‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 224 sur 325 · IU · texte numérisé non relu

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clésiastiques. Ce n'est qu'en cette matière et dans cette vue que l'Eglise en dispense : et c'est par conséquent une calomnie de dire qu'elle s'élève au-dessus de la loi de Dieu, ou qu'elle en prétende dispenser.

LXII. — Réponse de Grégoire II, rapportée mal à propos par le ministre.

M. Basnage nous oppose un second décret de Pape, et il est bon d'entendre avec quel air de décision et de dédain il le fait. « M. de Meaux se trompe, » dit-il (2415), « quand il assure si foitement(au sujet de fa consultation de Luther) que ce fut la première fois qu'on déclara que Jésus-Christ n'a point défendu de semblables mariages (où l'on a deux femmes ensemble) : il faut le tirer d'erreur en lui apprenant ce que fit Grégoire II, lequel étant consulté, si l'Eglise romaine croyait qu'on pût prendre deux femmes, lorsque la première, détenue par une longue maladie, ne pouvait souffrir le commerce de son mari, décida >. selon la vigueur du Siège apostolique, que lorsqu'on ne pouvait se contenir, il fallait prendre une autre femme, pourvu qu'on fournit les aliments à la première. On voit déjà en passant que ce n'est pas là prendre deux femmes, comme M. Basnage veut le faire entendre, mais en quitter une pour une autre, ce qui est bien éloigné de la bigamie dont il s'agit entre nous. Au reste ce curieux décret, que M. Basnage daigne bien m'apprendre, n'est ignoré de personne, toutes nos écoles en retentissent, et nos novices en théologie le savent par cœur. Après deux autres passages aussi vulgaires que celui-là, M. Basnage, avec un ton fier et un air magistral, nous avertit qu'il ne les rapporte que « pour apprendre à M, de Meaux qu'il nedoit pas se faire honneur de l'antiquité qu'il n'a pas examinée (2il6). » Je lui laisse faire le savant tant qujil lui plaira, et il aura bon marché de moi, tant qu'il ne me reprochera que de l'ignorance :je ne trouve rien de plus bas ni de plus vain parmi les hommes que de se piquer de science; mais aussi ne faut-il pas en avoir beaucoup pour répondre à M. Basnage. Cette décision de Grégoire II se trouve parmi ses Lettres (2il7), et encore dans le décret de Gratien avec cette note au bas : Illud Gregorii sacris eanonibus, imo evaiujelicœ et apostolicœ doctrinœ penitus rcperitar udvcrsum (2il8), c'est-à-dire: «.Celle réponse de Grégoire est contraire aux saints canons, et même à la doctrine évangélique et apostolique. » Les Papes ne sont donc pas si jaloux qu'on pense de maintenir comme inviolables toutes les réponses de leurs prédécesseurs, puisqu'on trouve celle-ci avec cette note dans le décret imprimé par l'ordre de Grégoire XIII, et que les réviseurs qu'il avait nommés n'y trouvent rien à redire. Ainsi, sans nous arrêter à ce que d'autres ont dit sur ce passage, contentons-nous de

(2416) Ibid., 44 t.

Ç2U7J Gregor. Il, cpist. 9, t. I Conc. Cuil.'

demander à M. Basnage ce qu'il en prétend conclure? Quoi : que ce Pape a approuvé comme Luther qu'on eût deux femmes ensemble pour en user indifféremment? C'est tout le contraire : c'est autre chose de dire, avec ce Pape, que le mariage soit dissous en ce cas, autre chose de dire, avec Luther, que sans le dissoudre on en puisse faire un second ; l'un a plus de dilliculté, l'autre n'en eut jamais la moindre parmi les Chrétiens ; et Luther est le premier et le seul à qui la corruption a fait nailre un doute sur un sujet si éclairci. Que si parmi les protestants, d'autres, ou devant ou après lui. ont soutenu eu spéculation la polygamie, il est le seul qui ait osé pousser la chose jusqu'à la pratique

Mais enfin , dira-t-on, quoi qu'il en soit, un Pape se sera trompé ? Est-ce là de quoi il s'agit? M. Basnage connaît-il quelqu'un parmi nous qui entreprenne de soutenir que les Papes ne se soient jamais trompés, pas même comme docteurs particuliers? et quand il voudrait conclure que celui-ci se serait trompé même comme Pape, à cause qu'il parle comme il dit lui-même: Yigore Scdis apostolicœ : « Avec la force et la vigueur du Siège apostolique : » sans examiner s'il est ainsi, et si c'est là tout ce qu'on exige pour prononcer, comme on dit, ex cathedra: enfin tout cela n'est pas notre question. Ce n'est pas uno ignorance, ou une surprise de Luther que nous objectons à la Réforme ; il n'y aurait rien là que d'humain : c'est une séduction faite de dessein, dans un dogme essentiel du christianisme, par une corruption manifeste, contre la vérité et sa conscience. Il n'en est pas ainsi de Grégoire II ; ce n'est point pour flatter un prince qu'il a écrit de celle sorte : c'est dans une difficulté assez grande une résolution assez générale : on ne lui a fait espérer, pour le corrompre, ni le pillage d'un monastère, ni de secourir son parti; il ne se croit pas obligé de cacher sa réponse , s'il s'est trompé: aussi ne le suit-on pas, et on le reprend sans scrupule , mais enfin il a dit naturellement ce qu'il pensait : M. Basnage n'a pu le convaincre , ni lui ni les autres Papes, d'avoir décidé contre leur conscience, comme Lulher et ses compagnons sont convaincus de l'avoir fait, et par les reproches de la leur, et de l'aveu île M. Basnage; e! ainsi les réformateurs de la papauté n'y ont pu trouver aucun abus qui égalât ceux qu'ils ont commis.

LXIII. — De la prétendue bigamie de Yalcnlinien I, et de la loi fuite en faveur de cet abus.

Le ministre n'a point trouvé de Pape : il a cpu trouver un empereur. « Valentinien, » dit-il (2il9), « fit publier dans toutes les villes de l'empire une loi en faveur de la bigamie ; et en effet il eut deux femmes sans encourir l'excommunication de son clergé. »

(2418) Vec, pan. n, tans. 52, q uaesl. 7, cap. 18 , Ouod proposuhli.

" (Jil'Jj Ibid., îii.

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