‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 211 sur 325 · IK'O · texte numérisé non relu

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ne songeaient, coinunic-t-il, qu'a pourvoir à la sûreté de leurs troupeaux. Nous avons fait voir ailleurs (2270) que le prince y avait pourvu, et que loulc la question n'était que du plus au moins; mais, en quelque façon qu'on le prenne, c'était donc un point résolu par le sentiment des ministres, que la guerre était légitime, puisqu'à quelque prix que ce tût, et aux dépens du sang de tous les Français, ils voulaient qu'on la continuAt.

XXII. — Trois raisons du ministre pour justifier les guerres de la Réforme; la première, qui est tirée du prétendu massacra de Vassi, est insoutenable.

Voyons maintenant les raisons par lesquelles noire auteur ose soutenir que cette guerre était juste. 11 les réduit à trois principales : la première, « qu'il s'agissait de la punition du massacre deVassi commis par le duc de Guise, laquelle la reine avec son conseil avait solennellement promise, malgré les oppositions du roi le Navarre et du cardinal de Ferrare;et qu'ainsi les protestants avaient droit de la demander et de se plaindre si on ne la faisait pas (2271).» La seconde raison de M. Basnage, « c'est qu'on ne s'unissait que pour un édit que les parlements de Fiance et les états avaient vérifié (2271*). » La troisième, qui paraît la plus vraisemblable, c'est que le prince sous la conduite duquel la Réformé se réunit, agissait par les ordres de la reine régente : c'était donc lui qui était muni de l'autorité publique, et il ne regardait le duc de Guise, qui était le chef du parti contraire, que comme un particulier contre lequel on avait droit de s'élever, comme contre un ennemi de l'Etat (2272). Au reste, M. Basnage déclare d'abord « qu'il ne prétend pas traiter cette matièie épuisée par d'autres auteurs, et qu'il touchera seulement les réflexions que M. de Meaux a faites. » .Mais c'est justement ce qu'il oublie. Sur le prétendu massacre de }assi, ma principale remarque a été que ce n'était pas une entreprise préméditée, ce que j'établis en un mot (2273), mais d'une manière invincible, I ar le consentement unanime des historiens non suspects. Ma preuve est si convaincante que M. Burnet s'y est rendu. Je lui avais fait le reproche d'avoir pris le désordre de Vassi pour une entreprise préméditée (2274) , et voici comme il y répond : « 11 m'accuse (M. de Meaux), de m'être mépris sur le but du massacre de Vassi. Mais il n'y a rien dans l'anglais qui marque que j'aie cru que ce fût un dessein formé, et je ne suis responsable que de l'anglais (2275). » Je n'en sais rien, puisqu'il a donné à la version française une approbation si authentique. Quoi qu'il en soit, je le prends au mut, et je le loue de désavouer de bonne fui ce qu'il tiit que son traducteur avait ajouté du sien. M. Basnage n'a qu'à l'imiter; puisqu'il le

(•2-270) Var., In.

-227fi Ibid.

•2-27-2) ll'Hl., ôi:

comble de tant de louanges, en lui dédiant sa réponse, il ne doit pas avoir honte de suivre son exemple. Qu'il avoue donc de bonne foi que ce qu'on appelle le massacre de Vassi ne fut qu'une rencontre fortuite, et que c'e.^t un fait avéré par l'histoire de M. de Thou, et par celle de la Popelinière, auteurs non suspects; qu'il ajoute sur la foi des mêmes auteurs que le duc de Guise (il ce qu'il put pour empêcher le désordre, et qu'ainsi c'était à la Réforme une manifeste injustice d'exiger par tant de clameurs, ensuite par une guerre déclarée, que, sans connaissance de cause et sur la seule accusation de ses ennemis, on le punît d'un crime doni il était innocent. Mais après tout, quand le duc de Guise serait aussi criminel que les protestants le publiaient, le faible du raisonnement de M. Basnage n'en est pas moins clair, puisque, même en lui accordant touteequ'il demande, on voit qu'il ne conclut rien, et qu'enfin tout ce qu'il conclut, c'est que la reine avec son conseil ayant promis la punition de ce prétendu massacre, les protestants avaient droit de la demander, et de se plaindre si on ne la faisait. Mais qu'ils eussent droit de la demander par la force ouverte et par une guerre déclarée, ou de se plaindre les armes à la main, c'est précisément de

quoi il s agit ;

établir

Basnage

c'est ce qu'il fallait pour justifier la Réforme. Mais M.

lui-même ne l'a osé dire; il a senti la loi éternelle qui lui criait dans sa conscience qu'on renverse l'ordre du monde lorsque des sujets entreprennent de se faire justice à euxmêmes contre les plus criminels, et à plus for le raison contre un innocent.

XXIII. — La seconde raison, tirée des édits de pacification, n'est pas moins mauvaise.

La môme raison détruit encore le vain prétexte tiré des édits. Car sans se tourmenter vainement l'esprit par la discussion des faits, dans une occasion où l'on s'accusait mutuellement d'avoir manqué à la foi donnée, la règle invariable de la vérité décide que les sujets doivent conserver les édits qu'on leur accorde, par les mêmes voies dont ils ont dû se servir pour les mériter, c'est-à-dire par d'humbles supplications et de fidèles services. Ainsi, de quelque contravention qu'on ait à se plaindre, celte règle de la vérité et de l'ordre public revient toujours, qu'on ne se doit pas faire justice à soi-même ; que les sujets n'ont point de force contre la puissance publique, et que le glaive n'est donné qu'aux souverains. Nos ancêtres les martyrs n'ont pas fait la guerre à Sévère et à Valérien, pour rappeler en usage les favorables édits d'Adrien et de Marc-Aurèle; ni à Julien l'Apostat, en faveur de ceux de Galère et de Maximin.de Constantin et de Constance. Le bel ordre dans un Liât, si toutes les plaintes de contravention aux libertés et aux droits de chaque corps,

(-227.")) Var., I.v. x, n. 42.

(-2-271) Var., ibid.

(-227. >> Critiq il: l'Hist. des var., n. 11, |>.

au.

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