‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 203 sur 325 · LANDGRAVE. — M. DL RNET REFL'TÉ · texte numérisé non relu

LANDGRAVE. — M. DL RNET REFL'TÉ

ALX PRÉTENDUS REFORMES.

1. — Dessein de ce discours : pourquoi un y parle encore des révoltes de la Réforme.

Mes chers frères , Un nouveau personnage va paraître ; on esl las de M. Jurieu et de ses discours emportés; la réponse que M. Burnet avait annoncée en ces termes, dures réponses qu'on préparc à M. de Mcaux (2189), est venue avec toutes les duretés qu'il nous a promises; et, s'il ne faut que des malhonnêteté pour le satisfaire, il a sujet d'être content : M. Basnage a bien répondu à son attente. Mais savoir si sa réponse est solide et ses raisons soutenantes, cet essai le fera connaître. Nous reviendrons, s'il le faut, à M. Jurieu : les écrits où l'on m'avertit qu'il répand sur moi tout ce qu'il a de venin, ne sont pas encore venus à ma connaissance; je les attends avec joie, non-seulement parce que les injures et les calomnies sont des couronnes à un Chrétien et à un évêque, mais encore comme un témoignage de la faiblesse de sa cause. Quand j'aurai vu ces discours, je dirai ce qu'il conviendra, non pour ma défense, car ce n'est pas de quoi il s'agit, mais pour celle de la vérité, si on lui oppose quelque objection qui soit digne d'une réplique : en attendant, commençons à parler à M. Basnage, qui vient avec un air plus sérieux ; nous pourrons le suivre pas à pas dans la suite, avec toute la promptitude que nous permettront nos autres devoirs; mais la matière où nous a conduit le cinquième Avertissement, je veux dire celle des révoltes de la Réforme si souvent armée contre ses rois et sa patrie, mérite bien d'être épuisée pendant qu'on est en train de la traiter. Vous avez vu, mes ehers Frères, dans cet Avertissement, sur un sujet si essentiel, les excès du ministre Jurieu : ceux du ministre Basnage ne vous paraîtront ni

moins visibles, ni moins odieux; et puisque sa réponse paraît justement dans le tein; .s qu'une si grande matière nous occupe, nous la traiterons la première.

11. — Que celle matière appartenait a la f<i\ et a V Histoire des variations : illusion de M. Basnuye : sa vaine récrimination.

Voici comme ce ministre commence . « L,< guerre n'a rien de commun avec l'Histoire des variations; mais il plaît à M. de Meaus de trouver qu'elle est visiblement de son sujet (2190). M. Jurieu en a dit autant : ces messieurs voudraient bien qu'on crût que ce prélat, embarrassé à trouver des variations dHiis leur doctrine, se jette sans cesse a l'écart et ne songe qu'à grossir son livre de matières qui ne sont pas de son sujet : mais ils ne font qu'amuser le monde. La soumission due au prince ou au magistrat est constamment une matière de religion, que les protestants ont traitée dans leurs Confessions de foi, et qu'ils se vantent d'avoir éclaircie. Si, au lieu de Féclaircir, ils l'ont obscurcie; si, contre l'autorité des Ecritures, ils ont entrepris la guerre contre leur prince et leur patrie , et qu'ils l'aient fait par maxime, par principe de religion, par décision expresse de leurs synodes , comme l'Histoire des variations l'a fait voir plus clair que le jour, qui peut dire que «ette matière n'appartienne pas à la religion, et que varier sur ce sujet, comme on leur démontre qu'ils ont fait, non pas en particulier, mais en corps d'Eglise, ce ne soit pas varier dans la doctrine? Voilà donc, dès le premier mot, M. Basnage convaincu de vouloir faire illusion à son letteur. Poursuivons. Ce ministre se jette d'abord sur la récrimination, et il objecte à l'Jïglise qu'elle persécute les hérétiques. Il suffirait de dire que ce reproche est hors de propos; c'est aulre chose que les souverains puissent punir leurs su-

(2189) Burm„ dit. des Var., p. 32, n. 11.

■2190) Tom, I. part, u, cli. C, p. 491.

jots hérétiques, selon l'exigence du cas; autre chose que les sujets aient droit de prendre les armes contre leurs souverains, sous prétexte de religion : cette dernière question est celle que nous traitons, et l'autre n'appartient pas à notre sujet. Voilà comme M. Basnage, qui m'accuse de me jeter sur îles

quesl s écartées, Lut lui-même ce qu'il

me reproche. Mais enfin, puisqu'il veut parler contre le droit qu'ont les princes de punir leurs sujets hérétiques : écoutons.

!II. — L'exemple de Calvin et deServet : réponse de M. Basnage pour soutenir sa récrimination.

Il y a ici un endroit fâcheux à la Réforme qui se présente toujours à la mémoire, lorsque ces messieurs nous reprochent la persécution des hérétiques : c'est l'exemple de Servet et des autres, que Calvin fit bannir et brûler par la république de Genève, avec l'approbation expresse de tout le parti, comme on le peut voir sans aller loin dans V Histoire des variations (-2191). La réponse de M. Basnage est surprenante : « On ne peut, dit-il (2192), reprochera Calvin que la mort d'un seul homme, qui était un impie blasphémateur, et au lieu de le justifier, on avoue que c'était la un reste de papisme. » Il est vrai : c'est là un bon mot de M. Juiieu, et une invention admirable d'attribuer au papisme tout ce qu'on vomira blâmer dans Calvin. Car cet hérésiarque était si plein de complaisance pour la papauté, qu'à quelque prix que ce bit, il en voulait tenir quelque jhose : quoi qu'il en soit , M. Basnage, qui peut-être n'a pas toujours pour M. Jurieu toute la complaisance possible, a pris de lui ce bon mot. Mais vous n'y pensez pas, M. Basnage : permettez-moi de vous adresser la parole : Servet est un impie blasphémateur : ce sont vos propres paroles ; et néanmoins, selon vous, c'est un reste du papisme de le punir; c'est donc un des fruits de la Réforme, de laisser l'impiété et le blasphème impunis; de désarmer le magistrat contre les blasphémateurs et les impies : on peut blasphémer sans craindre, à l'exemple de Servet: nier la divinité de Jésus-Christ avec la simplicité et la pureté infinie de l'Etre divin, et préférer la doctrine des mahométans à celle des Chrétiens. Mais écoutons tout de suite le discours de notre ministre, et la belle idée qu'il nous donne de la Réiorme : « On ne peut accuser Calvin que de la mort de Servet, qui était un impie blasphémateur, et au lieu de justifier cette action de Calvin, on avoue que c'était là un reste de papisme : l'hérétique n'a pas besoin d'éilits pour vivre en repos dans les Etais réformés ; et si on lui en a donné quelquesuns, il n'est point troublé par la crainte de les voir abolis : on est tranquille quand on vit sous la domination des protestants (2193). » Après celte pompeuse description où M. Basnage prend le ton dont on célèbre

(2101) Var . liv. x, n 5S.

(2!9-2,i Tum I, pari, n, cli.

lit. MsHsNSE DE L'HIST. DES VAR.

l'âge d'or, il ne reste plqsqij'à s'écrier: Heureuse contrée, où l'hérétique est eu repos aussi bien que l'orthodoxe, où l'on conserve les vipères comme les colombes et les animaux innocents, où ceux qui composent le. poisons, jouissent de la même tranquillité que ceux qui préparent les remèdes; qui n'admirerait la i lémence de ces Etats réformés ? On disait dans l'ancienne loi : Chasse le blasphémateur du camp, et que tout Israël l'accable à coups de pierres. (I.cvit. xxiv, 14}. Nabuchodonosor est loué pour avoir prononcé dans un édit solennel : Que toute langue i/ui blasphémera contre ledieu de Sidrac, Misac et Abdénago, périsse, et que la mais .r. des blasphémateurs soit renversée. [Dan. iv, 9G.) Mais c'étaient là des ordonnances de l'ancienne loi , et l'Eglise romaine les a trop grossièrement transportées à la nouvelle : où la Réforme domine, l'hérétique n'a rien à craindre, i'ût-il aussi impie qu'un Servet , et aussi grand blasphémateur. Jésus-Christ a. retranché de la puissance publique la partie de cette puissance qui faisait craindre aux blasphémateurs la peine de leur impiété; ou si on perce la langue à ceux qui blasphémeront par emportement, on se gardera bien de toucher à ceux qui le feront par maximes et par dogme; ils n'ont besoin d'aucun édit pour être en sûreté; et si par force, ou par politique, ou par quelque autre considération, on leur en accorde quelques-uns, ce seront les seuls qu'on tiendra pour irrévocables, et sur lesquels la puissance des princes qui les auront faits no pourra rien. Que le blasphème est privilégié ! Que l'impiété est heureuse !

!V. — Mauvaise foi de M. de Basnage dans cette récrimination.

Voilà sérieusement où en viennent les fins réformés; ils prononcent sans restriction que le prince n'a aucun droit sur les consciences, et na peut faire des lois pénales sur la religion. Ce n'est rien de l'exhorter à la clémence; on le flatte, si on ne lui dit que Dieu lui a entièrement lié les mains contre toutes sortes d'hérésies, et que loin de le servir, il entreprend sur ses droits, dès qu'il ordonne les moindres peines poulies réprimer. La Réforme inonde toute la terre d'écrits, où l'on établit cette maxime;, comme un des articles les plus essentiels de la piété. C'est où allait naturellement M, Jurieu, après avoir souvent varié sur cette matière. Pour M. Basnage, il se déclare ouvertement, non-seulement en cet endroit, mais par ton t son livre ; telle est la règlequ'il prétend donner à tous les Etats protestants : l'hérétique , dit-il, y est en repos: il parle en termes formels, et de l'hérétique indistinctement, et des Etats protestants en général : il n'y a qu'à être brouniste, anabaptiste, socinien, indépendant, tout ce qu'on voudra; mahométan si l'on veut ; idolâtre, déiste même ou athée; car il n'y a point d'excep-

OEUVRES COMPLETES DE BOSSLjET.

tion à faire, et tous répondront également que lo magistrat ne peut rien sur l'a conscience] ni obliger personne à croire en Dieu, ou empêcher ses sujets de dire sincèrement ce qu'ils pensent : aveug'es, conducteurs d'aveugles, en quel abfme tombez- vous?

Mais du moins parlez de bonne foi ; ^attribuez pas ce nouvel article deré'ormeà tmis les Etats qui se prétendent réformés. Quoi ! la Suède s'est-el'e relâchée de la peine de mort qu'elle a décernée contre les Catholiques? Le bannissement, la confiscation et les autres peines ont-elles cessé en Suisse ou en Allemagne, et dans les autres pays protestants ? Les luthériens du moins et les calvinistes ont-ils résolu de s'accorder mutuellement lelibre exercice de leur religion partout où ils son' les maîtres ? L'Angleterre est-elle bien résolue de renoncer à ses lois pénales envers tous les non conformistes ? Mais la Hollande elle-même, d'où nous viennent tous ces écrits, s'est-elle bien déclarée eu faveur de la liberté de toutes les sectes, et même de la socinienne ? Avouez de bonne foi qu'il n'était pas encore temps île nous dire indéfiniment : L'hérétique n'a rien à craindre dans les Etats protestants, ni de nous donner vos désirs pour le dogme de vos Eglises. Mais quoi ! il fallait conserver aux réfugiés de France ce beau titre d'orthodoxie, qu'on fait consister à souffrir pour la religion ; il vaut mieux laisser en repos les sectes les plus impies, que de leur donner la moindre paît à la persécution qu'on veut nous faire passer pour le caractère le plus sensible de la vérité, et, afin que Rome soit la seule persécutrice, il faut que tous les Etats ennemis de Rome ouvrent leur sein à tous les impies, et les mettent à l'abri des lois.

V. — Le ministre entre en matière: exemples de l'ancienne Eglise qu'il produit en faveur de la révolte : combien ils sont absurdes et hors de propos.

Après quelques autres récriminations qui ne sont pas plus du sujet, et dont nous parlerons ailleurs, M. Basnage vient au fond, et il rapporte les paroles des Variations, où M.de Meaux, dit-il (21%), oppose notre conduite à celle de l'ancienne Eglise. Pour détruire une opposition si odieuse, il entreprend d'apporter des exemples de l'ancienne Eglise, et il allègue celui de Julien l'Apostat, tué, à ce qu'il prétend, par un Chrétien, en haine des maux qu'il iaisait soulfrir à l'Eglise ; cplui de l'empereur Anastase contraint de se renfermer dans son palais contre les fureurs d'un peuple soulevé ; et celui des Arméniens, qui, tourmentés par Chosroès, se donnèrent aux Romains. Mais d'abord ces exemples lui sont inutiles pour deux raisons. La première, qu'ils ne prouvent rien; la seconde, qu'ils prouvent trop. Ils ne prouvent rien, car en faisant l'Eglise infaillible, nous ne faisons pas pour cela les peuples et les Chrétiens

particuliers impeccables. Pour nous produire des exemples de l'ancienne Eglise.

qui est notre question, il ne suffit pas de montrer des faits anciens, il faudrait encore montrer que l'Eglise les ait approuvés, comme nous montrons à nos réformés que leurs Eglises en corps ont approuvé leurs révoltes par décrets exprès. Mais le ministre ne songe pas seulement à nous donner cette preuve, parce qu'il sait bien en sa conscience qu'elle est impossible.

Secondement, ces faits qu'il allègue prouveraient trop, puisqu'ils prouveraient, non qu'il soit permis à l'Eglise persécutée de prendre les armes pour se défendre, qui e-t le point dont il s'agit ; mais qu'il est permis non-seulement de changer de maître et se donner à un autre roi, à l'exemple des Arméniens, ce que nos réformés protestaient dans toutes leurs guerres civiles qu'ils ne voulaient jamais faire ; mais encore, à l'exemple de ce prétendu soldat chrétien, et du peuple de Constantinople, d'attenter sur la personne du prince, et de tremper ses mains dans son sang; ce qui est si abominable, que no* adversaires n'ont encoreosé l'approuver, puisqu'ils font encore semblant île détester Cromwel et le eromwélisme (219a). Que prétend donc aujourd'hui M. Bpsnage de nous alléguer des exemples manifestement exécrables, qu'il aurait honte desuivre, et qu'on voit bien aussi que l'ancienne Eglise ne peut jamais avoir approuvés, à moins d'avoir approuvé qu'on attentât sui' la vie des princes : ce que je ne crois pas que ce ministre luimême, quelque mépris qu'il ait pour elle, ose lui imputer?

Page 1