LIX. — Etrange corruption dans ces chefs des réformateurs
Elle fut si grande et leur assoupissement si prodigieux, qu'ils ne se réveillèrent jamais ; ils sentaient qu'ils laissaient un acte de célébration de mariage, la première femme vivante, ou il était énoncé qu'on le faisait : « en présence de Mélanchthon, de Bucer et de Melander (2i07), le propre pasteur et prédicateur du prince, » et de l'avis de plusieurs autres prédicateurs, dont la consultation était jointe au contrat de mariage, signée en effet de sept docteurs, à la tête desquels étaient Luther, Mélanchthon, Bucer, et à la fin le même Denis Melander le propre pasteur du landgrave (2408). Ces deux actes furent déposés dans les registres publics attestés authentiquement par des notaires, « pour éviter le- scandale et conserver la réputation de la fille (pie le landgrave épousait et de toute son honorable parenté (2i09). » Ces actes étaient donc publics, et on supposait qu'ils devaient paraître un jour comme regardant tout ensemble et l'honneur d'une famille considérable, et même l'intérêt d'une maison souveraine. Cependant, loin de les avoir jamais révoqués, Luther et ses compagnons y persistent. Ce secret honteux ne fut pas si bien gardé, qu'on n'en ait fait le reproche et au landgrave et à Luther de leur vivant : ils s'en sauvent par des équivoques, et Luther y ajoute fièrement à son ordinaire que le landgrave est assez puissant, et a des yens assez savants pour le défendre (2410) : ce qui est joindre la menace au crime, et insulter à la raison à cause que le mépris
I*i04) C.onsult., n. 10, il; Yar., liv. m. fi405) Var., liv. vi.
-JiH6) Consul!., n. 3; Var., liv. vi, (2107) Ibid. ; Inslrum.copul., à la lin du moine
liv., loin. XIX, p. 59P>et sniv.
(2408) Ibid.. p. 594.
(2409) Uni., p. 598, 5D9.
(2410) Var., Ii\. vi.
PART. X. ÎHEOfc. POLEMIQUE. IH. DEFENSE DE LIIIST. L)r.:S VAR.
nn i'nI soutenu par la puissance. Toul oela «si démontré >i clairement dans VBistoire des variation?, qu'on n'a rien eu h y répliquer : telle a été la conduite de ces gronda hommes, et il faut du moins avouer qu'il n'y en .'i de cette figure que dans In Réforme.
LX-. — Si M. Basnage n raison de comparer in polygamie accordée par Luther, à la dispense (le Jules II sur le mariage de Henri \ III avec la veuve de *<>>< frère.
Grâce a Dieu, ceux que nous reconnaissons parmi nous pour de grands hommes ne sont pas tombes dans des excès où l'on voie de la perfidie, de l'impiété, une corruption manifeste, et une lâche prostitution de la conscience. Mois sans parler des grands hommes, je pose en fait, parmi tant de fautes dont les protestants ont chargé quelques Papes à tort ou à droit, qu'ils n'en nommeront jamais un seul, dans un si grand nombre, et dans la suite de tant de siècles, qui soit tombé dans un abus de cette nature. Qu'ainsi ne soit M. Basnage, qui pousse en cette occasion la récrimination le plus loin qu'il peut, n'a eu iv nous objecter que deux décrets des Papes: l'un de Grégoire II, et l'autre de Jules 11. Or pour commencer avec lui par le dernier, il nous objecte la dispense que ce Pape accorda à Henri 17// (2411), pour épouser la veuve de son frère Arlhus ; et comme s'il avait prouvé qu'il fut constant que cette dispense tût illégitime, il s'écrie en celte sorte : « Faut-il moins de sainteté pour être vicaire de Jésus-Christ, et le chef de l'Eglise, que pour réformer quelques abus? ou l'inceste est-il un crime moins énorme qu'un double mariage? » Il renouvelle ici le fameux procès du mariage de Henri VIII avec Catherine d'Aragon; mais visiblement il iiV a nulle bonne foi à comparer ces deux exemples. Afin qu'ils fussent égaux, il faudrait qu'il lût aussi constant que le mariage contracté avec la veuve de son frère est réprouvé dans l'Evangile, qu'il est constant que le mariage contracte avec une seconde femme, la première encore vivante, y est rejeté. Mais M. Basnage sait bien le contraire, il sait bien, dis-je, qu'il est constant entre lui et nous que la polygamie est détendue dans l'Evangile et qu'une femme surajoutée à celle qu'on a déjà ne peut être légitime. Oserait-il dire qu'il soit de môme constant entre nous, que l'Evangile ait défendu d'épouser la veuve de son frère, ou que le précepte du Lévitique qui défend de tels mariages, ait lieu parmi les Chrétiens? Mais il sait, loin que cela soit constant parmi nous, qu'il ne l'est pas même parmi les protestants. Nous eu avons rapporté dans Y Histoire des variations (2412) les témoignages favorables au mariage de Henri VIII et à la dispense de Jules II,
(ill) IVv-n., ibid., U.j.
(i', 12) far., liv. vil.
'*2i.5) Màii. dcÇastdn.fUi,
M» l.ini littion cl limer ont approuvé cette dispense, ni conséquemraent ont improuvé le divorce do Henri VIII. Castelnau, dont nous avons vu l'autorité alléguée par M. Basnage, dit expressément que « ce roi envoya en Allemagne et à Genève, offrant de se fine chef des protestants, mener dix mille Anglais à la guerre, et contribuer cent mille livres sterlings, qui valent un million île livres tournois; mais ils ne voulurent jamais approuver la répudiation (2413). » Selon le témoignage de ce grave auteur* la répudiation fut improuvée non-seulement en Allemagne, mais encore à Genève même, c'est» à-dire dans les deux partis de la nouvelle Réforme. Si Calvin a introduit depuis ca temps un autre sentiment parmi les siens, il ne laisse pas de demeurer pour constant que la dispense de Jules II était si favorable, qu'elle fut môme approuvée de ceux qui cherchaient le plus à critiquer la conduite des Papes.
M. Basnage reproche à Jules II d'avoir accordé cette dispense hautement et à la face du soleil, au lieu que Luther a eu honte de celle qu'il a donnée, et tâcha du la cacher : ce qui est selon ce ministre bien inoins criminel. Sans doute quand le crime est manifeste, l'audace de le publier en fait le comble. Mais ce n'est pas de quoi il s'agit. Jules II n'avait garde de rougir de sa dispense, ou de la cacher à l'exemple des chefs de la Réforme, puisqu'au contraire il la donnait hautement comme légitime; qu'elle l'ut publiquement acceptée par tout le royaume d'Angleterre, où elle demeura sans contradiction durant vingt ans, et qu'en effet les fondements s'en trouvèrent si solides, queles plus passionnés des Papes les crurent inébranlables. Voilà ce que l'on compare à la scandaleuse consuhution do Luther.
LXI. — Si SI. Basnage a raison de dire que l'Eglise prétend disposer des lois de Dieu.
Le ministre nous objecte que « le concile de Trente prononce anathèine contre ceux qui lui disputeront le pouvoir de dispenser dans les* degrés d'affinité défendus par la loi de Dieu (2414). » D'où il conclut « que l'Eglise romaine se donne l'autorité de faire des choses directement contraires à la loi de Dieu. » 11 dissimule qu'il s'agit ici de l'ancienne loi et de sa police, et que dans ce décret du concile, la question n'était pas si l'Eglise pouvait dispenser de la loi de Dieu, ce que les Pères de Trente n'ont jamais pensé; mais si Dieu lui-même avait abrogé la loi ancienne à cet égard. Nous prétendons qu'une partielles empêchements du mariage portés par le Lévitique sont de la loi positive et de la police de l'ancien peuple dont Dieu nous a déchargés : en sorte que ces empêchements ne subsistent plus que par des coutumes et des lois ec-
i-iili) IÎas.n., il'Ul. , ii3 ; Cour. Triil., SCSS. "ii,
, p. 21 , Le Ui,.