‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 222 sur 325 · PART. X. ! III 01.. POLEMIQUE. — III. DEFENSE DE L'HIST. DES VAIS · texte numérisé non relu

PART. X. ! III 01.. POLEMIQUE. — III. DEFENSE DE L'HIST. DES VAIS

croyait rendre service à Dieu lorsqu'on en secouait le joug, qu'on appelait tyrannique. l 'erreur passait aisément de l'un à l'autre;

jt; \eu\ dire, connue il ;i été remarqué dans y Histoire des variations (2389), « que mépriser les puissances soutenues par la majesté du la religion, était un nui-, eu d'affaiblir les autres. » C'est précisément ce qui arriva dans la révolte ue eus pas. •-ans ; ils commencèrent par lus princes ecclésiastiques, comme il parait par Sleidan (2390); el la révolte attaqua ensuite sans mesure et vins respect tous les seigneurs. C'en est trop pour faire voir qu'on avait raison do prétendre que le livre De. la liberté chrétienne n'avait pas peu contribué à inspirer la rébellion (239 1).

LUI. — Etrange discours de Luther, où tout ce au on vient de dire est confirmé. Autre addition aux Variations : l'esprit de sédition et de meurtre sous prétexte d'interpréter les prophéties

VA puisque M. Rasnage nous met sur cette matière, il faut encore qu'il voie un beau discours de Luther. Lorsque les séditieux semblaient n'en vouloir qu'aux seuls ecclésiastiques, el qu'ils n'avaient môme pas encore pris les armes, Luther leur parlait en culte sorte ; Ne faites point de sédition , il fallait bien commencer parce bel endroit; car sans cela qui aurait pu le supporter? Mais voici comme il continue (2392) : « Bien que les ecclésiastiques paraissent en évident péril, je crois ou qu'ils n'ont rien à craindre, ou qu'en tout cas leur péril ne sera pas tel, qu'il pénètre dans tous leurs Etats; ou qu'il renverse toute leur puissance. Un bien autre péril les regarde ; et c'est celui que saint Paul a prédit après Daniel, qui est que leur tyrannie tombera, sans que les hommes s'en mêlent, par l'avènement de Jésus -Christ et par le souille de Dieu : c'était là, poursuivait-il, son fondement ; c'est pour cela qu'il ne s'était pas beaucoup opposé à ceux qui prenaient les armes ; car il savait bien que leur entreprise serait vaine, el que si on massacrait quelques ecclésiastiques, cette boucherie ne s'étendrait pas jusqu'à tous. »

On voit en passant l'esprit de la Réforme dès son commencement ; chaque temps a son prophète, et Luther faisait alors ce personnage : tout était alors dans saint Paul et dans .Daniel, comme tout est présentement dans l'Apocalypse ; sur la foi de la prophétie, il n'y avait qu'à laisser faire les séditieux contre les ecclésiastiques ; ils n'en tueraient guère; et Luther se consolait de les voir périr d'abord en si petit nombre, parce qu'il était assuré d'une vengeance plus universelle qui allait éclater d'en haut sur eux. Si c'est dans cette vue qu'il les épargne, que deviendront-ils, hélas! pour

peu que tarde la prophétie? Quoi, Je saint nom des prophètes sera-t-ii toujours le Jouet do la Réforme, et le prétexté de ses violences el de sus révoltes? Mais laissons ces plaintes et renfermons-nous dans celles de noire sujet. On nous demande quelquefois la preuve îles séditions causées par la Réforme, et poussées dès son commencement contre lus Catholiques et contre les prêtres jusqu'à la pillerie : les voilà poussées jùsquau meurtre ; et c'est Luther, témoin non suspect, qui le dépose lui-même. On l'accuse d'y avoir du moins connivé ; on n a pas besoin de preuve, et c'est, lui-même qui nous avoue qu'il ne s'y est opposé que faiblement, sans se mettre beaucoup en peine d'arrêter le cours de la sédition armée. Il lui laissait massacrer un petit nombre d'ecclésiastiques, et c'était assez que la boucherie ne s'étendit pas sur tous. Peut-on nier, sous couleur de réprimer la sédition, que ce ne soit là lui lâcher la bride ? Je n'avais point rapporté cet étrange discours de Lutherdan l' Histoire des variations : on pense me faire accroire que j'y exagère les excès de la Réforme ; on voit, loin d'exagérer, que je suis contraint de supprimer beaucoup de choses; et on verra dans tous les endroits qu'on attaquera de cette histoire, qu'on a si peu de moyens d'en affaiblir les accusations, que la Réforme au contraire paraîtra toujours plus coupable que je ne l'ai dit d'abord, à cause que j'étais contraint à donner des bornes à mon discours.

L1V. — Réflexions sur ces variations de la Réforme.

Cependant on ne rougit pas de m'aceuser de mauvaise foi (2393;, et môme de calomnie. Ces reproches m'ont fait horreur , ja l'avoue : j'écris sous les yeux de Dieu ; et on a pu voir que je tâche de mesurer toutes mes paroles, en sorte que mes expressions soient plutôt faibles qu'outrées. S'il faut user de termes forts, la force de la vérité me les arrache. M. Basnage m'objecte une contradiction sensible (2394), en ce que je veux que Luther, dès l'an 1525, ait soulevé ou entretenu la rébellion des paysans, (tendant que j'avoue ailleurs (2395), que jusqu'à la ligue de Smalkalde, qui se fit longtemps après, il n'y avait rien de plus inculqué dans ses écrits que cette maxime, qu'on ne doit jamais prendre les armes pour la cause de l'Evangile. Je reconnais mes paroles. Certainement je n'avais garde d'accuser Luther d'avoir au commencement rejeté l'obéissance due au magistrat et même au magistral persécuteur; puisqu'au contraire j'avoue que, bien éloigné d'en venir à cet excès, il enseigna les bonnes maximes ; et c'est par où je le convainc d'avoir varié lorsqu'il en a pris de contraires. Il fallait que la Réforme fût confondue par elle-même dès son prin-

(2589) Liv. m.

(2590) SLtiD., ibid.

(2391) Vue., ibid.

(2592) Slliu., lili. ^

(2395) Basn., ibid.

(2394) Ibid. , 500.

(2395) Var., 1. iv.

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OT.l'YKES COMPLETES DE Ï50SSIET.

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cipe, et que la loi étemelle la forçAt d'abord à établir l'obéissanee qu'elle devait rejeter dans la suite. Le bien ne se soutient pas (liez elle ; il n'y prend point racine, pour ainsi parler, parce qu'il n'y a jamais toute sa force ; de là vient aussi qu'elle se dément dans le temps même qu'elle dit la vérité. Luther fomentait la rébellion qu'il semblait vouloir éteindre, et en un mot, comme on vient de voir, il inspirait plus de mal qu'il n'en conseillait en effet dans ce temps-là. Mais dans la suite il ne garda point de mesure; il enseigna ouvertement qu'on peut armer contre les souverains, sans épargner ni rois, ni Césars ; toute l'Allemagne protestante entre dans ces sentiments; la contagion gagne l'Ecosse et l'Angleterre ; la France ne s'en sauve pas ; la Réforme remplit tout de sang et de carnage; dans les vains efforts qu'elle fait pour effacer de dessus son front ce caractère si visiblement antichrétien, elle succombe, et ne trouve plus de ressource qu'à chercher même parmi nous de mauvais exemples ; comme si réformer le monde était seulement prendre un beau titre, sans valoir mieux que les autres.

Mais si on ne voulait pas éviter soi-même les abus qu'on reprenait dans l'Eglise, il ne" fallait pas du moins approuver ses propres égarements, ni s'en faire honneur. Nous détestons parmi nous loutce que nous y voyons de mauvais exemples, en quelque lieu qu'il paraisse, et de quelque nom qu'il s'autorise : les rébellionsdes protestants sont passées en dogmes et autorisées par les synodes : ce n'est point un mal qui soit survenu à l'a Réforme vieillie et défaillante : c'est dès son c muneneemcnt et dans sa force, c'est sous les réformateurs et par leur autorité qu'elle est tombée dans cet excès ; et des abus si énormes ont les mêmes auteurs que la Réforme.

LV. — On touche en passant les égarements de la Réforme marqués par d'autres auteurs, e.l en particulier dans l'Avis aux réfugiés, imprimé en Hollande en 1(590.

On peut voir beaucoup d'autres choses également convaincantes sur cette matière dans un livre intitulé Avis aux réfugies, qui vient de tomber entre mes mains, quoiqu'il ait été imprimé en" Hollande au commencement de l'année passée. Cet ouvrage semble être bâti sur les fondements de l'Apologie des Catholiques, qui n'a laissé aucune réplique aux protestants; mais, pour leur èter tout prétexte, on y ajoute en ce livre nonseulement ce qui s'est passé depuis, maisencore tant d'autres preuves de ces excès de la Réforme, et une si vive réfutation de ses sentiments, qu'elle ne peut plus couvrir sa confusion. Si l'auteur de ce bel ouvrage e^t un protestant, comme la Préface et beaucoup d autres raisons donnent sujet de le croire,

on ne peut assez louer Dieu de le voirsi désabusé des préventions où il a été nourri, et de voir que sans concert nous soyons tombés lui et moi dans les mêmes sentiments sur tant de points positifs. Je ne dois pas refuser celte preuve de la vérité; elle se fait sentir à qui il lui plaît; et lorsqu'elle veut faire concourir les pensées des hommes au même but, nulle diversité d'opinions ou de pensées ne lui fait obstacle. Les proles'anis peuvent voir dans cet ouvrage (*2396), avec quelle témérité M. Jurieu les vantait il y a dix ans, comme les plus assurés et les plus fidèles sujets (2397). On leur montre dans cet ouvrage l'affreuse doctrine de leurs auteurs contre la majesté des rois et contre la tranquillité des Etats. Toute la ressource de la Réforme était autrefois de désavouer , quoiqu'avec peu de sincérité, tous ces livres que l'esprit de rébellion avait produits, ceux d'un Buchanan, ceux d'un Parés ceux d'un Junius Brutus, et tant d'autres de celle nature; mais maintenant on leur Ole entièrement celle vaine excuse, en leur montrant qu'ils ont confirmé, et qu'ils confirment encore par leur pratique constante, celle doctrine qu'ils désavouaient ; et que l'Eglise anglicane, qui de toutes les protestantes avait le mieux conservé la doctrine de l'inviolable majesté des rois, se voit contrainte aujourd'hui de l'abandonner (2398). On n'oublie pas que M. Jurieu, le même qui nous vantait il y a dix ans la fidélité d>s protestants à toute épreuve, jusqu'à dire que « tous les huguenots étaient prêts de signer de leur sang que nos rois ne dépendent pour le temporel de qui que ce soit que de Dieu, et que sous quelque prétcxle que ce soit les sujets ne peuvent être absous du serment de fidélité (2399), » à latin a embrassé le parti île ceux qui donnent tout pouvoir aux peuples sur leurs rois : qu'il leur laisse par conséquent le pouvoir de s'absoudre eux-mêmes, et sans attendre personne, de tout serment de fidélité et de toute obligation d'obéir à leurs souverains; et qu'il s'est par ce moyen réfuté lui-même, plus que n'auraientjamais pu faire tous ses adversaires ensemble. Par là on découvre clairement que la Réforme n'a rien de sérieux dans ses réponses, qu'elle les accommode au temps, et les fait au gré de ceux qu'elle veut flatter. Ce qui donnait prétexte aux protestants de préférer leur fidélité à celle des Catholiques, était la prétention des Papes sur la temporalité des rois. Mais outre qu'on leur a fait voir dans ce livre que toute la France, une aussi granle partie de l'Eglise catholique, l'ait profession ouverte de la rejeter (2i(J0) , on montre encore plus clair que le jour que s'il fallait comparer les deux sentiments, celui qui soumet le temporel des souverains aux Papes, et celui qui le soumet au peuple; ce dernier parti, où la fureur, où le caprice, où l'ignorance et l'emportement domine le plus,

(2Ô96) Ab.s, p. 77.

(2597) l'util, du clergé fs598) Ali*, p. 219 ei suïv.

(2399) Ibid. p. 81 etsuiv.; Puliliq. du clergé. p. il 7.

l'Ail I. X. TUEOL. POLEMIQUE. — III. DEFENSE DE L'IIIST. DES VAR.

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serait aussi > .'« 1 1 s hésiter le plus à craindre. L'expérience a fait voir la vérité de ce sentiment, et noire Age seul a montré, parmi ceux qui ont abandonné les souverains aux cruelles bizarreries de la multitude , plus d'exemples tragiques contre la personne et la puissance îles rois, qu'on n'eu trouve durant mx h sept cents ans parmi les peuples qui, en ce point, ont reconnu le pouvoir de lîoiue. Euliu la Kél'onne poussée à bout pour ses révoltes, produisait pour dernière excuse l'exemple des Catholiques sous Henri Ij Grand : mais on l'a encore forcée dans ce dernier retranchement ('2V0t), non-seulement en lui Elisant voir combien il était houleux, en se disant Réformés, de faire pis que tous ceux qu'on était venu corrige!' ; nuiis encore en montrant dans le bon parti , qui était celui du roi, des parlements tout entiers composés de Catholiques , une noblesse infinie de même croyance, et presque tous les évoques, desquels nulle autorité et nul prétexte de religion n'avait rien pu oblenircontre leurdevoir : au lieu que, parmi les protestants, lorsqu'on y a attaqué les souverains, la défection a éié universelle et poussée jusqu'aux excès qu'on a vus. Joignez à toutes ces choses, si évidemment démontrées par un protestant dans l'Avis aux réfugiés, ce que j'ai dit dans ces deux derniers avertissements en me renfermant* comme je devais, dans la Défense des variations contre M. Jurieu et M. Basnage qui les attaquaient; l'histoire de la Réforme paraîlra affreuse et insupportable, puisqu'on y verra toujours l'esprit de révolte en remontant depuis nos jours jusqu'à ceux des réformateurs.

LVl.— Réflexions sur le mariage du landgrave : s'il permet à M. Basnage de mettre Luther et les autres réformateurs au rang des grands hommss.

Ainsi, par un juste jugement, Dieu livre au sens réprouvé et à des erreurs manifestes ceux qui prennent des noms superbes contre son Eglise, et entreprennent de la réformer dans sa doctrine. Témoin encore le mariage du landgrave, l'éternelle confusion de la Réforme, et l'écueil inévitable où se briseront à jamais tous les reproches qu'elle nous fait des abus de nos conducteurs. Car y en a-t-il un plus grand que de flatter l'intempérance, jusqu'à autoriser la polygamie, et d'introduire parmi les Chrétiens des mariages judaïques et mahomélans ? Vous avez vu les égarements du ministre Jurieu sur ce sujet, si étranges et si excessifs, que plusieurs bons protestants en ont eu honte. J'ai vu les écrits de M. de Beauval, que M. Jurieu tâche d'accabler par son autorité ministiale; j'ai vu la lettre imprimée d'un ministre sur ce sujet. J'ai cru que c'était M. Basnage, confrère de M. Jurieu dans le ministère de Rotterdam : on m'assure que c'est un autre, je le veux ; et quoi qu'il en soit ,

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(2401) Avis, p '28-2 elsuiv.

[2402) D.\>n., part, u, t. I. eb.

ce ministre, qui m'est inconnu, pousse vigoureusement M. Jurieu, qui de son côté ne répargne pas. Le mariage du landgrave et l'erreur prodigieuse des réformateurs u excité ce tumulte parmi les ministres, M. louage lui-môme, qui ne veut pas être l'auteur de la lettre publiée contre son confrère, prend un autre tour que le sien dans sa Réponse aux Variations; voyons s'il réussira mieux; et poussons encore ce ministre par cet endroit-là : ce sera autant d'avance sur la réponse générale qu'il lui faudra faire, et elle sera déchargée de celte matière. Voici donc comme il commence (i'iO'l) : « Il faui rendre justice aux grands hommes autant que la vérité le permet; mais il ne iaut pas dissimuler leurs fautes. J'avoue donc que Luther ne devait pas accorder au landgrave de Hesse la permission d'épouser une seconde femme, lorsque la première élait encore vivante : et M. de Meaux a raison de le condamner sur cet article. » C'est quelque chose d'avouer le fait, et de condamner le crime sans chicaner : mais il en fallait davantage pour mériter la louange d'une véritable et chrétienne sincérité : il fallait encore rayer Luther, Rucer et Mélanchtbon, ces chefs des réformateurs, du rang des grands hommes. Car encore que les grands hommes en matière de religion et de piété, qui est le genre où l'on veut placer ces trois personnages, puissent avoir des faiblesses, il y en a qu'ils n'ont jamais, comme celle uo trahir la vérité et leur conscience, de flatte:la corruption, d'autoriser l'erreur et le vice connu pour tel; de donner au crime le nom de la sainteté et de la vertu; d'abuser poui tout cela de l'Ecriture et du ministère sacré; de persévérer dans cette iniquité jusqu'à la fin, sans jamais s'en repentir ni s'en dédire, et d'en laisser un monument authentique et immortel à la postérité. Ce sont là manifestement des faiblesses incompatibles, je ne dis pas avec la perfection des grands hommes, mais avec les premiers commencements de la piété. Or tels ont été Luther, Bueer et Mélanchtbon : ils ont trahi la vérité et leur conscience : c'est de quoi M. Basnage demeure d'accord, et en pensant les excuser il met le comble à leur honte. « Je remarquerai, » dit-il (24.03), « trois choses : » la première, « qu'on arracha cette faute à Luther; il en eut honte, et voulut qu'e'.lefût secrète. » Rucer et Melanchthon ont la même excuse; mais c'est ce qui les condamne. Car ils n'ont donc pas péché par ignorance : ils ont donc trahi la vérité connue : leur conscience leui reprochait leur corruption ; ils en ont étouffe les remords, et ils tombent dans ce juste reproche do saint Paul : leur esprit et leur conscience sont souillés. (TU. i,la.) Voila les héros de la Réforme et les chefs des réformateurs. Si c'est une excuse de cacher les crimes qui ne peuvenf pas même souffrir la lumière de ce monde, il faut effacer de l'Ecriture ces redoutables s ni' nées : Nous reje-

(2403) Ibid.

tons tes crimes honteux qu'on est contraint de cacher. (Il Cor. iv, 2.) Et encore, Ce qui se fait parmi eux, et, qui pis est, ce qu'on y approuve, ce qu'on y autorise, est honteux même à diri (Ephes. v, 12): et enfin cette parole de Jésus-Christ mente : Celui qui fait mal hait la lumière. (Joan. in, 20.) Ainsi qui veutnlécouvrir le faux de la Réforme, et la faible idée qu'on y a du vice et de la vertu, n'a qu'à entendre les vaines excuses dont elle tAche de diminuer ou de pallier les faiblesses les plus honteuses de ses prétendus grands hommes. LVII. — Démonstration manifeste du crime des réformateurs en cette occasion.

Mais ils ne connaissaient peut-être pas toute l'horreur du crime qu'ils commettaient ? C'est ce qu'on ne peut pas dire en cette rencontre. Car ils savaient que leur crime était d'autoriser une erreur contre la foi, de pervertir le sens des Ecritures, d'anéantir la réforme que le Fils de Dieu avait faite dans le mariage. Ils savaient la consé quence d'une telle erreur, puisqu'ils recon naissaient expressément que si leur déclaration venait aux oreilles du public, ils n'auraient rien de moins à craindre que d'être mis au rang des mahométans et des anabaptistes qui se jouent du mariage (2404). C'est en etl'et en ce rang qu'ils ne craignent pas de se mettre, pourvu que le eas soit secret. L'erreurqu'ils autorisent est quelque chose de pis qu'un adultère public, puisqu'ils aiment mieux que la femme qu'ils donnent au landgrave passe pour une impudique et lui pour un adultère, que de découvrir l'infâme secret de son second mariage. Par leur consultation ils ne justifient pasce priuce. Car un aveugle qui se laisse conduire par d'autres aveugles n'en n'est pas quitte pour cela, et il tombe avec eux dans l'abîme. Ils damnent donc celui qui leur confiait sa conscience, et ils se damnent avec lui. Ils le damnent, dis-je, d'autant ; lus inévitablement, qu'il se tiatte du consentement et de l'autorité de ses pasteurs, qui n'étaient rien de moins dans le parti que les auteurs de la Réforme. Je ne vois rien de plus clair ni ensemble de plus affreux que tous ces excès.

LVilI. — Si M. Basnage a pu dire que cette faute fut arrachée aux Réformateurs.

On leur arracha cette faute, dit M, Binage. Quoi! leur fit-on violence, pour souscrire à cet acte infâme qui ternit la pureté du christianisme, où un adultère public est appelé du saint nom de mariage ? Leur fit-on voir les épées tirées? Lesenferma-t-on du moins? Les menaça-t-on de leur faire sentir quel • que mal ou dans leur personne ou du moins dans leurs biens? C'est ce qu'on eût pu appeler en quelque façon leur arracher une famé; quoique dans le fond un n'arrache rien de semblable à un parfait Chrétien, et

il sait bien mourir plutôt que de céder à la violence. Mais il n'y eut rien de tout cela dans la souscription des Réformateurs : on leur promit des monastères à piller (2i0o) : que la Réforme en rougisse : le landgrave. 1 hommedumonde qui avait le plus conversa avec ces réformateurs, et qui les connaissait le mieux, les gagne avec ces professes : et voilà toute la violence qu'il leur fait. Il est vrai qu'il leur fait aussi entrevoir qu'il pourrait les abandonner, et s'adresser ou à l'empereur ou au Pape même. A ces mots, la Réforme tremble : « notre pauvre petite Eglise, misérable et abandonnée, a besoin, » dit elle (2406), «de princes-régents vertueux:» de ces vertueux qui veulent avoir ensemble deux épouses : il faut tout accorder à leur intempérance, de peur de les perdre ; une Eglise qui s'appuie sur l'homme, et sur le bras de la chair, ne peut résistera de semblables violences. C'est ainsi que Luther, Bucer et Mélanchthon, ces colonnes de la Réforme, sont violentés selon M. Basnage; et cela, qu'est-ce autre chose qu'avouer en autres termes qu'ils sont violentés par la corruption de leur cœur ?

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