II. HISTOIRE DES VARIATIONS
par oîi il nous montre tout ensemble l'infaillibilité des conciles universels par l'Ecriture et par la tradition de l'ancienne Eglise. Dien bénisse le savant Itullus! et en récompense de ce sincère aveu, et ensemble du zô!e qu'il a fait paraître à défendre la divinité de Jésus Christ, puisse-t-il être délivré des préjugés qui l'empêchent d'ouvrir les yeux aux lumières de l'Eglise catholique, et aux conséquences nécessaires de la vérité qu'il avoue 1
Je n'entreprends ni l'histoire, ni la défense de tous les conciles généraux : il nie suffit d'avoir marqué dans un seul, par des principes avoués, ce qu'un lecteur attentif étendra facilement à tous les autres; et le moins qu'on puisse conclure de cet exemple, c'est que Dieu ayant préparé dans ces assemblées un secours si présent à son Eglise agitée, c'est renoncer à la foi de la Providence de croire que les schismatiques puissent tellement changer la constitution de l'Eglise, que ce remède lui devienne absolument impossible.
Pour affaiblir l'autorité des jugements ecclésiastiques sur les matières de foi, M. Jurieu a osé dire que ce ne sont pas même des jugements; que les pasteurs assemblés en ce cas ne sont pas des juges, mais îles sages et des experts, et qu'ils n'agissent pas avec autorité (2085) ; que c'est faute d'avoir entendu ce secret que ses confrères ont écrit sur cette matière avec si peu de netteté (2086); et la raison qu'il apporte pour ôter aux conciles le titre de juges, est que, n'étant pas infaillibles, Us ne sauraient être juges dans ies décisions de foi, parce que qui dit juge dit une personne à laquelle il faut se soumettre (2087).
Que les pasteurs ne soient pas juges dans les questions de la foi, c'est ce qu'on n'avait jamais ouï dire parmi les Chrétiens, pas même dans la Réforme, où l'autorité ecclésiastique est si affaiblie. Au contraire, M. Jurieu nous produ t lui-même des paroles du synode de Dordrecht, où ce synode se déclare juge, et même juge légitime dans la cause d'irminius (2088), qui constamment regardait la foi.
On lit aussi dans la Discipline que tous « les différends d'une province seront définitive, nent jugés, et sans appel, au synode provincial d'icelle, à la réserve de ce qui touche les suspensions et dépositions... et aussi ce qui concerne la doctrine, les sacrements, et lo général de la discipline, tous lesquels cas pourront de degré en degré aller jusqu'au synode national pour en avoir le jugement définitif et dernier (2089); » ce qui s'appelle dans un autre endroit l'entière et finale résolution (2090).
Dire avec M. Jurieu que le terme de ju-
(2086) lbid., p. 245.
(2087) Page 235.
(2088) Page 257.
(2089) Discip., c. 8, art 10.
(2090) Ibid., c. 5, art. 52, p. 114.
gcment se prend ici dans xin sens étendu (2091), pour un rapport d'experts, et non pas pour une sentence de juges qui aient autorité'de lier la conscience, c'est faire illusion au langage humain : car qu'est-ce donc que d'agir avec autorité, et de lier les consciences, si ce n'est de pousser les choses jusqu'à obliger les particuliers condamnés à acquiescer de point en point, et avec exprès désaveu de leurs erreurs enregistrées, à peine d'être retranchés de l'Eglise (2092j?
Est-ce là un jugement dans un sens impropre, et plus étendu, et non pas un jugement en toute rigueur ? Et que les synodes aient usé de ce pouvoir, nous l'avons vu dans l'affaire de Piscator (2093), où l'on obligea de souscrire au formulaire qui condamnait sa doctrine : nous l'avons vu dans l'affaire d'Arminius, et dans la souscription qui fut exigée aux canons du synode de Dordrecht ; et tous les registres de nos réformés sont pleins de souscriptions semblables.
A cela M. Jurieu n'a trouvé d'autre remède que de dire que « lorsqu'un synode termine des controverses qui ne sont pas importantes, il ne doit jamais obliger les partics condamnées à souscrire, et à croire ses décisions (209i) : » mais cela est contre les termes exprès de la Discipline, qui oblige à a acquiescer de point en point, et avec exprès désaveu des erreurs enregistrées, à peine d'être retranché de l'Eglise; » ce que M. Jurieu entend lui-même « des controverses moins importantes qui ne détruisent ni ne blessent le fondement (2095). »
Il ne restait plus que de dire que retrancher de l'Eglise, en cet endroit, c'est seulement retrancher d'une confédération arbitraire, contre les paroles expresses de la Discipline qui, expliquant ce retranchement dans le même chapitre, n'en connaît point d'autre que celui qui retranche du corps un membre pourri, et le renvoie avec les païens, comme nous avons déjà vu (2096).
11 n'est donc que trop visible que ce ministre a changé les maximes de la secte. Rétablissons-les maintenant, et joignons-les aux principes du ministre, nous trouverons clairement l'infaillibilité reconnue. Par les principes du ministre, si les conciles étaient juges dans les matières de la foi, ils seraient infaillibles : or par les principes de son Eglise ils sont juges; il faut donc que le ministre condamne ou lui-même, ou son Eglise, s'il n'avoue l'infaillibilité des conciles, du moins de ceux où se trouve la dernière et (inale résolution : mais quand il aurait ôté aux pasteurs assemblés le titre de juges pour ne leur laisser que celui d'experts, les conciles n'en demeureront que mieux autorisés par sa doctrine ; puisqu'il n'y a point d'iiomme de bon sens qui ne se tint pour le moins aussi téméraire de résis-
ter au sentiment de tous !es experts, qu'à une sentence de tous les juges.
11 n'est pas moins embarrassé des lettres de soumission que les députés de tous les synodes provinciaux devaient porter au national en bonne forme, et en ces termes : « Nous promettons devant Dieu de nous soumettre atout ce qui sera conclu et résolu dans votre sainte assemblée, persuadés que nous sommes que Dieu y présidera, et vous conduira par son Saint-Esprit en toute vérité et équité par la règle de sa parole (2097). » Les dernières paroles démontrent qu'il s'agissait de religion, et on ne sait plus ce que c'est que d'être juges, et encore juges souverains, si des gens à qui on fait un tel serment ne le sont pas. Nous avons montré ailleurs (2098) qu'on l'exigeait en toute rigueur; que plusieurs provinces furent censurées pour avoir fait difficulté de se soumettre à la clause d'approbation, de soumission et d'obéissance, et qu'on était obligé à la faire en propres ternies à tout ce qui serait conclu et arrêté, sans condition ou modification. Ces paroles sont si pressantes, qu'après s'être longtemps tourmenté à les expliquer, M. Jurieu, à la lin, en vient à dire qu'on promet cette soumission sous les règlements de discipline qui regardent des choses indifférentes (2099), ou en tout cas sur des controverses moins importantes, qui ne détruisent, ni ne blessent le fondement de la foi, de sorte, conclut-il, « qu'il n'est pas étrange qu'en ces sortes de choses on rende au synode une entière soumission, parce que dans les controverses qui ne sont pas de la dernière importance, on doit sacrifier des vérités au bien de la paix. »
Sacritier des vérités, et des vérités révélées de Dieu: ou l'on ne s'entend pas, ou l'on blasphème. Sacrifier ces célestes vérités; si c'est-à-dire les renoncer, et en souscrire la condamnation, c'est le blasphème. 11 n'ya aucune vérité révélée de Dieu qui ne mérite qu'on se sacrifie pour elle, loin de les sacrifier elles-mêmes. Mais peut-être que les sacrifier c'est se taire. L'expression est bien violente. Passons néanmoins, pourvu qu'on se contente île notre silence ; mais le synode viendra après sa dernière et finale résolution vous presser, en vertu de la Discipline et de voire propre serment, à acquiescer de point en point , et avec exprès désaveu de votre opinion bien enregistrée, afin qu'il n'y ait point d'équivoques, à peine d'être retranché du peuple de Dieu, et tenu pour un païen. Queferez-vous si vous ne savez faire céder votre jugement à celui de l'Eglise? Certainement ou vous souscrirez et vous trahirez votre conscience, ou bientôt vous serez tout seul toute votre Kglise.
Au reste, quand le ministre nous dit que les points de controverse que l'on sou-
(-2091) Si/s/., p. 257, (2092) Discip., an. 52. (-095) Ci-itessus, liv. mi,
(2094) Sysi., p. 500
(2095) llnd., p. 270.
col. 706 seqq
(2096) Page 269; Discip., ait. 17.
(2097) Discip., p. 144.
(2098) Expos. , ii. 19; Conf. avec M. Ciuudc , n. 1, 5.
(2099) Syst., p. 270, 271
911 PART X. TIIFOI-. POLEMIQUE. - II. HISTOIRE DES VARIATIONS. 043
mri nu synode no sont pas ceux qui sont que les autres pour former sa foi? Mais on
contenus dans la Confession de foi (2100), il s'osl tiré de peine en disant qu'on n'a pas
no songe pas combien de luis on a voulu la même besoin d'en lire aucun ; el on est allé
changer dans des articles importants pour si ovant, qu'on fait former sa croyance a un
c plaire aux luthériens. Bien plus, il a fidèle sans qu'il sache quels sont les livres
oublié la c< utume de tous les si unies, où le inspirés de Dieu.
premier | oinl qu'on met en délibération est On s'était trop engagé dans la Confession toujours, en relisant la Conression de foi, de foi, lorsqu'on avait dit, en parlant des lid'examiner s'il n'y arien à y corriger. Le vres divins, « qu'on les connaissait pour l'.ut a été posé, el n'a pas été nié par canoniques, non tant par le consentement M.Claude (2101) ; ci d'ailleurs il est constant de l'Eglise, que par le témoignage et perpar les actes de tous les synodes. Qui s'é- suasion intérieure du Saint-Esprit (210V). » tonnera maintenant qu'on ait tout changé 11 paraît que les ministres sentent maintedans la nouvelle Réforme, puisqu'après tant nant que c'est là une illusion, et qu'en effet de livres et tant de synodes, ils en sont en- il n'y avait aucune apparence que les fidèles core tous les jours h délibérer sur leur avec leur goût intérieur, et sans le secours foi ? de la tradition, fussent capables de discer- Mais rien ne fera mieux voir la faible ner le Cantique des cantiques d'avec un livre constitution do leur Eglise que le change- profane, ou de sentir la divinité des promeut que je vais raconter. Il n'y a rien de miers chapitres de la Genèse, et ainsi des plus essentiel ni de plus fondamental parmi autres. Aussi élablil-on maintenantes /'exaeux, que d'obliger chacun à former sa foi men de la question drs livres apocryphes sur la lecture de l'Ecriture. Mais une seule n'est pas nécessaire au peuple (2105). M. Judemande qu'on leur a faite à la fin lésa li- rien a fait un chapitre exprès pour le prourés de ce principe. On leur a donc demandé ver (2106); et sans qu'il soitbesoindese tourquelle était la foi de ceux qui n'avaient en- monter ni des canoniques, ni des apocrycore ni lu ni ouï lire l'Ecriture sainte, et qui phes, ni de texte, ni de version, ni de uisc'uallaient commencer celle lecture. Il n'en a ter l'Ecriture, ni de la lire, les vérités pas fallu davantage pour les jeter dans un chrétiennes, poui vu qu'on les mette ensemdésordre manifeste. De dire qu'en cet état ble, se font sentir par elles-mêmes comme on n'ait point de foi, avec quelle disposi- on sent le froid et le chaud, lion et dans quel esprit lira-t-on donc l'E- AI. Jurieu dit tout ce'a; et ce qu'il y a rie criture sainte ?Mjis si on dit qu'on en ait, où pins remarquable est qu'il ne le dit qu'après l'a-t-on prise? Tout ce qu'on a eu à répon- M. Claude (2107) : et puisque ces deux niidre, c'est « que la doctrine chrétienne prise nistres ont concouru ensemble dans ce point, en son tout se fait sentir elle-même ; que c'est-à-dire, qu'il n'y avait pour le parti que pour faire un acte de foi sur la divinité de ce seul refuge; arrêtons-nous un moment l'Ecriture, il n'est pas nécessaire de l'avoir pour considérer d'où ils sont partis, et où lue ; qu'il suffit d'avoir lu un sommaire de ils viennent. Les minisires établissaient aula doctrine chrétienne sans entrer dans le trefois la foi par les Ecritures : ils compodélail (2102); que les peuples qui n'avaient sent maintenant la foi sans les Ecritures, pas l'Ecriture sainte ne laissaient pas de On disait dans la Confession de foi, en parpouvoir être bons Chrétiens ; que la doc- lant de l'Ecriture, que toutes choses doivent trine de l'Evangile fait sentir sa divinité être examinées, réijlées et réformées selon aux simples, indépendamment du livre où elle (2108) : maintenant ce n'est pas le senelle est contenue; que quand même cette timent qu'on a des choses qui doit être doctrine serait mêlée à des inutilités et à éprouvé par l'Ecriture, mais l'Ecriture elïedes choses peu divines, la doctrine pure et môme n'est connue ni sentie pour Ecriture céleste qui y serait mêlée se ferait pourtant que par le semiment qu'on a des ihoses sentir; que la conscience goûte la vérité, et avant que de connaître les saints Livres ; et qu'ensuite le fidèle croit qu'un tel livre est la religion est formée sans eux. canonique, à cause qu'il y a trouvé les vé- On regardait, el avec raison, comme un lités qui le touchent: en un mot, qu'on fanatisme et comme un moyen de Ironisent la vérité comme on sent la lumière per, ce témoignage du Saint-Esprit qu'on quand on la voit, la chaleur quand on est croyait avoir sur les saints Livres pour les auprès du feu, le doux et l'amer quand on discerner d'avec les autres ; pareeque ce téeu mange (2103). » moignage n'étant attaché à aucune preuve C'était autrefois un embarras inexplica- positive, il n'y avait personne qui ne pût ou ble aux ministres de répondre à cette de- s'en vanter sans raison, ou même se l'iraauiande : S'il faut former sa foi sur les Ecri- giner sans fondement. Mais maintenant voici tures, faut-il en avoir lu tous les livres? Et bien pis ; au lieu qu'on disait autrefois : s'il suffit d'en avoir lu quelques-uns, qiels Voyonscequi est écrit, et puis }ious croirons; sont les privilégiés qu'il faille lire plutôt ce qui était du moins commencer par quel-
(2100) Syst., p. 270. (2105) Syst., liv. m, c. 2, p. i:,ï.
(2101) Kéflex. >,ur un écrit de M. Claude, n. 10. (2100) Ibid., c. 2, 3.
2102) Sijst., p. -12;». (2107) Déf. de la lit'f., part, u, u. 0, p. 296 cl
(2103) Ibid., p. iSÔ cl suiv. sniv.
1210-1) Cotifess., art i. (2108) Confess. de fui, art. 5,
OFX'MÏES COMPLETES DE BOSSULT.
que chose fie positif et par un fait constant; maintenant on commence à sentir les choses en elles-mêmes comme on sent le froid et le chaud, le doux et l'amer, et Dieu sait quand on vient après à lire l'Ecriture sainte en cette disposition, avec quelle facilité on la tourne à ce qu'on tient déjà pour aussi certain que ce qu'on a vu de ses deux yeux et touihé de ses deux mains.
Selon celte présupposition que les vérités nécessaires au salut se font sentir parellesmêmes, Jésus-Christ n'avait besoin ni de miracles, ni de prophéties ; Moïse en aurait été cru, quand la mer Rouge ne se serait pas ouverte, quand le rocher n'aurait pas jeté des torrents d'eaux au premier coup de la baguette; il n'y avait qu'à proposer l'Evangile ou la Loi. Les Pères de Nicée et d'Kphèse n'avaient non plus qu'à proposer la Trinité et l'Incarnation, pourvu qu'ils les proposassent avec tous les autres mystères; la recherche de l'Ecriture et de la tradition, qu'ils ont faite avec tant de soin, ne leur était pas nécessaire : à la seule proposition de la vérité, la grâce la persuaderait à tous les fidèles: Dieu inspire tout ce qu'il lui plaît à qui il lui plaît, et l'inspiration toute seule peut tout.
Ce n'était pas de quoi on doutait, et la toute-puissance de Dieu était bien connue par les Catholiques, aussi bien que le besoin qu'on avait de son inspiration et de sa grâce. 11 s'agissait de trouver le moyen extérieur dont elle se sert, et auquel il a plu à Dieu de l'attacher. On peut feindre ou imaginer qu'on e-t inspiré de Dieu, sans qu'on le soit en effet; maison ne peut pas feindre ni imaginer que la mer se fende, que la terre s'ouvre, que des morts ressuscitent, que des aveugles-nés reçoivent la vue, qu'on lise une telle chose dans un livre, et que tels et tels qui nous ont précédés dans la foi, l'aient ainsi entendue ; que toute l'Eglise croie, et qu'elle ait toujours cru ainsi. 11 s'agit donc de savoir, non pas si ces moyens extérieurs sont suffisants sans la grâce et l'inspiration divine; car personne . ne le prétend : mais si, pour empêcher les hommes de feindre ou d'imaginer une inspiration, ce n'a pas été l'ordre de Dieu et sa conduite ordinaire, défaire marcher son inspiration avec certains moyens de fait que les hommes ne pussent ni feindre en l'air sans être convaincus de faux , ni imaginer par illusion. Ce n'est pas ici le lieu de déterminer ijuels sont ces faits, quels ces moyens extérieurs, quels ces motifs de croyance, puisque déjà il est bien constant qu'il y en a quelques-uns; carleministre enesl convenu; il est, dis-je, convenu, non-seulement qu'il y a de ces faits constants, mais encore que ces faits constants peuvent servir de règle infaillible. Par exemple, selon lui, c'est un fait constant que l'Eglise chrétienne a toujours cru la divinité de Jésus-Christ, l'immortalité de l'âme, et l'éternité des peines, avec tels ou tels autres articles, mais
ce fait constant, selon lui, est une règle infaillible et la meilleure de toutes les règles non-seulement pour décider tous ces articles, mais encore pour résoudre l'obscure et épineuse question des points fondamentaux. Nous avons vu le passage où le ministre l'enseigne et le [trouve (2109) : mais quand il l'enseigne ainsi, et qu'il veut que la plus sûre règle, pour juger de ces importantes et épineuses questions, soit ce consentement universel, en proposant ce motif extérieur, qui, selon lui, emporte démonstration, il n'a pas prétendu exclure la grâce, et l'inspiration au dedans : la question est de savoir si l'autorité de l'Eglise, qui jointe à la grâce de Dieu est un motif suffisant, et la plus sûre de toutes les règles sur certaines questions, ne le peut pas être en toutes, et si mettre une inspiration détachée de tous ces moyens extérieurs, et dont on se donne soi-même et son propre sentiment pour caution à soi et aux autres, n'est pas le plus assuré de tous les moyens qu'on [misse fournir aux trompeurs, et la plus sûre illusion pour outrer les entêtés.
Après avoir mis dans la tête d'un peuple qu'il est particulièrement inspiré de Dieu, il n'y a pour l'achever qu'à lui dire encore qu'il peut faire à son gré des conducteurs, déposer tous ceux quisont établis, en établir d'autres qui n'agissent que par le pouvoir qu'il leur a donné. C'est ce qu'on a fait dans lu Réforme. M. Claude et M. Jurieu s'accordent encore dans cette doctrine.
L'Eglise catholique parle ainsi au peuple chrétien : Vous êtes un peuple, un Etal et une société; mais Jésus-Christ qui est votre roi ne tient rien de vous, et son autorité vient de plus haut : vous n'avez naturellement non plus de droit de lui donner des ministres que de l'instituer lui-même votre prince; ainsi ces ministres, qui sont vos pasteurs, viennent de plus haut comme luimême, et il faut qu'ilsviennent par un ordre qu'il ait établi. Le royaume de Jésus-Christ n'est pas de ce monde, et la comparaison que vous pouvez faire entre ce royaume et ceux de la terre est caduque; en un mot, la nature ne vous donne rien qui ail rapport avec Jésus-Christ et son royaume, et vous n'avez aueun droit que celui que vous trouverez dans les lois ou dans les coutumes immémoriales de votre société. Or ces coutumes immémoriales, à commencer par les temps apostoliques, sont que les pasteurs déjà établis établissent les autres : Elisez, disent les apôtres, et nous établirons (Act. v, 6, 7) : c'était à Tite à établir les pasteurs de Crète; c'est de Paul établi par Jésus- Clirist qu'il en avait reçu lepouvoir. Je vous eu, dit-il [lit. i, o), laissé en Crète pour y établir des prêtres par tes villes, selon l'ordre que je vous en ai donné. Au reste, ceux qui vous flattent de la pensée que votre consentement est absolument nécessaire pour établir vos pasteurs, ne croient pas ce qu'ils vous disent, puisqu'ils reconnaissent pour vrais
(2109) Ci-dessus, 931 seqq.
Mo PART. X. T1IEUL. POLEMIQUE.
pasteurs ceux d'Angleterre, quoique lu peuple n'ait aucune pari à leur élection. L'exemple de saint Matthias élu extraordinairemenl par un sort divin ne doit pas être lire à conséquence; et néanmoins tout ne fut pas permis au peuple ; et ce fut Pierre, pasteur déjà établi par Jésus-Christ, qui tint rassemblée; aussi ne fut-ce pas l'élection qui établit Matthias ; ce fut le ciel qui se déclara. Partou .1 il leurs l'autorité d'établir est déférée ;iu\ pasteurs déjà établis : leur pouvoir qu'ils oui d'en badl est rendu sensible par l'imposition des mains, cérémonie réservéeà leur ordre. C'est ainsi epic dos pasteurs s'entresuivenl : Jésus-Christ qui a établi les premiers, à dit qu'il serait toujours avec ceux à [ui ils transmettraient le pouvoir : vous De pouvez prendre (1rs pasteurs que dans celte suri- ssion; el vous no devez non plus appréhender qu'elle manque que l'Eglise même, que la prédication, que les sacrements.
Voilà comme on parle dans l'Eglise ; et les peuples ne présument pas au-dessus de ce qui leur est donné; mais la Réforme leur dit tout le contraire : En vous, leur dit-elle, est la source du pouvoir céleste; vous pouvez non-seulement présenter, mais établir les pasteurs, s'il fallait prouver ce pouvoir du peuple par les Ecritures, on y demeurerait court. Pour se dispenser de cette preuve, on dit au peuple que c'est un droit naturel de toute société ; ainsi que pour en jouiron n'a pas besoin de l'Ecriture, et qu'il sullit qu'elle n'ait pas révoqué le droit que la nature a donné. Le tour est adroit, je le confesse; mais prenez-y garde, ô peuple qui vous tlattez de cette pensée. Pour se faire un maître sur la terre, il suffit de le reconnaître pour tel ; et chacun porte ce pouvoir dans sa volonté. Mois i I n'en est pas de môme pour se faire un Christ, un Sauveur, un roi céleste, ni pour lui donner ses officiers. Et en effet, leur imposerez-vous les mains, vous peuples, à qui l'on dit qu'il appartient de les établir? Ils n'osent : mais on les rassure, en leur disant que cette cérémonie d'imposer les mains n'est pas nécessaire. Quoi donc I n'est-ce pas assez pour la juger nécessaire, qu'on la trouve si souvent dans l'Ecriture, ni dans toute la tradition que jamais il y ait eu pasteur établi d'une autre sorte, ni qu'il y en ait eu un seul qui n'ait été fait par les autres? N'importe, faites toujours, ô peuple ! croyez que le pouvoir de lier et de délier, d'établir et de détruire est en vous, et que vos pasteurs n'ont de pouvoir que comme représentants; que l'autorité de leurs synodes vient de vous; qu'ils ne sont que vos délégués: croyez, disje, tous ces choses, encore que vous n'en trouviez pas un seul mot dans l'Ecriture, et croyez surtout que lorsque vous vous croirez inspirés de Dieu pour réformer l'Eglise, dès que vous serez assemblés en quelque manière que ce soit, vous pouvez faire ce qu'il vous plaira de vos pasteurs, sans que