IC
sans seulement se metire en peine de l'en détourner, pour ne pas dire, en lui fournissant de l'argent et du secours? Ma;s je fais nos prétendus réformés d'une conscience trop délicate sur l'assassinat. On sait assez que d'Andelot ne s'excusa que faiblement du meurtre commis en la personne de Charri ; l'amiral son frère n'en fut non plus ému que lui (2315); ces messieurs voulaient bien qu'on sût qu'il ne faisait pas bon s'attaquer à eux, et que leurs amis ne leur manquaient pas dans le besoin; et le meurtre ne leur était rien, pourvu qu'on ne pût pas les en convaincre dans les formes. Ce ne sont pas là des soupçons, ce sont des assassinats bien avérés dans l'histoire. La prédiction d'Anne du Bourg coûta la vie au président Minard (2316). M. Basnage m'a demandé si j'étais assez crédule pour m'imaginer que Julien l'Apostat ait été tué par un ange : je pourrais bien à mon tour lui demander, s il est si crédule que de croire que du Bourg ait été prophète, ou que quelqu'un des esprits célestes ait tué Minard. La Béforme était toute pleine d'anges semblables. Les deux compagnons du président n'échappèrent à leurs mains que par hasard ; mais Julien Freine ne ne s'en sauva pas : « Il portait, » dit Castelnau (2317), « des mémoires et papiers pour faire le procès à plusieurs grands protestants et partisans de cette cause. » 11 en mourui : les anges de la Réforme ne manqué: ent pas leur coup à cette lois, et l'envoyèrent avec le président Minard.
Je me suis senti obligé à remarquer ces assassinats dans YHistoire des Variations, et je suis encore contraint de les répéter? si la Béforme s'en fâche, je veux bien m'en taire à jamais, pourvu enfin qu'elle cesse de nous tant vanter ses héros et sa feinte douceur. M. Basnage nous veut faire accroire que tous ces meurtres infâmes et même celui de Poltrot, fut hautement desavoué par les chefs du parti (2318). Il ne fut que faiblement désavoué, comme on a vu (2319), puisque l'amiral en avoue assez pour se déclarer complice. Il n'y a qu'à revoir Vllistoire des Variations, pour en demeurer convaincu. Pour Bèze, je lui fais justice, et je reconnais que Poltrot, après l'avoir accusé d'abord, persista jusqu'à la mort à le décharger (2320). M. Basnage le répèle, et prouve pailaitement bien ce que personne ne lui conteste; mais en récompense, il ne dit mot sur ce qui charge la Réforme de tous ces crimes; c'est que Poltrot et les autres s'en expliquaient hautement, sans que personne les en reprît; ce qui montre combien la Réforme était indulgente à ces pieux assassinats. J'ai aussi reproché à Bèze l'approbation qu'il avait donnée à l'entreprise d'Amboise, sans comparaison plus criminelle
(2"10) Basn , h. 522.
(2311) BÈzii, liv. vi. Var., liv. x.
(2512) Ibul.
(2515) Var., ibid.
(25' t) Ba<n , ibid.
(.2515; Bra.m., Le Labour., Addit., 1. i, t. I, p.
(2510) Var., liv. *.
(2517) Cast., I. i, ch. 5, p. 9.
(2518) Basn.. ibid., 521.
(2319) Var., liv. x.
(2320) Ibid , a. 55.
PART. X. TIII.OL. rOLKMIQUK. — III. DEFENSE DE LIIIST. DES VA». lois
que le meurtre de Poltrol (2321). Co traîtrepouvait-il croire que oe lut un crime rte
BQMUOrar le duc de Cuise, après avoir vu tout le parti entrer par conjuration dans un temhtable dessein contra ea prince, avec l'approbation dee plut doetet thialogimi do la Réforme, et de Bèie lui-même, qui en trouve, comme on a vu (2322), le dessein très-juste î C'est à quoi il fallait répondre; nais le ministre ne l'entreprend pas. j'avais encore ajouté, te qui est hors de doute, que liiic devant l'aclinn ne fit rien pour ïtmpécker, encore qu'il ne put pas l'ignorer, puisque la déclaration on était publique; et qu'upr es qu'elle eut été faite, il n'oublia rien pour lui donner toute la couleur d'une action inspirée. Pour en être entièrement convaincu, il ne faut que lire V Histoire des Variations, et voir en même temps le profond silence ue M. Basnage.
XXXVI. — M. Burnet critique en rain les Variations : son ignorance sur le droit français est de nouveau démontrée.
J'ai satisfait ce ministre sur ce qui regarde la France; et le lecteur peut juger si son livre, où il laisse sans réplique ce qu'il y a de plus convaincant, et où il déguise" le reste avec des faussetés si évidentes, mérite le nom de Réponse. 11 ne faut pas laisser croire à M. Burnet, que sa petite critique sur l' Histoire des Variations soit meilleure. Il s'offense du juste reproche que je lui ai fait, de parler des affaires de France comme un protestant enlèté et un étranger mal instruit. Je fais plus, car je lui fais voir qu'il a pris pour le droit français, les murmures et les libelles des mécontents. Comment s'en peut-il laver, puisqu'après avoir été si bien averti, il tombe encore dans la même faute? il ne faut qu'entendre sa critique, où il parle ainsi : «Si, » dit-il (2323), « M. de Meaux s'était donné la peine de parcourir le xxin' livre de M. de Thou, qui traite de l'administration des affaires sous François II, il y aurait trouvé tout ce que j'ai allégué concernant les opinions des jurisconsultes français. » Sans doute, je l'aurais trouvé, mais dans des libelles sans nom. Car, continue notre docteur, « M. de Thou fait un long extrait d'un livre écrit sur la fin du mois d'octobre de l'an 1559 contre la part qu'une femme et des étrangers prenaient au gouvernement du royaume. » Il est vrai que tout cela se trouve dans cet extrait, et ou y trouve encore « que les rois de France ne sont en âge de régner par eux-mêmes qu'à vingtcinq ans (2324). » Mais on y trouve en même temps que ce livre qu'on fait tant valoir, est un libelle sans nom d'auteur, qu'on sema parmi le peuple pour l'émouvoir, et que M. de Thou a rapporté comme un fidèle historien, de même qu'il a rapporté dans le même endroit « les discours licencieux qu'on répandait artificieusement parmi le peuple,
BOUS prétexte de défendre la liberté publique. » Voilà les jurisconsultes de M. Itur-
net, et les sources où il a puisé les maximes du droit public des Français.
XXXVII. —Suite tir tnenurictiorde M. Burnet, oui rient au secoure de la Réforme.
Mais puisque cent ans après que tous ces petits écrits sont dissipés, et que l'histoire en a reconnu la malignité, M. Burnet se met encore à la tête de ses réformés pour les défendre : venons au fond. C'est un fait constant que François II était reconnu pour majeur dans tout le royaume : la reine sa mère présidait à ses conseils : Antoine, roi de Navarre, premier prince du sang, qui fut sollicité de troubler le gouvernement, ne se laissa pas ébranler, non plus que les autres princes du sang (232i*) : le seul prince de ConJé, que ses liaisons avec l'amiral et les huguenots rendaient suspect dès lors, lit quelques démarches qui n'eurent aucun effet, et qu'on traita de séditieuses : tout était tranquille : on murmurait contre les princes de Guise, comme on fait contre les autres favoris bons ou mauvais : que sert ici de parler des prétextes dont on se servit? le fond était que les mécontents voulaient obliger le roi à former son conseil à leur gré. Cependant on ne niait pas que )e duc de Guise n'eût sauvé l'Etat en plusieurs rencontres, et qu'au grand bonheur de la France il n'eût été bien avant dans les affaires sous le règne précédent. Metz et Calais sont des témoins immortels de son zèle pour le bien de l'Etat : on s'obstinait néanmoins à lui trouver le cœur étranger malgré ses services, et encore que la branche d'où il était issu eût fait tige en France. Quoi qu'il en fût, ce qui décidait contre les auteurs du libelle, c'est que le gouvernement était reconnu par les armées et par les provinces, dans toutes les compagnies et dans tous les ordres du royaume : en sorte que les affaires allaient leur train sans contradiction jusqu'au tumulte d'Amboise, auquel tous ces libelles préparaient la voie.
Tous ces faits sont bien constants dans notre histoire, et en particulier dans celle de M. de Thou. Disons plus : M. Burnet ne nie pas lui-même que dès l'an 137i il n'y eut une ordonnance de Charles V, surnommé le Sage, et en effet le plus avisée! le plus prévoyant de tous nos rois, qui réglait les majorités à quatorze ans, ou pour mieux dire à la quatorzième année. Notre auteur fait semblant de croire que cette ordonnance ne fut pas suivie; mais c'est nier, non quelques faits particuliers, mais une suite de faits si constants, qu'il n'y a pas moyen de les désavouer; puisqu'on sait non-seulement que cette ordonnance de Charles V a été souvent confirmée par ses successeurs, mais encore dans le fait que toutes les minorités arrivées depuis ont été réglées sur
(-23-21) Yar., liv. x. ^2322} Ci dessus, n. 18.
(2325) dit., p. 55.