‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 204 sur 325 · VI. — Examen des exemples du ministre, et · texte numérisé non relu

VI. — Examen des exemples du ministre, et

premièrement de celui de l'empereur Anastase.

Vous voyez, mes chers Frères, qui! n'en faudrait pas davantage pour lui fermer la bouche. Mais afin que vous connaissiez comment on vous mène, et avec, quelle mauvaise foi on traite avec vous, il faut, en descendant au particulier de son discours, vous y montrer, sans exagérer, plus de faussetés que de paroles, .le commence par l'exemple de l'empereur Anastase, qui est le plus apparent des trois qu'il produit. Car voici comme il le raconte (2196) : « M. de Meaux ignore ou dissimule ce qui s'est fait sous Anastase, où Macédonius, patriarche de Constantinople, homme célèbre par ses jeûnes et par sa piété, voyant que les Entyclnens voulaient insérer dans le Trisagion quelques termes qui semblaient favoriser leur opinion, se servit de son clergé pour soulever le peuple; on tua, on brûla, et l'empereur, qui n'était plus en sûreté dans son palais, lut obligé de paraître en public sans couronne, et d'envoyer un héraut pour publier qu'il se démettait de l'empire. »

Voilà le peuple, le clergé, les moines émus, et le patriarche à la tête, et encore un

(-J195) Yoy. Y-

Aven., h. ti-i

PART. X. THEOL. POLEMIQl E. - 111. DEFI NSE DE LTHST. DES VAR.

teint patriarche, qui autorise la sédition ou I lutoi qui l'excite lui-môme : cela parait convaincant. Mais pour ne point receler i|ue cet exemple prouve trop) puisqu'il prouve qu'on peut attenter sur la personne du I ri iko, et encore sans qu'il y paraisse de persécution, il y a bien à rabattre de ce que e ministre avance; et d'abord il entant ôter ce qu'il y a de plus essentiel, c'est-àdire tout ce qu'il raconte du clergé et du patriarche Macédonius. Car voici ce qu'en dit Evagre ( -2197 ) : « Sévère écrit dans la lettre à Soierie, que l'auteur et le chef de celte sédition fut le patriarche .Macédonius et le clergé de Constantinople. » Telles sont les paroles de cet historien, le plus entier des anciens auteurs qui nous restent sur celte matière. Il ne dit pas que cela soit, mais que Sévère l'écril ainsi dans la lettre à Soierie. Mais qui était ce Sévère ? I.e chef des eutychiens, qu'on appelle sévériens de son nom, c'est-à-dire le chef du parti qu'Anastase soutenait : par conséquent l'ennemi déclaré du patriarche Macédonius, du concile de Cbalcédoine et des orthodoxes. Et à qui est-ce qu'il l'écrit? A Soierie, du même parti, à qui il ne faut point s'étonner qu'il fasse un récit qui ne pouvait que lui plaire, puisqu'il tendait à rendre odieuse la conduite de leur ennemi commun et celle de l'Eglise catholique dont ils s'étaient séparés. Aussi n'ajouta-t-on aucune foi à un témoignage si suspect; et, après l'avoir rapporté, Evagre ajoute ces mots : « Ce fut, à mon avis, par ces calomnies, outre les raisons que nous avons rapportées, que Macédonius fut chassé de son siège. » De cette sorte Sévère, auteur de ce récit, était un calomniateur qui voulait rendre le patriarche odieux à l'empereur, afin qu'il le chassât; et le ministre a fondé tout son discours sur une calomnie. Après cela que lui reste-t-il d'une histoire qu'il fait tant valoir, si ce n'est une émotion populaire, où l'Eglise n'a aucune part? Voilà l'exemple de l'ancienne Eglise que M. Basnage nous a promis ; voilà comme il lit les livres d'où il emprunte ce qu'il nous oppose.

VU.— Examen du fait de Julien l'Apostat : témoignage des historiens du temps, et premièrement des païens et de l'arien Phitostorge.

11 n'a pas mieux examiné le fait de Julien l'Apostat. « M. de Meaux, » dit-il, « est trop crédule, s'il est persuadé que le trait qui le perça, fut lancé de la main d'un ange; les historiens ecclésiastiques, mieux instruits de ce fait que lui, ne nient pas que ce fut un Chrétien irrité des desseins que cet empereur avait formés contre la religion chrétienne, qui le tua. » Quel raisonnement 1 Ce n'est pas un ange : s'ensuit-il que ce soit un Chrétien? Les historiens ecclésiastiques ne le nient pas: donc- cela est. Pour tirer celte conséquence, il faudrait auparavant

(2197) Evag., I. m, cap. 14.

ç2198,i Soc., 01,21 : Su/., m, 2;Tueod., m, 25.

nous faire voir que les historiens païens l'ont assuré; et ce serait quelque chose alors, qu'un fait avancé par les historiens païens ne fût pas nié par les historiens ecclésiastiques. Mais nous allons voir qu'il est bien certain que ni les historiens païen-, ni les historiens ecclésiastiques ne le rapportent pas, el même qu'ils rapportent le contraire. Ne voilà-t-il pas une belle preuve, et n'y a-t-il pis bien de quoi me reprocher ici ma crédulité, en supposant que je pourrais croire qu'un ange aurait tait ce coup? J'avouerai pourtant franchement que si j'en avais de bons témoignages, sans faire ici l'esprit fort, ni me soucier des railleries de M. Basnage, je le croirais de bonne foi. Car je sais non-seulement que Dieu a des anges, mais encore qu'il les emploie à punir les rois impies; et je ne vois pas que depuis Hérode, qui fut frappé d'une telle main (Art. xii, 23), Dieu se soit exclu de s'en servir. Ce qui m'empêche de croire déterminément que Julien ait péri de la main d'un ange, c'est que je n'en ai pas de témoignage suffisant. Mais par la même raison, je crois encore moins qu'il ait péri de la main d'un Chrétien, parce "qu'encore y eut-il des gens, et même quelques païeus domestiques de cet empereur, par exemple un nommé Calliste, qui crurent que ce fut un ange, ou comme parlaient les païens, un démon ou quelqu'aulre puissance céleste qui frappa cet apostat (2198), et qu'il ne s'est trouvé personne qui assurât de bonne foi et comme un fait positif, que ce fût un Chrétien. «Mais » continue le ministre (2199) , « il yen a quelques-uns, ( des historiens ecclésiastiques ) qui louent celui qui fit le coup. On ne doit pas, dit Sozomène, condamner on homme qui, pour l'amour de Dieu et de la religion, a fait une si belle action. » D'où M. Basnage conclut aussitôt après : « Voilà des mouvements fort violents de l'Eglise sous Julien.» Ainsi ce particulier qu'on fait auteur sans raison de cet attentat, c'est l'Eglise : Sozomène, un historien qui n'est qu'un laïque, et qui n'e.-t suivi de personne, c'est l'Eglise, et on ne craint point d'assurer, sur de si faibles témoignages, que l'Eglise, non contente de se révolter contre l'empereur (ce qui n'avait jamais été), a même trempé ses mains dans son sang : ce qu'on ne peut penser sans horreur. Tel est le raisonnement de notre ministre. Mais, pour enfin venir au détail que j'ai promis, tout est faux dans son discours : il est faux d'aherd qu'un soldat chrétien soit coupable de la mort île Julien. Aucun historien, ni païen ni chrétien ne le dit. Zozime, l'ennemi le plus déclaré du christianisme et des Chrétiens, ne le dit ni à l'endroit où il raconte la mort de Julien, ni en aucun autre (-2200). Il eût eu honte de reprocher aux Chrétiens un crime que personne ne leur imputait. Amniien Marcellin, auteur du temps, et païen aussi bien que Zozime, en rapportant aveti;

(2109) rt\s\ , ibid 2200] Lw. . iu

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