‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 199 sur 325 · N. II1STOIKK DES VARIATIONS · texte numérisé non relu

N. II1STOIKK DES VARIATIONS

personne puisse vous ûler cette liberté, à cause qu'elle est naturelle. Voilà comme on prêche la Réforme ; c'est ainsi quion mel en pièces le christianisme el qu'on prépare la voie ii l'Antectirist.

Avec de telles maximes et un lel esprit (car encore qu'il se déclaré plus clairement dans nos jours, le fond en a toujours été dans la H étonne), il ne faut plus s'étonner de l'avoir vue se précipiter dès son origine de changement en changement, ni d'avoir vu naître de son sein tant de sectes de toutes les sortes. M. Jurieua osé répondre qu'en cela, comme en tout le reste, elle ressemble à l'Eglise primitive (2110). En vérité c'est tropabuserde la crédulité des peuples, etdu nom vénérable île l'ancienne Eglise. Les sectes qui l'ont déchirée ne sont pas la suite ni un effet naturel de sa constitution. Deux sortes de sectes se sont élevées dans l'ancien christianisme : les unes purement païennes dans leur fond, comme celle des valentiniens, des simoniens, îles manichéens, et les autres semblables, ne se sont rangées en apparence au nombre des Chrétiens que pour se parer du grand nom de Jésus-Christ ; et ces sectes n'ont rien de commun avec celles des derniers siècles. Les autres sectaires pour la 'plu part sont des Chrétiens qui, n'ayant pu porter toute la hauteur et, pour ainsi dire, tout le poids de la foi, ont cherché à décharger la raison tantôt d'un article, tantôt d'un antre : ainsi les uns ont ôté la divinité à Jésus-Christ; les autres ne pouvant unir la divinité et l'humanité, ont comme mutilé en diverses sortes l'une ou l'autre. C'est dans des tentations semblables que l'orgueilleux esprit de Luther s'est perdu. Il s'est abîmé dans l'accord de la grâce et du libre arbitre, qui est à la vérité un grand mystère; il a outré les matières de la prédestination; et il n'a plus vu pour les hommes qu'une fatale et inévitable nécessité, où le bien et le mal se trouvent également compris. On a vu comme ces maximes outrées ont produit celles des calvinistes plus outrées encore. Quand, à force de pousser à bout, sans garder aucune mesure, la prédestination et la grâce, on est tombé dans des excès si sensibles qu'on ne les a [iu supporter; l'horreur qu'on en a conçue a jeté dans l'extrémité opposée; et des excès de Luther qui outrait la grâce, qui l'eût cru? on a passé aux excès des demipélagiens qui l'affaiblissent. C'est de là que nous sont venus les arminiens, qui de nos jours ont produit les pajonistes, parfaits pélagiens. dont M. Pajon, ministre d'Orléans, a été l'auteur dans ces dernières années. D'autre côté le même Luther, abattu par la force de ces paroles : Ceci est mon corps, ceci est mon sang, n'a pu se défaire de la présence réelle; mais en même temps il a voulu soulager le sens humain en ôtant le changement de substance. On n'en est pas demeuré là, et la présence réelle a été bien loi attaquée. Le sens humain a prii

(•2110) liht. dit Cal., part, i, cli

goût

à ses inventions; et après qu'on l'a voulu contenter sur un mystère, il a demandé le même relâchement pour tous les autres. Comme Zuingle et ses sectateurs ont prétendu que la présence réelle était dans le luthéranisme un reste du papisme qu'il fallait encore réformer, les sociniens en ont dit autant de la Trinité et de ['Incarnation; et ces grands mystères, qui n'avaient reçu aucune atteinte depuis douze cents ans, sont entrés dans les controverses d'un siècle où toutes les nouveautés ont cru avoir droit de se produire.

On a vu les illusions des anabaptistes, et on sait que c'est en suivant les principes de Luther et des autres réformateurs qu'Us ont rej'e é le baptême sans immersion, et le baptême des enfants; parce qu'ils ne les trouvaient point dans l'Ecriture, où on leur disait que tout était. Les unitaires ou sociniens se sont joints à eux, mais sans vouloir s'en tenir à leurs maximes; parce que les principes qu'ils avaient pris des réformateurs les avaient poussés plus loin.

M. Jurieu remarque qu'ils sont sortis longtemps après la Réforme du milieu de l'Eglise romaine. Quelle merveille? Luther et Calvin en étaient bien sortis eux-mêmes. La question est de savoir si c'est la constitution de l'Eglise romaine qui a donné lieu à ces innovations, ou si c'est la nouvelle forme que les réformés ont voulu donner à l'Eglise. Mais la question est aisée a décider !>nr l'histoire du soi inianisme (2111). En 1545 et dans les années suivantes, vingt ans après que Luther eut renversé les bornes posées par nos pères, tous les esprits étant agités, et le monde ébranlé par ses disputes, toujours prêts à enfanter quelque nouveauté, Lého Socin et ses compagnons tinrent se- (i élément en Italie; leurs conventicules contre la divinité du Fils de Dieu. Georges Blandrale et Fausle Socin, neveu de JLélio, en soutinrent Ja doctrine en 1558 et 1373 et formèrent le parti. Avec la même méthode que Zuingle avait employée pour éluder ces paroles : Ceci est mon corps, les Socins et leurs sectateurs éludèrent celles où le Christ est appelé Dieu. Si Zuingle se crut forcé à l'interprétation figurée par l'impossibilité de comprendre un corps humain tout entier partout où se distribuait l'Eucharistie, les unitaires crurent avoir le même droit sur tous les autres mystères également incompréhensibles; et après qu'on leur eut donné d'entendre tlgurémcnt les pasl'Ecriture où le raisonnement humain était forcé, ils ne firent qu'étendre «eue règle partout où l'esprit avait à souffrir une semblable violence. A ces mauvaises dispositions, introduites dans les esprits par la Réforme, ajoutons les fondements généraux qu'elle avait posés, l'autorité de l'Eglise méprisée, la succession dus pasteurs ' ompiée pour rien, les siècles précédents accusés d'erreur, les Pères mêmes indignement

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traités, toutes les barrières rompues, et la curiosité humaine entièrement abandonnée à elle-même : quedevait-il arriver, sinon ce qu'on a vu; c'est-à-dire une licence effrénée dans toutes les matières de la religion? Mais l'expérience a fait voir que ces hardis novateurs n'ont pas vu la moindre ouverture à s'établir parmi nous : c'est aux Eglises de la Réforme qu'ils ont eu recours; à ces Eglises de quatre jours, qui, encore tout ébranlées par leurs propres mouvements, étaient capables de tous les autres. C'est dans le sein de ces Eglises, c'est à Genève, c'est parmi les Suisses et les Polonais protestants que les unitaires cherchèrent un asile. Repoussés par quelques-unes de ces Eglises, ils se firent des disciples dans les autres en assez grand nombre pour faire un corps à part. Voilà constamment quelle a été leur origine. 11 ne faut que voir le testament de Georges Schuman, un des chefs des unitaires, et la relation d'André Wissovats : Comment les unitaires se sont séparés des reformés (2112), pour être convaincu que celte secte n'a été qu'un progrès et uno suite des enseignements de Luther, de Calvin, de Zuintjle, de Menon (ce dernier fut un des chefs des anabaptistes). On voit que toutes ces sectes ne sont « qu'une ébauche, et comme l'aurore de la Réforme, et que l'anabaptismc joint au socinianisme en est le plein jour (2113). »

Qu'on ne nous allègue donc plus les sectes de l'ancienne Eglise, et qu'on ne se vante plus de lui ressembler. L'ancienne Eglise n'a jamais varié dans sa doctrine, jamais supprimé, dans ses confessions de foi, des vérités qu'elle a crues révélées Je Dieu : elle n'a jamais retouché à ses déusions, jamais délibéré de nouveau sur des matières une fois résolues, ni proposé une seu'e fois de nouvelles expositions de sa foi, si ce n'est lorsqu'il est né quelque nouvelle question.

Mais la Réforme, tout au contraire, n'a jamais pu se contenter elle-même: ses symboles n'ont rien de certain; les décrets de ses synodes rien de fixe; ses Confessions de foi sont des confédérations et des marchés arbitraires; et ce qui y est article de foi ne l'est ni pour tous ni pour toujours; on se sépare par humeur, on se réunit par politique. Si doue il est né des sectes dans l'ancienne Eglise, c'a été par la commune et invétérée dépravation du genre humain; et s'il en est né dans la Réforme, c'est par la nouvelle et particulière constitution des Eglises qu'elle a formées.

Afin de rendre cette vérité plus sensible, je choisirai pour exemple l'Eglise protestante de Strasbourg, comme une des plus savantes de la Réforme, et comme celle qu'on y proposait dès les premiers temps pour modèle de discipline à toutes les autres. Cette grande ville fut des premières ébranlées par la prédication de Lulher,et ne songeait pas alors à contester la présence

bliolh. Antilrinit.

(2113) Ibid.

Sand.

PART. X. TlIKOL. POLEMIQUE.

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