‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 216 sur 325 · III. DWI.Nsl, iil. L'HIST. DES VAK. MK · texte numérisé non relu

III. DWI.Nsl, iil. L'HIST. DES VAK. MK

nislre avait entrepris de les excuser, rnsquià

dire qu'un n'en trouva pas même l'ombre parmi eux.

XXXI. — Réflexion importante sur ces falsifications ilu ministre.

Cependant c'était ici cette réponse dont on me menaçait il y a deux ans, et qui devait me convaincre d'énormes infidélités. Les ministres ne manquent pas de se vanter b^ uns les antres, et fis éblouissent les simples par cet artifice. M. Jurieu a publié qu'on saurait bien me montrer que j'avais falsifié beaucoup de passages dans l'Histoire des Variations, sans néanmoins en marquer unseul. Dans sa petite critique de trente-six pages, M. Burnet,qui se vante d'avoir détruit toute mon histoire, ajoute qu'une lielie plume, et trop belle à son gré pour la matière où elle s'emploie, nie fera voir mon peu de sincérité. A la vérité ces messieurs n'ont pas voulu se charger de cette recherche, et M. lïurnet me | asge tous les faits que j'ai rapportés sur sa Réforme anglicane et sur son Cranmer, aussi bien que sur ses autres héros (2297), sans en contredire aucun; aussi ne le peut-il pas, puisque je les ai [iris de lui-même. La gloire de découvrir mes prétendues faussetés dans la conduite variable, dont j'ai convaincu la Réforme, était laissée à M. Basnage, qui répète aussi à toutes les pages que je n'ai rien vu par moimême, que j'ai suivi en aveugle mes compilateurs, en relisant tout au plus les endroits qu'ils m'avaient marqués, sans considérer tout le reste, et qu'aussi je suis convaincu de faux par tous les auteurs que je produis ; niais c'est principalement dans le lait des guerres civiles, qu'il prétend m'a voir convaincu de ces honteuses falsifications ; et son frère, qui fait ce qu'il peut dans sou Histoire des ouvrages des savants, pour lui préparer un théâtre favorable, a remarqué en particulier que c'est sur les guerres de France et d'Allemagne, qu'on accise M. de Mcaux de bien des infidélités (2298). On a vu les pricipales dont on m'accusait, et on peut juger maintenant de la sincérité de M. Basnage. '

Ce ministre, trop aisément ébloui par la belle résolution que les vaudois avaient fait paraître, n'a pas voulu passeroutre, ni pousser plus loin son récit. La décision des vaudois était en effet plus forte encore que M. Basnage ne nous l'a représentée ; puisque au lieu île dire simplement que la défense n'était pas permise contre son prince, M. de Thou leur fait dire : loin qu'on pût défendre sa maison et ses biens, qu il n'était pas même permis de défendre sa vie contre son souverain. .Mais ces courageuses maximes, si promptement démenties par des maximes contraires, ne servent qu'à justifie! ce que j'ai dit des variations de la Réforme,

(2295) Tin vn., t. Il, lib. xwn, p. 12.

(2294) Ibitt., 13.

(2295) Ibid., 11.

(:229g) La Pop., lis . vu.

(2297) IliT.N.. OU. des Var., a. Il, p. 52.

(2298) tlitt. des ouv. des sav., iiicis Je <ltic. 89, Janv. cl fév. 90, p. 2.j0.

qui d'une part a été forcée par la vérité a reconnaître ce qu'on doit au prince et à la pairie, et do l'autre y a renoncé par d'expresses décisions.

On peut voir encore en cette occasion ce qu'on doit attendre de noire ministre sur l'Histoire des albigeois et de? vaudois, où il prend le ton de vainqueur, d'une manière qui, à ce qu'on dit, a ébloui tout le parti ; mais j'espère qu'il faudra bientôt déposer cet air superbe, et dès à présent on peut voir combien l'Histoire vaudoise est inconnue à cet auteur, en la reprenant dès son origine, puisqu'il en ignore u ême ce qui s'est passé du temps de nos pères, jusqu'à nous donner les vaudois de ce dernier temps, comme des gens où l'on cherche en vain une ombre de rébellion, et leurs Barbes comme des docteurs qui n'ont jamais varié dans une partie si essentielle de la doctrine chrétienne.

XXXII. — Autres synodes et assemblées ecclésiastiques dans la Réforme pour autoriser la révolte.

Après leur décision qui fut prononcée en 1561, toute la Réforme retentit de décrets semblables, où la domination fut ravilie, et la majesté blasphémée. En 1362 une assemblée tenue à Paris, où étaient les principaux de l'Eglise, résolut qu'on prendrait les armes, si la nécessité amenait les Eglises à ce point (2299). C'est Bèze qui le raconte dans son Histoire ecclésiastique (2300). Pour excuser l'Eglise de cet attentat, M. Basnage fait semblant de vouloir douter, si ces principaux de l'Eglise étaient ecclésiastiques, ou plutôt laïques (2301). Sans doute il y avait beaucoup de laïques, puisque les assemblées de la Réfor.» e les pi us ecclésiastiques sont composées d'anciens, c'est-à-dire de purs laïques, plus que de ministres. Mais enfin s'il y eut de l'ordre dans cette assemblée, où la question proposée regardait la religion et la conscience, les ministres y devaient tenir le premier rang; et sans s'arrêtera ces chicanes de M. Basnage, Castelnau, dont il loue l'histoire, nous apprend qu'au commencement de la guerre civile, « les huguenots firent assembler le synode général en la ville d'Orléans, où il fin délibéré des moyens de faire une armée, d'amasser de l'argent, lever des gens de tous côtés, et enrôler tous ceux qui pourraient porter les armes. Puis ils firent publier jeûnes et prières solennelles partoutes leurs Eglises, pour éviter les dangers et persécutions qui se présentaient contre eux (2302). »

Qu'on dise encore que ce synode général n'était pas une assemblée ecclésiastique, ou qu'on n'y approuva pas la prise des amies contre le roi et la patrie. On n'eu demeura pas là : il se tint encore un synode à Saint-Jean-d'Angéiy, où la question étant proposée « s'il était permis par la parole de Dieu de prendre les armes pour la

liberté de conscience, et pour délivrer le roi et la reine contre ceux qui violaient les édits, et contre les perturbateurs du repos public, il fut décidé qu'on le pouvait (2303) » Laissons à part les prétextes qui ne manquent jamais à la révolte, et dont aussi no;:s avons vu la vanité. Enfin le fait est constant, et un synode résolut par la parole de Dieu, que des sujets peuvent armer sans ordre du prince, et se soulever contre lui, sous prétexte de le délivrer. Car on voulait le tenir pour captif entre les bras des princes du sang, à qui les états généraux l'avaient confié, et dans le sein, pour ainsi parler, de son parlement et de sa ville capitale. C'était là qu'il était captif selon la Réforme, et il eût été entièrement libre entre les mains du prince de Condé et des huguenots. Le synode le décide ainsi, et afin que rien ne manque à l'iniquité, la parole de Dieu y est employée. La même chose fut résolue dans un synode de Saintes, pour raffermir ceux qui « doutaient si cette guerre était licite, attendu que le roi et la reine sa mère ayant l'administration du royaume par les états, et le roi de Navarre lieutenant général représentant la personne du roi, tenaient le parti contraire (2304-). » Voilà du moins le fait bien posé, et on supposait la régente bien revenue de l'erreur, où son ambition inquiète l'avait plongée. Elle tenait le parti contraire, et demeurait bien unie avec le roi de Navarre, représentant la personne du roi par l'autorité des étals. Mais le prince de Coudé son cadet avait lui seul plus d'autorité que tout cela, parce qu'il se disait réformé, et qu'il était le chef du parti : en sorte que ce synode, où il y avait soixante ministres, résolut par la parole de Dieu ( sans laquelle on ne résout rien dans la réforme) que ta guerre n'était pas seulement permise et légitime, mais encore, absolument nécessaire: ce qui fut ainsi décidé, pour user de leurs propres termes, toutes objections et doutes bien débattus par tout droit divin et humain. Voilà ce me semble, assez de synodes, assez d'assemblées, et assez de décrets pour autoriser la guerre civile; et néanmoins on en vint encore à la résolution du synode national de Lyon, que nous avons rapportée, qui confirma et exécuta toutes les résolutions précédentes, en leur donnant la dernière force qu'elles pouvaient recevoir dans le parti. Et après cela je suis un faussaire d'accuser toute la Réforme d'avoir entrepris la guerre civile par principe de re igion, et en corps d'Eglise.

XXX11I. — Bèze et les autres ministres inspirent la guerre et la révolte au parti.

Il n'y a encore qu'à se souvenir des décisions de Calvin : il n'y a qu'à rappeler celles de Bèze, qui se glorifie « d'avoir averti de leur devoir, tant en public par ses prédications, que par lettres et de parole, tant

(2-209) Var., liv. x.

(230i) T. l.pari. n, cli. Ci, p. 519.

(2302) Mém. de Castelnau, liv. m.

(2503) TuiAv, i. II. I. xxx. p. 101, an. 1562.

(2504) Thuan., ibid.; La Pop... 1. vm, f. 532.

un:

PART. X. THEOL. POLEMIQUE. - III. DEFKNSE 1>K LMST. DKS YAR.

M. le prince de Condé, que M. l'amiral et tous les autres seigneurs el gens de toutes qualités, faisanl profession de l'Evangile, pour les induire a maintenir par tous moyens à eux possibles l'autorité îles édits du roi et l'innocenre 'les pauvres opprimés : et depuis, poursuit ce réformateur, il a toujours continué dans la mémo volonté, exhortant toutefois un chacun d'user des Armes en la plus grande modestie qu'il est possible, et de chercher après l'honneur de Dieu la paix sur toutes choses, pourvu qu'on bb se laissk décevoir (2305). » C'est assez, en autorisant la révolte, que d'y recommander la modestie; comme »i on pouvait ôtre à la fois et modeste et rebelle contre son roi.

Les ministres étaient si ardents a prêcher la guerre, que les Rochelois, résolus nu commencement à demeurer dans l'obéissance, furent contraints deehasser Ambroise Fagel, dont les prêches séditieux les animaient à prendre les armes. Le fait est constant par Aubigné '2306) et par d'autres historiens. Il fallait bannir les minist.es, lorsqu'on voulait demeurer dans son devoir; et nous avons vu qu'on ne put conclure la paix après le siège d'Orléans, qu'en excluant les ministres de toutes les délibérations (2307). Il ne faut donc plus demander si l'assemblée de Paris, où l'on résolut de prendre les armes, était gouvernée par les ministres; et la protestation qu'ils publièrent contre cette paix lit bien voir de qui venaient les conseils de la guerre.

XXXIV. — Lettre de la prétendue Eylise de Paris à la reine Catherine.

Je ne dois pas omettre ici la lettre que la prétendue Eglise de Paris écrivit à la reine Catherine (2308); parce qu'elle est d'un style extraordinaire envers une reine, et confirme admirablement tout ce qu'on a vu de l'esprit de la Réforme. Elle fut écrite en 1360, un peu avant la condamnation d'Anne du Jîourg: et la lettre porte « que si on attentait plus outre contre lui et les autres Chrétiens, il y aurait grand danger de troubles et émotions, et que les hommes pressés par trop grande violence, ne ressemblassent aux eaux d'un étang, la chaussée duquel rompue, les eaux Rapportaient par leur impétuosité que ruine et dommage aux terres voisines : non, poursuivaient-ils, que cela avint par ceux qui dessous leur ministère avaient embrassé la réformation de l'Evangile; car elle devait attendre d'eux toute obéissance, mais pour ce qu'il y en avait d'autres en plus grand nombre "cent fois, qui connaissant les abus du Pape, et ne s'étant encore rangés 5 la discipline ecclésiastique, ne pourraient souffrir la persécution; de quoi ils avaient bien voulu l'avertir, afin qu'avenant quelque raéchef, elle ne pensât icelui procéder d'eux.»

Bèze nous a conservé cette lettre, et on y

remarque deux choses contraires, l'.n apparence, on y promettait une obéissance inviolable. Le rovaume n'a rien à craindre,

disent les ministres, de ceux qui se sont soumis à leur ministère: il n'y a que ceux des réformés qui ne se sont pas encore rangés n la discipline, qui ne pourront souffrir la persécution; les autres, à les ouïr, sont <i toute épreuve. Voilà parler en sujets, a qui la loi éternelle fait sentir leur devoir. Mais ils ne demeurent pas longtemps sur ce ton soumis : on les aurait crus trop endurants; et ils ajoutent aussitôt après, qu'il y a beaucoup d'autres parmi eux de qui tout esta craindre, jusqu'aux [dus grands excès et jusqu'aux débordements les plusfurieux ; ainsi ils diront, si vous voulez, avec saint Paul, pour exagérer leur patience : Nous sommes comme rf. s brebis destinées à la boucherie (Rom. vin, 36 : mais, si vous les pressez, ils tiendront bientôt un autre langage, et vous diront hardiment : Ne vous y trompez pas : nous ne sommes pas si brebis ni si patients que vous pourriez croire; il est vrai qu'il y en a parmi nous dont vous n'avez rien à craindre; mais le nombre en est petit; le nombre des emportés est cent fois plus grand. Que ne devait-on craindre de cette réforme? Au lieu que les premiers Chrétiens disaient aux empereurs et à tout l'empire, comme on a vu dans le précédent avertissement (2309) : Vous n'avez rien à craindre de nous; ceux-ci écrivent à la reine : Tout est à craindre. Leurs menaces ne furent pas vaines : tôt après on les vit suivies de !la conjuration d'Amboise, de la prise universelle des armes, des décrets de trente synodes qui les autorisaient : tout, et peuples" el ministres mômes, et synodes et consistoires, passa aux rangs de ces âmes indisciplinées dont on avait menacé la reine; on vit cette prétendue Eglise de Paris, qui promettait, selon l'Evangile, une soumission à toute épreuve, sonner le tocsin pour animer toutes les auires à la guerre ; et les ministres qui avertissaient que les peuples, comme les eaux d'un étang, pourraient enfin rompre leurs digues, furent les premiers à les lever.

Cette seule lettre est capable de pousser ë bout les Jurieu, les Burnet, les Basnage, et en un mot tous les écrivains de la Réforme. Car d'un côté la prétendue Eglise de Paris promet une obéissance à toute épreuve et malgré la persécution; ce qu'elle n'aurait pas fait, si elle ne s'y fût sentie obligée par la règle de la vérité; de l'autre elle menace le roi en la personne de la reine sa mère, et lui fait en eff°t la guerre un an ou deux après. Que diront donc les ministres* qu'il est permis de prendre les armes contre son roi? la prétendue Eglise de Paris les confond par ses promesses : que leur parti est demeuré dans la soumission? la môme

(2505) Ci-dessus, n. 20; Var., liv. x; Vr.i., Bist., liv. M.

(230Gj Liv. ih, c. C

(-2507) Ci-dessus, n. 20, ->l (2308) BB2., liv. m. p. 227.

12309) V Aven., a. 15.

prétendue Eglise les dément par ses menaces : que la Réforme n'a point varié dans ce dogme si essentiel à la tranquillité publique? on voit tontes les variations dont nous l'avons convaincue, ramassées dans une seule lettre, où. en même temps qu'elle établit la loi de l'obéissance, elle y déroge d'abord par ses discours menaçants, toute prête h l'anéantir par les actions les plus sanguinaires.

XXXV. — Pratique des assassinats dans la Reforme autorisée par les ministres.

M. Basnage entreprend de justifier la Réforme de l'assassinat du duc de Guis ; et d'abord il réussit mal pour l'amiral. '< On lui fait un crime, » dit-il (2310), «d'avoir ouï quelquefois parler du dessein d'assassiner le duc de Guise, sans s'y être opposé fortement. >;• Il supprime le principal chef de l'accusation. L'amiral n'est | as seulement convaincu d'avoir oui quelquefois parler de cet assassinat; il avoue lui-même que l'assassin lui a découvert son dessein en partant «l'an près de lui pour l'exécuter, et que loin de l'en détourner, il lui donna de l'argent pour se monter et pour vivre dans l'armée du roi où il allait le commettre. C'est une complicité manifeste; c'est non-seulement nourrir l'assassin, mais lui fournir des moyens pour exécuter son traître attentat. Bèze nous a conservé la déclaration où se truuve cet aveu formel de l'amiral (2311). M. Basnage le tait parce qu'il n'y a rien à y répondre; mais avec tous ses artifices, il n'a pu dissimuler deux faits décisifs : l'un que l'amiral a su le crime; l'autre qu'il n'a voulu ni détourner ni découvrir le criminel, (l'en est assez pour le condamner, selon la loi éternelle qui met au rang des coupables ceux qui consentent au crime, et ne prennent aucun soin de l'empêcher; L'amiral, dit M. Basnage (2312), l'avait fait autrefois ; je le veux, quoique je ne le sache que de la bouche de l'amiral même qui s'en vante; mais en tout cas, il devait donc continuer à bien f ,ire et à satisfaire à une loi dont il avait reconnu la force. Mais, ajoute M. Basnage, ce qui l'empêcha de découvrir cet assassinat, c'est que le duc de Guise avait attenté à su personne. C'est l'amiral qui ledit, et le dit seul et le dit sans preuves : je l'ai fait voir dans Y Histoire des Variations (2313;; M. Basnage le dissimule, et il croit le crime du duc de Guise sur la seule déposition de son ennemi (2314). Ce n'est pas ainsi que je procède, et j'ai convaincu l'amiral par l'aveu de l'amiral même. Mais après tout, et quoi qu'il en soit, la justice chrétienne souffre-t-elle qu'on permette d'attenter sur son ennemi, ni qu'on laisse périr son frère pour qui Jésus-Christ est mort, en lui permettant de courir à la trahison et au meurtre,

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