vierge, qu'elle aidât une vierge qui était en périt (1872). Us savent que tous les Pères ont fait et approuvé solennellement, dans leurs homélies, de semblables invocations adressées aux saints, et se sont

s ont faites sur la même servis du terme d'invocation à

leur

égard. Pour le terme d'adoration, ils savent aussi qu'il est équivoque, aussi bien parmi les saints Pères que dans l'Ecriture, et qu'd ne signifie pas toujours rendre à quelqu'un les honneurs divins; que c'est aussi pour cette raison que saint Grégoire de Nazianze n'a pas fait difficulté, en plusieurs endroits, de (lire qu'on adorait les reliques des martyrs, et que Dieu ne dédaignait pas de confirmer une telle adoration par des miracles (1873). Les Anglais sont trop instruits dans l'antiquité pour ignorer cette doctrine et ces pratiques de l'ancienne Eglise, et trop respectueux envers elle pour l'accuser de superstition et d'idolâtrie : c'est ce qui leur fait apporter la restriction qu'on voit dans leur Test, et supposerons l'Eglise romaine une manière d'invocation et d'adoration différente de celle des Pères; parce qu'ils ont bien senti que sans cette précaution le Test n'aurait non plus été souscrit en bonne conscience par les protestants habiles que par les Catholiques.

Cependant, dans le fait, il est constant que nous ne demandons aux saints que la société de leurs prières, non plus que les anciens, et que nous n'honorons dans leurs reliques que ce qu'ils y ont honoré. Si nous prions quelquefois les saints non pas dé prier, mais de donner et de faire, les savants anglais conviendront que les anciens l'ont fait comme nous 187i), et que comme nous ils l'ont entendu dans le sens qui fait attribuer les grâces reçues, non-seu ement au souverain qui les distribue, mais encore aux intercesseurs qui les obtiennent; de sorte qu'on ne trouvera jamais aucune véritable ditférence entre les anciens, que les Anglais ne veulent pas condamner, et nous qu'ils condamnent, mais par erreur, et en nous attribuant ce que nous ne croyons pas.

J'en dis autant du sacrifice de la Messe. Les Anglais sont trop versés dans l'antiquité pour ne savoir pas que de tout temps, uans les saints mystères et dans la célébration de l'Eucharistie, on a offert à Dieu les mêmes présents qu'on a ensuite distribués aux peuples, et qu'on les lui a offerts autant pour les morts que pour les vivants. Les anciennes liturgies qui contiennent la tonne de cette oblation, tant en Orient qu'en Occident, sont entre les mains de tout le m onde, et les Anglais n'ont eu garde de les accuser ni de superstition, ni d'idolâtrie. 11 y a donc une manière d'offrir à Dieu, pour les Vivants et pour les morts, ie sacrifice de l'Eucharistie, que l'Eglise anglicane protestante ne trouve ni idolâtre ni superstitieuse; et s'ils rejettent la Messe romaine, c'est en supposant qu'elle est différente de celle des anciens.

Mais celte différence est nulle: une goutte d'eau n'est pas plus semblable à une autre,

(18721 Orat. 18, in Cyp.

1875) Basil., orat. I,t'n Main., tom. Il; hum.

•-Ô. n t.; Gheg. Nyss., Orat. in Thecxt.; Àmtsr., terni, de S, Vu ; Exlwrt. rira , u, -i, 7, 9 el séq. ,

Grcg. Naz. Oral, in Jul.; i in Mach., etc.; ibid.. [i. 5117 el seq.

(1874) Grec Naz .Orat. funêb. Athtih., orat 20 el Oral, funeb. Basil., orat. 21.

PART. X. THEOL, POLEMIQUE. 11. HISTOIRE lis VARIATIONS

que la messe romaine n'est semblable, quant au fond et à la substance, a la messe que les Grers cl les autres Chrétiens ont reçue île leurs pères. C'est pourquoi l'Eglise romaine, lorsqu'elle les reçoit à sa communion, ne leur propose pas une autre messe. Ainsi 1'EgUse romaine n'a point au fond d'autre sacrifiée que celui qu'on a oll'ert en Orient et eu Occident dès l'origine du christianiMiie, de l'aveu des protestants d'Angleterre.

De In il résulte clairement que la doctrine romaine, tant sur l'invocation et l'adoration, que sur le sacrifice de la messe, n'est condamnée dans le Test qu'en présupposant que Home reçoit ces choses dans un autre sens, et les pratique dans un autre esprit que celui des Pères; ce qui visiblement n'est pas :de sorte que, sans hésiter et sans parler des autres raisons, on peut dire que I abrogation du Test n'est autre chose que l'abrogation d'une calomnie manifeste laite à l'Eglise romaine.

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