‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 195 sur 325 · OUI · texte numérisé non relu

OUI

PART. X. THÈOL. POLEMrQt 'K. - II. IIISIOIIU. I>l:S VARIATIONS

h -dire teeorps va elle est nourrie (1967), <•( te ministère visible sous lequel elle est nécessairement renfermée; ce qui l'a 1 1 qu'on

in peut venir jusqu'à dire : Elle est là, comme on ilit en voyant le champ où est le bon grain avec l'ivraie : Le bontjrain est lu, et .H voyant le reis où sont lestons poissons avec les mauvais : C'est là que sont tes bons poissons.

Majs quel était ce ministère publie et visJhJfi -"lis lequel étaient renfermés, avant la réformatioD, les vrais fidèles, qu'on veut être seuls la vraie Eglise? c'était la grande question. On ne voyait dans tout l'univers iic ministère qui eût perpétuellement duré que relui de l'Eglise romaine, ou des autres dont la doctrine n'était pas plus avantageuse à la réforme. 11 a donc bien Fallu avouer enfin que « ce corps où les v.rais fidèles étaient nourris, et ce ministère où ils reçoivent les aliments suffisants sans soustraction d'aucun (19G8), «était le corps de l'Eglise romaine , et le ministère de ses prélats.

Il faut ici louer ce ministre d'avoir vu plus clair que plusieurs autres, et de n'avoir pas comme eux restreint l'Eglise aux sociétés séparées de Rome, comme étaient les vaudois et les albigeois, les wicléiites et les hussites; car encore qu'il les regarde comme lu plus illustre partie de rEylise , parce qu'elles en étaient la plus pure, la plus éclairée et la plus généreuse (1969), il a bien vu qu'il était ridicule de mettre là toute la déîeuse de sa cause; et dans son dernier ouvrage (1970), sans s'arrêter à ces sectes obscures dont maintenant on a vu le faible , il ne marque la vraie Eglise et les vrais fidèles que dans le ministère Jatin.

.Mais c'est là qu'est l'embarras d'où on ne ' soi t point ; car les catholiques en reviennent à leur ancienne demande : Si la vraie Eglise : est toujours visible, si la marque pour la 1 connaître , selon tous vos catéchismes et toutes vos confessions de foi , est la pure prédication de l'Evangile et la droite administration des sacrements : ou l'Eglise romaine avait ces deux marques, et en vain la veniez -vous réformer; ou elle ne les avait pas, et vous ne pouvez plus dire, selon ■vos principes, qu'elle est Je corps où est : renfermée la vraie Eglise. Car, au contraire, Calvin avait dit que la doctrine essentielle au christianisme y était ensevelie, et qu' elle n'était plus qu'une école d'idolâtrie et d'im- <piété (1971). Sou sentiment avait passé dans ila Confession de foi où nous avons vu (1972) « que la pure vérité de Dieu était bannie de cette Eglise ; que les sacrements y étaient corrompus, falsifiés et abâtardis; que toute superstition et idolâtrie y avaient la vogue. » D'où on concluait « que l'Eglise était en ruine et désolation, l'état du ministère interrompu , k et sa succession tellement

anéantie, qu'on ne pouvait plus la susciter que par une mission extraordinaire.. Et pn

effet, si la justice imputée était le fondement du christianisme, si le mente désœuvrés et tant d'autres doctrines reçues étaient mortelles à la piété, si les deux espèces étaient essentielles à l'Eucharistie, où étaient la vérité et les serrements ? Calvin et la Confession avaient raison de dire, selon ces principes, qu'il ne restait [.lus là aucune Eglise.

D'un autre côté , on ne peut pas dire ni que l'Eglise ait cessé , ni qu'elle ait cessé d'être visible : b's promesses de Jésus- Christ sont trop claires, et il faut bien trouver moyen de les concilier avec la doctrine de la Réforme. C'est là qu'est née la distinction des additions et des soustractions ; si vous ôtez par soustraction quelques vérités fondamentales, le ministère n'est plus; si vous mettez sur ces fondements de mauvaises doctrines, quand même elles détruiraient ce fondement par conséquence, le ministère subsiste, impur à la vérité, mais suffisant ; et par le discernement que les fidèles feront du fondement , qui est Jésus-Christ, d'avec ce qui a été surajouté, ils trouveront dans le ministère tous les aliments nécessaires (1973). Voilà donc à quoi aboutit cette pureté de doctrine et ces sacrements droilement administrés , qu'on avait mis comme les marques de la vraie Eglise. Sans avoir ni prédication qu'on puisse approuver, ni culte où l'on [misse prendre part, ni l'Eucharistie en son entier, on aura tous les aliments nécessaires sans soustraction d'aucun ; on aura la pureté de la parole et les sacrements bien administrés : qu'est-ce que se contredire si cela ne l'est ?

Mais voici un autre inconvénient. Si, avec toutes ces doctrines , toutes ces pratiques et tous ces cultes de Rome, avec l'adoration et avec l'oblation du corps du Sauveur, avec la soustraction d'une des espèces , et toutes les autres doctrines, on y a encore tous les aliments nécessaires sans soustraction d'aucun, à cause qu'on y confesse un seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, et un seul Jésus- Christ comme Dieu et comme Sauveur-, on les y a donc encore ; on y a encore les marques de vraie Eglise, c'est-à-dire la pureté de la doctrine et la droite administration des sacrements jusqu'à un degré suffisant; la vraie Eglise y est donc encore, et on y peut encore faire son salut.

M. Claude n'en a pas voulu demeurer d'accord : les conséquences d'un si grand a\eu l'ont fait trembler pour la réforme. Mais M. Jurieu a franchi le pas, et il a vu que k-3 différences qu'avait apportées M. Claude entre nos pères et nous étaient trop vaines pour s'y arrêter.

En effet, on n'en rapporte que deux : la première est qu'à présent il y a un corps dont

(1967) Page 79, 93, 113, 121, liG, 2S5.

(1968) l'âge 130, etc.; 143, elc. ; 500, eic. ; 339, etc. ; 575, 578.

(1969) Dif.de la Réf., part, m, ch. 5, p. 289.

(1970) Bip. au dise, de M. de Cond.

(1971) Insi., liv.iv, c. 2, h. 2; ci-dessus, col. Où.

(1972) Ibid.

(1975) Rip. de. M. Cl. ait dise, de M. dt iïcuux.

on peut embrasser la communion, et c'est le corps des prétendus réformés; la seconde est que l'Eglise romaine a passé en articles de foi beaucoup de dogmes qui n'étaient pas décidés du temps de nos pères (1974).

Mais il n'y a rien de plus vain ; et pour convaincre Te ministre Claude, il n'y a qu'à se souvenir de ce -que le ministre Claude vient de nous dire. 11 nous a dit que les bérenyariens, les vaudois, les albigeois, les utclefitcs, les hussites , etc., avaient déjà paru au monde tomme « la plus illustre partie de l'Eglise, parce qu'ils étaient la plus pure, la plus éclairée , la plus généreuse (1975). » Il n'y a encore un coup qu'à se souvenir que, selon lui, « l'Eglise romaine avait déjà donné de suffisants sujets de se retirer de sa communion par les anatlièmes contre Bérenger, contre les vaudois et les albigeois, contre Jean Wïclef et Jean Hus, et par les persécutions qu'elle leur avait faites (1976).» Et néanmoins il avoue, dans tous ces endroits, qu'il n'était point nécessaire de s'unir avec ces sectes pour être sauvé, et que Rome contenait encore les élus de Dieu.

De dire que les luthériens et les calvinistes ont eu plus d'éclat, il n'y va que du plus et du moins, et la substance au fond demeure la môme. Les décisions qu'on avait faites contre ces sectes comprenaient la principale partie de ce qu'on a depuis décidé contre Luther et Calvin; et sans parler des décisions, la pratique universelle et constante d'offrir le sacrifice de la messe, et de faire de cette oblation la partie la [dus essentielle du culte divin, n'était pas nouvelle, et il n'était pas possible de demeurer dans l'Eglise sans consentir à ce culte. On avait donc avec ce culte et toutes ses dépendances tous les aliments nécessaires sans soustraction d'aucun : on les peut donc avoir en- 'Ore ; M. Claude n'a pu Je nier sans une illusion trop grossière, et l'aveu qu'en a fait depuis M. Juneu était forcé.

Joignons à cela que M. Claude, qui nous fait la différence si grande entre les temps qui ont précédé et ceux qui ont suivi la réformation, sous prétexte qu'on a depuis parmi nous passé en dogmes de foi des articles indécis auparavant, a lui-même détruit cette réponse, en disant, qu'il n'était « pas plus malaisé au peuple de s'abstenir de croire et de pratiquer ce qui avait été passé en dogme, que de s'abstenir de croire et de pratiquer ce que le ministère enseignait, ce qu'il commandait et qui s'était rendu commun (1977) ; » de sorte que ce grand mot de passer en dogme, dont il fait un épouvanlail à son parti, dans le fond n'est rien selon lui-même.

A ces inconvénients de la doctrine de M. Claude, je joins encore une fausseté pal-

pable, à laquelle il a été obligé par son système: C'est de dire que les vrais fidèles, qu'il reconnaît dans l'Eglise romaine avant la réformation, y ont subsisté sans communiquer ni aux dogmes, ni aux pratiques corrompues gui y étaient (1978); c'est-à-dire sans assistera la messe, sans se confesser, sans communier ni à la vie ni à la mort, en un mot, sans jamais faire aucun acte de catholique romain.

On a cent fois représenté que ce serait ici un nouveau prodige ; car, sans parler du soin qu'on avait dans toute l'Eglise de rechercher les vaudois et les albigeois, les wicléfiles et les hussites, il est certain premièrement que ceux mêmes dont la doctrine n'était pas suspecte étaient obligés en cent occasions de donner des marques de leur croyance, et particulièrement lorsqu'on leur donnait le saint viatique. 11 n'y a qu'à voir tous les Rituels qui ont précédé les temps de Luther, pour y voir le soin qu'on avait de faire confesser auparavant ceux à qui on l'administrait, de leury faire reconnaître, en le leur donnant, la vérité du corps de Noire-Seigneur, et de le leur faire adorer avec un profond respect. De là résulte un second fait incontestable : c'tsl qu'en effet les vaudois cachés et les autres qui voulaient se dérober aux censures de l'Eglise, n'avaient point d'autres moyens de le faire qu'en pratiquant le même culte que les catholiques, jusqu'à recevoir avec eux la communion : c'est ce qu'on a démontré avec là dernière évidence, et par tous les genres de preuves qu'on peut avoir en cette matière (1979). Mais il y a un troisième fait plus constant encore," puisqu'il est avoué parles ministres: c'est que, de tuus ceux qui ont embrassé le luthéranisme et le calvinisme, il ne s'en est pas trouvé un seul qui ail dit eu les embrassant, qu'il ne changeait point de croyance, et qu'il ne faisait que déclarer ce qu'il avait toujours cru dans son cœur.

^ Sur ce fait bien articulé ( 1980), M. Claude s'est contenté de répliquer fièrement :

« M. de Meaux s'imagine-t-il que les disciples de Luther et de Zuingle dussent faire des déclarations formelles de tout ce qu'ils avaient pensé, avant la réformation , et qu'on dût insérer ces déclarations dans les livres (1981)? »

C'était trop grossièrement et trop faible^ment esquiver; car je ne prétendais pas qu'on dût ni tout déclarer ni tout écrire : mais on n'aurait jamais manqué d'écrire ce qui décidait une des parties les plus essentiels de tout le procès, c'est-à-dire la question, si avant Luther et Zuingle il y avait quelqu'un de leur croyance, ou si elle était absolument inconnue. Cette question était

p. 128, 145, Uti, 247, 561, etc.

(1974) Ùéf. de ta Réf., p. 295; Rép. au dise, de M. de Coud., p. 570, 558, etc.

(1975) Déf. de la Réf., pari, m, cil. a, p. 289. fi976) Rip. au dise, de M. de Coud , p. 3li8. ^îUTT) llnd., p. 357.

(1978) iiép, au dise, de il. de Coud., pa». 5f>0, 5G1, etc. ; 36J, elc.

(1979) Ci-ilessus, l.v. xi, col. 734 seqq.

(1980) Réflex. sur un écrit de M. Claude aprèt U tonfétmecavec ce ministre, n. 13.

^"81] Rép. au dne. de il. de Coitu.

décisive, parce au e personne ne pouvait penser que la vérité eut été éteinte, H s'ensuivail clairement que toute doctrine qu'on

no t'ouvoit plus sur la terre u'était pas la venté. Les exemples tranchaient tout lo doute en celte matière; el si l'on en eût eu,

il est clair qu'on les aurait rendus publies : mais mi n'en a produit aucun, c'est donc qu'il n'y en avait point, et le fait doit demeurer pour constant.

Tout ce qu'on a pu répondre, c'est gue si l'on eût été content des doctrines et des cultes romains (1982), la Réforme n 'au: ait pas eu un si prompt succès. Mais sans ici répéter sur ce succès a- qu'on peut trouver ailleurs, el même partout dans cette histoire, c'est assez de se souvenir de ce que dit saint Paul ( II Tim. n, 17), que le discours des hérétiques gagne comme la gangrène; or, la gangrène ne suppose pas la gangrène dans un corps qu'elle corrompt, ni par conséquent les hérésiarques ne trouvent pas lenr erreur déjà établie dans les esprits qu'elle gâte. Il est vrai que les matières étaient disposées, comme le dit M. Claude (1983), par l'ignorance et les autres causes qu'o.i a vues, la plupart pou avantageuses à la Réforme; mais conclure de là avec ce ministre que les disciples que la nouveauté donnait à Luther pensassent déjà comme lui, c'est au lieu d'un fait positif, dont on demande la preuve, substituer une conséquence non seulement douteuse, mais encore évidemment fausse.

II y a plus, quand on aurait accordé à M. Claude, qu'avant la réformatiou tout le monde dormait dans l'Eglise romaine, j squ'à laisser faire à chacun tout ce qu'il voulait : ceux qui n'assistaient ni à la Messe ni à la communion, n'allaient jamais à confesse, et n'avaient aucune part aux sacrements, ni à la vii-, ni à la mort ; vivaient et mouraient parfaitement en repos : on ne savait ce que c'était de demander à de telles gens la confession de leur foi, et la léparation du scandale qu'ils donnaient à leurs frères : après tout que gagne-t-on en avançant de tels prodiges ? Le dessein est de prouver qu'on pouvait faire sou salut en demeurant de bonne foi dans la communion de l'Eglise romaine. Pour le prouver, la première chose qu'on fait, c'est d'ôter à ceux qu'on sauve tous ies liens extérieurs de la communion. La plus essentielle partie du service était la Messe, il n'y fallait prendre aucune part. Le signe le plus manifeste de la communion était la communion pascale, il s'en fallait abstenir ; autiement il aurait iallu adorer Jésus-Christ comme présent, et communier sous une espèce. Toutes les prédications retentissaient de ce culte, de cette communion, et enfin des autres doctrines qu'on veut croire si corrompues. Il se fallait bien garder de donner aucune marque d'approbation : put ce moyen, dit

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