‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 225 sur 325 · PART. X. TIILOL. POLEMIQUE. — 111. DEFENSE DE L'MST. DES VA · texte numérisé non relu

PART. X. TIILOL. POLEMIQUE. — 111. DEFENSE DE L'MST. DES VA

Qu'appollo-t-il son clergé? Ce son! les évôijui's (lu iv" siècle. N'est-ce pas ,-uissi le clergé de M. Basnage, et veut-il a l'exemple de M. Jurieu livrer h l'Antéchrist ce clergé auguste, qui comprend les colonnes du christianisme? Veut-il «lire que tant de saints, et un siècle si plein de lumières ait approuvé une loi si étrange et si inouïe, je ne dis pas seulement dans l'Eglise catholique, mais dans l'empire romain, ou qu'on ait pu douter un seul moment que la polygamie fût détendue? Il n'oserait l'avoir dil, et il sait bien qu'on l'accablerait de passages (lui lui prouveraient le contraire. Mais enfin il y a eu une loi? Je n'en crois rien, non plus quo Baronius et M. Valois, et tous nos habiles critiques. Socrate, qui le dit seul (2420], ne mérite pas assez de croyance pour établir un t'ait si étrange : M. Basnage sait bien qu'il en hasarde bien d'autres dont il est dédit par tous les savants. Sozomène , qui le suit presque partout, se tait ici : Théodoret de même : en un mot tous les auteurs du temps ou des temps voisins gardent un pareil silence, et ou ne trouve ce l'ait quo dans ceux qui ont copié Socrate quatre à cinq cents ans après. Il ne faut pas oublier deux auteurs païens qui ont écrit vers les temps de Valentinien. C'est Ammien Marcellin et Zozime; le premier est constamment peu favorable à ce prince, qu'il semble môme vouloir déprimer, en haine du mépris qu'il témoignait pour Julien l'Apostat, le héros de cet historien (2421) : et néanmoins, pacmi toutes ses fautes, qu'il marque avec un soin extrême, non-seulement il ne marque point celle-ci, mais il semble même qu il ait dessein de l'exclure, puisqu'il rend ce témoignage à Valentinien : (jue ce prince « toujours attaché aux règles d'une vie pudique, a été chaste au dedans et au dehors de sa maison, sans avoir jamais souillé sa conscience par aucune action malhonnête et impure, ce qui même le rendait sévère à réprimer la licence de la cour (2422). » Aurait- on rendu ce témoignage à un prince qui eût entrepris de faire une loi, et de donner un exemple pour autoriser la polygamie que les Romains, même païens, ne jugeaient dignes que des Barbares; que Valérien, que Dioctétien et les autres princes avaient réprimée par des lois expresses qu'on trouve encore dans le Code.

Si Valentinien en avait fait une contraire, Zozime n'aimait pas assez cet empereur, pour nous le cacher. En parlant de Valentinien et du dessein qu'il avait de composer un corps de lois, il en remarque une qu'il l'ut contraint d'abolir (2423) ; c'était le cas de parler de celle-ci , si elle avait jamais été. Aussi ne se trouve-t-elle ni dans le Code ni nulle part : ni on ne voit qu'elle ait jamais été reçue, ni on n'écrit qu'elle ait été abolie : il n'en est resté ni aucun usage dans l'empire, bien qu'on prétende qu'elle

(2420) Socr.. lib. iv, cap. 51.

(2121) Amm. Marc, lib. xxxvi, sub fin. xxvi.

(2422; Ibid., 30.

ait été publiée dans toutes les villes, ni aucuno marque parmi les jurisconsultes , m enfin aucune mémoire parmi les boinmes.

Jamais les Pères ne l'ont reprochée, ni durant la vie ni après la mort, ni a Valentinien, ni à Justine, cette prétendue seconde femme, quoique, devenue arienne et persécutrice des Catholiques , elle n'avait pas mérité d'être flattée. Quand nous n'aurions aucune autre preuve contre cette fable, le nom même d'un empereur si grave, si sérieux, si chrétien y résisterait : il n'aurait pas déshonoré son empire, si glorieux d'ailleurs, par une loi non-seulement si criminelle même dans l'opinion des païens, mais encore si impertinente. Qui en voudra voir davantage sur ce sujet peut consulter Baronius, qui môme convainc de faux celte historiette île Socrate en plusieurs de ces circonstances, comme par exemple lorsqu'il nous donne cette Justine pour fille dans le temps que Valentinien l'épousa, elle qu'on sait avoir été veuve du tyran Magnence. C'est Zosime qui le rapporte au livre iv* de son histoire : « Le jeune fils de Valentinien, que ce prince avait eu de la veuve de Magnence, fut, »dil-il (2424), « fait empereur à l'âge de cinq ans. » lit encore vers la fin du même livre : « Le jeune Valentinien se retira auprès de Théodose avec sa mère Justine, qui, comme nous l'avons dit, avait été femme de Magnence, et épousée après sa mort par Valentinien pour sa beauté. »

Trouver deux fois dans un historien, plutôt ennemi que favorable à Valentinien, ce mariage avec Justine, sans qu'il en marque cette honteuse circonstance, ce serait, quand nous n'aurions autre chose, une preuve plus que suffisante de sa fausseté. Etait-il permis à M. Basnage de dissimuler toutes ces choses : de nous donner comme un fait constant ce qu'il sait avoir été rejeté par tant d'habiles gens, et par des raisons si solides; et encore de me reprocher l'ignorance de l'antiquité, parce que lorsque j'en marquais les sentiments sur la pluralité des femmes, je n'avais daigné tenir compte, ni d'un fait si mal fondé, ni de cette prétendue loi de Valentinien? Et après tout, que peut-il conclure de tout ce fait, quand il serait aussi véritable qu'il est manifestement convaincu de faux ? Le public n'en verrait pas moins de quelle absurdité il était à tr.ois prétendus réformateurs de remettre en usage après tant de siècles une loi entièrement oubliée d'un empereur.

LXIV. — Erreur de M. Basnage, qui sutune froide équivoque, objecte à toute l'Eglise et aux premiers siècles, d avoir approuvé l'usage des concubines.

M. Basnage nous cite pour dernier passage celui des Constitutions apostoliques, où il est ordonné, dit-il (2425) , de recevoir paisiblement à la communion la concubine

(2123) Lib. iv, init.

(2421) Mb. iv, circa med.

(2425) Ibid,, Coust. <i/»., vjii, 32.

J^ûl

OEUVKES COMPLET lis DE BOSSIET.

JOoi

d'un infidèle qui n'a commerce qu'avec lui. I) croit donc que les Eglises de Jésus-Christ ont approuvé de tels commerces hors du mariage, el ne craint point de souillerla sainteté des mœurs chrétiennes , et dans les temps les plus purs, par ces indignes soupçons. Faut-il apprendre à ce fans savant la distinction triviale des femmes épousées solennellement, et d'autres femmes qu'on appelait concubines , parce qu'elles étaient épousées avec moins de solennité, quoiqu'elles fussent vraies femmes sous un nom inoins honorable? Toutes les lois en sont pleines, tous les jurisconsultes en conviennent, on en voit môme des restes en Allemagne ; on la trouve jusque dans l'Ecriture, et ce grand docteur l'ignore, ou , ce qui est pis , il fait semblant de l'ignorer. C'est qu'il cherchait une occasion de nous objecter « que le droit canon, dont les lois sont si sacrées à Home, autorise le concubinage, puisqu'il permet de coucher avec une lille lorsqu'on n'a point de femme (2426). » S'il voulait îlire des faussetés, il devait tâcher du moins de les expliquer en termes plus modestes. Mais où est cet endroit du droit canon? M. Basnage demeure court, et n'eu a cité aucun endroit. C'est qu'en effet il n'y en a point : il n"a même osé citer ce fameux canon du concile de Tolède, où l'on permet une concubine au sens qu'on vient de rapporter, parce qu'il sait que cette grossière équivoque est maintenant reconnue de tout le monde; et cependant sur un fondement si léger il remue sans nécessité toutes ces ordures, et il ose calomnier la doctrine de

l'Eglise catholique.

LXV. — Passage de Méianchthon que leur des Variations est accusé par 31.

nage d'avoir falsifie.

V an- Bas -

Voilà toutes les excuses qinl a pu trouver pour la Réforme dans ce honteux mariage du landgrave. Il se donne encore la peine d'excuser ce prince, non de son incontinence qui est avérée, mais de ces maladies qu'on ne nomme pas, et qu'il avait lui-même tâché de cacher. 11 est vrai, je l'avais remarqué en passant dans l'Histoire des variations (2427), comme une circonstance qui n'était pas indifférente au fait que je rapportais, et je l'avais fait avec tout le ménagement qui est dû en ces occasions aux oreilles d'un lecteur. Mais puisque M. Basnage m'entreprend ici comme un calomniateur qui ai corrompu un passage de Méianchthon, que je produis, il me contraint à la preuve. Ce ministre veut nous faire accroire qu'on cachait, non point la nature de la maladie du landgrave, mais sa maladie ellemême, « de peur d'alarmer le parti dans un temps où sa présence était absolument né-

cessaire et où le délai de son voyage pour se trouver avec les autres princes donnait déjà quelques alarmes (2428). » M. Basnage ne s'aperçoit pas, tant sus lumières sont courtes, qu'il est [iris par son aveu. Dès qu'une personne publique, principalement un souverain, et un souverain d'une si grande action, cesse tout à fait de paraître, quoiqu'il soit au milieu de sts Etats, dès qu'on n'admet dans le cabinet que le domestique ou les gens plus aflidés et plus familiers, et que l'antichambre est muette, on ne demande pas s'il est malade. PI us ce souverain est attendu dans une assemblée solennelle, et plus sa présence y est nécessaire, plus on sent qu'il est malade lorsqu'il y manque; et loin d'en faire finesse, c'est alors qu'il le faut plutôt découvrir, de peur qu'on n'attribue son absence à une autre cause. Enfin, si ce n'était pas la qualité du mal que l'on cachait, que veulent dire ces paroles de Méianchthon, puisqu'enfin on me contraint à les traduire : « On cache la maladie, et les médecins disent que l'espèce n'en est pas des plus fâcheuses (2129)? » Cependant fai corrompu Méianchthon, dit notre ministre, à cause que la bienséance m'avait empêché de le traduire grossièrement et de mot à mot. Mais, après tout, que nous importe? Quand on aura défendu un prince si réformé d'un mal honteux, l'aura-t-on Jéfendu par là d'une intempérance encore plus honteuse? Il la confesse lui-même; il avoue, dans V Instruction qu'il envoie à Lupar Bucer, que « quelques semaines

ther

après son mariage," il n'a cessé de se plonger dans l'adultère, et qu'il ne voulait ni ne pouvait se corriger d'une telle vie, à moins qu'on ne lui permît d'avoir deux femmes ensemble (2430); » et remarquons que la lettre qu'on vient de voir de Méianchthon, ceUe lettre où il est parlé de la maladie qu'on ne nommait pas, est datée du commencement de 1539, ['Instruction est de la fin de la même année, et il dit que cette belle résolution de demander la permission d'avoir deux femmes, est la suite des réflexions qu'il a faites dans sa dernière maladie (2431). Il dit encore, et il a voulu qu'on l'écrivit en 1540, dans l'acte de son second mariage, que ce mariage lui était nécessaire pour la sauté de son âme et de son corps (2432) Qu'on ramasse ces circonstances, et qu'on juge si c'est moi qui fais une calomnie au landgrave, comme le dit M. Basnage ^2433), ou si c'est M. Basnage qui mu fait une honteuse chicane. Il ci i t encore que M. de Thou justifie ce prime, parce qu'en disant qu'il avait une concubine avec sa femme, par le conseil de ses pasuars. il ajoute, qu'à cela près il était fort tempérant. Mais assurément le témoignage du M. de Thou ne prévaudra pas sur l'aveu du landgrave qu'on vient d'entendre. C'est une

(2426) Abu. Marc, Consl. op., vin, 52.

i'2i-»7) Variai., Iiv. vi.

(2»28) 1U>v, ibié.

(Sii'J) Lilc iv.qiist. 2\i ; Yur., liv m.

f-2i30) Var., ibid.

ri 131) Var. , ilnd.

t ' i 5 - ) Var., ibid,

Ci,ôô) I'. -iit.

lusl. du Lund.

1053 PART. X. T1IEOL. POLEMIQI I.. -

hoiiio n ce prince et à la Réforme d'avouer ce commerce comme approuve par ses pasteurs. Et néanmoins ce que l'on cachait était encore plus infâme, puisque c'était la débaui he sous le nom de la sainteté, et un adultàre public sous le voile du mariage.

Page 1