DEFENSE DE L'HIST. DLS VAR
par ses exemples. C'est pourquoi, dit le même l'ère (2225), « quoique le nombre de se.» martyrs fut si grand, que s'il avait voulu en faire des armées, et les proléger dans les combats , nulle nation et nul royaume n'eûl été capable de leur résister; » il a voulu qu'ils souffrissent, parce qu'il ne convenait pas à ses enfants humbles et pacifiques de troubler l'ordre naturel des choses humaines, ni de renverser, avec l'autorité îles princes, le fondement des empires et de la tranquillité publique.
Telle est la doctrine de saint Augustin, qui se trouve renfermée tout entière dans ce seul mot de saint Paul : Ce n'est pas en vain que le prince porte l'épée comme ministre de Dieu, et comme vengeur des crimes [Rom. xiii, 4) ; par où il montre que le prince pst seul armé dans un Etat ; qu'on n'a nulle force que sous ses ordres; que c'est à lui seul à tirer l'épée que Dieu lui a mise en main pour la vengeance publique ; et que l'épée tirée contre lui est celle que Jésus- Christ ordonne de remettre dans le fourreau. Ainsi les guerres. civiles, sous prétexte de se défendre de l'oppression, sont des attentats; et saint Augustin, qui a établi cette vérité par de si beaux principes, n'a été que l'interprète de saint Paul.
XII. — Les exemples de M. Basnage réprouvés par cette doctrine de saint Paul et de saint Augustin.
Selon ces lois éternelles qui ont réglé durant les persécutions la conduite de l'Eglise, et qu'elle n'a constamment jamais démenties, elle n'avait garde d'approuver le soulèvement du peuple de Constantinople contre l'empereur Anastase, où ce bel ordre et si naturel des choses humaines était si étrangement renversé, que les membres mettaient en péril non-seulement l'autorité, mais encore la vie de leur chef; encore moins eût- elle approuvé ce prétendu attentat d'un soldat chrétien contre Julien, qui, selon les règles de l'Eglise, quoi que Sozomène en eût pu dire, eût passé pour une entreprise contre la loi éternelle, et même pour un sacrilège contre" la seconde majesté.
XIII. — Examen particulier de l'exemple des Pers - Arméniens. Ancienne doctrine des Chrétiens de Perse sur la fidélité qu' on doit au prince.
Pour ce qui regarde les Arméniens sujets à la Perse, ou, comme on les appelait, les Pers-Arméniens, qui maltraités pour leur religion par le roi de Perse, se donnèrent à l'empereur Justin; il faudrait savoir pour en juger, à quelles conditions le royaume d'Arménie était sujet à celui de Perse. Car tous les peuples ne sont pas sujets à même titre; et il y en a dont la sujétion tient autant-de l'alliance et de la confédération, que de la parfaite et véritable dépen-
(2225) P Avert., n. 25.
(2224) //-il/., cap-, 75.
(2225) Ibid.
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(lance; ce qui se remarque principalement dans les grands empires, et surtout dans leurs provinces les [il us éloignées, au nombre desquelles était la Pers-Arménie dans le vaste royaume de Perse. Elle avait été détachée du reste de l'Arménie, et tout ce royaume avait autrefois appartenu aux Romains, mais à des conditions bien différentes du reste des peuples sujets; puisque l'empire romain n'exerçait aucun droit sur ceux-ci, que celui de leur donner un roi de leur nation et du sang des Arsacides, sans au surplus en rien exiger, ni se mêler de leur gouvernement.
Après même qu'ils eurent cessé d'avoir des rois, ils conservaient de grands privilèges, et prétendirent on général devoir vivre selon leurs lois, et en particulier, d'être exempts de tous impôts (2*226) : en sorte qu'en étant chargés, ils se donnèrent au roi de Perse. Si la partie de ce royaume, qui fut depuis sujette a la Perse, en s'unissant à ce grand empire s'était réservé ou non quelque droit semblable, et avait fait ses conditions sur la religion chrétienne qu'elle avait presque reçue dès son origine, c'est ce que les historiens de M. Basnage ne nous disent pas (2227), ni aucune des circonstances qui pourraient nous faire juger jusqu'à quel degré on pourrait condamner ou excuser la défection de ces peuples. Mats comme ces historiens nous racontent dans le même temps, et pour la même cause, une semblable action des Ibériens, nous pouvons juger de l'une par l'autre. Or constamment les Ibériens, quoique sujets de la Perse, ne l'étaient pas si absolument qu'ils n'eussent leur roi, et n'usassent de leurs lois. C'est Procope qui nous l'apprend (2228), et que le roi des Ibériens, qui se retira d'avec les Perses pour s'attacher aux Romains, s'appelait Gurgène ; ces peuples, qui avaient leurs rois, ordinairement étaient bien sujets du grand roi de Perse pour certaines choses, et devaient le suivie à la guerre; mais dans le reste le roi de Perse n'exerçait sur eux aucune souveraineté (2229). Ainsi on peut croire que les Ibériens et leur roi étaient soumis à l'empire persan à peu près aux mêmes conditions que les Laziens leurs voisins (c'était l'ancienne Colchos) l'étaient aux Romains ; et tout le droit des Romains consistait à envoyer au roi de Colchos les marques royales, sans en pouvoir exiger d'autres services.
Telle était la condition de ces peuples. Mais, après tout, que nous importe, puisque dans le fond, et quoi qu'il en soit, si les Pers-Arméniens étaient sujets aux mêmes conditions que les Perses, leur sentence est prononcée dès le temps de la persécution Je Sapor, où nous avons vu les évoques et les Chrétiens accusés d'intelligence avec les
Romains, s'en défendre comme d'un crime, et repousser cette accusation comme une manifeste calomnie (2230)? On sait aussi que Constantin ne lit autre chose ciue d'écrire en leur faveur, comme nous l'avons fait voir par Sozomène (2231); et nous y ajoutons maintenant le témoignage conforme deThéophane, qui assure en termes formels qu'ils furent calomnies par les Juifs et par les Perses (2232). Ainsi les Pers-Arméniens, s'ils étaient sujets comme les autres et à même condition, ne peuvent qu'augmenter le nombre des rebelles que la loi éternelle condamne.
On voit clairement par là que les exemples de M. Basnage, à la manière qu'il nous les propose, sont des exemples réprouvés. Ce ne sont donc pas des exemples de l'ancienne Église, dont aussi on ne nous fait voir aucune approbation.
Ainsi ceux qui nous les proposent, au lieu d'autoriser leurs attentats , en prononcent Ja condamnation, et montrent qu'il ne leur reste plus aucune ressource.
XIV. — Variations de la Réforme et de ses écrivains sur les révoltes.
On s'imaginera peut-être que la Réforme, si souvent livrée au mauvais esprit qui la poussait à la révolte , n'aura qu'à la désavouer et tous ceux qui l'ont excitée. Mais non : car on a vu , par des pièces qui ne souffrent aucune réplique, que ceux qui ont excité la révolte, et qui l'ont autorisée par leurs décrets, sont les ministres eux-mêmes, sans en excepter les réformateurs, et que le peuple réformé a été porté à prendre les armes contre son roi et sa patrie par les décrets des synodes les plus authentiques.
Telle a été l'accusation que j'ai intentée à la Réforme; et il ne faut pas s'étonner si elle est tombée, en se défendant, dans de manifestes contradictions. Car voici la juste sentence du souverain juge : ceux qui combattent la loi éternelle de la vérité sur laquelle est établi l'ordre du monde, par une suite inévitable de leur erreur, sont forcés h se contredire eux-mêmes: et c'est ce qui a causé dans la Béforme les variations infinies qu'on a vues dans cette matière. La loi de la vérité gravée dans les cœurs l'avait forcée à ne montrer au commencement que douceur et que soumission envers les puissances. Aussitôt qu'elle s'est senti de la force, elle a mis en évidence ce qu'elle portait dans lo sein; elle a changé de langage comme de conduite : et le même esprit de vertige et de variation quia paru dans tout le parti, s'estfait sentir en particulierdansles auteurs qui ont écrit pour sa défense.
Nous avons vu dans YHistoire des variations (2233), que la Réforme si souvent vaincue et tellement désarmée, que la rè-
(2226) Pnoc, l'ers., I. i, c. ô.
(2227) Evag., Iih. y; Theoi'H. Bv/.anc. apuil Pliol : loan. Biciar., iu Citron.
(2228) Pers., i, 12; u 8 I"».
(2229) Hid., u, 15.
(-2250) V Aller/., n. 20.
(2231) Soz., u, 8.
(2232) THEorH.,C/ii'onojr., an. .">S!7, p. 19. ■2253) Liv. \. n. 2!i ei ruiv.
PART. X. TIIEOL. POLEMIQI I