PART. X. THEOL. POLEMIQUE. - M. DEFENSE DE L'HIST. DES VAK
gleterre, il devrait attendre qu'il eût pris une forme arrêtée , et qu'on y fui du moins
convenu d'une règle stable et lixe pour la succession, qui est le fondement des Etats.
XXXIX. — On marqua à M. Burnet , qui se retraite sur la régence du roi de Navarre, jusqu'où il devait pousser ses rétractations.
Je louerais la rétractation que fait cet auteur de I erreur où il est tombé sur la régence prétendue du roi de Navarre (2330); mais mi ne doit pas se faire honneur de .si peu de chose, pendant qu'on persiste à soutenu' des cireurs bien plus essentielles. Si M, Itn i-iiet avait 5 se repentir, c'était d'avoir donné son approbation aux révoltes des protestants; c'était d'avoir autorisé la plus noire des conjurations, c'est-à-dire celle d'Amboise : el pour passer à d'autres matières, c'était d'avoir mis au rang des plus grands saints un Cranmer qui n'a jamais refusé sa main, sa bouche, son consentement aux iniquités et aux violences d'un roi injuste ; qui lui a sacriûé durant treize ans sa religion et sa conscience, qui en mourant a renié deux fois sa croyance , et dont on ose encore comparer la perpétuelle et infâme corruption à la faiblesse de saint Pierre, qui n'a duré qu'un moment, et qui fut si tôt expiée par tles larmes intarissables.
XL. — La Reforme a introduit dans l'Ecosse des assassinats et des rébellions que M. Burnet colore aussi mal que celles de France. Addition notable à l'Histoire des Variations.
Il ne peut rester aucun doute sur les révoltes de la Réforme en France: et les palliations de M. Rurnet sont aussi faibles pour les excuser, que celles de M. Kasnage ; mais peut-être qu'il y aura mieux réussi à colorer les rébellions de son pays. C'est ce qu'il est bon d'exauiiner pendant que nous sommes sur cette matière. Il est constant dans le fait que l'esprit de sédition et de révolte parut en Ecosse comme en France et partout ailleurs, dès que la nouvelle Réforme y fut portée. Elle se contint comme en France sous les règnes forts , tel que fut celui de Jacques V. Gomme en France, elle s'emporta aux derniers excès sous les faibles règnes et dans les minorités , telle que fut celle de Marie Smart , qui avait à peine six jours lorsqu'elle vint à la couronne. Une si longue minorité, et l'absence de la jeune reine qui était en France, où elle épousa ledauphin François , donnèrent lieu aux réformés de son royaume de tout entreprendre contre elle. Ils commencèrent à s'autoriser par l'assassinat du cardinal David Reton, archevêque de Saint-André, et primat du royaume. Il est constant, do l'aveu de tous les auteurs, et entre autres de M. Rurnet (2331) , que le prétendu martyre de George Vischard, un des prédisants de la Réforme,
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donna lieu à la conjuration par laquelle en cardinal perdit la vie. <'u répandit une opinion qu'il était digne de mort pour avoir fait mourir Vischard contre les lois (2332);
que si le gouvernement n'avait pas assez de force alors pour le punir, c'était aux particuliers à prendre ce soin , el que les assassins d'un usurpateur avaient de tout temps été estimés dignes de louanges. C'est ce que raconte M. Rurnet. On reconnaît le génie de la Réforme , qui a toujours de bonnes raisons pour se venger de ses ennemis , et usurper la puissance publique. Les conjurés, prévenus de ces sentiments, entrèrent dans le château du cardinal , et l'ayant engagé à leur ouvrir la porte de sa chambre où il s'était barricadé, ils le massacrèrent sans pitié. Ainsi ils joignirent la perfidie à la cruauté. « La mort de Reton, » dit M. Rurnei, « fit porter des jugements assez opposés. I) se trouva des personnes qui voulurent justifier les conjurés , en disant qu'ils n'avaient rien fait que tuer un voleur insigne. D'autres, bien aises que le cardinal fût mort, condamnaient pourtant la manière dont on l'avait assassiné , et y trouvaient trop de perfidie el de cruauté. » S'il y en eût eu un peu moins , l'affaire aurait pu passer. C'est sur cet acte sanguinaire que la Réformaiion a été fondée en Ecosse , et il est lion de remarquer comment il est raconté dans un livre imprimé à Londres, qui a pour titre: Histoire de la Réformation d'Ecosse (2333). Après s'être saisis du château et de la chambre da cardinal, par la perlidie qu'on vient de voir , les conjurés « le trouvèrent assis dans une chaire qui leur criait : Je suis prêtre, je suis prêtre, ne me tuez pas. Jean Leslé suivant ses anciens vœux frappa le premier, el lui donna un ou deux coups, comme fit aussi Pierre Carmichaelle. Mais Jacques Malvin, homme d'un naturel doux et trèsmodeste , croyant qu'ils étaient tous deux en colère , les arrêta en disant : Cet œuvre et jugement de Dieu doit être fait avec une plus grande gravité. Alors présentant la pointe de l'épée au cardinal, il lui dit : Repens-toi de ta mauvaise vie passée, et en particulier d'avoir répandu le sang de ce notable instrument de Dieu , Georges Vischard , qui , consumé par le feu devant les hommes , crie néanmoins vengeance contre loi, et nous sommes envoyés de Dieu pour en faire le châtiment. Car je proteste ici en présence de mon Dieu, que ni la haine de ta personne , ni l'amour de tes richesses , ni la crainte d'aucun mal que tu m'aurais pu faire en particulier , ne m'ont porté ou ne me portent à te frapper; mais seulement parce que tu as été et que tu es encore un ennemi obstiné de Jésus-Christ et de son Evangile. Knsuite il lui donna deux ou trois coups d'épée au travers du corps. »
On n'avait jamais vu encore de douceur ni de modestie de cette nature, ni la pém-
(2550) Cril., p. 51, 55
(2551) llisl. de la Réf., I. I , Iiv. m , p. JG1 et suiv.
(2552) Borh., ibid.
(2555) Uisi. delà Rc(. d'Ecosse, à Londres, 1G44,
tcncc pr^< bée à un homme en cette forme, ni un assassinat si religieusement commis. On voit combien sérieusement tout cela est raconté dans l'Histoire de la Reformai ion d'Ecosse C'est en effet par cette action que les Réformés commencèrent à prendre les armes; et on lui donne partout dans celte histoire l'air d'une action inspine pour l'honneur de l'Evangile. Tout le monde fut persuadé que les minisires étaient du complot : mais pour ne raconter ici que les choses dont M. Burnet demeure d'accord, il est certain que les conjurés s'étant emparés du château où ils avaient fait le meurtre, et y avant soutenu le siège pour éviter la juste vengeance de leur sacrilège, quelques nouveaux prédicateurs allèrent s'y réfugier avec eux (2334). Cette inarque d'intelligence et de complicité est manifeste. Les coupables du même crime cherchent naturellement un même refuge. Mais il faut voir de quelle couleur M. Burnet a voulu couvrir celte honteuse action de ses prédicants. « Ces nouveaux prédicateurs,» dit-ilj(233o), «lorsque le cou |) eut été fait, allèrent véritablement sa réfugier dans le château où les assassins s'étaient mis à couvert ; mais aucun d'eux n'était entré dans cette conjuration , pas même par un simple consentement ; et si plusieurs lâchèrent ensuite de pallier l'énormité de ce crime, je ne trouve point qu'aucun entreprît de le justifier. >> On voit déjà deux faits constants : l'un que ce* nouveaux prédicateurs eurent le même asile que les meurtriers ; et l'autre qu'ils pallièrent l'énormité du meurtre. Voilà, de l'aveu de M. Burnet, les premiers fruits de la Réforme : on y pallie selon lui les crimes les plus énormes. Hél que voulaient-ils qu'ils fissent ? qu'ils donnassent ouvertement leur approbation, pour se rendre exécrables à tout le genre humain? C'est ainsi que la Réforme commence. Tout ce qu'on peut due en faveur de ses auteurs, c'est qu'en palliant les assassinats les plus barbares, ils n'en étaient pas venus jusqu'à l'excès de les approuver ouvertement. M. Burnet ajoute que « comme ces nouveaux prédicateurs appréhendèrent que le clergé ne vengeât sur eux Ja mort de Belon, ils se retirèrent dan* le château » où ils s'étaient réfugiés. C'est, en voulant les excuser, acheverde les convaincre. Car je demande, quand a-t-on vu des innocents se ranger volontairement avec les coupables, et si, au lieu de se disculper ou de se mettre h couvert de la vengeance publique, ce n'est pas là au contraire en se déclarant complice l'irriter davantage ? Quel exil ne devait-on pas plutôt choisir qu'un asile si infâme, et pouv8it-on s'éloigner trop de gens si indignes de vivre? Cependant M. Burnet rai oute lui-même qu'un nommé Jean Rouqh, un de ces nouveaux prédicateurs de l'Evangile, prit sa roule en Angleterre (2336) ; mais ce fut à cause qu'il ne put souffrir la licence des soldats de la gar-
(2351) Hurn,, ibid,
f255§1 lbi,l.
(-2550) BuBtt., p. 405.
nison de qui la vie faisait honte à la cause dont ils se couvraient : c'esl-à-dire à la Réforme. Ce ne fut ni l'assassinat commis avec perfidie sur la personne d'un cardinal et d'un archevêque, ni l'audace de le défendre par les armes contre la puissance publique, qui firent horreur à ce prédicant; mais seulement la licence des soldats: il anraittoléré en eux l'assassinat et la rébellion, si le reste de leur vie eût un peu mieux soutenu le titre de Réformés qu'ils se donnaient. Au surplus, et lui et les autres docteurs de la Réforme se joignirent aux meurtriers, et ils cherchèrent des excuses à leur crime.
Je trouve au nombre de ceux qui se joignirent à ces assassins, Jean Knox, ce fameux disciple de Jean Calvin, et le chef des réformateurs de l'Ecosse (2337). On le croit auteur de Vllistoirc de la Réformation d'Ecosse, où l'on vient de voir l'assassinat étalé avec autant d'appareil et d'aussi belles couleurs qu'on aurait pu faire les actions les plus approuvées. Il est bien constant d'ailleurs que Jean Knox se retira comme les autres prédicants dans le château avecles meurtriers ; et tout ce qu'on dit pour l'excuser, c'est qu'il ne s'y mit avec eux qu'après la levée du siège : comme si, en quelque temps que ce fût, je ne dis fias un réformateur, mais un homme de bien, n'eût pas dû avoir en horreur les auteurs d'un crime si énorme, et les éviter comme des monstres. Les plus zélés défenseurs de ce chef de la Réforme d'Ecosse demeurent d'accord que celle action est insoutenable. M. Burnet n'a osé la remarquer, et il dissimule encore ce que raconte Bucoanan, et après lui M. de Thou (2338), que Jean Knox reprenait ceux du château des viols et des paieries qu'ils faisaient dans le voisinage : mais sans qu'on ait remarqué que jamais, non plus que Jean Rough, il leur ait dit le moindre mot de leur assassinai.
H aurait trop démenti sa propre doctrine. Car c'est lui qui dans ce fameux Avertissement à la noblesse et au peuple d'Ecosse» ne craint point d'écrire ces mots (2338*) : « J'assurerai hardiment que les gentilshommes, les gouverneurs, les juges et le peuple d'Angleterre, devaient non-seulement résister à Marie leur reine, celte nouvelle Jézabel, dès lors qu'elle commença à éteindre l'Evangile, mais encore la faire mourir avec tous ses prêtres et lous ceux qui entraient dans ses desseins. » Qui doute donc qu'avec ces principes un lel homme ne dût approuver lé meurtre du cardinal Béton, puisqu'il aurait même approuvé celui delà reine d'Angle'erre et de tous ses prêtres, non-seulement depuis qu'elle eut puni du dernier supplice les auteurs île la Réforme, mais encore dès le moment qu'elle commença à la vouloir supprimer?
Tels ont été les sentiments des auteurs, et, comme on les appelle dans le parti, des apôlres de la Réforme, bien éloignés en cela
(2557) Buchan., I. xv ; Thcan.
(2558) Thiun., ibid.
(2358') J. Knox, Ad mon, ml
liub. Cl IIO)). Scol,
< i >■ m 1 1 1 c en lool h" i> sic des apôtreade Jésus- Christ, Ce Jean KriOT "-> encore relui dont ii> vmU'iit discours ;imni.'i tellement le peuple réformé de Penh à la sédition^ qu'il en arriva ilos meurtres el éespilterfes par toute l.-i ville, que l'autorité de la régente ne put jamais apaiser. Depuis ce temps la révolte neeesSa de s'augmenter : la reine n'eut plus d 'autorité, qu'amant, * J î t M.Burnet, i/u'il plui à sis peuple* de dépendre de ses toiontés : ils secondèrent les desseins (Jo la reine Elisabeth, 1 1 on sait juaqo'où ils poussèrent leuf reine Marie Stuart.
<>n trouve dans l'Histoire d'Ecosse, qu'après qu'elle eut été condamnée à mort, le roi son Gis ordonna des prières pour elle; mais ti >u i les ministres refusèrent de les
faire. Il crut que la religion dont la reine faisait profession pouvait les empêcher d'obéir ■'' ses ordres, et drossa lui-même eetle formule de prière : Qu'il plût à Dieu l'éclaireir par la lumière delà vérité, et la délivrer du péril où elle était. Il n'y eut qu'un seul ministre qui obéit, à la réserve de «eux qui étaient domestiques du roi : les autres aimèrent mieux ne | rier pas pour la conversion de leur reine, que de demander à Dieu qu'il la délivrât du dernier supplice auquel ils la voyaient condamnée.
Ils ne furent | as pins tranquilles sous le roi Jacques son li!s, qui crut être échappé des mains de ses ennemis, plutôt que doses sujets, lorsque l'ordre de la succession l'appela de la couronne d'Ecosse à celle d'Angleterre. Tout le monde sait ce qu'il ditdes puritains ou presbytériens, et de leurs masimes toujours ennemies de la royauté.
Enûn, il eût cru trouver la paix dans son nouveau royaume d'Angleterre, s'il n'y eût pas trouvé cette secte , et le même esprit que Jean Knox el Buchanan avaient inspiré aux Ecossais. Mais enfin, les puritains qui en étaient pleins ont dominé en Angleterre comme en Ecosse ; et ils ont fait souffrir au fils et au polit-tils de ce roi, ce qu'on sait et ce qu'on voit. L'Angleterre a oublié ce qu'elle avait conservé de meilleur de l'ancienne religion; et il a fallu, comme nous l'avons montré ailleurs (2339), que la doctrine de l'inviolable majesté des rois cédât au puritanisme. Toutes les conjurations que nous avons vuess'élever en Angleterre contre les rois et la royauté ont été notoirement entreprises par des gens de ce parti. Le même parti a renouvelé de nos jours l'assassinat du cardinal Béton, en la personne d'un de ses successeurs, archevêque de Saint- André, et primat d'Ecosse comme lui. Les proclamations du meurtrier (233J*), et celles des antres fanatiques contre les rois et l'Etat, n'ont point eu d'autres fondements que ceux que Jean Knox et Buchanan ont établis en Ecosse contre les rois et contre