II. HISTOIRE DES VARIATIONS. you
M. Claude, on sera sauvé sans la communion de l'Eglise. Il faudrait plulôl conclure
«pie par ce moyen on scia sauvé dans la communion île l'Eglise, puisqu'on effet par ce moyen on aura rompu tous les liens de la communion ; car erdi qu'on me définisse ce que c'est que d'être en communion avec une Eglise. Lst-ce demeurer dans le pays OÙ cette Eglise est reconnue, comme les protestants étaii nt parmi nous, ou comme les Catholiques sont en Angleterre et en Hollande? Ce n'est pas cela sans doute, mais peut-être que ce sera entrer dans les temples, entendre les proches, et se trouver dans les assemblées sans aucune mtirque d'approbation, cl à p u près dans le même esprit qu'un voyageur curieux, sans dire amensar la prière, et surtout sans communier jamais? Vous vous moquez, répondez-vous. Enfin donc communier avec une Eglise, c'est du moins en fréquenter les assemblé s avec les marques de consentement et d'approbation qu'y donnent es antres. Donner ces marques à une Eglise dont la profession de foi est criminelle, c'est donner son consentement au crime : et les i cluser, ce n- st plus être dans cette communion extérieure où néanmoins vous voulez qu'on soit.
Que si vous dites qu'on donnera des marques d'approbation qui tomberont seulement sur les vérités qu'on aura pi ô. lié s dam cette Eglise, el sur le bien qu'on y aura fait, on pourrait être par ce moyen en communion svec les socini ns, avec lesdé.stes, s'ils pouvaient lare une société ; avec les mahomélans, avec les Juif-, eu recevant ce que chacun dira de véritable, en ne disant mot sur tout le reste, et vivant au surplus en bon socinieu et en bon déiste : quel égarement est pareil à cette pensée?
Voilà l'état où M. Claude a laissé la controverse de l'Eglise : faible état, comme on voit, et visiblement insoutenable. Aussi ne s'y fie-l-il-pas ; et quelque miséiable que soit le refuge d'Eglise invisible, il n>j le veut pasôtér à son parti , puisqu'il suppose que Dieu peut faire entièrement disparaître son Eglise aux yeirtt des hommes (1981), et quand il dit qu'il le p ut, ce n'est pas dire qu'il le peut abso ument et qu'il n'y a point là de ton radictioli; car ce n\st pas de quoi il s'agit, et on ne songe fias seulement ici à ces abstractions métaphysiques, c'est-adire qu'il le peut dans l'hypothèse, et selon le plan du christianisme. C'est en ce sens que M. Claude décide que « Dieu peut, quand il lui plaira, léduire les lidèles à une entière dispersion ex'érieure, et les conserver dans ce misérable état, et qu'il y a grande différence entre dire que r' Eglise esse d'être visible, et dire qu'elle cesse d'être. » Après avoir cent l'ois lépété qu'on ne conteste pas avec nous sur la visibilité de l'Eglise ; après avoir fait entrer dans sa
(1982) flep. au dise, de M. de Gond., p. ôtin , Rép. à In lettre pas t. de M. de M eaux.
(1983) Ubi supra.
OEl'ybes comp. i>e Bossi'et. VUE
(1981) Déf. de la Réfomv pug. i7, i8, 51 i ; Rcp. au dise, de M. de Coud pag. 89, 92, '245.
ŒUVRES COMPLETES DE BOSSl'ET.
définition la visibilité de son ministère, et en avoir établi la p rpétuité sur ci s pro masses de Jésus-Christ, Je suis avec vous, et les portes d'enfer ne prévaudront ;;«s(198j) : dire ce qu'on vient d'entendre, c'est oublier sa pro re doctrine, et anéantir les promesses plus duiables que le ciel et la terre. Mais c'est aussi qu'après avoir fait tous ses efforts pour les accorder avec la R forme, et soutenir la doctrine de l'Ecriture sur la visibilité, il fallait se laisser un dernier recours dans une Eglise invisible, pour s'en servir dans le besoin.
La question était en cet état lorsque M. Jurieu a mi» au jour son nouveau système de l'Eglise. 11 n'y eut pas moyen de soutenir la différence que son confrère avait voulu mettre entre nos pères et nous, ni de sauver les uns en damnant les autres. Il n'était pas moins ridicule, en faisant naître à Dieu des élus dans la communion de l'Eglise romaine, de dire que ces élus de sa communion fussent ceux qui ne prenaient aucune part ni à sa doctrine, ni à son culte, ni à ses sacrements. M. Jurieu a senti que ces prétendus élus ne pouvaient être que des hypocrites ou des impies; et il a enfin ouvert la porte du ciel, quoiqu'avec beaucoup de difficultés, à ceux qui vivaient dans la communion de l'Eglise romaine (1986). Mais afin qu'elle ne pût pas se glorifier de cet avantage, il l'a communiqué en même temps aux autres Eglises partout où est répandu le christianisme, quelque divisées qu'elles soient entre elles, et encore qu'elles s'excommunient impitoyablement les unes les autres.
Il a poussé si loin celte opinion, qu'il n'a pas craint d'appeler l'opinion contraire, inhumaine, truelle, barbare, en un mot, une opinion de bourreau, qui se plaît à damner le monde, et la plus tyrannique qui fut jamais. 11 ne veut pas qu un Chrétien vraiment charitable puisse avoir une autre pensée que celle qui met les élus dans toutes les communions où Jésus-Christ est connu; et il nous apprend que si on n'a pas encore appuyé beaucoup Ici-dessus parmi les siens, c'a été l'etfet d'une politique qu'il n'approuve pas (1987). Au reste, il a trouvé le moyen de rendre son système si plausible dans son parti, qu'on n'y oppose plus autre chose à nos instructions, et qu'on croit y avoir trouvé un asile où on ne peut' être forcé : de sorte que la dernière ressource du parti protestant est de donner à Jésus-Christ un royaume semblable à celui de Satan; un royaume divisé en lui-même, prêt par conséquent à être désolé, et dont les maisons vont tomber l'une sur l'autre. [Luc.Xh 17,18.)
Si l'on veut maintenant savoir l'histoire et le progrès de cette opinion, la gloire de i invention appartient aux sociniens. Ceux-
(1985) Page 68 et suiv.
(1986; Sysi. de [Eyl., iiv. i, c. 20, 21, clc. (Li87) Sysl., Préf., sur la (in.
(1988) Calixt., De fid. et sfurf. conc. Etc., nuin. 1, 2,3, 4, elc. ; Lugd. Bal., 1651.
ci, à la vérité, ne conviennent pas avec les autres Chrétiens sur les articles fondamentaux : car ils n'en mettent que deux, l'unité de Dieu et la mission de Jésus-Christ. Mais ils disent que tous ceux qui les professent, avec des mœurs ronvenables à celte profession, sont vrais membres de l'Eglise universelle, et que les dogmes qu'on surajoute à ce fondement n'empêchent pas le salut. On sait aussi le sentiment et l'indifférence de Dominis. Après le synode de Charenton, où les calvinistes reçurent les luthériens à la communion malgré la séparation des deux sociétés, c'était une néces-ité de reconnaître une même Eglise dans des communions différentes. Les luthériens étaient fort éloignés de ce sentiment; mais Calixte, le plus célèbre et le plus savant d'entre eux, lui a donné de nos jours la vogue en Allemagne; et il met dans la communion de l'Eglise universelle toutes les sectes qui ont conservé le fondement, sans en excepter l'Eglise romaine (1988). 11 y a près de trente ans que d'Huisseau, ministre de Saumur, poussa bien avant la conséquence de cette doctrine. Ce ministre, déjà célèbre dans son parti pour en avoir publié la discipline ecclésiastique conférée avec les décrets des synodes nationaux, fit beaucoup (dus parler de lui par le plan de réunion des Chrétiens de toutes les sectes qu'il proposa en 1670 : et M. Jurieu nous apprend qu'il eut beaucoup de partisans, malgré la condamnation solennelle qu'on fit de ses livres et de sa personne (1989). Depuis peu M. l'ajon, fameux ministre d'Orléans, dans sa Réponse à la Lettre pastorale du clergé de France, ne crut pas pouvoir soutenir l'idée de l'Eglise que M. Claude avait défendue : la catholicité, ou l'universalité de l'Eglise lui parut plus vaste que ne la faisait son confrère, et M. Jurieu avertit M. Nicole (1990), « que quand il aurait répondu au livre de M. Claude, il n'aurait rien fait s'il ne répondait au livre de M. Pajon, puisque ces messieurs ayant pris des routes toutes différentes, on ne les saurait payer d'une seule et même réponse. »
Dans cette division de la Réforme poussée à bout sur la question de l'Eglise, M. Jurieu a (iris le parti de M. Pajon ; et sans s'effrayer de la séparation des Eglises, il décide (1991) que « toutes les sociétés chrétiennes qui conviennent en quelques dogmes, en cela même qu'elles con viennent, sont unies au corps de l'Eglise chrétienne, fussent-elles en schisme les unes contre les autres JLSQC'AI X. ÉPÉES TIRÉES. »
Malgré des expressions si générales, il varie sur les sociniens : car d'abord, dans ses Préjugés légitimes, où il disait naturellement ce qu'il pensait, il commence par les ranger parmi les membres de l'Eglise chré-
(19S9) Avert. aux prot.
Prêt., p. 19.
(1990) lbid., p. 12.
(1991) Préj. Un., p. 4.
de CEur , à la tête des
tienne (1992). Il paraît an peu embarrassé sur l.i question, si on peut aussi faire son salut parmi eui : car d un côté il semble ne rendre capables du salut que ceux qui vivent dons les sectes où l'on reconnaît la divinité de Jésus-Christ avec les autres articles fondamentaux ; et île l'antre, après avoir construit le corps de l'Eglise de tout ce grand amas de sectes gui font profission du christianisme ilans Imites les provinces du monde (1993), composé où visiblement les sociniens sont compris, il conclut en tenues formels, que les suints et les élus sont répandus dons toutes les parties de ee vaste corps.
Les sociniens gagnaient leur cause, et M. Jurieu fut blâmé dans son parti même de leur avoir été trop favorable; ce (]ui l'ait que dans miii Système il force un peu ses idées : car au lieu que dans les Préjuges il niellait naturellement dans le corps de l'Eglise universelle toutes les sectes quelles qu'elles fussent sans exception; dans le Système il y ajoute ordinairement ce correctif, du moins celles gui conservi ni 1rs points fondamentaux (199V) : ce qu'il explique de la Trinité et des autres de pareille conséquence. Par là il semblait restreindre ses propositions générales; mais à latin, entraîné par la force de son principe, il rompt, comme nous verrons, toutes les barrières que la politique du parti lui imposait, et il reconnaît à pleine bouche que les vrais fidèles se peuvent trouver dans la communion d'une Eglise socinienne.
Voila l'histoire de l'opinion qui compose l'Eglise catholique des communions séparées. Elle paraîi devoir prendre une grande autorité dans le parti protestant, si la politique ne l'empêche. Les disciples de Calixte se multiplient parmi les luthériens. Pour ce qui regarde les calvinistes, on voit clairement tpie le nouveau système de l'Eglise y prévaut; et comme M. Jurieu se signale parmi les siens en le défendant, et que nul n'en a mieux posé les principes, ni mieux vu les conséquences, on n'en peut mieux faire voir l'irrégularité qu'en racontant le désordre où ce ministre est jeté par cette doctrine, et ensemble les avantages qu'il donne aux Catholiques.
Pour entendre sa pensée à fond, il faut présupposer sa distinction de l'Eglise considérée selon le corps, et de l'Eglise considérée selon l'âme (1995). La profession du christianisme suflit pour faire partie du corps de l'Eglise; ce qu'il avance contre M Claude, qui ne compose le corps de l'Eglise que de vrais fidèles : mais pour avoir part à l'âme de l'Eglise, il faut être dans la grâce de Dieu.
Cette distinction supposée, il estquestion de savoir quelles sectes sont simplement dans le corps de l'Eglise, et quelles sontcellc-s nu l'on peut parvenir jusqu'à participer
(1992) Prés, lég., p. i.
(1995) Ibid., p. 4-8.
(1994) Sysl., p. 23ô, etc.
(1995) Préj., lég., c. 1 ; Syst., liv. i è. 1. (1900) Syst., liv. i, c. I, p. :,.
(1997) Ibid.