‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 200 sur 325 · II. HISTOIRE DES VARIATIONS · texte numérisé non relu

II. HISTOIRE DES VARIATIONS

réelle. Toutes les plaintes qu'on faisait do son >énat, c'est i|'ù7 était les image», et faisait commun ii r sans 1rs deux espèces (21 14). Ce fut un 1523 que Bucer el Capiton, qu'elle écouta, la rendirent zuinglienne. Après qu'elle eut ouï quelques années leurs déclamations contre la Messe, sans l'abolir tout à fait, et sans ôtro bien assurée qu'elle fui mauvaise, le sénai ordonna qu' elle serait tnsp nilite jusqu'à ee qu'on eût montré que -•'était an eulte agréable à Dieu (2115). Voilà une prévision en matière de foi bien nouvelle; et quand je n'aurais pas dit que ce décret partit du sénat, on entendrait aisément que l'assemblée où il Fut fait n'avait rien d'ecclésiastique. Le décret est de 1529; el la même année, ceux de Strasbourg, n'ayant jamais pu convenir avec les luthérien-, se liguèrent avec les Suisses, zuingliens comme eux (2110). On poussa le sentiment de Zningle et la haine de la présence réelle jusqu'à refuser de souscrire la Confession (TAugsbourg, en 1530 (2117), et à se faire une Confession particulière, que nous avons vue sous le nom de la Confession de Strasbourg, ou des quatre villes (2118). L'année d'après, ils biaisèrent avec tant d'adresse sur cette matière, qu'ils se firent compren 're dans la ligue de Smalcalde, dont les autres sacramentaires furent exclus (2119). Mais ils passèrent plus avant en 1536, puisqu'ils souscrivirent à l'accord de Yitemberg, où l'on avoua, comme on a vu 2120), la présence substantielle et la communion du vrai corps et du vrai sang dans les indignes, encore qu'ils n'eussent | as la loi. Par là ils passèrent insensiblement au sentiment de Luther, et depuis ils furent comptés parmi les défenseurs de la Confession d'Augsbourg, qu'ils souscrivirent. Ils déclarèrent néanmoins, en 1548, que c'était sans se départir de leur première confession (2121), qui, encore qu'elle leur eût fait rejeter celle d'Augsbourg, à ce coup s'y trouva conforme. Strasbourg cependant était si attaché à l'accord de WiltenbergetàlaCoJi/essicmd'^iM</sbourg, que Pierre Martyr et Zanchius, alors les deux premiers hommes des sacramentaires, furent entin obligés de se retirer de cette ville (2122):' l'un pour avoir refusé de souscrire à l'accord; et l'autre, pour n'avoir souscrit à la Confession qu'avec quelque limitation : tant on était devenu zélé à Strasbourg pour la présence réelle. En 159S, cette ville souscrivit au livre De la concorde; et après avoir été si longtemps comme le chef des villes opposées à la présence réelle, elle en poussa, malgré Sturmius, la confession jusqu'au prodige de l'ubiquité (2123). Les villes de Landau et de Memmingue, autrefois ses associées dans la haine de la

présence réelle, suivirent cet exemple. Kn ce temps l'ancienne agendo fut changée; el on imprima à Strasbourg le livre de Marbachius, où il disait « que Jésus-Christ, avant son ascension, était dans le ciel selon son humanité; que cette ascension visible n'était au fond qu'une apparence ; que le ciel, où l'humanité de Jésus-Christ a été reçue, contenait non-seulement Dieu et tous les saiiil-, mais encore tous les démons et tous les damnés; » et que Jésus-Christ était selon o sa nature humaine non-seulement dans le pain el dans le vin de la Cène, mais encore dans tous les pots et dans tous les verres (2124). » Voilà les extrémités où l'on se trouve emporté, lorsqu 'après avoir secoué le joug salutaire de l'autorité de l'Eglise, on s'abandonne aux opinions humaines, comme à un vent changeant et impétueux.

Si l'on oppose maintenant aux variations et à l'instabilité de ces nouvelles Eglises la constance et la gravité de l'Eglise catholique, il sera aisé déjuger où le Saint-Esprit préside; et parce que je ne puis ni je no dois dans cet ouvrage raconter tous les jugements qu'elle a rendus dans les matières de foi , je ferai voir l'uniformité et la fermeté dont je la loue , dans les articles où nous avons vu l'inconstance de nos réformés.

Le premier qui a fait secte dans l'Eglise , et qui a osé la condamner ouvertement sur la présence réelle , c'est constamment Bérenger. Ce que nus adversaires disent de Uatramne n'est rien moins qu'un fait constant, comme on a vu (2125) ; et quand nous leur aurions accordé que Ratramne les favorisât, ce qui n'est pas , un auteur ambigu , que chacun tirerait de son côté, ne serait pas propre à faire secte. J'en dis autant de Jean Scct, dont l'erreur n'eut aucune suite.

L'Eglise ne foudroie pas toujours les erreurs naissantes: elle ne les relève point, tant qu'elle peut espérer qu'elles se dissiperont par elles-mêmes; et souvent elle craint de les rendre fameuses par ses anathèmes. Ainsi Artémon et quelques autres, qui avaient nié la divinité de Jésus-Christ, avant Paul de Samosate, ne s'attirèrent pas des condamnations aussi éclatantes que lui, parce qu'on ne les croyait pas en état de faire secte. Pour Bérenger , il est constant qu'il attaqua ouvertement la foi de l'Eglise, et qu'il eut des disciples de son nom comme les autres hérésiarques, encore que son hérésie fût bientôt éteinte.

Elle parut environ en 1030. Ce n'est pas que nous n'ayons déjà remarqué quelques années auparavant, et dès l'an 1017, la présence réelle manifestement attaquée par les hérétiques d'Orléans qui étaient manichéens (2126). Tels furent les premiers auteurs do

(2114) Sleid., lib. iv, fol. 69.

(2115) Id., lil). 1, fol. v 93.

(IflG)iftûf. fol. 100.

(-2117) Ibid. vm, fol. tOi.

(2I18i Ci-dessus, liv. 111, col. 595.

(2119) Sleid., vin, 125.

(2120) Ci-dessus, liv. iv, col. 446; 417 Hoir.,

paît. 11, an. 1536.

(2121) Hosp., ibid. an. 1548, fol. 205

(2122) Ibid , an. 1556 el 1565.

(2125) IIosp., Cons. riiscors, c. 56, p. 278. (2i2i) Ibid., loi. 99.

(2125) Ci-dessus, liv. IV, col. 451.

(2126) Ci-il;'*ssus, liv. m, col. 698seq<j4

la doctrine dont Bérenger releva depuis un des articles. Mais comme cette secte se cachait, l'Eglise fut étonnée de cette nouveauté, mais elle n'en fut pas alors beaucoup troublée. Ce fut contre Bérenger qu'on lit la première décision sur cette matière en 1052, dans un concile de cent treize évoques convoqués à Rome de tous côtés par Nicolas II (2127). Bérenger se soumit; et le premier qui Ut une secte de l'hérésie des sacramentaires fut aussi le premier qui la condamna.

Personne n'ignore cette fameuse Confesfession de foi qui commence : Ego lieren- (jarius, où cet hérésiarque reconnut « que Je pain et le vin qu'on mel sur l'autel après la consécration n'étaient pas seulement le sacrement, mais encore le vrai coqis et le vrai sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et qu'ils étaient sensiblement touchés par ies mains du prêtre, rompus et froissés entre les dents des iidèles, non-seulement en sacrement , mais en vérité. »

11 n'y eut personne qui n'entendit que le cor|>s et le sang de Jésus-Christ était brisé dans l'Eucharistie au même sens qu'on dit qu'on est déchiré, qu'on est mouillé, quand les habits dont on est actuellement revêtu le sont. On ne parle pas de même lorsque nos habits ne sont pas sur nous; de sorte qu'on voulait dire que Jésus-Christ était aussi véritablement sous les espèces qu'on rompt et qu'on mange, que nous sommes véritablement dans les habits que nous portons. On disait aussi que Jésus-Christ était sensiblement reçu et touché, parce qu'il était en personne et en substance sous les espèces sensibles qu'on touchait et qu'on recevait; et tout cela voulait dire que Jésus-Christ était reçu et mangé, non pas dans sa propre espèce et sous l'extérieur d'un homme, mais dans une espèce étrangère, et sous l'extérieur du pain et du vin. Et si l'Eglise disait encore en un certain sens que le corps de Jésus-Christ était rompu, ce n'était pas qu'elle ne sût qu'en un autre sens il ne l'était lias ; de même qu'en disant en un certain sens que nous sommes déchirés et mouillés lorsque nos habits le sont, nous savons bien dire aussi en un antre sens que nous ne sommes ni l'un ni l'autre en notre personne. Ainsi les Pères savaient bien dire à Bérenger, ce que nous disons encore, que « le corps de Jésus-Christ était tout entier dans tout le sacrement , et tout entier dans iliaque particule ; partout le même Jésus- Christ toujours entier, inviolable et indivisible, qui se communiquait sans se partager , comme la parole à tout un auditoire, et comme notre âme à tous nos membres (2128). » Mais ce qui obligea l'Eglise à dire, avec plusieurs Pères et après saint Chrysos-

tome , que le corps de Jésus-Christ était rompu , fut que Bérenger, sous prétexte de faire honneur au Sauveur du monde , avait accoutumé de dire: «A Dieu ne plaise qu'on [misse briser de la dent, ou diviser Jésus- Christ , de même qu'on met sous la dent , et qu'on divise ces choses (2129) ; » c'était à dire , le pain et le vin. L'Eglise , qui s'est toujours attachée à combattre dans les hérétiques les paroles les plus précises et les plus fortes dont ils se servent pour expliquer leur erreur, opposait à Bérenger la contradictoire de la proposition qu'il avait avancée, et mettait en quelque façon sous les yeux des Chrétiens la présence réelle de Jésus- Christ, en leur disant que ce qu'ils recevaient dans le sacrement après la consécration était aussi réellement le corps et le sang, qu'avant la consécration c'était réellement du pain et du vin.

Au reste, quand on disait aux fidèles que le pain et le vin de l'Eucharistie étaient en vérité le corps et le sang, ils étaient accoutumés à entendre non qu'ils l'étaient par leur nature , mais qu'ils le devenaient par la consécration; de sorte que le changement de substance était renfermé dans cette expression ; encore qu'on s'y attachât principalement à rendre sensible la présence, qui aussi était principalement attaquée. Quelque temps après on s'aperçut que Bérenger et ses disciples variaient. Car nous apprenons des auteurs du temps que dans le cours de la dispute ils reconnaissaient dans l'Eucharistie la substance du corps et du sang, mais avec celle du pain et du vin, et se servant même du terme d'impanation et de celui d'invination , et assurant que Jésus-Christ était impané dans l'Eucharistie , comme il s'était incarné dans les entrailles de la sainte Vierge (2130). C'était, dit Guitmond, comme un dernier retranchement de Bérenger; et ce n'était pas sans peine qu'on découvrait ce raffinement de la secte. Mais l'Eglise, qui suit toujours les hérétiques pas à pas pour en condamner les erreurs à mesure qu'elles se déclarent ; après avoir si bien établi la présence réelle dans la première confession de foi de Bérenger , lui en proposa encore une autre où le changement de substance était plus distinctement exprimé. Il confessa donc sous Grégoire VII, dans un concile de Borne , qui fut le sixième tenu sous ce Pape, en 1079, que le « pain et le vin qu'on met sur l'autel , par le mystère de la sacrée oraison et les paroles de Jésus-Christ, étaient substantiellement changés en la vraie, vivifiante et propre chair de Jésus-Christ, etc. (2131); » et on dit de même du sang. On spécifie que le corps qu'on reçoit ici est le même qui « est né de la Vierge, qui a été attaché à la croix, qui est assis à la droite

(2127) Conc. Rom. subNic. Il, an. 1039, loin. IX, Cône. Lalib., col. 1010 ; Gcitm., liv. lu, loti). Mil , Bib. PP. inox., p. 402, etc.

(21-28) Guith., lib. i Ad». Bereng., ibid., p. 113,

12129} Blr. apud. Guilm., ibid., Ml.

(2130) Guitm., ibid., p. 411, 142, 462, 403, 464 , Alcerls, Ue suer. curp. et sang., Piaef. Patrul. t. CLXXX, col. 1G37, etlit. Mipnc.

(2131) Cune. Hom. vi , snb Greg. VII, tom. X Conc. Labb., an. 1079, cul. 378.

PART. X. THEOL. POLEMIQUE. — 11. HISTOIRE DES VARIATIONS

du Père; cl que le sang est le môme qui a coulé du côté: » et «lin de ne laisser aucun Imu aux équivoques dont les hérétiques fascinent le monde, on ajoute que cela se l'ait « min en signe et en vertu par un simple sacrement , mais dans la propriété de la nature et de la venté de la substance. »

Bérenger souscrivit encore, et se condamna lui-même pour la seconde t'ois : mus à ce coup il fut serré de telle sorte , qu'il ne lui resta aucune équivoque, ni aucun retranchement à son erreur. Que si on insista plus précisément sur le changement de substance, ce n'était pas que l'Eglise ne le tînt auparavant pour également indubitable; puisque dus le commencement de la dispute contre Bérenger , Hugues de Langres avait dit « que le pain et le vin ne demeuraient pas dans leur première nature ; qu'ils passaient en une autre; qu'ils étaient changés au corps et au sang de Jésus-Christ par la toute-puissance de Dieu, à laquelle Bérenger s'opposait en vain (-213-2). » Et aussitôt que cet hérétique se lui déclaré , Adelman, évoque de Bresse, son condisciple, qui découvrit le premier son erreur, l'avertit « qu'il s'opposait au sentiment de toute l'Eglise catholique , et qu'il était aussi facile à Jésus-Christ de changer le pain en son corps, que de changer l'eau en vin , et de créer la lumière par sa paroie (2133). » C'était donc une doctrine constante dans l'Eglise universelle, non que le pain et le vin contenaient le corps et le sang de Jésus-Christ, mais qu'ils le devenaient par un changement de substance.

Ce ne fut pas le seul Adelman qui reprocha à Bérenger la nouveauté et la singularité de sa doctrine : tous les auteurs lui disent d'un commun accord, comme un fait constant, que la foi qu'il attaquait était celle do tout l'univers; qu'il scandalisait toute l'Eglise par la nouveauté de sa doctrine; que, pour suivre sa croyance, il fallait croire qu'il n'y avait plus d'Eglise sur la terre; qu'il n'y avait pas une ville, ni pas un village de son sentiment ; que les Grecs, les Arméniens, et, en un mot, tous les Chrétiens avaient en cette matière la même foi que l'Occident; de sorte qu'il n'y avait rien de plus ridicule que de traiter d'incroyable ce qui était cru par le monde entier (2134). Bérenger ne niait pas ce fait ; mais, à l'exemple de tous les hérétiques, il répondait dédaigneusement, que les sages ne devaient pas suivre les sentiments, ou plutôt les folies du vulgaire (2135). Lanfranc et les autres lui faisaient voir que ce qu'il appelait le vulgaire, c'était tout le clergé et tout le peuple de l'univers (213G) ; et après un fait si constant, sur lequel il ne craignait pas d'être démenti, il concluait que si la doctrine de

Bérenger était véritable, l'héritage promis à Ji ■■'sus-Christ était péri, et ses promesses anéanties; enfin que l'Eglise catholique n'était plus; et que si elle n était jilus, elle n'avait jamais été (2137).

On voit encore ici un fait remarquable ; c'est que, comme tous les autres hérétiques, Bérenger trouva l'Eglise ferme et universellement unie contre le dogme qu'il attaquait : c'est ce qu'on a toujours vu. Parmi tous les dogmes que nous croyons, on n'en saurait marquer un seul qu'on n'ait trouvé invinciblement et universellement établi lorsque le dogme contraire a commencé à faire secte, et où l'Eglise ne soit demeurée, s'il se peut, encore |>1 us ferme depuis ce temps-là : ce qui seul suffirait pour l'aire sentir la suite perpétuelle et l'immutabilité de sa croyance.

On n'eut pas besoin d'assembler de concile universel contre Bérenger, non plus que contre Pelage : les décisions du Saint- Siège et des conciles qu'on tint alors furent reçues unanimement par toute l'Eglise : et l'hérésie de Bérenger, bientôt anéantie, ne trouva plus de retraite que chez les manichéens.

Nous avons vu comme ils commençaient a se répandre par tout l'Occident, qu'ils remplissaient de blasphèmes contre la présence réelle, et en même temps d'équivoques pour se cacher à l'Eglise dont ils voulaient fréquenter les assemblées (2138). Ce fut donc pour s'opposer à ces équivoques que l'Eglise se crut obligée de se servir de quelques termes précis, comme elle avait fait autrefois si utilement contre les ariens et les nestoriens ; ce qu'elle lit en cette manière sous Innocent 111, dans le grand concile de Latran, l'an 1215 de Notre-Seigneur. « il y a une seule Eglise universelle des fidèles, hors de laquelle il n'y a point de salut, où Jésus-Christ est lui-même le sacrificateur et la victime, dont le corps et le sang sont véritablement contenus sous les espèces du pain et du vin dans le Sacrement de l'autel ; le pain et le vin étant transsubstantiés, l'un au corps, et l'autre au sang de Notre-Seigneur par la puissance divine; afin que pour accomplir le mystère de l'unité nous prissions du sien ce qu'il a luimême pris du nôtre (2139). » 11 n'y a personne qui ne voie que le nouveau mot de transsubstantier, qu'on emploie ici, sans rien ajouter à l'idée de changement de substance qu'on vient de voir reconnue contre Bérenger, ne faisait que l'énoncer par une expression qui par sa signitiGation précise servait de marque aux tidèles contre les subtilités et les épuivoques des hérétiques, comme avait fait autrefois Vllomoousios de Nicée et le Theotocos d'Ephèse. Telle fut la

(2152) Cône. Labé, t. XV1I1, p. .117.

(2133) lbid.,p.i:,8, 459.

(2154) Ascel., lip. ait lier. ; Guith., ibid., lili. ni, p. 402, 405; Lanfranc, De roi';), et seing. Dom., ibid. c. 2, 4, 5, 22, p. 763, 700, 7 7 ti .

(2155) Ibid.

(2150) Lanfranc, Decorp. et sumj. Dom., ibid., C. 4, p. 705.

(2157) Ibid., c. 22, p. 770.

(2158) Ci-dessus, liv. xi, 705, 704.

(2139) Conc, Laler. îv; Labb., loin, XI Conc, col. 1 15.

CoG

décision du concile de Lalran, le plus grand et le plus nombreux qui ait jamais été tenu, dont l'autorité est si grande, que la postérité l'a appelé par excellence, le concile général.

On peut voir, par ces décisions, avec quelle brièveté, avec quelle précision, avec quelle uniformité l'Eglise s'explique. Les hérétiques, qui cherchent leur foi, vont à tâtons et varient. L'Eglise qui porte toujours sa foi toute formée dans son cœur, ne cherche qu'à l'expliquer sans embarras et sans équivoques : c'est pourquoi ses décisions ne sont jamais chargées de beaucoup de paroles. Au reste, comme elle envisage sans s'étonner les difficultés les plus hautes, elle les propose sans ménagement ; assurée de trouver dans ses enfants un esprit toujours prêt à se captiver, et une docilité capable de tout le poids du secret divin. Les hérétiques, qui cherchent à soulager le sens humain, et la partie animale où le secret de Dieu ne peut entrer, se tourmentent à tourner l'Ecriture sainte à leur mode. L'Eglise ne songe au contraire qu'à la prendre simplement. Elle entend dire au Sauveur : Ceci est mon corps, et ne comprend pas que ce qu'il appelle corps si absolument soit autre chose que le corps même ; c'est pourquoi elle croit sans peine que c'est le corps eu substance, parce que le corps en substance n'est autre chose que le vrai et propre corps : ainsi le mot de substance entre naturellement dans ses expressions. Aussi Bérenger ne songea jamais à se servir de ce mot; et Calvin, qui s'en est servi, en convenant lans le fond avec Bérenger, nous a fait voir seulement par là que la figure que Bérenger admettait ne remplissait pas toute l'attente et toute l'idée du Chrétien.

La même simplicité qui a fait croire à l'Eglise le corps présent dans le Sacrement, lui a fait croire qu'il en était toute la substance ; Jésus-Christ n'ayant pas dit : Mon corps est ici : Mais : Ceci l'est, et comme il ne l'est point par sa nature, il le devient, il l'est fait par la puissance divine. Voilà ce qui fait entendre une conversion, une transforma lion, un changement ; parole si naturelle à ce mystère, qu'elle ne pouvait manquer de venir contre Bérenger; puisque môme on la trouvait déjà partout dans les liturgies et dans les Pères.

On opposait ces raisons si simples et si naturelles à Bérenger. Nous n'en avons point d'autres encore à présent à opposer à Calvin et à Zuingle; nous les avons reçues des Catholiques qui ont écrit contre Bérenger (2140), comme ceux-là les avaient reçues de ceux qui les avaient précédés ; et le concile de Trente n'a rien ajouté aux décisions de nos Pères, que ce qui était nécessaire pour éclaircir davantage ce que les protestants lâchaient d'obscurcir; comme le

verront aisément ceux qui savent tant soit peu l'histoire de nos controverses.

Car il fallut, par exemple, expliquer phi s distinctement que Jésus-Christ se pendait présent, non pas seulement dans l'usage, comme le pensent les luthériens, mais incontinent après la consécration , à cause qu'on y disait, non point Ceci sera, mais Ceci est : ce qui néanmoins dans le fond avait déjà été dit contre Bérenger, lorsqu'on attacha la présence, non à la manducation, ou à la foi de celui qui recevait le sacrement, mais à la prière sacrée et à la parole du Sauveur (2141), par où aussi paraissait non-seulement l'adoration, mais encore la vérité de l'oblation et du sacritice, ainsi que nous l'avons vu avoué par les protestants (2142) ; de sorte que dans le fond il n'y a de difficulté que dans la présence réelle, où nous avons l'avantage de reconnaître que ceux mêmes qui s'éloignent en elfet de notre doctrine tâchent toujours, tant elle est sainte, d'en approcher le plus qu'ils peuvent (214-3).

La décision de Constance, pour approuver et pour retenir la communion sous une espèce (2144), est une de celles où nos adversaires s'imagin°nt avoir le plus d'avantage. Mais, pour connaître la gravité et la constance de l'Eglise dans ce décret, il ne faut que se souvenir que le concile de Constance, lorsqu'il le fit, avait trouvé la coutume de communier sous une espèce établie sans contradiction depuis plusieurs siècles. Il en était à peu près de même que du baptême par immersion, aussi clairement établi dans l'Ecriture, que la communion sous les deux espèces le pouvait être, et qui néanmoins avait été changé en infusion, avec autant de facilité et aussi peu de contradiction que la communion sous une espèce s'était trouvée établie ; de sorte qu'il y avait là même raison de conserver l'un que l'autre.

C'est un fait très-constamment avoué dans la Réforme, quoique quelques-uns veulent maintenant chicaner dessus, que le baptême fut institué en plongeant entièrement le corps; que Jésus-Christ le reçut ainsi, et le fit ainsi donner par ses apôtres ; que l'Ecriture ne connaît point d'autre baptême que celui-là; que l'antiquité l'entendait et le pratiquait ainsi ; que le mot même l'emporte, et que baptiser c'est plonger; ce fait, dis-je, e*\. avoué unanimement par tous les théologiens de la Réforme, même par les réformateurs, et par ceux mêmes qui savaient le mieux la langue grecque et les anciennes coutumes tant des Juifs que des Chrétiens; par Luther, par Mélanchthon, par Calvin, par Casaubon, par (irotius, par tous les autres, et depuis peu encore par Jurieu le plus contredisant de tous les ministres (2145). Luther même a remarqué que le mot alle-

(2140) Durand. Troarn., loin. XVlll, Mb. VI'. p. 122; Guitm., itrid., 402, etc.

(2141) Ci-ilossus, col. 1)52.

12142) Ci -dessus, liv. m, col. i2! scqij.; h*

y), col. SOI, seqq.

(2143) Ci-dessus, liv. ix, col. 014 seq.

;2I il) Conc. Consi., soss. 8.

i-.il •■>) Li m., De mer. ''<'/"., loin. I, ; Mel., Luc.

BS7 PART. X. TBEOL. POLEMIQUE. ■

m.iihl qui signiQail le baptême, venait de là, fi que ce sacrement était nommé Tauf, à cause de la profondeur, parue qu'on plongeait profondement dans les eaux ceux qu'on

Baptisait. Si (loin: il y a au momie un fait constant, c'est celui là; mais il n'est pas moins constant, même par tous ces auteurs, nue le baptême sans cciie immersion est

valide, et que l'Eglise a raison d'en retenir la coutume. On voit donc, dans un l'ait semblable, ce qu'on doit juger du décret de la communion sous uneespei e, et que ce qu'on y oppose n'est qu'une chicane.

En effet, si on a eu raison de soutenir le baptême sans immersion, à cause qu'en le rejetant il s'en suivrait qu'il n'y avait plus de baptême depuis plusieurs siècles, par conséquent plus d'Eglise, puisque l'Eglise ne peut subsister sans la substance des Sacrements : la substance de la Cène n'y est pas moins nécessaire. Jl y avait donc la même raison de soutenir la communion sous une espèce, que de soutenir le baptême par infusion; et l'Eglise, en maintenant ces deux pratiques, que sa tradition faisait voir également indifférentes, n'a fait, selon la coutume, que maintenir contre les esprits contentieux l'autorité sur laquelle se reposait la foi des simples.

Oui en voudra voir davantage sur cette matière peut répéter les endroits de cette histoire où il en est parlé, et entre autres ceux où il parait que la communion sous une espèce s'est établie avec si peu de contradiction, qu'elle n'a pas été combattue par les plus grands ennemis de l'Eglise, pas même par Luther au commencement (2146).

Après la question de l'Eucharistie, l'autre question principale de nos controverses est celle de la justification; et l'on peut aisément entendre sur celte matière la gravité des décisions de l'Eglise catholique, puisqu'elle ne fait que répéter dans le concile de 'trente ce que les Pères et saint Augustin avaient autrefois décidé, lorsque cette question fut agitée avec les pélagiens.

Et premièrement il faut supposer qu'il n'y a point de question entre nous, s'il faut reconnaître dans l'homme justifié une sainteté et une justice infuse dans l'âme par le Saint-Esprit; car les qualités et habitudes infuses sont, comme on a vu (2147), reconnues par le synode de Dordrecht. Les luthériens ne sont pas moins fermes à les défendre; et en un mol tous les protestants sont d'accord que par la régénération et la sanctification de l'homme nouveau, il se fait en lui une sainteté et une justice comme une habitude permanente : la question est de savoir si c'est cette sainteté et cette justice qui nous justifie devant Dieu. Mais où est l'inconvénient? une sainteté qui ne nous

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