‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 215 sur 325 · XXVIII. — Le ministre tâche d'excuser le · texte numérisé non relu

XXVIII. — Le ministre tâche d'excuser le

synode national de Lyon : deux articles de ce synode : le dernier, qui ne souffre pas la moindre réplique , est dissimulé par M. Basnage.

M. Basnage ose le nier, et nous avons déjà dit que par là il se réfute lui-même. Car si ces conjurations et ces guerres sont légitimes, pourquoi en rougir, et n'oser y faire entrer les synodes? Mais c'est que l'iniquité se dément toujours elle-même : ces révoltes couvrent de honte ceux qui les soutiennent : ce sont de bonnes actions, disent les ministres, mais que chacun serait plus aise de n'avoir point faites, et dont on voudrait du moins pouvoir laver les synodes.

Le ministre le tente vainement, et il est encore plus faible et plus faux dans cet endroit de sa Réponse que dans tous les autres : on le va voir. La pièce la plus décisive contre la Réforme est un décret du synode national de Lyon en 1563 dès l'origine des guerres. Nous en avons produit deux articles, que, malgré leur ennuyeuse longueur, je ne craindrai pas de remettre encore devant les yeux du lecteur. Car il faut une fois confondre ces infidèles écrivains, qui osent nier les faits les plus constants. J'ai donc produit deux articles de ce synode (2284) : le xxxvnr où il est écrit « qu'un ministre de Limosin, qui , autrement s'était bien porté, a écrit à la reine mère qu'il n'avait jamais consenti au port des armes, jaçoit qu'il y ait consenti et contribué : item, qu'il promettait de ne plus prêcher, jusqu'à ce que le roi le lui permettrait. Depuis, connaissant sa faute, il en a fait confession publique devant tout le peuple; et un jour de Cène en la présence de tous les ministres du pays et de tous les fidèles : on demande s'il peut rentrer dans sa charge? On est d'avis que cela suffit : toutefois, il écrira à celui qui l'a fait tenter, pour lui faire connaître sa pénitence : et le priera-t-on qu'on le fasse entendre a la reine, et là où il adviendrait que le scandale en arrivât à son Eglise : et sera en la prudence du synode de Limosin de le changer de lieu. »

L'autre article du même synode, qui est le xLvur, n'est pas moins exprès : «. Un abbé venu, » dit-on, « à la connaissance de l'Evangile, a brûlé ses titres, et n'a permis, depuis six ans, qu'on ait chanté Messe en l'abbaye; ains s'est toujours porté fidèlement, et a porté les armes pour maintenir I'Evangile ; il doit être reçu à la Cène, » conclut tout le synode national.

Voilà qui est clair, il n'y faut point de notes, ni de commentaires; c'est le décret d'un synode national ou'on a en forme au-

(2284) Vur., lib. x; Ve Aven., n. 10.

PART. X. THEOL, POLEMIQUE. - III. DEPENSE DE tfHIST. DES VAR.

lui):,

identique avec ions les autres; c'est l'acte d'un dt'.s synodes, où, selon la discipline de nos réformés, se l'ait la suprême et finale résolution, tant au dogme qu'en la discipline; et il n'y a rien au-dessus dans la Bétonne : tout y enseigne, tout y autorise, tout y respire la guerre cl la désobéissance. Ouo fera ici M. Basnage? ce que font les avocats des causes déplorées; ce que lui-même il fait partout dans sa Réponse, comme on a vu, et comme on verra dans toute la suite. C'est île passer sous silence ce qui ne souffre aucune réplique, et si on trouve un petit mot par où l'on (misse embrouiller la matière, de s'y accrocher par une basse chicane; L'article de l'abbé est d'une nature à ne point souffrir de répartie; les circonstances du fait sont trop bien marquées; c'est un abbé huguenot qui garde six ans son abbaye, sans en acquitter aucune cliarge, ni l'aire dire aucune partie do l'oilice; les revenus l'accommodaient, et c'est assez pour garder le bénéfice : ce qui l'excuse envers la Réforme, c'est qu'il u brûlé tous les titres, pour abolir la mémoire de l'intention des fondateurs, et toutes les marques de la papauté dans son abbaye. Car, au reste, un homme de main comme lui n'avait besoin que de la force pour se maintenir dans la possession, et un abbé de cette trempe, qui sait se porter fidèlement et prendre les armes pour l'Evangile, n'a que faire de titre. Voilà au moins le cas bien posé : la cause de la guerre bien expliquée, l'abbaye en très-bonnes mains; on reçoit l'abbé à la Cène, et la guerre qu'il fait à son roi et à sa patrie lui en ouvre les entrées. U n'y a ici qu'à se taire.couiine fait M. Basnage.

XXIX. —Chicane de M. Basnage sur le premier article rapporté du synode national de Lyon : il est démenti par M. Jurieu. Personne ne peut douter que l'article du même synode sur le ministre limosin, ne soit de môme esprit et de même sens; mais parce qu'il y est parlé du déni que fait le ministre d'avoir consenti au port des armes, jaçoit qu'il y eût consenti et contribué, et de la promesse qu'il fait de ne prêcher plus sans la permission du roi; M. Basnage s'attache à ces derniers points : «Jl suifit, » dit-il (2285), « desavoir lirejpour voir que lacensure tombe sur deux choses : la première, que le ministre avait proféré un mensonge public en écrivant à la reine qu'il n'avait jamais consenti au port des armes, quoiqu'il y eût consenti et contribué; et la seconde, parce qu'il abandonnait son ministère. 11 ne s'agissait donc pas de la repentance de ce ministre, et encore moins d'une décision en faveur de la guerre. » Quoi 1 le ministre n'est pas loué de s'être bien porté d'ailleurs, et d'avoir contribué comme les autres au port des armes? Ce n'est pas là tout l'air du décret, et cet homme n'est pas continué dans le ministère, encore qu'il ait consenti et contribué à la guerre, en sorte que tout te scandale qu'il a donné à l'Eglise, c'est d'avoir eu

hontfl île sa révolte, et d'avoir promis, sur ce fondement, do no prêcher plus? J'en appelle à la conscience des sages lecteurs. Car aussi, pourquoi le synode aurait-il refusé à ce ministre la louange de consentir à la guerre, puisqu'on a bien loué l'abbé de l'avoir faite lui-même? lit quand nous voudrions nous attacher à ce que M. Basnage reconnaît pour la seule cause de la censure, si la guerre, contre sa patrie et contre son roi était réputée, dans le synode, un fait honteux et reniable, comme on parle, serait-ce un si grand scandale do le désavouer? Si contribuer à la révolte, un y animant les peuples, eût élé réputé un attentat contre son roi et sa patrie, quelle honte y aurait-il eu d'abandonner le ministère dont' on aurait abusé? N'eût-il pas fallu se souvenir de cette parole du Saint-Esprit : Dieu a dit au pécheur : Pourquoi annonces-tu ma justice, et portes-tu mon alliance dans ta bouche? Tu us haï la discipline, et lu as rejeté ma parole loin de toi; tu t'es joint avec les voleurs (Psal. xlix); ou ce qui n'est pas moins impie : Tu as augmenté le nombre des rebelles, et tu as allumé, dans ta patrie, le flambeau de la guerre civile : ta bouche a abondé en malice, et ta langue a été adroite à forger des fraudes, pour engager dans la révolte ceux qui écoulaient tes discours. Quoi de plus juste en cet élal que d'abdiquer le ministère dont on aurait abusé contre son prince, et du moins de ne le reprendre qu'avec sa permission? Mais ce qui ferait l'édification d'une vraie Eglise, fait un scandale dans la Réforme; il faut que toutes les Eglises du parti, il faut que la reine même sache qu'on se relient d'avoir eu la guerre civile en horreur; et il ne reste que ce moyen-là d'être mainienu dans le ministère. Voilà comme M. Basnage sauve son Eglise et le synode national de L\on. M. Jurieu est plus sincère : il a tâché comme les autres de déguiser autant qu'il a. pu le fait des guerres civiles ; lorsqu'il a vu qu'on savait le décret du synode national, il a reconnu la vérité : mais aussi en même temps il a repris son audace, qu'il n'avait quittée quo pour un moment (2286) : Et, ditil, M. de Mcaux doit savoir que nous ne nous fuisons pas une honte de ces décisions de nos synodes. Voilà deux ministres bien opposés : l'un accorde ce que I autre nie ; l'un est contraint d'à vouer que le synode approuve la pi ise des armes, et soutient qu'il a eu raison de le faire; l'autre, qui ne s'est pas encore durci le front jusqu'à croire que les synodes doivent autoriserdetelsexcès, nese sauvequ'en niant un fait constant : mais la Réforme demeure toujours également confondue, soit qu'elle craigne d'avouer ce fait honteux, ou qu'elle ait l'audace de Je soutenir.

XXX. — Synodes des vaudois, vain triomphe de M. Basnage qui m'accuse d'avoir falsifié M. de Thou et ta Popelinière, pendant que c'est lui-même qui les tronque.

La question est terminée par ces seuls dé-

(2285; IUsn. 1. u, ait. 6, p. .M8, cl Jim.

(-2286) Juu., Ici!. 9

'JJXVRF.S COMPLETES DE ROSSEET.

crets d'un synode si solennel, et suivi dans tout le parti. Mais j'ai encore d'autres synodes à produire, et ce sont ceux des vaudois calvinisés, en Pan lotiO.

C'est ici que M. Basnage semble triompher, puisqu'il se vante d'avoir prouvé que je cite faux, et voici comment. « On tâche, » dit-il (2287), « en passant d'Allemagne dans les vallées de Piémont, d'y trouver quelque ombre de rébellion. » Que le lecteur attentif prenne garde à ces paroles, on tâche, c'est de moi qu'il parle, dt ttouvir dans les vallées quelque ombre de rébellion; il n'y a donc eu dans ces vallées selon le ministre, ni aucun attentat contre le prince, ni pas môme une ombre do rébellion. D'où viennent donc tant de sièges, tant de combats, et tant de sang répandu ? Mais sans encore entrer dans ce détail, que M. de Thou et la Popelinière racontent si amplement, que répondra-t-on au traité transcrit mot à mot par ces historiens dont voici le commencement : Capitulation et articles dernièrement accordes entre M. de llaconis de la part de Son Altesse, et ceux des vallées de Piémont, appelés vaudois. 11 en rapporte les paroles, et conclut ainsi : Que l'on expédiera lettres patentes de Son Altesse, par lesquelles il constera qu'il fait rémission et pardon â ceux des vallées d'Angrogne, et des autres qu'il nomme toutes, tant pour avoir pris les armes contre Son Altesse, que contre les seigneurs et gentilshommes particuliers [à qui ces lieux appartenaient], lesquels il reçoit et tient en sa sauvegarde particulière. Voilà, ce me scmb'e, toutes les vallées spécifiées avec assez de soin, qui toutes ensemble deman !ent pardon d'avoir pris les armes contre leurs seigneurs et contre leur prince souverain. Cependant, à entendre notre ministre, il n'y a pas eu parmi les vaudois une ombre de rébellion, el c'est en vain que M. de Meaux» tâche d'y en trouver le moindre vestige. Ce traité, que j'ai tiré de la POf>elinièrè(22i88) est raconté en un mot, mais toujours dans le même sens, par M. de Thou, puisqu'il dit qu'on fit un traité d'amnistie, par lequel le prince pardonnait à ses sujets des vallées tout ce qui s'était passé dans les guerres (-2-289). Cependant M. Basnage m'insulte comme si j'avais faussement cité ces deux auteurs.

Je rapporterai ses paroles, afin qu'on voie une fois ce qu'il faut croire de son jugement et de sa sincérité. « Les vaudois, » dit M. de Meaux, avaient enseigné tout nouvellement cette doctrine (qu'on pouvait armer contre son prince ) : et la guerre fut entreprise dans les vallées contre les ducs de Savoie qui en étaient les souverains (2290). » Je reconnais mes paroles, et il est vrai que je donne pour garants M. de Thou et la Popelinière, deux historiens non suspects. Ecoutons sur cela M. Basnage : « On cite M. de Thou pour le prouver ; mais il dit précisément le contraire de ce que M. de Meaux

lui fait dire. Il est vrai,» poursuit M. Basnage (2:191), « quêtes ministres permirentaux vaudois de repousser la violence de quelques soldats qui s'attroupaient pour les piller. Car il est permis de s'armer contre des voleurs. Mais quand les aimées du duc de Savoie commandées par un chef s'approchèrent, M. de Thou dit qu'on délibéra s'il étdt permis de prendre les armes contre son prince pour la défense de la religion, et que les syndics et les pasteurs des vallées décidèrent que cette défense n'était point permise, qu'il fallait se retirer sur les montagnes, et se reposer sur la bonté de Dieu qui n'abandonnerait pas ses enfants ; et il remarque comme une espèce de prodige, qu'après cette décision il n'y en eut pas un seul qui ne quittât ses maisons et ses biens au lieutle les défendre. » Ainsi conclut le ministre, « on ne peut parler d'une manière plus contraire à M. de Meaux. » Il est vrai, si ces belles résolutions avaient duré. Mais le ministre déguise d'une étrange sorte ce qu'ajoute M. de Thou. « Il ajoute, » dit M Basnage, que dans la suite quelques ministres varièrent, s'imaginant qu'on pouvait se défendre, parce qu'il ne s'agissait point do la religion, mais de la conservation de ses femmes et de ses enfants, qui allaient être immolés à la violence des persécuteurs ; et que d'ailleurs on ne faisait pas la guerre à son souverain, mais au Pape qui était l'auteur de cette violence. Mais, continue M. Basnage, ces raisons qui étaient soutenues par les mouvements île la nature, ne fuient point suivies, et on demeura ferme dans la première décision. La Popelinière rapporte précisément la même chose que M. de Thou : et ces deux historiens font voir que M. de Meaux est souverainement injuste dans ses accusations. »

Où me eacherai-je, si j'ai falsifié si honteusement les deux historiens que je produis? Mais aussi que répondra M. Basnage, si c'est lui qui les a tronqués? La chose n'est pas douteuse, puisqu'il ne fallait que continuer un moment la lecture de M. de Thou, pour la trouver trois pages après (2292), « que les pasteurs d'Angrogne changèrent d'avis, et résolurent d'un commun consentement qu'on défendrait dorénavant la religion par les armes. »

Après une si honteuse dissimulation de M. Basnage, où un passage si clair est entièrement retranchéde l'hitoire de M. de Thou, il n'y aura plus que les aveugles, qui ne verront pas que les ministres, lorsqu'ils nous répondent, ne songent qu'à faire dire qu'ils ont répondu, et entretenir la réputation du parti, sans au reste se mettre en peine de répliquerriendesincère ni de sérieux. Nelaissons pas défaire voira M. Basnage la*conduite des nouveaux martyrs dont il nous vante la constance. M. de Thou lui apprendra que cette courageuse résolution de tout perdre jusqu'à

(-2287) Basn., part, u, c. 6, p. -410. (22,-X) l..v Pop., I. i, liv. vu, f. 253. (2289) Tiiiun., t. Il, lib. xxvn, p. 18.

(2290) Basn., (2201) l'bid.

(22y2) Tku.vn.

ibid.

, t. H, lib. xxvn, p. 1"

1000 PART. X. THl.nl.. !'()l.i.»lli.il I.. -

su vi« •J-2'.).!\ plutôt >| u.- de résister il son souverain, ne dura que peu de joues, puisqu'un pou après l'armée du dm de Sasoie seunt avancée sous la conduite du comte de la Trinité, les habitants prirent 1rs armes qu'ils avaient auparavant rejetées; qu'ils i Qmbalti lient jusqu à la nuit, résolus de maintenir leur religion jusquesau dernier soupir; qu'ils envoyèrent demander secours à ceux de Pérouse, ai môme à ceux.de Pragelas

dans I'1 royau de France ; 'pu; le comte

de la Trinité, craignant tic les pousser au désespoir, les p.oita à entrer en quelque accommodement ; qu'ils présentèrent une requête au prince, où ils lui promettaient une prompte et inviolable fidélité, et lui demandaient pardon pour ceux qui avaient pris les armes par une extrême nécessité et comme par désespoir, le suppliant de leur laisser la liberté de leurs consciences (229i) ; que les députés n'ayant rapporté de la part du duc que des ordres qui parurent trop rigoureux à ceux de Luzerne et de Bobio, ils écrivirent à Pragelas et aux autres vallées du royaume de France, pour leur demander conseil et secours (2295^ ; qu'il se lit un traité entre eux de s'entre-secourir mutuellement, sans jamais pouvoir liai ter d'accommodement les nus sans les a;. très; que les habitants enllés du succès de ce traité résolurent de refuser les conditions imposées par le duc, et désavouèrent leurs députés qui les avaient accordées ; que pour confirmer l'alliance par quelque entreprise mémorable, ils pillèrent les vallées voisines, et sous prétexle d'aller entendre le sermon dans une cgi :se, en renversèrent les autels et les ima/jes; qu'un corps de troupes du duc, qui venaient exécuter le traité que les députés des vallées avaient conclu, trouvèrent au lieu de la paix qu'ils attendaient, tous les habitants armés, qui les poussèrent jusque dans la citadelle, où ils les contraignirent do se rendre à discrétion ; et qu'enfin le comte de la Trinité étant venu à Luzerne avec son année, et ayant mis garnison dans Saint- Jean, ce fut alors qu'on changea d'avis, comme on a vu. et qu'après avoir conclu qu'on prendrait les armes contre le duc, on confirma l'accord arrêté avec ceux de Praijelas.

M. Basnage a raison de dire que la Popelinière a raconté précisément la même chose (2296). Voilà comme ces deux auteurs disent positivement le contraire de ce que M. de M 'eaux en a rapporté. Les vaudois de l'obéissance de Savoie par le commun avis de leurs pasteurs ont renoncé à la patience et au martvre, dont d'abord ils avaient eu quelque idée : ceux de, Pragelas, sujets du r>i, qui font de telles considérations avec des étrangers sans la permission de leur prime, ne sont pas moins criminels ; et voilà tout ce qui restait de vaudois coupables manifestement de la rébellion, dont le mi-

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