‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 201 sur 325 · II. HISTOIUE l)LS VARIATIONS · texte numérisé non relu

II. HISTOIUE l)LS VARIATIONS

fasse pas saints, une justice qui ne nous lasse pas justes, serait une subtilité inintelligible. Mais une sainteté et une justice que Dieu fit en nous, et qui néanmoins no lui plût pas ; ou qui lui fût agréable, mais ne rendit pas agréable celui ou elle se trouverait; ce serait une autre finesse plus indigne encore de la simplicité chrétienne.

Mais au fond, quand l'Eglise a défini, dans le concile de Trente, que; la rémission des péchés nous était donnée non par une simple imputation de la justice de Jésus- Christ au dehors, niais par une régénération qui nous change et nous renouvelle au dedans, elle n'a fait que répéter ce qu'elle avait autrefois défini contre les pélagiens dans le concile de Carthage : que « les enfants sont véritablement baptisés en la rémission des péchés, afin que la régénération purifiât en eux le péché qu'ils ont contracté par la génération (2148). »

Conformément à ces principes, le même concile de Carthage entend par la grâce justifiante, non-seulement celle qui nous remet les pèches commis, mais celle encore qui nous aide à n'en plus commettre (2149), non-seulement en nous éclairant dans l'esprit, mais encore en nous inspirant la charité dans le cœur, afin que nous puissions accomplir les commandements de Dieu. Or la grâce qui fait ces choses n'est pas une simple imputation; mais c'est encore un écoulement do la justice de Jésus-Christ : donc la grâce justifiante est autre chose qu'une telle imputation ; et ce qu'on a dit dans le concile de Trente n'est qu'une répétition du concile de Carthage, dont les décrets ont paru d'autant plus inviolables aux Pères de Trente, que les Pères de Carthage ont senti-en les proposant qu'ils ne proposaient autre chose sur cette matière que ce qu'en avait toujours entendu l'Eglise catholique répandue par toute la terre (2150).

Nos Pères n'ont donc pas cru que pour détruire la gloire humaine, et tout attribuer à Jésus-Christ, il fallût ou ôter à l'homme la justice qui était en lui, ou en diminuer le prix, ou en nier l'effet; mais ils ont cru qu'il la fallait reconnaître comme uniquement venue de Dieu par une bonté gratuite; et c'est aussi ce qu'ont reconnu après eux les Pères de Trente, comme on l'a vu en plusieurs endroits de cet ouvrage (2151).

C'est en ce sens que l'Eglise catholique avait toujours reconnu après saint Paul, que Jésus-Christ nous était satjesse (/ Cor. i, 29 seq.), non pas en nous imputant simplement la sagesse qui était eu lui, mais en répandant dans nos âmes une sagesse découlée de la sienne; qu't7 nous était justice et sainteté dans le même sens ; et qu'i7 nous était rédemption, non pas en couvrant

connu., cap. De bapl.; Calv., Inst., lih. îv, 15, 19, île. ; Casaub., Not. in Matth. ni, 6;GnoT., epist. 550; Jiit., Syst., Hv m, cli. 20, p. 583.

(3146) Ci-dessus, liv. n.iol.ôO'O; liv. m, 429 seq. liv. vu, cuL557.; liv. \i. tolT 7jî. ; liv. xiv, col. Sliti; liv. xv, cul 902, 912 seq.

(2147) Liv. xiv, col. 811.

(21 4M) Cône. Curlh., cap. 1; séu Cane. A\ric. can. 77, 78 et si q. ; Labb , loin. Il, toi. 1004.

(2149) Ibid., c. 3, i, 5.

[2150) Ibid., e. S.

i215l) Ci-dessus, liv, m, col. 405 scq.

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seulement n<?s crimes, mais en les effaçant entièrement par son Saint-Esprit répandu dans nos cœurs; au reste, que nous étions faits justice de Dieu en Jésus-Christ, d'une manière plus intime que Jésus-Christ n'avait été fait péché pour nous (I Cor. v, 21) ; puisque Dieu l'avait fait péché, c'est-à-dire victime pour !e péché, en le traitant comme pécheur, quoiqu'il fût juste ; au l'eu qu'il nous avait faits justice de Dieu en lui, non pas en nous laissant nos péchés, et simplement en nous traitant comme justes; mais on nous ôtant nos péchés et en nous faisant justes.

Pour faire cette justice inhérente en nous absolument gratuite, nos Pères n'avaient pas cru qu'il fût nécessaire de dire qu'on ne peut pas s'y disposer par de bons désirs, ni l'obtenir par ses prières; mais ils avaient cru que ces bons désirs et ces prières étaient eux-mêmes inspirés de Dieu: et c'est ce qu'a fait à leur exemple le concile de Trente (2151*), lorsqu'il a dit que toutes nos bonnes dispositions venaient d'une grâce prévenante; que nous ne pouvions nous disposer et nous préparer à la grâce qu'étant excités et aidés par la grâce même; que Dieu était la source de toute justice, et que c'était en cette qualité qu'il le fallait aimer; et qu'on ne pouvait croire, espérer, aimer, ni se repentir connue il fallait, afin que la grâce de ta justification nous fût conférée, sans une inspiration prévenante du Saint-EspritÇHSfit). En quoi ce viint concile n'a fait autre chose que de. répéter ce que nous lisons dans le concile d'Orange, que nous ne pouvons ni vouloir, ni croire, ni penser, ni aimer comme il faut et comme il est utile, que par l'inspiration de la grâce prévenante (2153) ; c'est-à-dire qu'on n'a voulu disputer ni contre les hérétiques, ni contre les infidèles, ni môme contre les païens, ni en un mot contre tous les autres qui s'imaginent aimer Dieu, et qui ressentent en effet des mouvements si semblables à ceux des fidèles. Mais sans entrer avec eux dans la discussion impossible des différences précises de leurs sentiments d'avec ceux des justes, on se contente de définir que ce qui se fait sans la grâce n'est pas comme il faut, et qu'il ne plaît pas à Dieu, puisque sans la foi il n'est pas possible de lui plaire. [Hebr. xi, 6.)

Si le concile de Trente, en défendant la grâce de Dieu, a soutenu en même temps le libre arbitre, c'a encore été une fidèle répétition des sentiments de nos Pères lorsqu'ils ont défini, contre les pélagiens, que la grâce ne détruisait pas le libre arbitre, mais le délivrait, afin que de ténébreux il devint rempli de lumière; de malade, sain; de dépravé, droit; et d'imprudent, prévoyant et sage (2to'i) ; c'est pourquoi la grâce de Dieu était

appelée un aide et un secours du libre arbitre ; par conséquent quelque chose qui, loin de le détruire, le conservait et lui donnait sa perfection.

Selon une si pure notion, loin de craindre le mot de mérite, qui, en effet, élait naturel pour exprimer la dignité des bonnes œuvres, nos Pères le soutenaient contre les restes des pélagiens, dans le même concile d'Orange, par ces paroles répétées à Trente : « La bonté de Dieu est si grande envers tous les hommes, qu'il veut même que ce qu'il nous donne soit notre mérite (2155); » d'où il s'ensuit, comme aussi l'ont décidé les mêmes Pères d'Orange, que « toutes les œuvres et les mérites des saints doivent être rapportés à la gloire de Dieu, parce que personne ne lui peut plaire que par les choses qu'il a données (2156). »

Enfin, si l'on n'a pas craint de reconnaître à Trente, avec une sainte confiance, que la récompense éternelle est due aux bonnes œuvres, c'est encore en conformité, et sur les mêmes principes qui avaient fait dire à nos Pères, dans le même concile d'Orange : « que les mérites ne préviennent pas la grâce ; et que la récompense n'est due aux bonnes œuvres qu'à cause que la grâce, qui n'était pas due, les a précédées (2157). »

Par ce moyen nous trouvons dans le Chrétien une véritable justice; mais qui lui est donnée de Dieu avec son amour, et qui aussi fui fait accomplir ses commandements ; en quoi le concile de Trente ne fait encore que suivre cette règle des Pères d'Orange : « qu'après avoir reçu la grâce par le baptême, tous les baptisés, avec la grâce et la coopération de Jésus-Christ, peuvent et doivent accomplir ce qui appartient au salut, s'ils veulent fidèlement travailler (2158); » où ces Pères ont uni la grâce coopérante de Jésus-Christ avec le travail et la fidèle correspondance de l'homme, conformément à cette parole de saint Paul : Non pas moi, mais la grâce de Dieu avec moi. ( I Cor. xv, 10.)

Dans celte opinion que nous avons de la justice chrétienne, nous ne croyons pourtant pas qu'elle soit parfaite et entièrement irrépréhensible, puisque nous en mettons une principale partie dans la demande continuelle de la rémission des péchés. Que si nous croyons que ces péchés, dont les plus justes sont obligés tous les jours à demander pardon , ne les empêchent pas d'être vraiment justes, le concile de Trente a puisé encore une, décision si nécessaire dans le concile de Carthage, où il est porté : « que ce sont les saints qui disent humblement et véritablement tout ensemble :

Pardonnez-nous nos fautes : » que l'Apôtre saint Jacques, quoique saint et juste, n'a

(2!5!') Sess. G, cap. 3, G.

(2 î52) Caii. I.

(2153) Coi.c. Araus. n,c.6,7, 25; Labb.. loni.1V, col. 6!i el soq.

(2154) Am-i. Kit, apost., //<■ oral', interced, Cœ- Ictt. PP.

(2155) Conc. Araus. u, Conc.Trid., sess. 6, 16. i215G) Conc. Araus. n, c. 5.

(2157) Ibid., c. 18.

(2158) Coud/. Trid., soss. G, cap. 11 , eau. 18; Cuncit. Araus. n, cap. 25.

pas laissé ilo «lire : Nous péchons en beaucoup de choie» [Jac, m, 2) ■. que Daniel aussi,

quoique saint et juste, n'avait pas laissé de

dire : Nous avons péché. » D'où il s'ensuit

[ue de lels péchés n'empochent pas la saintalé et la justice, à cause qu'ils n'empêchent pas que l'amour de Dieu ne règne dans les ( uurs,

Que m le concile de Carthage (2159') veut qu'à cause de ces péchés nous disions continuellement a Dieu : N'entrez point en juge i au avec voire serviteur, parce que nul homme rivant ne sera justifie devant vous (l'sul. cxlii,2); nous l'entendons^ comme ce concile, de la justice parfaite, sans exclure lie l'homme juste une justice véritable : reconnaissant néanmoins que c'est encore par un effet d'une bonté gratuite, et pour l'amour de Jésus-Christ, que Dieu, qui pouvait mettre à des damnés comme nous un aussi grand bien que la vie éternelle à un aussi haut prix qu'il eût voulu , n'avait pas exigé de nous une justice sans tache ; et au contraire avait consenti de nous juger, non selon l'extrême rigueur qui ne nous était que trop due après notre prévarication , niais selon une rigueur tempérée et une justice accommodée a noire faiblesse : ce qui a obligé le concile de Trente à reconnaître « que l'homme n'a pas de quoi se glorifier ; mais que toute sa gloire est en Jésus-Christ , en qui nous vivons, en qui nous méritons, en qui nous satisfaisons; faisant de dignes fruits de pénitence, qui tirent leur force de lui, par lui sont offerts a son Père, et sont acceptés pour l'amour de lui par son Père (2160). »

L'écueil qui était à craindre, en célébrant le mystère de la prédestination , était de la mettre pour le bien comme pour le mal ; et Si l'Eglise a détesté le crime des réformateurs prétendus qui se sont emportés à cet excès, elle n'a fait que marcher sur les pas du concile d'Orange, qui prononce un anathème éternel, avec toute détestation, contre ceux qui oseraient dire que l'homme soit prédestiné nu mal par lapuissance divine (2101); et du concile de Valence qui décide pareillement que « Dieu par sa prescience n'impose à personne la nécessité de pécher , mais qu'il prévoit seulement ce que l'homme devait être par sa propre volonté : en sorte que les méchants ne périssent point pour n'avoir point pu être bons, mais pour n'avoir pas voulu demeurer dans la grâce qu'ils avaient reçue (2162). »

Ainsi, quand une question a été une fois jugée dans l'Eglise, comme on ne manque jamais de la décider selon la tradition de tous les siècles passés, s'il arrive qu'on la remue dans les siècles suivants, après mille

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