III. DEFENSE DE L'IIIST Hi:s V AU
eux qui en soutenaient l'autorité ; et tout ce qu'ont l'ait ces fanatiques pins que lesauiies, ,-i été de prêcher sur les toits, ce qno lei autres se disaient mutuellement h l'oreille. Tels ont été, encore un coup, les fruits de la Réforme et de la prédication de Jean Knox et des calvinistes; et M. Bu met, qui les imite, a donné lieu à cette addition de l' Histoire îles Variations de la Reforme.
XI. I. — On revient à M. Bornage, et on convainc Luther et les protestants d'Allemagne d'avoir prêche la révolte. Thèses affreuses de Luther.
Afin de remonter à la source, il faut aller jusqu'à Luther, et malgré les vaines défaites de M. Basnage, faire voir l'esprit de révolte dans l'Allemagne protestante. Cette dispute ira plus vite, parce qu'il y a moins de faits : mais d'abord il y en a un absolument décisif contre Luther, dans ses thèses île 15i0, toutes pleines de sédition et de fureur, comme on le peut voir par la simple lecture 23+0 . M. Basnage excuse Luther en disant qu'il y établit « l'obéissance due au magistrat lors même qu'il persécute, et qu'il y a décidé qu'on devait abandonner toutes choses plutôt que de lui résister(234-i). » Jo l'avoue ; mais ce ministre ne connaît guère l'humeur de Luther, qui après avoir dit quelques vérités pendant qu'il est un peude sens rassis, entre tout à coup en ses furies aussitôt qu'il nomme le Pape, et ne se possède plus. C'est pourquoi, à ces belles thèses où il avait si bien établi l'autor.té du magistrat, il ajoute celles-ci, dont la fureur est sans exemple (2342) : « Que le Pape est un loup-garou possédé du malin esprit :que tous les villages et toutes les villes doivent s'attrouper contre lui .-qu'il ne fautattendre l'autorité, ni de juge, ni de concile, ni se* soucier du juge qui défendrait de le tuer: que si ce juge ouïes paysans sont tués euxmêmes dans le tumulte par ceux qui poursuivent ce monstre, ils n'ont que ce qu'ils méritent : on ne leur a fait aucun tort : Nihil injuriœ illis illatum est. » Ne voilà-t-it pas le juge ou le magistrat bien en sûreté sous l'autorité de Luther? 11 poursuit:
a ou'il ne faut point se mettre en peine, si le Pape est soutenu par les princes, par les fois, par les Césars mêmes ; que qui combat sous un voleur est déchu de la milice aussi bien que du salut éternel ; et que ni les princes, ni les rois, ni les Césars ne se sauvent pas de cette loi sous prétexte qu'ils sont défenseurs de l'Eglise, parce qu'ils sont tenus de savoir ce que c'est que l'Eglise. » M. Basnage passe tout cela, et ne craint pas d'assurer que Luther n'attaque que l autorité usurpée et tyrannique des Papes 23i3), sans seulement daigner remarquer qu'il n'attaque pas moins violemment, non-seule-
(2539) V' Avert., n. 60 et suiv.
(2359') Proclam. de Jean Russel.
(254UJ Luth., t 1, p. 407; Sleid., xvi;
liv. vin.
('2541) 1!asn., 1. 1, part, m, eh. 6, p. 10. V«r., (234-2) Ibiil., th. 5S et seq.
(2343) Basn., ibii.,p. 506.
ment les juges et les magistrats, mais encore et nommément les rois et les |>rinces, et même les empereurs qui le soutiennent; qu'il les dégrade de la milice, qu'il les met au rang des bandits qui combatti rit sous un chef de voleurs, et qu'il abandonne leur vie au premier venu. Ce n'est pas là seulement permettre de prendre les armes pour se défendre des persécuteurs ; c'est ouvertement se rendre agresseurs, et contre le Pape et contre les rois qui défendront de le tuer; et on ne peut pas pousser la révolte à un plus grand excès. Le chef des réformateurs a introduit ces maximes.
XL1I. — Les guerres de la ligue de Smalcalde : l'électeur de Saxe , et le landgrave mal justifiés par M. Basnage et condamnés par eux-mêmes comme par toute l'Allemagne.
Ces thèses, soutenues d'abord en 1540. fui eut jugées dignes par Luther d'être renouvelées en 154-5, quelques mois avant sa mort : et ce cygne mélodieux (car c'est ainsi qu'on prétend que le prophète Jean Hus a nommé Luther) répéta cette chanson en mourant. Elle fut suivie des guerres civiles de Jean Frédéric, électeur de Saxe, et de Philippe, landgrave de Hesse, contre l'Empereur, pour soutenir la ligue de Smalcalde (234-4.). M. Basnage fait semblant de me vouloir prendre par mes propres paroles, à cause de ce que j'ai dit (2345), que l'Empereur témoignait que ce n'était pas pour la religion qu'il prenait les arme<. C'était donc, dit M. Basnage (2346), une guerre politique. Il raisonne mal : pour savoir le sentiment des protestants, il ne s'agit pas de remarquer ce que disait Charles V, mais ce que disaient les protestants eux-mêmes. Or j'ai fait voir (2347), et il est constant par leur manifeste, et par Sleidan qui le rapporte (2348), qu'ils s'autorisaient du prétexte de la religion et de l'Evangile, que l'Empereur, disaient-ils, attaquait en leurs personnes, mêlant partout l'Antéchrist romain, comme les thèses de Luther et tous ses autres discours le leur apprenaient : c'était donc, dans l'esprit des protestants, une guerre de religion, et on pouvait se révolier par ce princij e.
M. Basnage en convient (2349), mais il croit sauver la Réforme, en disant qu'outre le motif de la religion, les princes alléguaient encore les raisons d'Etat. Il raisonne mal, encore un coup. Car il suffit pour ce que je veux, sans nier les autres prétextes, que la religion en ait été l'un, et même le principal, puisque c'était celui-là qui faisait le fondement de la ligue, et dont les armées rebelles étaient le plus émues.
Le raisonnement du ministre a un peu plus d'apparence, lorsqu'il dit que les prin-
ces d'Allemagne sont des souverains (2350); d'où il conclut qu'ils .peuvent légitimement
quils .pei buerre à l'empereur.
faire la
se trompe encore,
Néanmoins il et sans entrer dans la discussion des droits de l'empire, dont il parle très-ignoramment, aussi bien que du droit des vassaux, Sleidan dit expressément en cette occasion, comme il a été remarqué dans Y Histoire des Variations (2351), que le duc de Saxe, le plus consciencieux des protestants, ne voulait pas « que Charles V fût traité d'empereur dans le manifeste, parce qu'autrement on ne pourrait pas lui faire la guerre légitimement : alioqui cum eo belligerari non licere. » il. Basnage passe cet endroit, selon sa coutume, parce qu'il est décisif et sans réplique. Il est vrai que le landgrave n'eut point ce scrupule : mais c'est qu'il n'avait pas la conscience si délicate, témoin son intempérance, et ce qui est pis, sa polygamie, qui fait la honte de la Réforme. Il est vrai encore que le duc de Saxe entreprit la guerre en suite du bel expédient dont en convient, de ne traiter pas Charles V comme empereur, mais comme se portant pour empereur (2352). Mais tout cela sert à confirmer ce que j'ai établi partout, que la Réforme est toujours forcée par la vérité à reconnaître ce qui est dû aux puissances souveraines, et en même temps toujours prête à éluder cette obligation par de vains prétextes. M. Basnage n'a donc qu'à se taire, et il le fait : mais il faudrait donc renoncer à la défense d'une cause qui ne se peut soutenir que par de telles dissimulations.
Il dissimule encore ce qui est constant, que ces princes proscrits par l'empereur comme de rebelles vassaux, furent contraints d'acquiescer à la sentence ; que le duc en perdit son électorat et la plus grande partie de son domaine ; que l'empereur donna l'un et l'autre; que cette sentence tint et tient encore ; en un mot, qu'il punit ces princes comme des rebelles, et les tint comme prisonniers non-seulement de guerre, mais encore d'Etat; sans que l'Allemagne réclamât, ni que les autres princes fissent autre chose que de très-humbles supplications et des offices respectueux envers l'empereur. M. Basnage soutient indéfiniment que les princes d'Allemagne, lorsqu'ils font la guerre à l'empereur, ne demandent ni grâce ni pardon (2353). Ceux-ci le demandèrent souvent et avec autant de soumission que le font les rebelles, et jurèrent à l'empereur une fidèle obéissance comme une chose qui lui était due. Tout cela, dis-je, est constant par l'autorité de Sleidan et de toutes les histoires (2354) : ce qui montre dans cette occasion, quoi qu'en dise M. Basnage, une rébellion manifeste, pendant qu'il
(23ii) Sleid., lin. xvi.
(2545) Var., liv. vin.
(2346 ) Basn., ibid,, 50 i.
(-2547) Var., liv. vin.
1*518) &.EID., XVII,
(45*9) Ibid., 505.
(-2350) Ibid., 501 el suiv.
(2351) Sleid., xvn ; Var. liv. vin.
(2352) Sleid. , ibid. ; V«r., ibid.
(2355) Basn., p. 501.
(2554) Sleid., xvn, xvin, xix, xx, xmv.
|0«l PART. X. THEOL. POLEMIQUE.
est certain d'aîtletirs que la religion en
fut le motif, qui est tout ce que j'avais à prouver.
XLHI. — Le livre des protestants de Magde-
bourij.
Dans ce temps, après la défaite de l'électeur et du landgrave, arriva la fameuse guerre de ceux de Miigdebourg, et le long siège que celte ville soutint contre Charles V. Les protestants, se défendirent par maximes autant que par armes, et publièrent en 1550 le livre qui avait pour titre : Du droit des magistrats sur leurs sujets, où ils soutiennent à peu près la même doctrine que le ministre Languet, sous le nom de Junius Brutus, que Bunhanan, que David l'arc4, que les autres protestants, et depuis peu M. Jurieu ont établie, c'est-à-dire celle qui donne aux peuples sujets un empire souverain sur leurs princes légitimes, aussitôt qu'ils croiront avoir raison de les appeler tyrans.
XLIV. — La guerre commencée par les protestants et le landgrave avec l'approbation de Luther : silence de M. Basnage sur tout cet endroit.
Il ne plaît pas à M. Basnage que Luther ait mis en feu toute l'Allemagne. Qu'on lise le u" livre des Variations, on y trouvera que les luthériens furent les premiers qui armèrent pour leur religion , sans que personne songeât encore à les attaquer (2355). Un traité imaginaire entre George, duc de Saxe, et les Catholiques, en fut le prétexte: il demeura pour constant que ce traité n'avait jamais été ; cependant tout le parti prit les armes; Mélanchton est tioublé du scandale dont la bonne cause allait être chargée (2356), et ne sait comment excuser les exactions énormes que lit le landgrave, toujours peu scrupuleux, pour se faire dédommager d'un armement, constamment et de son aveu, fait mal à propos et sur de faux rapports. Mais Luther approuva tout, et sans aucun respect ni ménagement pour la maison de Saxe, dont il était sujet, il ne menaça de rien moins le duc George, qui était un prince de cette maison, que de le faire exterminer par les autres princes. N'est-ce pas là allumer la guerre civile ? Mais M. Basnage ne le veut pas voir, et il passe tout cet endroit des Variations sous silence.
XLV. — Les ligues contre l'empereur que Mélanchlhon avait détestées , comme contraires à l'Evangile, sont autorisées par Luther et par Melanchthon même.
En voici un où il croit avoir plus d'avantage. On a rapporté dans celte histoire un célèbre écrit de Luther, où « encore que jusqu'alors il eût enseigné qu'il n'était pas
lll. DEFENSE W. I.MIST. DES V.Ut.
permis de résister aux puissances légitimes, » il déclarait maintenant, «outre ses anciennes maximes, « qu'il élail permis do faire des ligues pour se défendre contre l'empereur et contre tout autre qui ferait la guerre BH SOH NOM, et que non-Si ulement
le droit, mais encore fa nécessité kt la CONSCIENCE incitait les arme* en main aux protestants (2357). » J'avais à prouver deux choses : l'une que Luther lil celte déclaration après avoir été expressément consult S sur la matière : je le prouve par Sleidan (ici i rapporte la consultation des théologiens et jurisconsultes on. il assista, et où il donna son avis tel qu'on vient de le rapporter (2357*); l'autre, que le mémo Luther mit son sentiment par écrit, et « que cet écrit de Luther répandu dans toute l'Allemagne fut comme le son de tocsin pour exciter loutes les villes à faire des ligues ; » ce sont les propres termes de Méianchthon dans une lettre de confiance qu'il écrivit à son ami Camérarius, et le fait que je rapporte est incontestable par le témoignage constant de ces deux auteurs.
Ajoutonsque Méianchthon même, quelque horreur qu'il eût toujours eue des guerres civiles, consentit à cet écrit. Car après avoir enseigné que tous les gens de bien doivent s'opposera ces ligues ; après s'être glorifié de les uvoir dissipées l'année auparavant (2358), comme il a été démontré dans Y Histoire des Variations par ses propres termes (2359); à la fin il s'y laisse aller quoiqu'en tremblant et comme malgré lui. « Je ne crois pas, » dit-il (2360), « qu'il faille blâmer les précautions de nos gens ; il peut y avoir de justes raisons de taire la guerre ; Luther a écrit très-modérément, et on a bien eu de la peine à lui arracher son écrit ; je crois que vous voyez bien , mon cher Camérarius, que nous n'avons point de tort. «Tout le reste qu'on peut voir dans VHistoire des Variations, est de même style. Ainsi quoiqu'ils eussent peine à apaiser leur conscience, Luther et Mélanchlhon même franchirent le pas : toutes les villes suivirent, et la Béiorme se souleva conire l'empereur | ar maxime.
XLYI. — Falsification d'un passage de Méianchthon , objecté témérairement par M. Basnage.
M. Basnage m'objecte que « le passage de Mélanchlhon que je cite est falsifié (2361); Méianchthon se plaint,» poursuit-il, «qu'on a publié cet écrit dans toute l'Allemagne après l'avoir tronqué : M. de Meaux efface ce mot qui détruit sa preuve, car on sait bien que l'écrit le plus pacifique et le plus judicieux peut produire cie mauvais effets quand il est tronqué. » Voyons si ce mot ôlé affaiblit ma preuve, ou même s'il sert quelque chose à la matière. Je ne cherchais pas dans Mé-
(2353) Vnr., iiv.; Si.eid., vi.
(2556) Vtir., ibid ; Mec, iv, 70, 72.
1 2357) Var., liv. iv; Sleid., lib. vin , inil.
I2557") Sleid., ibid.
(2358) Mel., lib. iv, cplst. 83 (2339; Var., lit), iv, liv. v.
(236U) Lpist. 110, Ht.
(2361) IbiU., p. 506.
lanelHhon le sentiment de Luther; il n'en parle qu'obscurément à un ami qui savait le fait d'ailleurs. C'est de Sleidan que nous l'apprenons, et ce sentiment de Luther éta.-t en termes formels, de permettre de se liguer pour prendre les armes même contre l'empereur. On en a vu le passage, qui ne souffre aucune réplique : aussi M. Basnage n'y en fait-il pas. Oe cette sorte ma preuve est complète ; la doctrine de Luther est claire, et nous n'avons besoin «Je Mélanehthon que pour en apprendre les mauvais effets. Il nous les découvre en trois mots lorsqu'il se plaint que l'écrit donna le signal à toutes les villes pour former des lignes; ces ligues qu'il se glorifiait d'avoir dissipe'es ; ces ligues que les gens rfs bien devaient tant haïr. Les ligues étaient donc comprises dans cet écrit de Luth -r, et les ligues contre l'empereur, puisque c'était celles dont il s'agissait, et pour lesquelles on était assemblé ; l'écrit n'était pas tronquéh cet égard, et c'est assez. Qu'on en ait, si vous voulez, retranché les preuves dont Luther soutenait sa décision, ou que .Mélanehthon se plaigne qu'on la laisse trop sèche et trop crue en lui ôtant les belles couleurs dont sa douce et artificieuse éloquence l'avait peut-être parée; quoi qu'il en -oit, le fait est constant, et le mot que j'ai omis ou par oubli ou comme inutile, l'était en effet. Mais enfin rétablissons cemot oublié, si M. Basnage le souhaite; quel avantage en espère-t-ilY si cet écrit tronqué, qui soulevait toutes les villes contre l'empereur, déplaisait à Luther, que ne le désavouait-il? Si la fierté de Luther ne lui permettait pas un tel désaveu, où était la modération dont Mélanehthon se faisait honneur?était-ce assez de se plaindreà l'oreille d'un ami d'un écrit tronqué, pendant qu'il
l'Ai les '
emagne, et v soulevait
(Ourait toute
toutes les villes? Mais m Luther, ni Mélanehthon même ne le désavouent; et malgré toutes les chicanes de M. Basnage, ma preuve subsiste dans toute sa force, et la Kélormc est convaincue par ce seul écrit d'avoir passé la rébellion en dogme.