SO
somi tout ce qu"on a su de la mort de Julien [2201), ne marque en aucune sorte cette ciijoiistahce, qu'il n'aurait pas oubliée; au contraire, on doit juger par son récit que le coup partit d'un escadron qui fuyait devant l'empereur, et ne cessait de tirer en fuyant : ce qui faisait qu'on criait de tous cotés à ce prince qu'il prît garde à lui. Et quand on le vit tomber, toute 1 armée ne douta pas d'où venait le coup, et ne songea plus qu'à venger sa mort sur les ennemis. Eutrope, qui l'avait suivi dans celte guerre, dit expressément que «cet empereur, en s'exposant inconsidérément, fut tué de la main d'un ennemi : hoslili manu (2202). » Autélius Victor ajoute que ce fut « par un ennemi qui fuyait devant lui avec les autres (2203). » C'était pointant un païen aussi bien qu'Eutiope. Voilà trois païens, auteurs du temps ondes temps voisins, qui justifient les Chrétiens contre la calomnie de M. Basnage, et Kufus Festus, pareillement auteur du temps, et apparemment païen comme les autre*, confirme leurs témoignages: «Comme il s'était, » dit-il (2204), « éloigné des siens, il fut percé d'un dard par un cavalier ennemi qui vint à sa rencontre. » Loin qu'on pût soupçonner les siens d'avoir fait le coup, on voit par cet historien qu'il en était éloigné lorsqu'il le reçut. Philostorge raconte aussi « qu'il fut tué par un Sarrasin qui servait dans l'armée de Perse, et qu'après que ce Sarrasin eut fait son coup, un des gardes île /'empereur lui coupa la tête (2205). Quoique cet historien soit arien, il est aussi bon qu'un autre, hors les intérêts de sa secte, surtout étant soutenu par tant d'autres historiens aussi peu suspects. Toute l'armée, comme on vient de voir, n'en eut pas une autre opinion : Julien même, qui n'aurait • as ménagé les Galiléens, ne les accusa de rien (2206), encore qu'après sa hlessure il ait eu de longs entretiens avec ses amis, et même avec le philosophe Maxime, qui l'aigrissait le plus qu'il pouvait contre les Chrétiens ; mais il ne fut rien dit contre eux en cette occasion. Le seul qui attribue le coup à un Chrétien, c'est Lihanius, que M. Basnage n'a osé citer, parce, qu'il sait bien que ce n'est pas un historien, mais un déclamateur et un sophiste, et qui pis est, un sophiste calomniateur manifeste des Chrétiens, qui porte par conséquent son reproche dans son nom; qu'aucun historien ne suit, (pie les historiens démentent, qui ne fait pas une histoire, mais une déclamation, où encore il ne dit rien de positif et nous allègue pour toutes preuves ses conjectures et sa haine. Mais encore quelles conjectures? « Personne,» «lit-il (2207), «ne s'est vanté parmi les Perses d'un coup qui lui aurait attiré tant de récompenses. » Comme si celui qui le fit en fuyant, comme
on vient de voir, n'avait pas pu ie faire au hasard, et sans le savoir lui-même, ou qu'il n'eût pas pu périr aussitôt après, à la manière que dit Philostorge, ou par cent autres accidents. Mais quand Lihanius aurait Lien prouvé que Julien fut tué par un des siens, pour en venir à un Chrétien, il n'avait plus pour guide que sa'haiue: «On ne peut, » ditil, « accuser de cette mort que ceux à qui sa vie n'était pas utile, et qui ne vivaient pas selon les lois. » C'est ainsi qu'il désignait les Chrétiens, « qui, » dit-il, « ayant déjà attenté sur sa personne, ne le manquèrent pas dans l'occasion. » 11 ose dire que les Chrétiens avaient déjà souvent attenté sur la vie de l'empereur; chose dont aucun autre auteur ne fait mention, et dont personne, ni Julien même, ne s'est jamais plaint ; au contraire, nous avons vu qu'encore qu'il haït l'Eglise au point que tout le monde sait (2208), jamais il n'en a tenu la fidélité pour suspecte, Il est donc aussi vrai qu'il a été tué par un Chrétien, qu'il est vrai que les Chrétiens avaient déjà attenté sur sa vie. Libanius a dit l'un et l'autre, et n'est pas moins calomniateur dans l'un que dans l'autre.