ILid
(232 D Thia.n., xxiii, p. 626.
ce pied-là. Et d'abord Charles VI, fils de
Charles V, fut déclaré majeur à l'âge qui y était porté. Les autres rois jusqu'à Charles VIII étaient venus à la couronne en âge viril : mais Charles Vlil avait seulement treize ans et demi à la. mort de Louis XI son père. Cependant il fut ordonné dans les états de Tours qu'il 71'y aurait aucun régent en France (2325) : sa personne fut confiée à Mme de Beaujeu sa sœur aînée, de quoi Louis duc d'Orléans ne fut pas content; mais la majorité du jeune roi n'en fui pas moins reconnue. Après les règnes de Louis XII, de François 1" et de Henri II, François 11 fut le premier qui tomba dans le cas de l'ordonnance de Charles V, et encore qu'il n'eût que quinze ans, il fut naturellement et sans aucune contradiction reconnu majeur, conformément aux derniers exemples de Charles VI et de Charles * III, où l'autorité des états généraux avait passé. La maxime était si constante, qu'elle fut suivie sans difficulté sous Charles IX, frère et successeur de François II, qui fut aussi sans contradiction déclaré majeur dans sa quatorzième année, et gouverna son royaume par les conseils de la reine sa mère, qui avait été régente. Car pour les reines, que l'auteur sans nom du libelle séditieux voulait exclure absolument du gouvernement, il en était démenti par les exemples des siècles passés. Les régences, quoique malheureuses, de Frédegonde et de Brunehaiid, ne laissent pas de faire connaître l'ancien esprit de nos ancêtres dès l'origine de la monarchie; et sans ici alléguer les autres régences, celle de la reine Blanche était en vénération à tous les peuples. 11 y avait tant d'autres exemples anciens et modernes d'une semblable conduite, qu'on ne pouvait les nier sans impudence. Ainsi le gouvernement n'eut rien d'exiraordinaire ni d'irrégulier sous François 11, et M. Burnet n'a pu l'improuver qu'en préférait les libelles aux ordonnances, elles cabales aux conseils publics.
XXXVIH. — M. Burnet falsifie le passage de M. de Thou dont il se prévaut contre Du Tillct.
C'est ainsi que Du Tillet, reconnu par tous les Français pour le plus savant et le plus fidèle interprète du gouvernement de France, est devenu odieux à cet auteur, à cause qu'il était du parti royal : iL voudrait même nous faire accroire que M. de Thon censure Du Tillet, et favorise son adversaire (2326); mais il ne faut que ce seul endroit pour découvrir la mauvaise foi de M. Burnet, puisque , loin d'avoir censuré le livre de Du Tillet, M. de Thou lui donne au contraire ce grand éloge : « que ce livre qu'on avait blâmé dans le temps qu'il fut publié, en haine de ceux de Guise pour qui il fut fait, fut rappelé en u-age par le chancelier de l'Hospital durant la minorité de Charles IX,
et élevé à un si haut point d'autorité, qu'on lui donna rang parmi les ordonnances do nos rois (2327). » Ce qu'il dit, que ce livre de Du Tillet fut rappelé en usage, c'est qu'ayant été imprimé d'abord par ordre du roi, les cabales le décrièrent; mais la face des choses étant changée, comme parle M. do Thon (2328) , et l'expérience ayant fait voir que ceux qui voulaient s'attirer l'autorité (durant la minorité des rois) avaient mis par leur ambition dans un extrême péril l'Etat divisé de factions ; tout le monde connut clairement qu'il en fallait revenir aux maximes que Du Tillet avait établies par tant d'ordonnances et tant d'exemples; et en effet, après la décision d'un aussi grave chancelier que Michel de l'Hospital, ce qu'avait écrit cet auteur passa pour inviolable parmi nous, comme tiré des archives et des registres publics , qu'il avait maniés longtemps avec autant de fidélité que d'intelligence. Voilà comme M. de Thou a censuré Du Tillet , et voilà comaie M. Burnet lit ses auteurs.
H n'a point trouvé d'autre remède à ce passage de M. de Thou que de le corrompre. Au heu que M. de Thou dit précisément « que le livre de Du Tillet fut rappelé en usage par le chancelier de l'Hospita'l: Is liber in usum revoentus fuit a Michaele Hospitalio , il lui fait dire que c'est l'ordonnance de Charles F qui fut rappelée en usage par ce savant chancelier ; au lieu que M. de Thou continue à dire que ce livre mérita tant d'autorité , qu'il fut mis au rang des ordonnances , M. Burnet lui fait dire que l'ordonnance de Charles V (dont il n'est fa l nulle mention en cet endroit de M. de Thou) fut insérée entre les édits royaux : comme si une ordonnance reçue tant de fois par les étals généraux , et si constamment pratiquée, eût eu besoin de recevoir une nouvelle autorité du chancelier de l'Hospital, ou que ce lût une chose bien rare de mettre un édit royal si authentique parmi les édits royaux. Ce qu'il y avait de rare et de remarquable, c'est de donner cette autorité au livre d'un particulier; et c'esl ce qui arriva, dit M. de Thou, à celui de Du Tillet , tant on le jugea rempli des sentiments et de la doctrine de toute la France.
Que M. Burnet cesse donc de parler de nos affaires, puisque , toutes les fois qu'il y met la main, il augmente sa confusion; et qu'il cesse d'attribuer à Al. de Thou ses erreurs et ses ignorances, en falsifiant comme il fait un si grand auteur. Il triomphe cependant, et comme s'il avait fermé la bouche à tous les Français, il insulte au gouvernement de France (2329). Je ne daignerai lui répondre : ce n'est pas à un homme de cette trempe de censurer le gouvernement de la plus noble et de la plus ancienne de toutes les monarchies: et en tout cas , s'il nous veut donner pour modèle celui d'An-
(-2525) Du Tillet, thvon.
Fiance.
(-2321)) Crit., p. 37.
abrég. aet rois de
(23-27) Thuan., xxiii, p. 63S.
(-2528) Ibid.
(2329) Crit., p. 37.
KLM