‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 202 sur 325 · II. HISTOIRE DES VARIATIONS · texte numérisé non relu

II. HISTOIRE DES VARIATIONS

et douze cents ans on trouve toujours l'I.glise dans la même situation, toujours prête h opposer ;iu\ ennemis de la vérité les mêmes décrets que le Saint-Siège apostolique

ci l'unanimité catholique a prononcés; sans jamais y rien ajouter que ce qui est nécessaire contre les nouvelles erreurs.

Pour achever ce qui reste sur la inatièro de la grâce justifiante, je ne trouve point de dérision touchant la certitude du salut , parce que rien n'avait encore obligé l'Eglise ■à prononcer sur ce point; mais personne n'a contredit saint Augustin, qui enseigne que cette certitude n'est pas utile en ce lieu de tentation , où l'assurance pourrait produire l'orgueil (2163) ; ce qui s'étend aussi, comme on voit, à la certitude qu'on pourrait avoir de la justice présente: si bien que l'Eglise catholique, en inspirant à ses enfants une confiance si haute qu'elle exclut l'agitation et le trouble, y laisse, à l'exemple de l'Apôtre, le contre-poids de la crainte, et n'apprend pas moins à l'homme à se métier de lui-même qu'à se confier absolument en Dieu.

Enfin, si l'on repasse ce qu'on a vu dans tout cet ouvrage accordé par nos adversaires sur la justification et Jes mérites des saints (2164), on demeurera entièrement d'accord qu'il n'y a aucun sujet de se plaindre de la doctrine de l'Eglise. Mélanchton , si zélé pour cet article, avoue aussi qu'on en peut facilement convenir de part et d'autre (2105). Ce qu'il semble demander le plus, c'est la certitude de la justice : mais tout humble Chrétien se contentera aisément de la même certitude sur la justice que sur le salut éternel : toute la consolation qu'on doit avoir en cette vie est celle d'exclure par la confiance, non-seulement le désespoir, mais encore le trouble et l'angoisse ; et on n'a rien a reprochera un Chrétien qui, assuré du coté de Dieu, n'a plus à craindre ni à douter que de lui-même (2166).

Les décisions de l'Eglise catholique no sont pas moins nettes et moins précises, qu'elles sont fermes et constantes, et on va toujours au devant de ce qui pourrait donner occasion à l'esprit humain de s'égarer.

Honorer les saints dans les assemblées , c'était y honorer Dieu auteur de leur sainteté et de leur béatitude ; et leur demander la société de leurs prières, c'était se joindre aux chœurs des anges, aux esprits des justes parfaits, et à l'Eglise des premiers-nés qui sont dans le ciel. L'on trouve une si sainte pratique dès les premiers siècles (2167), et on n'y en trouve pas le commencement, puisqu'on n'y trouve personne qui ait été remarqué comme novateur. Ce qu'i1

2159) Loc. cit., cap. 7, 8.

(21(30) Ubi supra, c. 7, »., sess. 14, c. 8.

(2161) Conc. Aruus. il, c. 23.

(2162) Conc. Valent, m, tan. 2 et 5; Labb., lom. VIII, ioI. 158 et soq.

(2165) De correpl. et grat., c. 15, n. 40, lom. X, col. 772; De civil. Del, lib. xi, c. 12, loin. VII.

col. 282.

(2l64)Ci-dossus, 1. m,co!. 408 serp; liv. vm, col. 5'tO seq.

(2165) Se?il. P/ii7. Met depaceEc, p. 10

(21611) Bekn., serm. 1, de Sept.

(2167) Ci-dessus, liv. xiii, col. 814 seq.

y avait h craindre pour les ignorants, c'était qu'ils ne tissent l'invocation des saints trop semblable à celle de Dieu, et leur intercession trop semblable à celle de Jésus-Christ; mais le concile de Trente nous instruit parfaitement sur ces deux points, en nous avertissant que les saints prient : chose in uniment éloignée de celui qui donne ; et qu'ils prient par Jésus- Christ (2168); chose qui les met infiniment au-dessous de celui qui est écouté par lui-même.

Dresser des images, c'est rendre sensibles les mystères et les exemples qui nous sanctifient". Ce qu'il y aurait à craindre pour jes ignorants, c'est qu'ils ne crussent qu'on peut représenter la nature divine , ou la rendre présente dans les images, ou en tout cas les regarder comme remplies de quelque vertu pour laquelle on les honore : ce sont là le-; trois caractères de l'idolâtrie. Mais Je concile les a rejetés en termes précis (2169); de sorte qu'il n'est pas permis d'attribuer à une image plus de vertu qu'à une autre, ni par conséquent d'en fréquenter une plutôt que l'autre, si ce n'est en mémoire de quelque miracle , ou de quelque histoire pieuse qui pourrait exciter la dévotion. L'usage des in âges ainsi purifié, Luther môme et les luthériens démontreront que ce n'est pas des images de cette sorte qu'il est parié dans le Décalogue (2170) ; et le culte qu'on leur rendra ne sera visiblement autre chose qu'un témoignage sensible et extérieur du pieux souvenir qu'elles excitent , et l'effet simple et naturel de ce langage muet qui est attaché à ces pieuses représentations, et dont l'utilité est d'autant plus grande qu'il peut être entendu de tout le monde.

En général, tout le culte se rapporte à l'exercice intérieur et extérieur de la foi, de l'espérance et de la charité : principalement à celui de cette dernière vertu, dont le propre est de nous réunir à Dieu : de sorte qu'il y a un culte en esprit et en vérité partout où se trouve l'exercice de la charité envers Dieu, ou envers le prochain , conformément à celte parole ue saint Jacques (i, 27) : que c'est un culte pur et sans loche de soulayer les orphelins et les veuves, et au surplus de se tenir net de la contagion du siècle, et tout acte de piété qui n'est pas animé de cet esprit est imparfait, charnel ou superstitieux.

Sous prétexte que le concile de Trente n'a fias voulu entrer en beaucoup de difiicultés, nos adversaires ne cessent , après Era-Paolo, de lui reprocher qu'il a expliqué les dogmes avec des manières générales, obscures et équivoques , pour contenter en apparence plus de monde; mais ils prendraient des sentiments plus équitables , s'ils voulaient considérer que Dieu, qui sait jusqu'à quel point il veut conduire notre intelligence, en nous révélant quel-

que vérité ou quelque mystère , ne nous révèle pas toujours ni les manières de l'expliquer, ni les circonstances qui. l'accompagnent, ni même en quoi il consiste jusqu'à la dernière précision, ou, comme on parle dans l'école, jusqu'à la différence spécifique : de sorte qu'il faut souvent dans les décisions de l'Eglise s'en tenir à des expressions générales, pour demeurer dans cetie mesure de sagesse tant louée par saint Paul, et n'être pas contre son précepte plus savant qu'il ne faut. (Rom. xn, 13.)

Par exemple, sur la controverse du purgatoire le concile de Trente a cru fermement, comme une vérité révélée de Dieu, que les âmes justes pouvaient sortir de ce monde sans être entièrement purifiées. <ïrotius prouve clairement que cette vérité était reconnue par les protestants, par Mestresat, par Spanheim (2171), sur ce fondement commun de la Réforme, que dans tout le cours de cette vie l'Ame n'est jamais tout à fait pure, d'où il suit qu'elle sort du corps encore souillée. Mais le Saint-Esprit a prononcé que rien d'impur n'entrera dans la cite' sainte [Apoc. xxi, 27); et le ministre Spanheim démontre très-bien que l'âme no peut être présentée à Dieu, qu'elle ne soit sans tache et sans ride, toute pure et irréprochable (2172), conformément à la doctrine de saint Paul [Ephes. v, 29); ce qu'il avoue qu'elle n'a point durant cette vie.

La question reste après cela, si cette purification de l'âme se fait ou dans cette vie au dernier moment, ou après la mort : et Spanheim laisse la chose indécise. « Le fond, dit-il (2173), est certain ; mais la manière et les circonstances ne le sont pas. » Mais, sans presser davantage cet auteur par les principes de la secte , l'Eglise catholique passe plus avant : car la tradition de tous les siècles lui ayant appris à demander pour les morts le soulagement de leur âme, la rémission de leurs péchés, et leur rafraîchissement; elle a tenu pour certain que la parfaite purification des âmes se faisait après la mort et se faisait par de secrètes peines qui n'étaient point expliquées de la même sorte par les saints docteurs, mais dont ils disaient seulement qu'elles pouvaient être adoucies et relâchées tout à fait par les oblations ou par les prières, conformément aux liturgies de toutes les Eglises.

Sans vouloir ici examiner si ce sentiment est bon ou mauvais, il n'y a plus d'équité ni de bonne foi , si l'on refuse du moins de nous accorder que dans cette présupposition le concile a dû former son décret avec une expression générale, et définir comme il a fait: premièrement qu'il y a un purgatoire après celte vie; et secondement, que les prières des vivants peuvent soulager les âmes des fidèles trépassés (2174), sans entrer dans le particulier ni de leur peine,

(2IG8) Spss. 25, dec. De invoc. SS.

(21G-J* Ibid.

(2170) Ci-dessus, liv. n, col. 581.

(2171) Gn'iT., Kfist. ext. oui., 575

(2172) SrASH., Dub.

(2)75) Ubi supra, n.

(21 1] Scss. 25, ttec

Eu., tom. 111; dub. 141,

Ue purgat.

PART. X. THEOL. POLEMIQUE. - II. USSTOIRE DES VARIATIONS

ni de la manière dont elles sont purifiées, parce i|U(> la tradition ne l'cx pi iquait pas; mais eu taisant voir seulement qu'elles no sont purifiées que par Jésus-Christ, puisqu'elles ne le sont que par les prières et ablations faites en son nom.

Il faut juger de la même sorte des antres décisions, et se bien garder de confondre, comme font ici nos réformés, les termes généraux avec les termes vagues et enveloppés, ou avec les termes ambigus. Les tenues vagues ne signifient rien ; les termes ambigus signifient avec équivoque, et ne laissent dans l'esprit aucun sens précis; les termes enveloppés brouillent les idées différentes : niais quoique les termes généraux ne portent pas l'évidence jusqu'à la dernière précision, ils sont clairs néanmoins jusqu'à un certain degré.

Nos adversaires ne nieront pas que les passages de l'Ecriture qui disent que le Saint-Esprit procède du l'ère ne nous marquent clairement quelque vérité, puisqu'ils marquent sans aucun doute que la troisième personne de la Trinité tire son origine du l'ère aussi bien que la seconde; encore qu'ils n'expriment pas spécifiquement en quoi consiste sa procession, ni en quoi elle est différente de celle du Fils. On voit donc qu'on ne peut accuser les expressions générales sans accuser en même temps Jésus- Christ et l'Evangile.

C'est en ceci que nos adversaires se montrent toujours injustes envers le concile, puisque quelquefois ils l'accusent d'être trop descendu dans le détail, et quelquefois ils voudraient qu'il eût décidé tous les démêlés des scotistes et des thomistes, à peine d'être convaincu d'une obscurité affectée : comme si on ne sava t pas que dans les décisions de foi il faut laisser le champ libre aux théologiens, pour proposer différents moyens d'expliquer les vérités chrétiennes ; et par conséquent que, sans s'attacher à leurs explications particulières , il faut se restreindre aux points essentiels qu'ils défendent tous en commun. Loin que ce soit parler avec équivoque, que de définir en cette manière les articles de notre foi , c'est au contraire un effet de la netteté, de définir si clairement ce qui est certain, qu'on n'enveloppe point dans la décision ce qui est douteux; et il n'y a rien de plus digne de l'autorité et de la majesté d'un concile que de réprimer l'ardeur de ceux qui voudraient aller plus avant.

Selon cette règle, comme on eut proposé à Trente une formule pour expliquer l'autorité du Pape , tournée d'une manière d'où l'on pouvait inférer en quelque façon la supériorité sur le concile général, le cardinal de Lorraine et les évêques de France s'y étant opposés, le cardinal pallavicin raconte lui-

même dans son Histoire que la formule fut supprimée, et que le Pape répondit an'il ne fallait définir que ce qui plairait unanime-

vient à tous les Pères (2175) : règle admirable pour séparer le certain d'avec le douteux. D'où il est aussi arrivé que le cardinal du Perron, quoique zélé défenseur des intérêts de la cour de Home, a déclaré au roi d'Angleterre que le « différend de l'autorité du Pape, soit par le regard spirituel au respect des i ■oncib-s avuméuiqucs, soit par le regard temporel à l'endroit des juridictions séculières, n'est point un différend de choses qui soient tenues pour articles de foi, ni qui soit inséré et exigé en la Confession de foi, ni qui puisse empêcher Sa Majesté d'entrer dans l'Eglise, lorsqu'elle sera d'accord des autres points (2170). » Et encore de nos jours, le célèbre André Duval, docteur do Sorbonne, à qui les uitramontains s'étaient remis de la défense de leur cause, a décidé que la doctrine qui nie le Pape infaillible n'est pas absolument contre la foi, et que celle qui met le concile au-dessus du Pape ne peut être notée d'aucune censure , ni d'hérésie , ni d'erreur, ni même de témérité (2177).

On voit par là que les doctrines qui ne sont pas appuyées sur une tradition constante et perpétuelle ne peuvent prendre racine dans l'Eglise, puisqu'elles ne font point partie de sa Confession de foi, et que ceux mêmes qui les enseignent, les enseignent comme leur doctrine particulière, et non pas comme la doctrine de l'Eglise catholique. Rejeter la primauté et l'autorité du Saint-Siège avec cette salutaire modération, c'est rejeter le lien des Chrétiens, c'est être ennemi de l'ordre et de la paix, c'est envier à l'Eglise le bien que Mélanchton même lui a souhaité (2178).

Après les choses qu'on vient de voir, il n'y a plus rien maintenant qui puisse empêcher nos réformés de se soumettre à l'Eglise; le refuge d'Eglise invisible est abandonné : il n'est plus permis d'alléguer pour le défendre les obscurités de l'Eglise judaïque : les ministres nous ont relevé du soin d'y répondre, en démontrant clairement que le vrai culte n'a jamais été interrompu, pas même sous Achaz et sous Mariasses [// Reej. xvi, xxi] (2179) : la société chrétienne, plus étendue selon les conditions de son alliance, a été encore plus ferme; et on ne peut plus douter de la perpétuelle visibilité de l'Eglise catholique.

Ceux de la Confession d'Augsbourg sont encore plus obligés à la reconnaître que les calvinistes (2180) : l'Eglise invisible n'a trouvé de place ni dans leur Confession de foi, ni dans leur Apologie, où nous avons vu au contraire l'Eglise, dont il est parlé dans le Symbole, revêtue d'une perpétuelle

(2175) Hist. conc. Trid. interpr. Giattin., lib. xix, cap. 11, 15, 11, 15.

(2176) Rép., liv vi, Préf., p. 858.

(2177J Duvall., Etencli.. p. 'J ; tract. De sup. liom. l'ont. polesl., part il, q. 1, p. 4, q. 7,

(2178) Ci-dessus, liv. iv, col. 458, liv. v, col. 476, 477. Mel. be.poteit. Ponlif.,\>. 6.

(2170) kn., Syst., p. 222, 223.

(2180) Ci-ilessus, col. 886 seqq.

CCS

visibilité; et il faut, selon ses principes, nous pouvoir montrer une assemblée composée de pasteurs et rie peuple, où la saine u'oclrine et les sacrements aient toujours été en vigueur.

Tous les arguments qu'on faisait contre l'autorité de l'Eglise se sont évanouis. Céder à l'autorité de I Eglise universelle, ce n'est plus agir à l'aveugle, ni se soumettre à des hommes; puisqu'on avoue que ces sentiments sont la règle, et encore la règle la plus sûre pour décider les vérités les plus importantes de la religion (2181). On convient que si on eût suivi cette règle, et qu'on se fût proposé d'entendre l'Ecriture sainte selon qu'elle était entendue par l'Eglise universelle, il n'y aurait jamais eu de sociniens ; jamais on n'aurait entendu révoquer en doute avec la divinité de Jésus- Christ l'immortalité de l'âme, l'éternité des peines, la création, la prescience de Dieu, et la spiritualité de son essence : choses qu'on croyait si fermes parmi les Chrétiens, qu'on ne pensait pas seulement qu'on en pût jamais douter; et qu'on voit maintenant attaquées avec des raisonnements si captieux, que beaucoup de faibles esprits s'y laissent prendre. On convient que l'autorité de l'Eglise universelle est un remède infaillible contre ce désordre. Ainsi l'autorité de l'Eglise, loin d'être, comme on le disait dans la Réforme, un moyen d'introduire parmi les Chrétiens toutes les doctrines qu'on veut, est au contraire un moyen certain pour arrêter la licence des esprits, et empêcher qu'on n'abuse de la sublimité de l'Ecriture, d'une manière si dangereuse au salut des âmes.

La Réforme a enfin connu ces vérités et si les luthériens ne veulent pas les recevoir de la main d'un calviniste, ils n'ont qu'à nous expliquer comment on peut résister à l'autorité de l'Eglise, après avoir avoué^ que la vente v est toujours manifeste (2182).

On ne doit plus hésiter à venir, de toutes les communions séparées, chercher la vie éternelle dans le sein de l'Eglise romaine, puisqu'on avoue que le vrai peuple de Dieu et ses vrais élus y sont encore, comme on a toujours avoué qu'ils y étaient avant la Réforme prétendue (2183). Mais on s'est enlin aperçu que la différence qu'on voulait met- Ire entre les siècles qui l'ont précédée et ceux qui l'ont suivie était vaine, et que la difficulté qu'on faisait de reconnaître cette vérité venait d'une mauvaise politique.

Que si les luthériens font encore ici les diiliciles , et ne veulent pas se laisser persuader aux sentiments de Calixte; qu'il"

nous montrent donc ce qu a

fait, depuis Luther, l'Eglise romaine pour déchoir du titre de vraie Eglise, et pour perdre sa fécondité, en sorte que les élus ne puissent plus naître dans son sein.

Il est vrai qu'en reconnaissant qu'on se

(2181) Ci-dessus, col 929 seqq.

(2183) Ci dessus, col. 88G »eq.

(•2185) Ci-Uc5»sus, col. 899 seqq

peut sauver dans l'Eglise romaine, les ministres veulent faire croire qu'on s'y petit sauver comme dans un air empesté, et par une espèce de miracle, à cause de ses impiétés et de ses idolâtries. Mais il faut savoir remarquer dans les ministres ce que la haine leur fait ajouter à ce que la vérité les a forcés de reconnaître. Si l'Eglise romaine faisait profession d'impiété et d'idolâtrie, on n'a pas pu s'y sauver devant la Réforme, et on ne peut pas s'y sauver depuis; et si on peut s'y sauver devant et après, l'accusation d'impiété et d'idolâtrie est indigne et calomnieuse.

Aussi montre-t-on pour elle une haine trop visible, puisqu'on s'emporte jusqu'à dire qu'on s'y peut sauver à la vérité, mais plus difficilement que parmi lesariens (2181), qui nient la divinité du Fils de Dieu et du Saint-Esprit; qui par conséquent se croient dédiés à des créatures par le baptême ; qui regardent dans l'Eucharitie la chair d'un homme qui n'est pas Dieu, comme la source de la vie; qui croient que sans être Dieu un homme les a sauvés, et a pu paver le prix de leur rachat; qui l'invoquent comme celui à qui est donnée la toute-puissance dans le ciel et dans la terre , qui sont consacrés au Saint-Esprit, c'est-à-dire à une créature pour être ses temples; qui croient qu'une créature, e'est-à-dire le même Saint-Esprit, leur distribue la grâce comme il lui plaît, les régénère et les sanctifie par sa présence. Voilà la secte qu'on préfère à l'Eglise romaine, et cela n'est-ce pas dire à tous ceux qui sont capables d'entendre : Ne crojez pas, quand nous parlons de cette Eglise, la haine nous transporte, et nous ne nous possédons plus 1

Enfin, il n'est plus possible de tirer nos réformés du nombre de ceux qui se séparent eux-mêmes, et qui font secte à part, contre le précepte des apôtres et de saint Jude (17, 18), et contre ce qui est porté dans leur propre Catéchisme (2185). En voici les termes dans l'explication du Symbole: «L'article de la rémission des pé;:hés est mis après celui de l'Eglise catholique, parce que nul n'obtient pardon de ses péchés que premièrement il ne soit incorporé au peuple de Dieu, et persévère en unité et communion avec, le corps du Chri-t, et ainsi qu'il soit membre de l'Eglise; ain i hors de l'Eglise il n'y a que damnation et que mort ; car tous ceux qui se séparent de la communauté des fidèles, pour faire secte-a part, ne doivent espérer salut cependant qu'ils sont en division. »

L'article parle clairement de l'Eglise universelle, visible et toujours visible, et nous avons vu qu'on en est d'accord; on est pareillement d'accord comme d'un fait constant et notoire, que les églises qui se disent réformées, en renonçant à la communion de l'Eglise romaine, n'ont trouvé sur la terre aucune Eglise à laquelle elles se soient

(-2181) Préjug. lig., part, i, chap. 1; Syst., p. «25.

(-2185) nim. 16.

PART. X. TIIEOL. POLEMIQUE. - II. HISTOIRE DES VARIATIONS

unies (2186) : elles ont donc fail secte h pari avec toute la communauté des Chrétiens et de l'Eglise universelle; et selon leur propre

doctrine elles renoncent a la gr&ce de la rémission des pécbés qui est II1 fruit du sang de Jésus-Christ, de sorte que la damnation et la mort esi leur partage.

l es absurdités qu'il a fallu dire pour répondre à ce raisonnement font bien voir combien il est invincible; car, après mille vains détours, il en a enfin fallu venir jusqu'à dire qu'on demeure dans l'Eglise catholique et universelle, en renonçant à la communion <le toutes les Eglises qui sont au inonde, et se faisant une Eglise à part (2187J ; qu'on demeure dans la même Eglise universelle, encore qu'on en soit chassé par unejuste censure ; qu'on n'en peut pointsortir par un autre crime que par l'apostasie, en renonçant au christianisme et à son baptême; * j ne toutes les sectes chrétiennes, quelque divisées qu'elles soient, sont un même corps et une même Eglise en Jfésus-ChrisI ; que les Eglises chrétiennes n'ont entre elles aucune liaison extérieure par l'ordre de Jésus-Christ; que leur liaison est arbitraire; que les confessions de foi par lesquelles elles s'unissent sont pareillement arbitraires, et des marchés où l'on met ce qu'on veut; qu'on en peut rompre l'accord sans se rendre coupable de schisme; que l'union des Eglises dépend des empires et de la volonté des princes; que toutes les Eglises chrétiennes sont naturellement et par leur origine indépendantes les unes des autres, d'où il s'ensuit que les indépendants si grièvement censurés à Charenton, ne font autre chose que conserver la liberté naturelle des Eglises ; que, pourvu qu'on trouve le moyen de s'assembler de gré ou de force, et de faire figure dans le monde, on est un vrai membre du corps de l'Eglise catholiiue ; que nulle hérésie n'a jamais pu être condamnée par un jugement de l'Eglise universelle ; qu'il n'y a même et n'y peut avoir aucun jugement ecclésiastique dans les matières de foi ; qu'on n'a point droit d'exiger des souscriptions aux décrets des synodes sur la foi ; qu'on se peut sauver dans les sectes les plus perverses, et même dans celle des sociniens.

Je ne Unirais jamais si je voulais répéter toutes les absurdités qu'il a fallu dire pour sauver la Réforme de la sentence prononcée contre ceux qui font secte à part. Mais sans avoir besoin d'en raconter le détail, elles sont toutes ramassées dans celle-ci qu'on a toujours soutenue plus ou moins dans la

(2186) Ci-dessus, col. 891, 899, 900; 9KÏ, 9,7, 92o sc(|f(.

Réforme, el où plus que jamais on met maintenant toute la défense de la cause: que l'Eglise catholique, dont il est parlé dans le Symbole, est un amas de sectes divisées entre elles, qui se frappent d'analhème les unes les autres; de sorti' que le caractère du royaume île Jésus-Christ est le même que Jesus-Christ a donné au royaume de Satan, ainsi qu'il a été expliqué (2188).

.Mais il n'y a rien de plus opposé a La doctrine de Jésus-Christ même. Selon la doctrine de Jésus-Christ, le royaume de Satan est divisé contre lui-même, et doit tomber maison sur maison jusqu'à laderniôre ruine. (Luc. xi.) Au contraire , selon la promesse de Jésus-Christ, son Eglise, qui est son royaume, bâtie sur la pierre, sur la moine confession de foi et le même gouvernement ecclésiastique, est parfaitement unie; doù il s'ensuit qu'el e est inébranlable, et que les I orles de l'enfer ne pourront jamais prévaloir contre elle [Matth. xvi) : c'est-à-dire que la division, qui est le principe de la faiblesse et le caractère de l'enfer, ne l'emportera point contre l'unité, qui est le principe de la force et le caractère de l'Eglise. Mais tout cet ordre est changé dans la Réforme; 1. 1 le royaume de Jésus-Christ étant divisé comme celui de Satan, il ne faut plus s'étonner qu'on ait dit, conformément à un tel principe, qu'il était tombé en ruine ei désolation.

Ces maximes de division ont été le fondement'de la Réforme, puisqu'elle s'est établie par une rupture universelle, et l'unité de l'Eglise n'y a jamais été connue; c'est pourquoi ses variations, dont nous avons entiu achevé l'histoire, nous ont fait voir ce qu'elle était, c'est-à-dire un royaume désuni, divisé contre lui-même, et qui doit tomber tôt ou tard ; penda t que l'Eglise catholique, immuablement attachée aux décrets une fois prononcés, sans qu'on y puisse montrer la moindre variatio i depuis l'origine du christianisme, se fait voir une Eglise bâtie sur la pierre, toujours assurée d'elle-même, ou plutôt des promesses qu'elle a reçues, ferme dans ses principes, et guidée par un espr.t qui ne se dément jamais.

Oue celui qui tient les cœurs en sa main, et qui seul sait les bornes qu'il a données aux sectes rebelles et aux afflictions de sou Eglise, fasse revenir bientôt à son unité tous ses enfants égarés ; et que nous ayons la joie de voir de nos yeux l'Israël, malheureusement divisé, se faire avec J uda un même chef! [Ose. i. 11.)

(2IS7) Ci-dessus, col. 914, 915.

[21881 Ci-dessus, col. 807 seq.

OEUVRES COIll'L DE HOSSCEI. V'Ii.

OEUVRES COMPLETES DE BOSSl'ET.

Page 1